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Full text of "Physiologie médicale de la circulation du sang basée sur l'étude graphique ... par E. J. Marey"

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PHYSIOLOGIE MÉDICALE 

IIË l..\ 

CIRCULATION DU SANG 

■ ASiE 

SUR i;BTIil»E GKAI'HIUUK DES MÜUVEMRN're DU (XEL'K 

KT UU POULS ARTÉHIEL 

AVEC 

iPPLICATIOX («X ViUniES BK L'IPPARKIL CIRCPLATOIAI 
Le D^ E. 4. VI A RE Y 

Adcma inlenio <ies bdpilaux de Périt, U<m>tl de Tlnttitul ei do le Fecultd de mddecinc. 
Membre <let Sociétét tnetoiniqoe, de bioktfte, plMtomeÜMijue, efc. 

Avete ASS Sg«rc». 

-•« - - I i ^jT- I - fl t — 

PARIS 

ADKIKN DELAHAYE, Ll ÜKAIKE-ÉÜITEUK 

(•LACE DE L'ÊCOLE-DE-DiOECISK 



h 



I8(S» 



PHYSIÜi.lMilK MKI)H:\U; 

DE I.A 

CIRCULATION DU SANO 



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Paris. — ■ Imprimerie de E. IIartiniTi me Mignon, 3. 



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PHYSIOLOGIE MÉDICALE 

• DE LA 

CIRCULATION DU SANG 



B ASi ( 

SLR L’ÉTIiDE GRAPHIQUE DES MOUVEMENTS DU CiEUR 

ET DU POULS ARTÉRIEI, 

AVIC 

AmicuinY m naudies de i ippareil circulatoire 



fA B 

Le E. J. MAREY 



Ancien inlorno dei hdpilaux de Pnrtt, laurdal de nn»l>tut el de la FacuUd de roddecine, 
Membre dea Sociétés anMomique, de biologie, pliiloinaüitqne, etc. ] 



Avec fS& fl^ree. 




ADRIEN DELAHAYE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

PLACE DE L'iCOLE-DE-«lDECIXE 

1863 

Touî» droîls ré«4*r3’A. 



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A 



GUSTAVE MEYVIER 



MORT DAXS UNE VTRinlTIOK ACIIIITIFICCF. A BARNAOFI. ORIEXTAI.F.), 

I.E 2t MtRN iRn->. 



Ce livre que tu ne devais pas voir, c'est toi qui, le premier, 
m’as encouragé ;i l’entreprendre ; j’en devais l'hommage à la 
mémoire, martyr inconnu, dont je suis fier d’avoir été l’ami. 



E. . 1 . MAltF.Y. 



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Il nous a si'inblc ([u'uiic application méthodique 
il(! la physiologie à la médecine était aujounriiui 
réalisiible , grâce aux travaux des physiologistes 
moilemes, et nous avons essayé, dans l’étude d’uiic 
fonction, la circulation sanguine, de montrer quelle 
clarté les notions physiologiques peuvent répandre 
jusque sur les phénomènes morbides. 

Une pareille entreprise était attrayante, mais 
pleine de difficultés; aussi u’est-ce pas sans hésita- 
tion (jue nous nous y sommes engeigé. Heureusement 
nous avons été soutenu par les témoignages d’appro- 
bationdes plus hautes autorités: de l’Institut et de 1a 
Faculté de médecine, ((ui nous ont couronné; de 
l’Académie de médecine, ({ui, dans un rapport flat- 
teur, a sanctionné nos travaux; des Ecoles étran- 
gères, dont une, l’université de Hollande, vient de 
mettre au concours, pour le prix de médecine, l’aj)- 
préciation de ces travaux. En même temps que le 
corps médical nous donnait tant de preuves d’estime 



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Vtll 



et «le syiii|iatliif , nous trouvions mipivs do nos 
maîtres, dans les lui|>itanx de Paris, tontes les l'aci- 
lités d'étude que nous pouvions désirer, ainsi (|u une 
Idenveillanee qui ne s fst jamais démeidie et dont 
nous sommes heureux d’exjuimer puhli(|uemeiit 
notre reeonnaissauee. 



Paris , août <863. 



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PHYSIOLOGIE MÉDICALE 

UE LA 

CmCULÂTlON DU SANG 



INTRODUCTION. 



Si l’on voulait caractériser les tendances du xix' siècle 
dans les sciences médicales, et résumer les principaux 
progrès qu’il a inaugurés, on pourrait dire (lue nous 
appartenons à l’époque qui a donné la plus forte impul- 
sion à la science du diagnostic physique des maladies. 
L’auscultation et la percussion sont entrées dans la pra- 
tique à tel point, que la plupart des médecins savent 
aujourd'hui constater et délimiter des lésions anatomiques 
qu’on (Jtait réduit autrefois a soupçonner vaguement. 
Aussi la recherche de la lésion est-elle de nos jours la 
préoccupation dominante. 

Si la physiologie était aussi avancée que l’anatomie, si 
l’on pouvait sur le vivant interroger la fonction comme 
011 interroge l’organe, sans doute le trouble fonctionnel 
serait recherché, comme l’est aujourd’hui la lésion, avec 
la môme ardeur et avec le môme succès. .A côté de 
V Anatomie pathologique on cultiverait une autre branche 
de la médecine, qui s’appellerait la Phgsiologie médicale, 
et (jui nous apprendrait à quelles lois est soumis l’enchai- 

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INTROmîC.riON. 



iiemeiil dos plHMioiiiônes iiiorbidos. Telle est la peiisf'o 
qui a présidé aux travaux tpic nous publions. Cherchei' 
des moyens plus parfaits pour connaître la fonction sur 
riioninie vivant, c’est aussi perfectionner la comiais.sîince 
des troubles fonctionnels au lit du malade. 

C’est à la circulation du sang, et pins particuliéi'cnienl 
à l’étude du pouls artériel, cpie nous nous attacherons, et 
nous esi)érons prouver tpie l’olrservation de ce phénomène, 
un peu négligée de nos jours, doit èti'e con.sidérée comme 
un des éléments les plus sitrs du diagnostic dans un grand 
nombre de maladies. 

Pour que l’auscultation fournisse à l’élude des maladies 
du cœur .son .secours si précieux, il faut qu'avant tout le 
médecin soit bien familiarisé avec les signes physiologi- 
ques des mouvements du cœur; il faut qu’il ait une idée 
bien arrêtée sur la cau.se de chacun d’eux. Malheureuse- 
ment, sur ce sujet si important, des théories rivales sont 
encore en présence. Il est temps de faire ces.ser ce désac- 
cord, qui depuis si longtemps arrête les progrès du dia- 
gnostic médical. 

Mais, parmi les phénomènes extérieurs de la circula- 
tion, il en est un plus important encore que les mouve- 
ments du cœur, car il est plus souvent consulté par le 
clinicien : nous voulons parler du pouls artériel. Ce phé- 
nomène, nous osons le dire, est encore moins connu que 
le préahlent; sa cause et sa nature sont tout aussi discu- 
tées que celles des mouvements cardiaques, et do plus nos 
moyens de le percevoir sont plus imparfaits. Le cœur pré- 
sente presque toujours des battements sensibles à la main, 
des bruits que tout le inonde peut entendre; mais le pouls 
ne fournit qu’une sensation tactile très faible qui échappe 
souvent au toucher le plus cxeicé. A plus forte raison les 



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INTRODUCTION. 



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nuances délicates du pouls sont-elles difficiles à saisir. 
L’insuüisance des moyens d’étude a retardé considérable- 
ment la connaissance de ce phénomène. Si l’on compare 
les écrits de Galien aux ouvrages les plus modernes trai- 
tant de la valeur clinique du pouls, on voit que, depuis 
dix-sept siècles, la science a peu progressi’;; il semble 
même que, lassé de tant d’infructueux ell'orls, on laisse 
aujourd’hui ce point de la sémiotique dans un injuste oubli. 

11 est facile de comprendre pouniuoi l’étude du pouls 
a si peu progressé. Cela tient en grande partie, comme 
un le verra, à ce ([ue l'empirisme seul a présidé aux re- 
cherches faites sur ce sujet, sans profiter jamais des notions 
nouvelles que la science lui eût pu fournir. Dans les pre- 
miers âges de la médecine, on considérait le pouls comme 
produit [lar les esprits animaux, qui, contenus dans les 
artères, fra|)paient contre les [larois de ces vaisseaux et 
[(réduisaient des chocs de différentes espèces, selon les 
différentes maladies. Il est vrai i|ue, depuis la découverte 
d'Harvey, on sait que les artères contiennent du sang, et 
que c’est au mouvement de ce liquide que tient la pulsa- 
tion artérielle. Mais si l’idée (ju’on se fait de la cause du 
pouls n’est plus la même, la manière de f étudier dans les 
maladies a peu changé; les ouviages modernes publiés 
sur ce sujet sont toujours empreints de cette pensée qu'on 
doit trouver dans chaipie maladie une forme du pouls par- 
ticulière. Or, sauf le cas de maladie organique de l’appa- 
reil circulatoire, la nature du pouls, au lieu d’exprimer 
une affection spéciale, n'indique ([u’un étal particulier de 
la circulation, étal ipii peut exister dans un grand nombre 
de maladies très différentes. ce vice fondamental dans 
la manière do comprendre la valeur du pouls, il faut 
ajouter les difficultés malérielles que [uésente son obser- 



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fx INTRODl'CTIOX. 

vation. Comment sentir avec le doigt les nuances déli- 
cates de ce mouvement ? Comment garder fidèlement le 
souvenir de ces sensations fugaces? Aussi est- il bien peu 
de médecins qui sachent réellement apprécier les carac- 
tères cliniques du pouls pris en lui-mème, et s’en servir 
utilement pour le diagnostic et le pronostic des maladies. 

Mais ce n’est pas tout; une condition indispensable pour 
qu’une science puisse faire des progrès, c’est que les faits 
acquis puissent se transmettre facilement d’une généra- 
tion à l’autre. Or, si quelque médecin doué d’un tact subtil 
et d’une grande patience arrive, à force d’observations, à 
reconnaître dans le pouls des malades certains caractères 
importants, comment va-t-il exprimer à ses élèves ce (ju’il 
perçoit lui-niéme? Tronvera-t-il chez ceux-ci un tact na- 
turellement assez délicat pour percevoir tout de suite des 
sensations (pi’il n’est arrivé lui-mème à distinguer qu’après 
do longs efforts? K.spérera-t-il, jiar des définitions ou des 
métaphores, faire comprendre la nature d’une .sensation 
tactile? Il n’y réussira assurémenl que dans un nombre 
de cas très restreint; aussi, sauf certains caractères du 
pouls extrêmement tranchés, tels (pie sa foice, sa fai- 
blesse, sa ré'gularité, sa fréipienco, son redoublement, 
nous ne pouvons, dans les descriptions cla.ssiipies, com- 
prendre ce que l’autenra voulu dire, (“t contrôler la valeur 
de ses travaux. 

C’est donc une tout autre voie qu'il faut suivre pour 
que l’étude du pouls progresse, et prenne en médecine le 
rang important (pi’elle doit oi’cuper. 11 faut d’abord 
qu’elle s’appuie sur la physiologie expérimentale ; car le 
médecin qui interroge un symptôme doit, avant tout, .se 
rendre un compte exact de sa nature et des causes qui le 
produisent; alors seulement il arrive à en comprendre 



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INTRODUCTION. 5 

toute la valeur. Il faut ans.si remikiier à ces deux difTi- 
cullés fondanienlales que nous avons signalées : d’une 
part, au défaut de .sensibilité du toucher, qui ne nous 
donne que les caractères les plus saillants du pouls, et, 
d’autre part, à l’impossibilité de garder le souvenir des 
sensations perçues et de les définir clairement. 

On voit que c’est une base physiologique ipie nous 
cherchons pour établir un travail essentiellement médical ; 
c’est-à-dire que nous considérons les éludes physiolo- 
giques non plus comme accessoires, mais comme indispen- 
sahles au progrès de toute médecine. C’est là, du reste, une 
tendance générale à notre époque. Les progrès déjà accom- 
plis dans cette direction ont été tellement évidents pour 
tous les bous esprits, que chacun aujourd'hui se plaît à 
les proclamer. 11 n'est pas de médecin qui n'accorde une 
part à l’étude physiologique des fonctions même au lit du 
malade, tant il est vrai que dans l'organisme humain le 
désordre n’est jamais complet. 

Pour qu’une branche de la physiologie soit cultivée avec 
succès, pour qu’elle devienne féconde en découvertes 
nouvelles d’où la lumière jaillisse sur tous les autres 
points do la science, il faut (juc celte branche ait été l’ob- 
jet de longues et arides études; il faut qu’elle ait travei’sé 
cette phase ingrate où chaque fait qu’on découvre reste 
isolé comme une pierre d’allente, où il est impossible de 
conclure d’un phénomène à l’existence d’un autre, parce 
qu’on n’entrevoit pas encore le lien qui les unit, la loi 
simple qui préside à leur enchaiuement. Sous ce rapport, 
la circulation «lu sang n’a plus rien à envier aux autres 
fonctions de la vie; ctmx qui l’étudient aujourd’hui doi- 
vent un large tribut de reconnaissance à nos devanciers. 

Mais, si les progrès accomplis dans le passé nous mon- 



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G 



INTRODliCTiOX. 



Ireiit qu'à loule époquo ce que nous appelons au jonrcrhiii 
la philosophie positive a eu ses adeptes, il appartient à 
notre siècle d’avoir définitivement érigé en corps do 
doctrine ce qui n’était tprà l’état de tendance instinctive 
chez quelques hommes. I.a philosophie positive a fait 
pins : retraçant t’historiquo de tontes les sciences hu- 
maines, elle les a montrées marchant à travers des phases 
successives et partout les mêmes, vers un état de perfec- 
tionnement dans lequel elles sont tontes liées d’une ma- 
nière intime. A ce moment, le physiologiste retrouve 
jusque dans les phénomènes de la vie ces lois physiipies 
qui régis-senl aussi la nature inanimée. Non pas, bien 
entendu, que tout soit idiysitpie dans les phimornènes 
de l’organisme humain. Ainsi, la cause première des 
mouvements chez l’èlre vivant semhie être d’un ordre 
sp('cial, .sans analogue dans les corps inanimés: mais le 
mouvement une fois |iroduit est le même, ipielle qu’en’ 
soit la source. La pierre lancée par le hras d’un homme 
suit la mémo trajectoire (pie le ]iroj(îc,lile. lancé par la 
poudre à canon. Ce que nous disons du mouvement chez 
les êtres vivants s’applique à hien d’autres phénomènes 
trop complexiîs pour ipi’au premier abord on puisse y 
discerner une loi physitpio. t^est la difficulté d’en com- 
prendre nettement la nature qui les a fait prématuré- 
ment classer parmi les phénomènes vitaux, ce (pii dé- 
tourné de leur étude et arrête tout progri’is .souvent iiour 
un temps tirs long. Dès que la science a proclamé (pi'un 
phénomène est vikd, cela équivaut à dire que toute étude 
ultérieure sur sa nature (;st inutile; personne ne songe 
plus à explorer ce sujet. On s’arrête devant ces (Colonnes 
d’Hercule sur lesquelles il est écrit :Nec plusultrà. A moins 
qu’un louable scepticisme ne fa.sse douter de l’infaillihi- 



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INTRODUCTION. 



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lil(! (le C(‘iix i;ui oui Inicé celle dtH'ourageaiile iiiscriplion. 

Au commencernent de ce siècle, de pareill(!s idées 
avideiil giaiid’peiiie à se l'aire jour. A l’époiiue de Bidml, 
el sur la jiaiole du maîlre, les physiologistes admel- 
taieulque la vie consiste en une lutte perpétuelle de rétro 
organisé contre les lois physicjues, lois qui atteudeut que 
la luorl soit venue pour reprendre leur euqiire. Mais, eu 
dépit do sa devise, Bicliat donna une vive impulsion à 
la physiologie expérimentale , et, parmi les nomhreuses 
exjMh ieuces qu’il nous a laissées, il eu est qui sont des 
chefs-d’ceuvre comme interprétation physique des phé- 
nomènes de la vie. 

Magendie, tout eu admirant Bichal, prodania haute- 
ment que les fonctions des êtres vivants sont soumises aux 
lois physi(|nes; il inscrivit en tête de s(?s le(’ons : « Phéno- 
mènes phi/siqucs de la vie. » Aujourd’hui, la science est 
franchement eugag(ie dans la voie que nous sommes fier 
do suivre nous-méme ; il suffit d’onleiidre les leçons de nos 
physiohigisles modernes, do lire leurs professions de foi 
dans les préfaces de leurs livres, pour s’assurer ([ue le vita- 
lisme systématique a fini son temps. La science moderne 
ne croirait pas expliipier un fait, si elle se bornait à dire 
(pi’il lient à une propriété vitale inexplicable elle-même. 

lit circulation du sang est un des sujets pour lesquels 
la médecine a le plus besoin de s’éclairer de la physio- 
logie, el où celle-ci à son tour lire le plus de lumière des 
sciences physiques, delà indique, avons-nous dit, (|ue celte 
branche de la science a atteint un degré de perfection 
plus avancé, ('.es dernières anu('*es sont marquées par 
deux grands progrès ipii ouvrent aux recherches à venir 
des horizons nouveaux : en .\llemagne, rinlrodnclion des 
]»rocéd('-s graphi(|ues dans l’élude du nioiiveuM'Ul du sang; 



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INTRODUCTION. 



un France, la (liMiionstralinn de l’innnence du sj’slùmu 
nerveux sur la circulation pcn’iphérique. Cette dernière 
découverte, que nous devons à M. Cl. Bernard, et qui 
depuis dix ans a donné tant d’impulsion à la science, 
montre mieux que tonte autre combien la physiologie 
est indispensable à la médecine, tandis que les travaux 
allemands ont bien fait ressortir l’importance des connais- 
■sances physiques dans les études médicales. 

Cependant les découvertes de la physiologie n’ont pas 
encore rendu à la médecine tous les services que celle-ci 
à le droit d’en attendre, et cela parce que ces deux sciences 
diflèrent totalement par la nature des moyens dont elles 
disposent jiour la découverte ou la constatation des phé- 
nomènes. 

11 y a dans toute lilude deux moyens principaux d’arri- 
ver à la connaissance des faits : l’expérimentation, d’une 
part, et l’observation, de l’autre. Ces deux moyens ne 
peuventpas toujours être employés simultanément : ainsi, 
tandis que la physiologie progresse sans cesse par te 
secours de l’expérimentation, la médecine, réduite trop 
exclusivement peut-être à l’observation toute seule, ne 
peut pas marcher aussi vite dans la voie du progrès. 

I.e physiologiste expérimentateur ne rencontre que très 
peu d’obstacles quand il veut se rendre compte d’un phé- 
nomène. Veut-il savoir les fonctions d’un nerf, il le 
dénude, le coupe, l’électrise. Veut-il connaître la tempé- 
rature relative des différents organes, il plonge le ther- 
momètre an sein des tissus. S’agit-il d’évaluer la force du 
cœur, il enfonce le manomètre jusque dans les oreillettes 
ou les ventricules. En un mot, le vivisecteur .se rend la 
tâche facile par la nature même des moyens qu’il emploie. 
Mais, qiiii ce même savant veuille transporter à la con- 



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INTRODUCTION. 



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nais-sance de l’homme les notions acquises dans l’expéri- 
inentation sur les animaux ; que, placé en face d’un 
malade, il veuille savoir comment s’exécute une fonction , 
alors privé de ses moyens d’investigation ordinaires, il est 
souvent réduit à l'impuissance. 

La physiologie du médecin, celle qui peut s’appliquer 
à l’homme, u’aura jamais pour base de ses recherches que 
l’observation des signes extérieurs, en général peu accu- 
st^s, qui révèlent la fonction des organes cachés. C’est 
cette observation qu’il faut perfectionner de telle sorte 
que nous puissions, à défaut d’autres éléments d’étude, 
analyser les signes extérieurs jusque dans leurs nuances 
délicates. 

La fonction dont nous avons à nous occuper ici, la 
circulation du sang, peut varier de mille manières, parce 
que le cœur, le sang, les artères, les capillaires, etc., 
auront varié en quelque chose dans leur état anatomique 
ou fonctionnel. Dans toutes les formes diverses de la cir- 
culation, il y aura des bruits et des chocs à la région du 
cœur, des pulsations aux artères, etc.; mais ces bruits, ces 
chocs, ces pulsations, auront un caractère particulier d’où 
nous pourrons déduire les changements survenus dans la 
fonction tout entière. 

Le meilleur moyen de perfectionner rapidement cette 
étude des signes extérieurs d’une fonction consiste à recu- 
ler les limites de nos sens, à suppléer à leur perception 
trop bornée, ou, par certains artifices, à rendre visibles ou 
palpables des phénomènes qui ne le sont pas naturelle- 
ment. N’est-ce pas un immense progrès que d’avoir rendu 
accessiblesau regard, à l’aide de certains instruments, des 
cavités profondes dont les lé.sions nous étaient inconnues? 
li’intérieur de l’œil, le larynx, la trachée, la région pos- 



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INTRODUCTION. 



térieure des fosses nasales, le vajïin, etc., sont aujourd'hui 
presque aussi faciles ii explorer que les parties su|)crli- 
cielles du corps. Le diagnostic de leurs afTeclious a gagné 
en certitude et on précision partout où les signes phy- 
siques sont venus s'ajouter aux signes rationnels. Aussi 
l'ophthalmoscope, le laryngoscope, le spéculum, etc., 
sont-ils définitivement adoptés parles médei insqui veulent 
donner à leur diagnostic toute la sûreté possible. 

Le cathétérisme, pratiqué avec des sondes pinson moins 
rigides, n’a-t-il pas rendu les plus grands services pour 
le diagnostic de certaines affections? C'est en définitive 
un moyeu de reculer les limites de notre touchei', et de 
sentir, iiour ainsi dire au bout d'un doigt artificiel, des 
réti’écissements, des corps étrangers, des calculs, des 
fongusdont nous n’eussions pu, sans cela, que supposer 
l'existence, et dont nous eussions entièrement ignoré le 
siège précis, le volume, la consistance, la forme. 

La percussion et l'auscultation, dont tous les médecins 
reconnaissent les bienfaits, sont des moyens analogues; 
elles nous pei niettent de iléterminer et de locali.ser un cer- 
tain nombre de lésions des organes cachés, et cela, d’après 
certaines nuances du son produit en perculani, et des 
bruits perçus par l’oreille appliipiée sur le thorax. Mais 
ces procédé's, malgré leur grande importance, sont déjà, 
au point de vue de la perfection, d’un ordre inférieur à 
ceux dont nous avons parlé. Que de causes peuvent ren- 
dre niât un point naturellement sonore ! Que de lésions 
anatomiques peuvent donner lieu à un souille en un point 
quelconque du poumon! 11 faut, dans ces cas, s’aider 
d'une foule do considérations, peser la valeur de phéno- 
mènes coniradicloires, pour arriver en définitive à un 
diagno.slic tpii n'est souvent que i»robable et incomplet. 



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INTRODUCTION. H 

Les progrès de la clinique médicale, si grands de nos 
jours, ont reçu leur vive impulsion de rinvenlion de nou- 
veaux procédés d’étude. C’est à ceux-ci qu'on doit rap- 
porter les principales découvertes laites en médecine 
dans notre siècle. C’est eux qui substituent chaque jour 
la certitude à l’hypothèse, et tout le monde, tacitement 
ou tout haut, leur rend celle justice. Aussi pensons-nous 
que c'est par le perfectionnement do ces proc.édés que la 
médecine se perfectionnera elle-même. 

Si la plessimétrie offre sur la iwrcussion immédiate un 
certain avantage en rendant plus nettes les différences du 
son qu’on développe en percutant, combien ne serait-il 
pas désirable que l’auscultation, ipii donne déjà des signes 
bien jilus variés, trouvât un nouveau perfectionnement 
dans l’emploi d’un appareil qui renforçât les sons, qui 
transformât en ilifférences trancht'-es les nuances peu 
perceptibles, qui nous fil entendre distinctement les sons 
trop faibles pour arriver jusiju’à nous? La réalisation 
d’un tel appareil n'est pas encore arrivée, mais il est 
permis de l’espérer; en attendant, il est possible, dans 
une autre voie, de n’aliser un progrès analogue : nous 
vouions parler de Vélude des diverses formes du mouve- 
meut dons les fonctions de la vie. 

Lorsqu’un médecin s’approcht' du lit d’un malade, il 
aperçoit, en môme temps que r.ispect extérieur, certains 
mouvements qui révèlent le jeu des organes. I.,a respi- 
ration, plus ou moins ample, plus ou moins rapide, plus 
ou moins égale, le frappe tout d’abord. Les battements 
du coeur contre la poitrine sont aussi (pielquefois percep- 
tibles à l’œil ; les mouvements des artères, les alternatives 
de tui'gescence et de déplétion des veines, tous ces phé- 
non'ènes viennent le renseigner sur l’étal d;'s fonctions 



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INTRODUCTION. 



Si la vue est insuflisante, la main appliquée sur la poitrine, 
le doigt placé sur une artère, ajoutent encore de nouveaux 
renseignements à ceux qui existent déjà. Pour l’appareil 
musculaire, la force, la régularité, la durée des contrac- 
tions nous renseignent utilement sur l’état de la fonction 
locomotrice. Mais dans celte étude si délicate des mouve- 
ments fonctionnels, nos sens sont plus que jamais au-des- 
sous de leur tâche. Quoi de plus complexe, en effet, qu’un 
mouvement? 11 offre à considérer son amplitude, sa force, 
sa durée, sa régularité, sa forme. Et si la force de ce 
mouvement est insuflisante pour que nous puissions le 
percevoir, si sa durée est trop courte pour que nous ayons 
le temps d’analyser les autres caractères, nous n’en avons 
plus qu’une notion vague et incomplète, si même il ne 
nous échappe pas tout à fait. 

Heureusement, la physique a fait de tels progrès, que 
nous n’avons aujourd’hui qu’à lui demander son aide 
pour connaître dans leurs plus minutieux détails, et avec 
la plus grande exactitude, des phénomènes qui échappent 
aux sens. Le mouvement n’a plus de mystères pour le 
physicien ; sa vitesse, quelle qu’elle soit, peut être dé- 
terminée ; celle de la lumière et de l’électricité l’a été. 
L’intensité des mouvements peut aussi .s’évaluer; les res- 
sorts, les manomètres, la déterminent. Mais quand un 
mouvement change à chaque instant; quand, prenant à 
chaque fraction de seconde une allure différente, il délie 
l’œil de le suivre, la pensée de l’analyser, va-t-il échap- 
per au physicien? Nullement. Le voici enregistré par un 
appareil et fixé sur le papier. Il vient alors se soumettre à 
l’équerre et au compas. Il volait tout à l'heure, et mainte- 
nant captif, il explique de lui-nième les lois (fui le gou- 
vernent : il e.st compris. 



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INTRODUCTION. 



13 



Les instruments auxquels nous faisons allusion ici. et 
qu’on désigne sous le nom lYappareils enregistreurs à in- 
dications continues, sont une invention de date récente. 
Cependant leur emploi s’est déjà propagé considérable- 
ment. Avec quelques changements dans leur disposition, 
on j)eut appliquer ce genre d’appareils à l’élude d’une 
infinité de mouvements variés, en physique, en météoro- 
logie, en physiologie, etc. 

La première machine basée sur ce principe est celle de 
MM. Poncelet et .Morin ; elle avait pour but de déterminer 
la nature des mouvements d’un corps qui tombe dans l’es- 
pace. On connaît généralement cet ingénieux et simple 
mécanisme dont nous aurons à parler plus tard. Dérivés 
d’un môme principe, les appareils enregistreurs à indi- 
cations continues sont aujourd'hui très nombreux. C’est 
à eux que les physiologistes se sont adressés pour obtenir 
la solulion do plusieurs problèmes relatifs particulière- 
ment aux mouvements du sang. 

Ce serait pour la médecine une infériorité réelle que 
de ne pas profiter de ces découvertes; de n’avoir pas, elle 
aussi, le moyen de reconnaître avec une précision très 
grande les variations (jue peuvent subir dans les maladies 
certains mouvements ((ue nos sens perçoivent mal. Les 
médecins l’ont bien compris, et en Allemagne surtout, 
où les études physiologiques sont plus intimement unies 
à celle de la médecine, l’introduction de moyens exacts 
d’analyse est un fait accompli. Un double progrès en est 
résulté : d’une part, un perfectionnement dans la connais- 
sance des phénomènes physiologiques chez l’homme, et, 
d’autre part, une appréciation plus exacte des symplùmes 
dans les maladies. 

Puisque nous prenons la physiologie pour point de 



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INTBODUCTION. 



dépari de ce travail, puisque nous ne nous bornons pas 
à étudier empiriquement les Ibrmcs du pouls, soit en 
santé, soit dans les maladies, mais que nous voulons au 
contraire en comprendre autant ipie possible la cause et 
le mécanisme, il faut avant tout être bien fixé sur la 
nature du pouls et sur son mode de production. Dès lors 
il est indispensable de présenter dès l'abord un tableau 
d’ensemble de la circulation telle qu’elle doit être com- 
prise aujourd'hui. Tout s’enchaîne dans la fonction circu- 
latoire, chaque partie est .solidaire de toutes les autres: 
le cœur se contracte différomment, .suivant l’état des 
vaisseaux; le sang parcourt plus ou moins vile les voies 
circulaires dans lesquelles il se meut sans cesse, ür, sui- 
vant la rapidité du cours du sang, suivant la largeur ou 
rélroites.se des vaisseaux contiactiles qu’il parcourt, la 
brusquerie ou la lenteur des contractions qui le poussent, 
le pouls et les autres signes physiques qui révèlent le 
mouvement du sang prendront des formes très variées. 

Le mouvement du sang dans les vaisseaux, tel que l’a 
décrit Harvey, peut s’expliquer en entier par rinlluence 
d’une cause unique : la contraction du cœur. .Mais loi's- 
qu’on approfondit davantage l’élude des phénomènes 
physiologiques, ou s’aperçoit bien vite que cette force 
unique ne suftit pas pour tout expliiiuer. De tout temps, 
eu elfel, on a observé que le sang se distribue d’une ma- 
nière inégale dans les ditférents points du coips; que 
tantôt il semble abandonner une région limitée, ipii de- 
vient alors pâle, froide, exsangue, et pour ainsi dire éma- 
ciée subitement ; tandis que d'autres fois le sang aflluc à 
une région qu’on voit, sous cette inlluence, .se gonller, 
rougir et devenir plus chaude que d’ordinaire. Ces varia- 
tions dans les circulations locales, ne pouvaient plus s’ex- 



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INTRODUCTION. 



15 



pliqiier par la seule force du cœur ; il étail évident (lu’uiie 
coiitiaclioii de cet oruaiie ne pouvait donner au cours du 
sang une direction particulière, et envoyer ce liquide plus 
abondainineiit à un organe qu'à un autre. 

Il fallait cependant expliqiKT ces faits, et, selon l’habi- 
tude, on imagina des forces spéciales qui poussaient le 
sang dans telle on telle direction, des forces congestives, 
qui prirent des noms divers : raptvs sauguinis, molimen 
hæmorrhagicum, etc. D'autres fois, comme on voyait 
qu’autour d'un point traumatiquenient lésé, les symptô- 
mes de la congestion .se produisaient, on supposait une 
force nouvelle, un appel du sang. Knfln, dès qu’on s’aper- 
çut qu’un organe qui fonctionne, une glande qui secrète, 
par exemple, présente l’état de congestion, on supposa 
que cet état tenait à une activité locale de la glande. 

Voici ce que Bordeu écrivait au siècle dernier, et dans 
ces quel(|ues lignes se réflète tout entière l’idt'ïcque nous 
voulons signaler (1) : 

U La dii ection des humeurs vers une glande ne saurait 
» dépendre de la simple action du cœur ou des lois géné- 
» raies de la circulation ... Comment donc expliquer ce 
» phénomène? Un dirait que les glandes agissent comme 
» des ventouses; elles attirent pourainsi dire les humeurs. 
» Ce phénomène est bien important, même jiour la théo- 
» rie de toutes les maladies où l’on voit évidemment des 
» transports d'humeurs (“2) très indépendants des causes 
» ordinaires de la circulation. » 

Du moment que les physiologistes saisirent cette coïn- 
cidence entre le fonctionnement d’un organe et la circu- 

(1) Dordou, Ofiicres complètes. Paris, 18)8, l, I, p. 16). 

(2) Ce que l'auicur a écrit prâcedeinment montre que, par le mol 
liiim'ur, c'est L'icn le sang qu'il prelend désigner ici. 



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16 



INTRODUCTION. 



lation plus abondante à son intérieur, il s’établit dans 
leur esprit l'idée d’une corrélation entre ['activtté, c’est- 
à-dire l’exercice complet des forces d’une partie, et l’ac- 
croissement de la circulation dans celle-ci. 

Nulle part peut-être, en physiologie, 1e danger de rai- 
sonner sur des entités, sur des forces imaginaires, ne se 
montre d’une ftianière plus nette que dans ce sujet si im- 
portant de la circulation périphérique. 

Au siècle dernier, Cullen, Sydenham, J. Hunter, ont 
longuement discuté sur la cause des variations locales de 
la circulation. Les débats qui se sont élevés à cette époque 
nous ont dotés d’une doctrine médicale qui est encore 
presque généralement adoptée de nos jours. Elle consiste 
à regarder certaines maladies, fièvres, congestions, in- 
, ilammations, comme sthéniques, c’est-a-dire dépendant 
d’un excès de forces; certaines autres, de nature opjiosée, 
ou asthéniques, comme expression de la faiblesse du sujet, 
i De là des méthodes thérapeutiques basées sur les mêmes 
; idées, consistant à abattre ou relever, selon le besoin, les 
forces du malade : méthodes stimulantes et contro~stimu~ 
tantes. — Cette digression était indispensable pour mon- 
trer les desiderata de la physiologie circulatoire au point 
où Harvey l’a laissée, et pour faire voir que ces questions, 
qui rentrent dans le domaine d’une science presque re- 
gardée comme accessoire, sont cependant la vraie base de 
toute doctrine médicale, de toute thérapeutique. 

Voilà donc l’école physiologique ancienne entraînée à 
admettre l’existence de forces multiples d’une nature in- 
connue, pour expliquer les variations locales de la circu- 
lation du sang. Nous montrerons, dans un rapide aperçu 
de la fonction circulatoire, que toutes les variations dans 
le mouvement du sang peuvent s’expliquer par des lois 



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INTnODUr.TlOV. 



17 



physiques, et que, pour leur production immédiate, la 
nature n’emploie qu’une seule force vitale, celle qu’on 
retrouve tonjoui’s partout où il y a mouvement. Nous 
voulons parler de la conlraclUité. IVun côté, cnnlraclion 
dn cœur pousse le sang à travers les artères, les capil- 
laires et les veines ; plus elle est énergique, plus le mou- 
vement circulaire du sang doit être rapide. Mais, à l'autre 
extrémité de l’appareil circulatoire, la conlraclion des 
capillaires rétrécissant plus on moins les voies ([ne le sang 
doit traverser, est nu frein qui tempère l’action du cœur, 
et qui, créant devant ce moteur unique d(;s résistances 
qui peuvent être locales ou générales, enraye plus ou 
moins le pas.sage du sang, tantôt dans un point limité du 
corps, tantôt dans l’économie tout entière. 

La contractilité des petits vaisseaux n’est pas .seulement 
le régulateur de la circulation périphérique, elle étend 
son empire ju.sque sur le cœur lui-même. Un verra, 
en effet, (pio si une contraction énergique des capillaires 
fait un grand obstacle ii la circulation du sang dans les 
organes, le co-iir ralentit ses battements. Réciproque- 
ment, ([lie si le relâchement de ces mêmes vaisseaux lais.se 
passer le .sang avec facilité à travers les tissus, les batte- 
ments du cœur s’accélèrent. 

Jus((u’ii présent, la contiaction des vaisseaux capillaires 
a (Hé mal comprise dans ses elfels. Les physiologistes ont 
indiqué, trop vaguement peut-être, le lôle de cette pro- 
priété ([u’ils ont démoiitiVs; et rallachée à des iulluences 
nerveuses, yuant aux médecins, dans leurs applications 
d('s notions de la physiologie, ils ont |)our la plupart mal 
interprété les phénomènes et fait jouer à cette contraction 
un rôle qu’elle n’a pas 1). 

(1^ I)ro\Mi. (’iélpti. Syil«nli;ini. 



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18 



INTKODÜCTION. 



Qu’un liquide s'écoule par un robinet sous une certaine 
pression ; suivant que le robinet sera plus ou nioinsouverl, 
le débit sera plus ou moins abondant. Le rôle de la con- 
tractilité des vaisseaux n’est pas autre que de resserrer ou 
de relâcher plus ou moins les voies que le sang parcourt, 
et de faire varier ainsi la quantité de sang qui les traverse 
en un temps donné. 

On a voulu, au contraire, douer les vaisseaux d’une 
systole impulsive qui agirait comme celle des ventricules; 
mais on a oublié que la systole du cœur lui-même serait 
ineiiicace k pousser le sang dans une direction déterminée, 
s’il n’y avait des valvules destinées précist'ment à diriger ce 
cours. Le cœur serait alors une pompe sans soupape ; à 
chaque contraction, le ventricule renverrait dans l’oreil- 
lette le sang qu’il en a reçu ; dès lors plus de circulation 
possible (1). Que les capillaires se contractent brusque- 
ment, leur eflet tendra aussi bien à faire refluer le sang 
dans les artères qu’à le pousser dans les veines. 

Tout en considérant les changements de diamètre des 
petits vaisseaux comme la mise qui règle la quantité de 
sang qui circule en chaque point de l’économie, certains 
physiologistes ont admis deux forces pour produire ces 
changements : l’une est la contraction, l’autre la dilatation 
active. Celte seconde force représenterait à peu près ce 
qu’on nommait autrefois la force d'appel du sang ; elle ne 
nous semble pas plus réelle. Il suffit, en effet, que la con- 
traction d’un vaisseau cesse pour que ce vais.seau se dilate 
sous l’influence d’une force intérieure dont nous aurons à 
parler : la tension artérielle ou pression du sang. 

(1) Cette erreur a été très judicieusement relevée par Bérard, Traité 
de phytiologie, t. III, p. 774. 



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INTBOOTCTION. 



19 



Il est vrai que cette dilatation des vaisseaux peut arriver 
sous l’influence d’une excitation nerveuse (1); mais alors 
il nous semble qu’on doit admettre simplement que la 
fonction de ces nerfs est de faire relâcher les tuniques 
vasculaires et de les laisser ainsi distendre par la pression 
du sang artériel. Toute aspiration de liquide est impossible 
de la part d’un tube à parois minces et souples qui s'affais- 
seraient sous la pression atmosffliérique. Deux forces an- 
tagonistes suffisent donc à produire la circulation capil- 
laire. L’une de ces forces tend sans cesse à dilater les 
vaisseaux : c’est la tension artérielle dont la source est 
dans l’action du cœur. L’autre lutte constamment contre 
cette pression du sang et ramène les vaisseaux à un calibre 
plus ou moins étroit : c’est la contractilité vasculaire. Que 
cette force faiblisse, la pression du sang dilate les vaisseaux 
et, les rendant plus perméables, produit à leur intérieur 
un courant plus rapide. 

La médecine a besoin de reconnaître tous les change- 
ments qui surviennent dans l’état de la circulation, non- 
seulement ceux qui tiennent à ces influences nerveuses 
que nous venons de mentionner et dont le siège est à la 
périphérie du corps, mais aussi les désordres non moins 
intéressants qui proviennent des lésions du cœur ou de 
ses troubles fonctionnels. Jusqu’ici un grand nombre de 
ces perturbations dans l’état circulatoire échappaient à 
notre observation. Nous espérons montrer qu’à l’aide de 
procédés nouveaux, on peut étendre beaucoup le domaine 
de la sémiologie. C’est l’étude du pouls qui nous don- 
nera les signes les plus importants; non pas que nous 

(1) Voir à ce sujet les belles expériences deM. Cl. Bernard, relative- 
ment à l'action de certains nerfs sur la circulation dans les glandes 
(Complet rendit) rie l'Académie des sciences, 1860). 



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20 



INTROmiCTION. 



prélciidions restreindre à ce signe unique les moyens de 
diagnostic au lit du malade ; on doit, au contraire, se 
renseigner par tous les moyens connus quand il s’agit 
d’asseoir un diagnostic. Mais tout eu contrôlant les don- 
n»^s fournies par le pouls à l’aide, de celles que donnent 
l’auscultation, la percussion et môme les signes rationnels, 
nous attacherons dans certains cas une râleur plus grande 
H la forme de la pulsation artérielle qu’à tout autre signe, 
parce que le pouls dépend plus directement de la fonc- 
tion circulatoire. 

Ce qui fait la valeur d’un signe clinique, c’est le degn’î 
de perfection avec lequel nous en pouvons saisir les variétés. 
Si l’auscultation dn |)oumon ne fournissait dans tous les 
cas pathologiques qu’une seule espèce de bruit anormal, 
ou si nous ne sjivions distinguer que l’existence ou l’ab- 
sence des râles sans en reconnaître les variétés, l’impor- 
tance de cet élément dn diagnostic serait bien diminuée. 
Nous saurions simplement distinguer un poumon sain d’nn 
|Miumon malade, quelle que soit du reste lu lésion : pneu- 
monie, bi-onchite nu tubercules.tie que serait l’auscultation 
réduite à cet état riulimentaire, l’observation du pouls 
l est aujourd’hui, si l’on se contente du doigt pour explo- 
rer les pulsations artérielles. Mais à l’aide d’un instrument 
d’une extrême sensibilité, le sphygmographe, nous prou- 
verons qu’on peut saisir dans les formes du pouls des 
nuances délicates très multipliées et qui suffisent souvent 
pour faire reconnaître à elles seules la nature de la 
malailic; 

L'histologie a trouvé dans l’cmiploi du microscope un 
secours précieux ; grâce à cet instrument, elle a pu fran- 
chir les limites que semblait lui assigner la ténuité dc.s 
éléments dont nos tissus sont formés. L'édude du pouls 



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IN J RODLCI ION. 



21 



|MiUtse tuh'ti uujoiad'hui diiiis dos condilions aussi uvaii- 
tagcuscs. En effet, à l'aido ilii s[»hygim)griipho on pont 
ainpiifler ce mouvement si délicat et si rapide qui con- 
stitue uu battement d’une artère ; on peut, disons-nous, 
le grossir dans ses deux éléments : amplitude et durée. 
Aussi pourrait-on définir cet appareil un microscope du 
mouvement. Ce n’est pas tout : cet iiislrument laisse une 
trace écrite de ses indications et })eri)étue ainsi un phéno- 
mène fugitif dont le souvciiii- serait bien vite effacé 
sans cela. 

l.’utilité pratique est de nos jours la première ([ualité 
qu’on exige d'un travail, et c’est avec raison que le 
lecteur s’enquiert tout d’aboid des applications qui 
devront découler d’une étude Ibéorique. Nous devons 
donc exposer les avantages (jue nos moyens d'étude 
offrent au praticien. 

I.CS maladies qui iulluencent au plus haut degré 1e 
mouvement du sang sotit, comme on pouvait le supposer, 
les affections du cœur ou celtes de l’appareil circulatoire- 
C’est déjà un vaste champ d’étude que celui-là, car, indé- 
pendamment des lésions organiques du cœur ou des 
vaisseaux, des troubles fonctionnels peuvent arriver à 
chaque instant et changer la forme du pouls, celles des 
battements du cœur, etc. Le nombre des états circula- 
toires qu’on peut reconnaître est considérable, comme on 
le verra par la suite. Nous pouvons allirmer et nous 
prouverons plus tard qu’une alfection organique du cœur 
IHjut le plus souvent se diagnosliiiuer d’après le tracé du 
pouls tout seul et sans le secoui's de l’auscultation. Nous 
avons maintes fois fuit l’expérience qui consiste à appli- 
quer l'inslrument sur la radiale d’un malade atteint 



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22 



INTRODUCTION. 



d’affection organique du cœur, et à annoncer les signes 
d’auscultation qu’on devait entendre en appliquantToreille 
sur le cœur. Or, si l’étude du pouls fournit un élément de 
diagnostic de même valeur que l’auscultation, combien 
sera plus certain un diagnostic établi sur la concordance 
de ces deux ordres de signes d’une nature si différente, 
venant se confirmer l’un l’autre? 

Quelquefois l’auscultation est impossible, soit parce 
qu’une affection du thorax produit des bruits qui mas- 
quent ceux du cœur, et ce cas est fréquent, soit pour 
quelque autre motif. Il ne resterait dans ces cas que les 
signes rationnels pour établir le diagnostic ; mais l’examen 
du pouls vient remplacer l’auscultation qui fait défaut et 
fournit des signes physiques d’une certitude qui laisse peu 
à désirer. 

Ailleurs, l’auscultation ne donne que des signes dou- 
teux : le cœur déplacé empêche de déterminer exactement 
le siège des bruits; ou bien encore la lésion siège dans 
les cavités droites, ce que l’oreille ne peut guère nous 
apprendre ; ou bien enfin les signes donnés par l’auscul- 
tation semblent tous se rapporter à une maladie bien 
tranchée et c’en est une autre qui existe. Tous ces cas, 
dans lesquels l’oreille peut nous tromper, trouvent dans 
le tracé du pouls un critérium indispensable, nous en 
pourrions citer de nombreux exemples tirés de notre 
expérience journalière. Ces faits trouveront leur place 
dans ce travail, on verra en temps et lieu comment des 
affections de la valvule tricuspide avaient été prises pour 
des affections de l’orifice mitral ; comment l’insuffisance 
valvulaire de l’artère pulmonaire simulait à s’y mépren- 
dre l’insuffisance aortique, sauf les signes tirés du pouls; 
comment dos péricardites peuvent avoir des bruits de 



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INTRODUCTION. 



23 



frottement assez doux et assez bien rhythmés pour imiter 
des altérations des orifices. Ailleurs ce sera uu anévrysme 
disséquant qui donnait lieu à tous les signes d’auscultation 
d’une insuffisance aortique. Le tracé du pouls a suffi pour 
montrer que les valvules de l’aorte étaient hors de cause. 
Enfin, certains sujets, que l’on considère comme atteints 
d’une affection organique du cœur sans bruits de souffle, 
n’ont bien souvent qu’une ancienne bronchite, un em- 
physème, ou quelque autre maladie du poumon ; la forme 
du pouls permet encore de distinguer ces cas. 

Dans les affections que nous venons de passer en revue 
les progrès de l’auscultation ont déjà poussé très loin la 
certitude du diagnostic. Si l’étude graphique du pouls 
offre dans ces cas des avantages considérables, elle n’est 
pas absolument indispensable; il est des cas simples où 
l’oreille toute seule permet de faire un diagnostic irré- 
prochable. Mais il n’en est plus de même dans un autre 
ordre d’affections oi^aniques de l’appareil circulatoire 
dans lesquelles l’auscultation ne fournit que des signes 
douteux ou même n’en fournit aucun. Nous voulons parler 
des affections du système vasculaire. 

f>es anévrysmes, lonsiiu’ils sont très apparents à l’exté- 
rieur, ont, indépendamment des signes d’auscultation et 
de percussion, des mouvements d’expansion qui les font 
facilement reconnaître ; mais si la tumeur est cachée dans 
les cavités splanchniques, le diagnostic présente de grandes 
difficultés. Si une tumeur solide repose sur une artère 
volumineuse, et si elle est soulevée par les battements 
de ce vaisseau, on la prend souvent pour un anévrysme. 
On verra quelle utilité présente dans ce cas la forme de 
la pulsation prise soit sur la tumeur, soit au-dessous 
d’elle, et comment cette forme suffit pour lever les doutes 



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•i/l 



IMKOUICTIUN. 



dans un giuiul iiuiidji e de cas. L'iiulurutiun et I ossiücution 
des artères, le relHchement de ces vaisseaux et la dilata- 
tion du système capillaire sont aussi des états importants 
il reconnaître; ici encore, c'est le pouls ipii foiiriiit les 
renseignements les plus certains. Nous montrerons coni- 
inentla l'ormedu tracé du pouls permet déjuger facilement 
de l’étal des vaisseaux. Certaines affections dans lesquelles 
les conditions de la circulation sont dilliciles à préciser, 
l’état typhoïde, l’adynamie, l’intoxicatioii saturnine, etc., 
ofirent des formes du pouls assez caractéristiques pour 
qu'on doive en tenir un grand compte dans le diagnostic. 
Dans bien des cas, c'est rempirisnie seid qui conduit à 
déterminer que telle forme du pouls correspond à tel étal 
morbide ; mais en attendant que les conditions d’existence 
de toutes les variétés de la pulsation soient bien déter- 
minées et que la physiologie pathologique des ditléreuts 
états circulatoires correspondants soit (‘tablie, le praticien 
peut tirer grand pi ofil de ces notions expérimentales. 

En résumé, le moyen que nous pioposoiis pour l’étude 
du pouls a pour but de rendre sensibles à tout le monde 
des nuances très délicates qui échappent à la plupart des 
médecins. 11 sufBt d’un coup d’œil surce livre pour recon- 
naître que toutes ces formes variées, dont nous ne présen- 
tons pourtant que quelques types, ne peuvent ètie bien 
appréciées à l’aide du doigt tout seul. On conviendra que 
pei-somie n’a jamais distingué par le toucher autant de 
variétés de pulsations qu’on en voit figurées dans nos 
planches. Nous croyons que c’est rendre service que d’en- 
richir ainsi la .symptomatologie trop sonvmit insuflisante. 

I n autre but que nous avons [uuirsuivi, c’est la simpli- 
fication de l’élude physiologique et cliniipie de la circu- 
lation du sang. Les médecins les plus habiles n’ont pas 



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IMttOm XilON. 



‘25 



oublié oombiuii de temps et d'ell'orls il leur a fallu pour 
arriver au diagnostic des maladies du cœur et des vais- 
seaux, et quelles difficultés ils trouvent bien souvent pour 
se rendre compte de la signiGcalion des bruits qu’ils en- 
tendent, des sensations tactiles qu’ils perçoivent. Le grand 
nombre des théories (|ui ont régné relativement à la suc- 
cession des mouvements du cœur, à la cause de ses batte- 
ments et de ses bruits, n‘a pas peu contribué à jeter la 
conlusion sur ce sujet. L’iiistoricpie de toutes ces théories 
rivales occupe encore une large place dans les traités cli- 
niques des maladies de l’appareil circulatoire. N’y aurait- 
il pas un grand avantage à simplifier celte étude, à séparer 
le faux du vrai, à substituer la certitude à ce qui n’est que 
conjecture? Nous croyons qu’on peut aujourd’hui pré- 
senter l’état de la science avec plus de simplicité ; c’est ce 
(jue nous essayerons de faire, quitte à discuter dans des 
notes étendues les points pour la démonstration destpiels 
un grand nombre de preuves sont indispensables. 

Quant à l’étude du pouls en elle-même, nous espérons 
en montrer toute l’importance. Lediscrédit dans lequel elle 
est tombée depuis le commencement de ce siècle ne tient 
qu’à l’extrôme difliculté qu’elle présente si nous n’avons 
(jue le doigt pour percevoir toutes les nuances du pouls, si 
nous n’avons que le langage pourdéfinirnoss(‘nsationsetles 
faire comprendre à l’élève qui s’e.ssaye à cette aride étude. 
Il n’en est plus de môme si l’on se sert du sphygmographe, 
instrument dont la sensibilité est illimitée et dont le 
tracé perpétue les indications. On peut dès lors comparer 
entre elles des pulsations obtenues à des épocpies dilfé- 
rentes sur des malades très nombreux, et de cette com- 
paraison ressortent des rapprochements utiles qui seraient 
impossibles avec toute autre méthode. 



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26 



INTRODUCTION. 



Enfln, nous croyons d’une grande importance d’avoir 
une mesure exacte, une représentation authentique des dif- 
férents caractères dn pouls. Sans cela l’imagination pour- 
rait nous entraîner au delà des limites du vrai. Tous ceux 
qui nous ont précédé dans cette voie, et se sont adonnés 
longtemps à l’étude du pouls, ont payé leur dette à l’illu- 
sion des sens; leurs erreurs nous ont signalé cel écueil. 
Solano, Bordeu, Fouquet, ont cru trouver une infinité de 
nuances qu’on n’a pu reconnaître après eux et qui n’exis- 
taient réellement pas ; témoin le désaccord entre ces dif- 
férents auteurs, témoin l’oubli dans lequel sont tombés 
leurs travaux, qu’on n’estime que par habitude, et parce 
qu’on ne les lit plus. 

La marche à laquelle nous nous sommes assujetti dans 
nos recherches,' et que nous essayerons de suivre dans 
l’exposition de notre travail, nous semble le plus sûr 
moyen d’éviter les erreurs dans l’interprétation des phé- 
nomènes. Eln effet, par leur nature purement physique, 
la plupart des phénomènes liés au mouvement du sang 
pouvaient être reproduits artificiellement dans une sorte 
de contre-épreuve synthétique. C’est ce que nous avons fait, 
suivant en cela la méthode des physiciens, dont nous em- 
pruntions lesmoyens rigoureuxd’e.xpérimentation. Chaque 
fois que nous avons supposé qu’une forme du pouls tenait 
à certaines conditions, nous avons essayé de la reproduire 
artificiellement en simulant, à l’aide de certains appa- 
reils, les conditions auxquelles nous l’avions attribuée. 
Nous avons pu construire des appareils circulatoires artifi- 
ciels qui reproduisaient l’ensemble de la circulation ; les 
mouvements et les bruits du cœur, le pouls avec toutes 
ses formes, les bruits de souffle, la locomotion des vais- 
seaux, ainsi que les variations que produisent dans ces 



Digilizec ' 



INTHODÜCTION. 



27 



phénomènes les lésions du cœur, les anévrysmes, les 
altérations des artères, etc. Si donc nous avançons que 
telle forme du pouls tient à telle condition de l’appareil 
circulatoire, ce sera en général en appuyant notre asser- 
tion de ce contrôle synthétique, toutes les fois qu’il sera 
possible. Nous espérons ainsi avoir suivi la voie la plus 
sûre dans ces études, s’il est vrai, comme on s’accorde à 
le dire, que le plus haut degré de ceiiitude auquel on 
puisse arriver dans toute science, c’e.st de déduire de ’ 
l’observation des faits une théorie que l’expérience sanc- 
tionne. 

Voici quel sera le plan de cet ouvrage. Une première 
partie sera consacrée à la physiologie ; l’étude des signes 
extérieurs de la fonction circulatoire y sera développée 
d’une manière toute spéciale. Bien souvent, il est vrai, il 
faudra recourir à des vivisections pour démontrer cer- 
tains points de la circulation cardiaque ou artérielle; 
mais ce ne sera qu’une phase temporaire de ce travail. 
Dès qu’il sera possible, nous essayerons de substituer aux 
mutilations des animaux des procédés qui permettent de 
les remplacer par l’analyse plus parfaite des signes exté- 
rieurs de la fonction circulatoire. 

La connaissance de ces mêmes signes servira de base à 
la seconde partie de ce livre, dans laquelle nous passerons 
en revue les diflérents troubles de la circulation du sang. 
Nous examinerons tout d’abord en quoi consistent cés 
troubles passagers dans lesquels la fonction seule semble 
modifiée, sans que l’appareil circulatoire ait subi d’altéra- 
tions organiques persistantes. A cet ordre de phénomènes 
morbides appartiendront les états algides et congestifs, 
les fièvres, etc. Viendront ensuite les altérations orgâ- 



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28 



INTHOm CllOX. 



iii(|ues les plus légères, mais aussi les |ilus IVé(|ueiites : 
colle Iraiisfornialion quasi- physiologique que subissent les 
vaisseaux à mesure qu'oii avance en âge. On verra quels 
changements ces lésions amènent dans la fonction circu- 
latoire et quelles sont les maladies auxquelles elles expo- 
sent. 

Enfin viendra l’étude des lésions oiganiques plus graves 
des vaisseaux et du cœur : les anévrysmes des artères, 
les lésions des valvules cardiaques, etc. Plus le pronostic 
de ces lésions est grave, plus il est indispensable de les 
bien distinguer des afleclions relativement bénignes 
(pii peuvent les simuler. Aussi ne doit-on négliger dans 
ces cas aucun des moyens qui peuvent aider à établir le 
diagnostic. C’est pour cela (|ue nous dirons quelques mots 
des signes fournis par l'auscultation du cœur et des vais- 
seaux. Nous nous efforcerons de bien faire saisir la cause 
des bruits pathologiques qui se produistuit dans les diffé- 
rcnls points de l’appareil circulatoire, et nous montrerons 
i|u’il est possible de les reproduire synlhéli({uement, de 
môme que les autres phénomènes de la circulation, en 
se plaçant dans des conditions purement physiques. C’est 
en combinant ces deux ordres de signes ; ceux (jue fournit 
l’auscultation et ceux qui sont tirés de la forme du pouls, 
que nous essayerons d’apporter au diagnostic des mala- 
dies du ca'ur et des vais.scaux une précisiou plus grande 
que celle (pii est dtijà atteinte. 



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PHEMIEUE PAUTTE 



PMVSIOIXMilE DE i.A CIBCIX4TION CABDIAQVE 
ET ABTABIBLEE. 



CHAPITRE PREMIER 

TRAJET DU SANr,. — ACTION Dl COEUR. 

Trojcl du Mi>g; schéma de Weber. 

Action du crrur; la partie ei^sentielle est le veiilrir.iib ; itinéraire du sjn^ 
dans le cœur. — Reproduction artificielle de» moiioementa du cœur, 
du jeu de ses valvules et du cours du sang à son intérieur. — Signes 
exléricurt des mouoemeiiis du cu-ur ; leur imporinnco en clinique; 
théories contradictoires omises sur leurs causes. — Impossibilité 
d'arriver par les méthodes ordinaires li la connaissance complète dos 
mouvements du comr et de la signification des s'cnes extérieurs de 
ces mouvements. — Tentatives falte.s en Allemagne et en Amérique 
pour arriver a une détermination plus rignureu-e. 



Tmjrl du M»n(. 

§ 1. — Chez l’homino, le syslème do canaux à travers 
lequel le sang e.xécute son nioiivemeiil coiilimiel, repre- 
seiite, comme on le sait, un donhle circuit connu sous le 
nom de grande et de petite circulation. La disposition ana- 
tomitiiie de ce double système de vaisseaux est trop connue 
pour que nous ayons besoin ilVu reparler ici longuenicnt. 
Nous rappelons toutefois que chacun des appareils, celui 
tie la grande circulation et celui de la petite (circulation 
pulmonaire), se compose des mômesélcmenls, c’est-à-dire 
que chacun po.s.st'de un comr, un syslème artériel, des 



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30 



PHYSIOLOGIE. 



capillaires et des veines. Quant aux phénomènes qui se 
passent dans ces deux appareils circulatoires accolés l’un à 
l’autre, ils se ressemblent parfaitement, comme la simili- 
tude anatomique le fait prévoir. Le cœur droit envoie, 
comme le cœur gauche, et en même temps que lui, une 
ondée sanguine, celle-ci portée par les artères pulmonaires 
dans les capillaires du poumon, en revient enfin par les 
veines pulmonaires pour rentrer dans le cœur. 

Un point très important et qu’on ne saurait trop répéter 
pour le bien établir, c’est que la même quantité de sang 
doit, dans un temps donné, traverser les deux appareils 
circulatoires. Sans cela l’une des circulations recevant à 
chaque instant un peu plus de sang qu’elle n’en laisse 
passer, il s’ensuivrait une stase qui irait en augmentant 
sans cesse et serait incompatible avec la vie. Il peut bien 
s’exercer de temps en temps, en un point quelconque de 
j l’économie, une influence qui trouble cet équilibre, et qui, 
par exemple, accumule temporairement le sang en ce 
point; mais bientôt à cette influence en succède une 
autre toute contraire, et la compensation s’établit d’une 
j( manière complète (1). 

(1) L'inégale capacité des deux appareils circulatoires n’exclut en 
rien l'égalité des deux circulations au point de vue du débit du liquide. 
On est forcé d’admettre que l’oriQce aortique et celui de l'artère pulmo- 
naire laissent tous deux passer des ondées sanguines de même volume, 
quelle que soit du reste la capacité relative des deux ventricules, quelle 
que soit celle du système artériel dans lequel le sang va pénétrer. Ceci 
posé, d'autres conséquences en découlent. .Si la masse de sang contenue 
dans les vaisseaux de la grande circulation est à celle que logent les vais- 
seaux pulmonaires comme dix est à un, il faut que le renouvellement du 
sang dans le poumon se fasse dix fois plus vite que dans le reste du corps ; 
en un mot, une molécule partie du ventricule droit mettra pour arriver à 
l'oreillette gauche dix fois moins de temps qu'une autre molécule sortie 
du ventricule gauche n'en mettra pour arriver à l'oreillette droite. 



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TRAJET DU SANG. 



81 



Quittons maintenant le tableau d’ensemble des deux 
circulations pour ne plus nous occuper que de ce qui se 
passe dans l’une d’elles. Cette étude peut être ainsi sim* 
pliflée, puisque chacune des circulations s’eflectue de la 
même manière et présente des phénomènes de même 
nature. Supposons donc la grande circulation comme for* 
mant un circuit complet à elle toute seule et refermée 
sur elle*même, de façon que le sang, poussé par le cœur 
gauche à travers les artères, soit ramené à ce même 
coeur gauche par le système veineux. 

Schéma de Weber. 

C’est en envisageant le mouvement du sang u ce point 
de vue simpliflé que Weber a construit un petit appareil 
connu sous le nom de Schéma de la circulation, et qui dé* 
montre d’une manière fort ingénieuse et surtout très claire 
la façon dont s’effectue dans son ensemble le mouvement 
circulatoire. 




, Fi*. 1. 

ITn intestin de chèvre (fig. 1 ) est courbé et refermé sur 
lui*môme, de façon à former un circuit continu qu’on 
remplit de liquide à l'aide de l’entonnoir e : supposons 
que ce circuit ait un mètre de circonférence, et qu’cn un 
point quelconque de son étendue C, on ait disposé deux 
soupapes B et g, s’ouvrant dans le même sens et distantes 



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32 



riivsiOLor.iK. 



l’iine do l’autre de 10 centimètres. Cet espace C va 
représenter, dans le circuit total, l’agent d’impulsion du 
liquide, c'est-à-dire le cœur. 

En effet, si l’on comprinie l’intestin eu C, l’une des 
valvules se fermera et l’autre s’ouvrira, comme cela arrive 
dans le cœur à chaque contraction des ventricules, de sorte 
que le liquide sera pousst- dans une direction unique enn. 
Quand on aura cessé la compression, le liquide soulèvera lu 
valvule 1$ qui était restée fermée et reviendra à son point 
de départ en C, tandis que la valvule g, se fermant en 
sens inverse, empêchera tout reflux du sang qui a pénétré 
dans le tube a. Qu’on suppose une série de compressions 
et de relâchements de la partie de l’intestin C comprise 
entre les deux valvules, et aussitôt voilà une circulation 
continuelle établie dans toute la longueur du circuit. 
chaque impulsion nouvelle, un hattement semblable à 
celui que présente une artère chez un animal vivant sc 
fait sentir dans toute l'étendue du conduit circulaire. 

IjC schéma de Weber, ainsi construit, différait encore 
beaucoup de l’appareil circulatoire des animaux. Chez 
ceux-ci, les voies qui transportent le sang à la périphérie, 
et celles qui le ramènent au cœur, les artères et les veines, 
ne communiquent pas largement les unes avec les auti’es, 
mais, au contraire, par des passages étroits dans lesquels 
le sang éprouve de grandes résistances. 

1-our imiter ces conditions anatomiques dans l'exécu- 
tion de son schéma, Weber plaça dans l’intérieur du tube 
circulaire une éponge c, qui n’entrait qu’avec beaucoup 
de frottements, de manière à constituer au-devant du 
liquide une sorte de barrage perméable vu la porosité 
de l’éponge, ('et obstacle au Biouvementdu liquide imitait 
donc celui que le sang artériel rencontre dans les vais- 



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TRAJET DU SANf;. 



33 



seaux capillaires avant de passer dans le système veineux. 
C’était un perfectionnement de plus dans l'imitation du 
mouvement circulatoire du sang, car on obtenait déjà, 
avec cette disposition, plusieurs phénomènes très impor- 
tants : 

1° L’arrêt de la pulsation à la tin de la i>orlion du con- 
duit qui représente les artères. — On sait, en effet, que lo 
pouls s’éteint peu à peu dans les artères à mesure qu’elles 
deviennent plus étroites et qu’il ne se sent plus dans les 
vaisseaux veineux. 

2° La production d’un courant sensiblement régulier à 
travers l’éponge, grâce à l’élasticité de la première moitié 
du circuit tubulaire. — On verra que le même résultat est 
obtenu dans l’économie humaine par suite de l’élasticité 
des artères, et que dans les capillaires, le sang se meut 
avec une uniformité parfaite. 

3° Enfin la formation de deux tensions (1) inégales 
dans les deux moitiés du circuit : une grande tension en 
amont de l’obstacle c, c’est-à-dire dans la partie qui 
représente les artères; une faible tension en aval de cet 
obstacle, c’est-à-dire dans la partie qui représente le sys- 
tème veineux. 

Ij: schéma de Weber vient de nous montrer, d’une 
manière très claire et très simple, le rôle fondamental de 
chacun des éléments principaux de la grande ou de la 
petite circulation. Sans doute, il y a loin de là à une 

(I) Leâ^mots] de tension ou pression intérieure expriment la force 
avec laquelle lu sang tend à s'échapper des vaisseaux qui le renferment. 
Cette force augmente en raison de la quantité de liquide qui s'aCcumule 
dans les vaisseaux et les distend. Dans le système artériel, elle est pro- 
portionnelle à la force do cœur et à la difficulté que le sang rencontre à 
traverser les vaisseaux capillaires. 

3 



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3^ PHYSIOLOGIE. 

imitation fidèle du mouvement du sang, k la repro- 
duction exacte des phénomènes physiques liés à la cir- 
culation, mais cela suffit déjà pour faire comprendre l’ac- 
tion des différents organes, cœur, artères, capiUatres et 
veines. La voie est ouverte; il sera désormais facile d’imi- 
ter avec plus de perfection la disposition anatomique de 
l’appareil circulatoire ; cela conduira à une imitation 
plus parfaite de la fonction et souvent k la reproduction 
absolue de certains phénomènes de la circulation san- 
guine, tels que le pouls, les bruits du cœur et des mis- 
Lu®, etc. Nous aurons bientôt k parler des expériences 

que nous avons faites dans ce but. 

Ce schéma de Weber nous fournit la division la plus 
naturelle qu’on puisse choisir pour l’étude des phéno- 
mènes qui se passent en chaque point de l’appareil cir- 
culatoire. En effet, il représente les quatre ordres d’organes 
bien distincts k travers lesquels le sang accomplit son 
trajet circulaire, k savoir, le cœur, les artères, \es capil- 
laires et les veines. C’est dans cet ordre que nous étudie- 
rons successivement les phénomènes physiologiques delà 

circulation et les signes qui la révèlent sur l’homme sam 
ou malade. 



Action dn cteoc. 



§ 2. — Le cœur tel que nous l’envisageons, c’est-k-dire 
au point de vue de son action impulsive, peut se réduire k 
une cavité contractile {ventricule) muniede deux soupapes 
ou valvules s’ouvrant dans une même direction : de telle 
sorte que, lorsque le ventricule se contracte, l’une des val- 
vules se ferme pour empêcher le sang de retluer dans les 

Veines, l’autre s’ouvre pour le laisser passer dans les artères. 



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ACTION DU COEUR. 



â& 

Ainsi, parmi les différentes parties qui composent le 
cœur, c’est le ventricule qui est l’organe essentiel, c’est 
lui qui, grâce à son épaisse paroi musculeuse, possède 
assez d’énergie pour envoyer le sang dans le système arté- 
riel déjà rempli et fortement distendu par ce liquide; 
L’oreillette n’a qu’un rôle accessoire dans la fonction du 
cœur ; ce n’est, en définitive, qu’une ampoule veineuse, 
sorte de résenoir chargé de colliger le sang des gros 
troncs veineux, et de le verser dans le ventricule dès que 
celui-ci a cessé de se contracter. Toutefois l’oreillette n’est 
pas une cavité inerte; elle est douée de contractilité, 
comme le sont aussi les gros troncs veineux qui s’y ren- 
dent (1). Il en résulte que, dès que le ventricule cesse sa 
contraction et peut admettre du sang, il en reçoit par 
l’effet de deux sortes d’impulsions : d’abord par suite de 
la pression du sang dans tout le système veineux et dans 
l’oreillette elle-même, ce que les physiologistes appellent 
' vis a lergo; puis, comme force additionnelle, par la con- 
traction de l’oreillette et peut-être aussi par celles des 
grosses veines. Ainsi rempli de sang, le ventricule -exécute 
une contraction nouvelle, puis se relâche et s’emplit 
encore, reproduisant sans cesse et d’une manière rhyth- 
mée ces mouvements successifs dont chaque série s’appelle 
une révolution du cœur. 

L’oreillette n’est pas indispensable à l’accomplissement 
de ces impulsions successives du sang dans les artères ; 
cette cavité n’existe pas dans le cœur de tous les animaux ; 
quelques-uns n’ont pour cœur qu’un ventricule situé im- 
médiatement entre les veines et les artères. Mais ces 
preuves, tirées de l’anatomie comparée et empruntées à 



(I) Valeulio, Be fmicifonibiu nvrvcriim. Boroo, IU3V. 




36 



PHTSIOLOGIK. 



des animaux inférieurs, pourraient ne pas paraître suffi- 
santes pour juger un point de physiologie humaine. Nous 
rappellerons donc qu’on peut, chez un animal mammi- 
fère vivant, supprimer l’action de l’oreillette sans que la 
circulation en soit sensiblement modifiée (1 1 . 



Succession des mouvemenls du coeur. 



Les deux cœm-s, le droit et le gauche, ont des destina- 
tions différentes : 1e premier poussant le sang noir aux 
I poumons, où il va s’hématoser; le second envoyant dans 
1 tout le corps le sjmg rouge ou arUirialisé par le poumon. 
Mais tous deux fonctionnent simultanément , de telle sorte 
que, sur un animal dont on a ouvert la poitrine, on peut 
sentir à la fois la contraction des deux oreillettes, puis 
celle des deux ventricules. Ce fait de la synei'gie des deux 
cœurs recevra plus loin une démonstration p<iremp- 
toire (2). 

Du reste, la disposition anatomique des deux cœurs 
suffirait à elle seule pour réfuter cette idée qu’il n’y a pas 
synchronisme dans la contraction des deux ventricules. 11 
sufiit, en effet, d’un simple coup d'œil sur la structure 
musculaire des parois des oreillettes et des ventricules, 
pour voir que des bandelettes charnues embras.sent à la 

(1) M. Chauveau, dans ses démonstrations des mouvements do cœur 
faites à l'Ëcole d'Alfort devant un nombreux public medical, a fait voir 
que. sur un cheval dont on a ouvert la poitrine pour mettre le cœur à 
nu, on peut, en irritant l'oreillette, épuiser pour on certain temps sa 
contractilité; elle reste alors inerte, et cependant le ventricule continue 
à agir et à entretenir la circulation. 

(2) Noos ajournons cette démonstration jusqu’au moment où nous 
aurons décrit les appareils qui permettent d'étudier les mouvements du 
cœur qui échappent à la vue et au loucher dans les vivisections. 



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ACTION DU COEUR. 



37 

fois les cavités droites et gauches. Dès lors ces ûbres en- 
veloppantes, communes aux deux cavités, doivent, en se 
contractant, les resserrer toutes deux. Admettre qu’il 
peut en être autrement, ce serait se refuser à l’une des 
conclusions les plus légitimes que puisse suggérer l’ana- 
tomie. 

Si l’on passe à l’étude des mouvements du cœur consi- 
dérés dans une de ses moitiés, la droite ou la gauche, une 
autre question se présente, c’est la suivante : Comment 
se succèdent les mouvements de l’oreillette et du ven- 
tricule ? 

l.a seule façon de n’soiidre cette quesiiond’une manière 
logique est de supposer une ondée de sang arrivant des 
veines dans le cœur, et de la suivre jusqu'au moment où 
elle sort du cœur pour entrer dans les artères. 

Cette ondée arrive donc d’abord dans l’oreillette quand 
celle-ci n’est pas en contraction. 0)mme le sang de l'oreil- 
lette descend dans le ventricule à travers l’orifice auriculo- 
ventriculaire, l’ondée sanguine dont nous suivons la mar- 
che descend avec le courant qui se produit aussitôt que 
le ventricule se relâche. 

Quand les deux cavit»'“s sont ainsi remplies, l’oreillette 
se contracte, et tend ii chasser par toutes les ouvertures 
le sang qu’elle renferme. A ce moment, une partie du 
sang de l’oreillette refluera donc par l&s embouchures des 
veines jusque dans cesjvaisseaux, mais y sera arrêtée en 
certains points par la ‘présence de valvules veineuses qui 
s’opposent au reflux. Une autre portion du sang de l’oreil- 
lette passera dans le ventricule, qui est déjà plein, mais 
qu’elle achèvera de distendre. Enfin, une certaine quan- 
titéjde sang restera encore dans l’oreillette. 

Le ventricule rempli et distendu .se contracte à son 



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Jour ; le sang qu’il renferme tendra à s’t^chapper dans 
toutes les directions, mais l’orifice auriciilo-venlriculaire 
se ferme par sa valvule qui s’oppose au reflux dans 
l’oreillette ; l'orifice aortique laisse seul f>asser ce liquide, 
ses valvules s’ouvrant de dedans en dehors, c’est-à-dire 
du cœur vers les artères. 

- Voici donc l’ondée sanguine aiTivée dans les artères ; 
elle distend ces vaisseaux élastiques déjà pleins de sang : 
de telle sorte que les tuniques artérielles, par leur retrait, 
vont renvoyer l’ondée qu’elles ont reçue dans le ventri- 
cule dès que celui-ci va se relâcher. Mais l’orifice artériel 
des ventricules est muni de valvules qui s’opposent à ce 
reflux ; l’ondée envoyée dans le système artériel y restera 
donc prisonnière, et n’aura d’autre issue que celle que 
les capillaires lui ouvrent dans le système veineux au 
bout d’un trajet plus ou moins long. 

Lorsque le ventricule se relâche, il ne reçoit donc pas 
une goutte de sang artériel , mais il est ouvert au sang de 
l’oreillette. En effet, les veines ont versé de nouveau du 
sang dans l’oreillette, et celle-ci, remplie et communi- 
quant librement avec le ventricule, s’y décharge aussitôt 
que le relâchement ventriculaire le permet. 

Le cœur est maintenant rempli et revenu à l’état que 
nous décrivions tout à l’heure, c’est-à-dire que l'oreillette 
se contractant de nouveau va produire la distension du 
ventricule déjà plein, et que le ventricule à son tour va 
reoommeucer sa contraction. La succession des mouve- 
ments du cœur, par suite desquels le sang chemine à tra- 
vers les cavités de cet organe, se fait dans un ordre 
constant. 

Une révolution de l’organe consiste dans une série de 
mouvements complète, à partir d’une contraction de 



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ACTION DU COEUR. 



S9 

l’oreillette jdsqu’à sa contraction suivante, ou d’une con- 
traction des ventricules à la prochaine. 

Reproduction artiGcielle du cours du sang dans le cœur. 

§ 3. — Voici les expériences que nous avons faites pour 
reproduire artiücielleinent les mouvements ventriculaires 
et les bruits qui les accompagnent. C’est la contre-épreuve 
synthétique à laquelle nous nous astreindrons, dans le 
cours de cet ouvrage, toutes les fois que cette reproduction 
sera possible. 

Pour imiter la disposition relative de l’oreillette et du 
ventricule dans un des 
cœurs (le cœur gau- 
che) , nous avons con- 
struit l’appareil sui- 
vant (fig. 2 ). 

Une ampoule O en 
raoutclionc reçoit du li- 
quide par un tube VC 
qui représente les troncs 
veineux qui se ren- 
dent dans l’oreillette 
et lui apportent le 
sang qui revient au 
cœur. Cette ampoule 
communique inférieu- 
rement par un tube 
large VM avec une autre 
ampoule V qui repré- 
sente le ventricule. 2. 

Le tube VM correspond donc à l’oriBce auriculo- ven 




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PHYSIOLOGIE. 



AO 

triculaire, il est muni d’une valvule (1 ) qui permet au sang 
de couler de l'oreillette au venlricule, mais qui s’oppose 
au reflux en sens inverse. 

I.e ventricule V reçoit donc le liquide de l’ampoule O, 
mais il doit l’envoyer dans un système de conduits élas- 
tiques représentant l’aorte et les artères. Un autre 
tube VA émane donc de ce ventricule et communique avec 
un gros conduit élastique ramifié qui figure l'aorte et les 
artères (2). 

Supposons que le ventricule V se contracte, il poussera 
au dehors le liquide qu’il contient ; à ce moment, la valvule 
auriculo-ventriculaire V.\l se ferme; le liquide ne pourra 
donc s’échapper qu’en VA et passera dans le système arté- 
riel. Mais il fallait empêcher à son tour le reflux du sang 
des artères dans le ventricule. Pour cela nous avons mis 



(4 ) Les valvules que nous employons imitent autant que possible la 
disposition de celles qui existent dans l'appareil sanguin. Nous avons 
choisi le type le plus simple : les valvules des veines. Pour imiter leur 
disposition , nous employons une sorte de petit sac de talTelas gommé 
qui est collé par une de ses faces à la paroi intérieure du tube de verre. 
L'ouverture de ce sac est dirigée en bas dans le tube V.M, de telle sorte 
que, si le courant de liquide suit une direction descendante de O en \ 
[c'est-à-dire de l'oreillette au ventricule), le sac s'affaisse et ses deux 
faces intérieures s'accollent l'une à l'autre de façon à laisser l'ouverture 
du tube presque entièrement libre. Mais si le courant tend à se faire 
de bas en haut, le liquide pénètre dans l'ouverture du sac, le dé- 
ploie, l'accolle au tube de verre par toute sa circonférence, alors il se 
produit un claquement, et en même temps le liquide ne peut plus 
refluer. 

{%) Les deux tubes VM et VA traversent un cylindre métallique qui 
fait l'office de bouchon à deux tubulures et auioiir duquel l'ouverture 
de l'ampoule V est liée solidement. — Il faut, dans la figure 2, faire 
abstraction, pour le moment, du tube ( qui est destiné à servir dans 
d’autres démonstrations. 



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ACTION DU COEUR. Ûl 

dans le tube VA une valvule semblable à celle du tube VM, 
seulement dirigée en sens invei’se(l). 

Restait à imiter la contractilité du ventricule de façon 
que cette ampoule pût, à un moment donné, revenir 
sur elle-même et envoyer une ondée de liquide dans le 
système artériel. Voici comment nous avons atteint ce 
résultat. 

I.’ampoule V (ventricule) est enfermée dans un liallon 
de verre. Ce ballon v, dont la figure représente une 
coupe faite de droite à gauche, suivant un plan vertical, 
.s’applique exactement autour du bouchon métallique 
muni des deux tubulures. Si l'on foule de l’air dans le 
ballon V, le ventricule se trouve comprimé dans tous les 
sens, sauf au niveau des tubulures qui représentent les 
orifices auriculo-ventriculaire et aortique ; il se resserre 
donc sous l’influence de la pression environnante et expulse 
son contenu par le seul orifice (pii en permette la sortie, 
le tube VA (orifice aortique). 

Pour fouler de l’air dans le ballon v, et produire ainsi 
les contractions du ventricule, on se sert d’une boule de 
caoutchouc épais munie d’un tube qu’on adapte à la 
tubulure P du ballon v. Chaque fois ipi’on comprime avec 
la main la boule de caoutchouc, l’air est foulé dans le 
ballon et produit une contraction du ventricule. Dès que 
la main cesse de comprimer la boule de caoutchouc, 
celle-ci reprend son volume, l’air foulé dans le ballon en 
re.ssort, tandis (|ue, en même temps, le ventricule V se 

(() L'ouverture du sac regarde du côté des artères, de telle sorte que 
le courant qui va du ventricule aux artères accolle ces deux faces du 
sac et rend l'ouverture du tube béante, lundis que le reflux du sang des 
artères dans le ventricule s'engouffre dans ce sac, le fait claquer contre 
les parois dn tube et ferme le passage. 



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PHTSIOLOGIK. 



42 

redilate par l’afflux du li(|uido qui s’écoule de l’am- 
poule O, et que la valvule A s’ouvre devant ce courant 
descendant. 

On peut donc, en comprimant la boule de caoutchouc 
à des intervalles réguliers, produire une série de contrac- 
tions du ventricule et déterminer, à chaque fois, l’arrivée 
d’une ondée nouvelle dans les tubes qui représentent les 
artères. Ces tubes sont représentés tronqués dans la 
figure; on y voit seulement la crosse de l’aorte avec le 
tronc brachio-céphalique, l’origine de la carotide et de 
la sous-clavière gauche, et enfin une veine cave VC qui 
débouche dans l'oreillette. L’appareil entier sera décrit à 
propos des phénomènes de la circulation artérielle. 

Ce qu’il s’agissait pour lemoment de démontrer, c’est 
qu’on peut reproduire mécaniquement les phénomènes 
du mouvement du .sang dans le cœur. Mais pour que 
cette reproduction synthétique de l’action du cœur ait 
une valeur réelle, il faudra qu'elle serve à nous faire 
comprendre la cause des signes extérieui*s qui sur l’homme 
sain ou malade révèlent la circulation cardiaque. 

Signes extérieurs de la circulation cardiaque. 

§ 4. — Si l’on applique la main sur la poitrine au 
niveau de la région cardiaque, on sent des battements qui 
sont produits par les mouvements du cœur. L’oreille, 
appliquée au niveau de la région précordiale, entend des 
bruits; tous ces phénomènes, qui constituent les signes 
extérieurs des battements du cœur, sont liés aux mouve- 
ments du ventricule. C’est au relâchement ou à la con- 
traction de celte cavité qu’ils correspondent, et ici encore 
l’oreillette n’intervient que dans des circonstances anor- 
males. 



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ACTION DU COEUR. 



ÛS 

Comme les maladies organiques du cœur amènent des 
changements considérables dans les bruits qui accompa- 
gnent les mouvements du ventricule , les médecins ont 
compris l’importance d’en bien connaître la nature; de 
savoir exactement quelle en est la cause, afin que l’oreille 
appliquée sur la poitrine leur fasse saisir tout ce qui se 
passe dans le cœur à chaque instant, aussi bien et même 
mieux que si le cœur mis à nu se mouvait sous leurs yeux. 
Malheureusement, on no put chercher dès l’abord 
dans une expérimentation rigoureuse la solution de cet 
important problème; la physiologie expérimentale était 
encore trop peu avancée. On fit des conjectures sur la 
nature des signes que la palpation et l’auscultation four- 
nissent, et on émit à ce sujet dos théories. La science est 
encombrée d’opinions contradictoires sur ce point si im- 
portant de la physiologie. Il faudrait des volumes pour 
exposer toutes les opinions qui ont régné tour à tour sur 
les mouvements du cœur et la nature des signes que fournit 
l’auscultation de cet organe à l’état sain et dans les ma- 
ladies. 

Aujourd’hui même la science n’est pas encore fixée sur 
la véritable cause des phénomènes que le clinicien étudie 
tous les jours; aussi, bien que parmi tant d’opinions con- 
tradictoires des idées exactes aient été souvent émises, on 
peut dire que pas une des théories régnantes ne renferme 
la vérité tout entière. 

Le but à poursuivre est double, avons-nous dit, car il 
s’agit, d’une part, de connaître exactement tous les phéno- 
mènes qui se passent dans le cœmr, et en outre de pousser 
assez loin l’étude des signes extérieurs des mouvements 
du cœur pour que, par leur seul secours, on puisse sur 
l’homme vivant savoir comment s’accomplissent les fonc- 



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PHYSIOLOGIE. 



hk 

tions de cet organe. Or, nos sens ne sauraient suffire à 
cette tâche; l’espace si court d'une révolution du cœur ne 
permet pas de saisir renseinhle des phénomènes qui s’y 
succèdent, et qui sont tous contenus dans la durée d’une 
seconde. Quand ou a vu des hommes impartiaux , habi- 
tués depuis longtemps à l’expérimentation physiologique, 
observer un cœur mis à nu, et n’êlre pas d’accord sur la 
succession de ses mouvements, il faut bien admettre que 
l’œil n’est pas apte a saisir ces mouvements complexes, 
qui se succèdent avec rapidité, et que, sous peine de 
rencontrer toujours un pareil désaccord , il faut avoir 
recours à de nouveaux moyens d’expérimentation. 

Kn instituant de nouvelles recherches sur les mouve- 
ments du cœur, nous sommes parti d’un double principe. 
D’une part, nous avons cru que l’intervention directe de 
nos sens devait être éliminée, puisqu’elle n’a pas suffi pour 
fixer l’opinion sur la succession véritable de ces mouve- 
ments; d’autre part, nous avons recouru avec confiance 
aux procédés et aux instruments employés par les physi- 
ciens, bien convaincu qu’il n'est pas de mouvement si 
rapide et si complexe qui ne puisse être déterminé d’une 
manière précise à l’aide d’instruments convenables. 

Plusieurs tentatives avaient déjà été faites dans ce sens. 
Kn Allemagne, la cardio-puncture avait permis d’enre- 
gistrer les mouvements de locomotion (jue le cœur exé- 
cute à chacune de ses révolutions. Eu Amérique, le doc- 
teur Upham (de Boston) (l) essaya, par une sorte de 
télégraphie électrique, de rendre les intervalles qui sépa- 
rent la systole de l’oreillette de celle du ventricule, plus 

(I) Voyez, pour le récit de ces expériences et la représentation des 
instruments, le recueil des observations faites sur Eugène Groux, atteint 
de iissure congénitale du sieruuni. (Hamburg, by J. E. Kohler, 1859.) 



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ACTION DU COEUR. 



A5 

faciles à saisir qu’ils ne lesontà la vue dans les expériences 
ordinaires. Pour cela, il fit servir les mouvements ([u’il 
croyait être les systoles de l’oreillette et du ventricule à 
fermer chacun un courant électrique qui mettait en jeu 
un timbre d’une tonalité particulière. On pouvait ainsi 
entendre successivement et distinguer entre eux les sons 
des deux timbres, ce qui donnait une idée assez exacte 
des intervalles qui séparent la systole de l’oreillette de 
celle du ventricule. 

Mais avec une instrumentation plus perfectionnée on 
pouvait faire plus; c’est peu, en effet, que de signaler le 
début d’un mouvement lorsqu’on ignore sa forme, c’est- 
à-dire les variations qu’il subit pendant toute sa durée. Or, 
c’est ce (pie nous avons dierché à faire en appliquant à 
l’étude des mouvements du coeur les appareils à indication 
continue. Depuis plusieui*s années, l’emploi de la méthode 
graphique pour l'étude des mouvements du sang nous 
était devenu familier; la construction de notre sphygmo- 
graphe nous avait amené à connaître les principes sur 
lesquels doit être établi tout appareil destiné à enregistrer 
un mouvement rapide. Enfin, M. Chauveau, dont on con- 
naît les remarquables travaux sur les mouvements du 
cœur, voulut bien s’associer à notre entreprise et cher- 
cher avec nous, dans une voie nouvelle, le moyen de 
déterminer la nature des mouvements du cœur, de ma- 
nière à fixer définitivement l’opinion sur ce .sujet. Le 
succès de nos expériences fut assez complet pour que 
l’Académie des sciences, a laquelle nos travaux furent 
soumis, déclarât, par l’organe de son rapporteur (1), 

(l) Rapport do M. Milno Edwards, au nom d’une commission, sur 
deux mémoires de MM Chauveau et Marey relatifs à l élude des mou- 
vements du coeur à l'aide d'un appareil enregistreur. (Comptes rendus des 



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PBTS10L06IE. 



46 

que le doute iie lui paraissait plus possible. Nous allons 
exposer ces expériences, ainsi que les déductions qu’on 
en peut tirer. 

«funcei de l'Académie des sciences, l. LIV, séance du 38 avril 4 863.) 
(Plus récemment, l'Inslilut vient de nous donner une nouvelle marque 
d’approbation en nous accordant, ainsi qu'à M. Chauveau, un prix do 
physiologie expérimentaie.) 



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CHAPITRE II 



APPAREILS ET EXPIvRIENCES DESTINÉS A ENREGISTRER 
LES MOUVEMENTS DU COEUR (1). 



Principes sur lesquels repose la construction de nos instruments. — 
Do l’ampliBcdtion des mouvements au moyen d'un levier^ emploi de 
cette méthode en physique et en physiologie. — Détermination 
graphique de la forme d'un mouvement. — Appareils enregistreurs. 
— Moyen de transmettre à distance le mouvement qu’on veut étu- 
dier à l'appareil qui l'enregistre ; procédé de Upham ; procédé de 
Buisson. 

Description du cardiographe; ses parties fondamentales. — Appareil 
enregistreur. — Appareil sphygmographiquo. 

Première expérience cardioÿraphique ; détermination de la succession 
des divers mouvements du cœur; disposition particulière de l'appareil 
pour cette expérience. — Sonde qui s'introduit dans le cœur droit 
pour recevoir les mouvements de ses cavités. — Ampoule qui reçoit 
le choc du cœur. — Manuel opératoire. 



§ 5. — Ce qui fait qu’un mouvement nous échappe, c’est 
qu’il est trop faible ou trop rapide; dans la physiologie du 
cœur ces deux dilficultés se trouvent souvent réunies. Il 
y a donc deux conditions très importantes que doivent 
remplir les appareils destinés à déterminer les mouve- 
ments du cœur. Premièrement, ces appareils devront 
amplifier les mouvements de telle sorte tiu’ils soient 
toujours perceptibles malgré leur faiblc.sse. En second 
lieu, ils devront rendre leur durée appréciable, quelque 
courte qu’elle puisse être. Or, pour amplifier un mou- 
vement, la physique possède un moyen excellent ; c’est 
l’emploi d’un levier. 

(i) C«« expérieace* ont été faites avec U coUaboration de M. A. Chauveau. 



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liS 



PHYSIOLOGIE. 



Supposons que le levier o6, fifçure 3, tourne librement 
autour du point o. Si une force appliquée dans le voisi- 



e 



Kig. :i. 

nage de ce point tend à soulever le levier d’une quantité 
très petite (soit 1 niilliinètre) , l’extréinité libre du levier 
exécutera un mouvement beaucoup plus étendu. On 
pourra ainsi amplifier le mouvement autant qu'on vou- 
dra, eu faisant agir la force motrice plus ou moins près 
du centre de mouvement. Si la longueur qui sépare le 
centre de mouvement du point d’application de la force 
est à la longueur du reste du levier, comme 1 est à 100, 
le mouvement sera amplifié cent fois. Ce procédé est 
employé en physiologie depuis déjà longtemps ; Bour- 
gougnoux l’employa pour constater les mouvements du 
cerveau dans la cavité crânienne; King se servit égale- 
ment d’un levier pour rendre apparents les battements si 
faibles du pou/s veineux des extrémités, etc. 

Quant au second problème consistant à enregistrer le 
mouvement de façon à donner une mesure exacte de la 
durée, il a été également résolu en physique. Les appa- 
reils enregistreurs à indications continues remplissent ce 
but d’une manière parfaite. Yeut-on connaître les mou- 
vements qu’exécute l’extrémité du levier b, ou arme 
d’une plume cette extrémité, et l’on dispose près d’elle une 
plaque recouverte de papier P; cette plaque est mise en 
mouvement d’une manière uniforme dans la direction de 
la llèche. Il s’ensuitqu’en même temps que le levier écrit 
sur la plaque la trace de ses mouvements, cette plaque, 
de son côté, indiipie la durée des mouvements du levier 



V 




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DE LA MÉTHODE GRAPHIQUE. A9 

d’après le chemin qu’elle a parcouru entre chacun d’eux. 
Un cylindre recouvert de papier et tournant d’une manière 
uniforme remplirais mômes fonctions que la plaque dé- 
crite figure 3 (1). Non-seulement les physiciens emploient 
journellement des appareils enregistreurs basés sur le 
môme principe, mais les physiologistes les ont aussi adop- 
tés. C’est de l’ Allemagne que nous est venue l’idée féconde 
d’appliquer ce genre d’appareils aux études physiolo- 
giques. 

Karl Vierordt (de Tuhingen) imagina d’associer l’em- 

(I) Nous rappellerons en quelques mois l’appareil enregistreur que 
MM. Poncelet et Morin ont construit pour déterminer le mouvement d’un 
corps qui tombe dans l’espace ; la description do cette machine si simple 
fero comprendre aisément le mécanisme de tous les instruments enre- 
gistreurs employés par les physiologistes. 

Un cylindre recouvert de papier, et dont l’axe est vertical, tourne sur 
lui-même d’un mouvement uniforme. A cêlé du cylindre et parallèlement 
à son axe, sont placées deux coulisses verticales entre lesquelles tombe un 
corps pesant. Ce corps est muni d'un crayon qui frotte sur le papier dont 
le cylindre est recouvert. Voilà tout ce qui constitue la machine dont il 
reslo à interpréter les indications. 

Si le cylindre était immobile, le corps qui tombe tracerait sur le papier 
uno ligne verticale; mais, pendant la chute do ce corps, le cylindre se 
meut ; il s’ensuit nécessairement que la partie inférieure de la ligne tracée 
ne tombera pas verticalement au-dessous de la partie suiiérieure, mais 
sera déviée en sens inverse de la rotation du cylindre. 

Lorsqu on a enlevé le papier qui recouvrait le cylindre et qu’on l’étale 
sur un plan, on voit, d'après la ligne tracée, la nature du mouvement 
qu'on voulait étudier. Dans le cas d’un corps qui tombe, cette ligne est 
uno pnraLole, courbe qui exprime en géométrie le mouvement uniformé- 
ment accéléré. Si le corps tombait d un mouvement uniforme, la ligne 
tracée serait uno droite oblique d’autant plus inclinée que la vitesse de 
la chute serait moindre. Dans le cas d’une chute extrêmement rapide, 
la ligne obtenue se confondrait avec la verticale, parce que, pendant le 
temps très court que cette chute aurait duré, la rotation du cylindre 
aurait été sensiblement nulle. 

U 



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50 



PHVSIOLOGIB. 



ploi du levier à celui de la inélhode graphique à indication 
continue ; il construisit ainsi un instrument nomme 
sphygmographe , destiné à enregistrer les pulsations des 
artères. On verra, à propos de l’étude du pouls artériel, 
querinstruraentdeVierordt présente dans sa construction 
de grandes défectuosités, de telle sorte qu’il ne remplit 
pas le but que l’auteur se proposait. Le physiologiste alle- 
mand n’en a pas moins la gloire d’avoir donné l’idée 
première d’un appareil enregistreur (jui pourra s’appli- 
quer non-seulement en physiologie, mais dans la pratique 
médicale à hujuelle il devra rendie les plus grands 
services. 

§ G. — Pour transmettre un mouvement ipielconque au 
levier de l’instrument, nous employons un appareil très 
simple qui pourrait se réduire à deux ampoules élasti- 
ques B, A (fjg. /i), situées aux deux extrémités d'un tube 
long et flexible; le tout étant clos et plein d'air. Voici 
comment fonctionne cet appareil de transmission. 




Si l’on presse entre les doigts l’ampoule H, on expulse 
à travers le tube une partie de l’air qu’elle renfermait, 
et cet air va distendre l’ampoule A qui augmente sensi- 
blement de volume. Que cette ampoule .A .soit placée sous 
le levier d’un sphygmographe et près dn centre de rota- 
tion do ce levier, chaque changemeut de volume de l’am- 
poule produira un mouvement du levier. On voit donc 
que sil ou presse l’ampoule li entre les doigts, ce mouve- 



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DE LA MI^THODB GBAPHIOLE. Î)1 

ment se transmettra jusqu’à l’appareil enregislrcur et sc 
traduira par une ascension du levier. Si l’on cesse la pres- 
sion, le levier retombera; si l’on maintient cette pression 
pendant un temps plus ou moins long, le levier gardera 
plus ou moins longtemps la position élevée qu’il aura prise. 
Enfin, plus la pression donnée sur l’ampoule B sera forte 
et brusque, plus le levier montera haut et plus cette 
ascension sera rapide (i). 

, (I) L'idée de transmettre un mouvement à distance au moyen de lubes 

pleins d'air appartient à M. Ch. Buisson. En 4 858, nous avions essayé 
d'obtenir celte transmission à l'aide d’un tube do plomb muni à ses e.vtrc- 
mités d'ampoules semblables à colles qui sont décrites Figure U ; mais 
cet appareil était rempli d'eau au lieu d'air. Lorsqu'une de ces ampoules 
était introduite dans le cœur par la veine jugulaire, il fallait qu’une force 
considérable la comprimât pour quo la colonne liquide contenue dans le 
tube entrât en mouvement et quo le levier enregistreur fût soulevé. Le 
ventricule seul pouvait produire cet effet, tandis que l'action de l'oreil- 
lette ne donnait lien à aucun mouvement du levier qui lui correspondait. 
En 4860, M. Buisson imagina un moyen de transmettre au sphygmo- 
graphe que nous venions de présenter à l'Académie des sciences les 
battements du différentes artères sur lesquelles notre instrument ne 
serait pas applicable. A cet effet, ce physiologiste se servait do deu\ 
entonnoirs conjugués dont un tube do caoutchouc réunissait les becs, 
comme on réunit le.s ampoules dans l’appareil décrit, figure 4. Le 
pavillon do chacun de ces entonnoirs était recouvert d'une mem- 
brane élastique, comme cela se voit dans un appareil connu sous le nom 
de sjihijgmomitre d'Hérisson. Il résultait do cette disposition que si l'on 
exerçait une pression sur la membrane de l’un des entonnoirs, la mem- 
brane de l’autre se soulevait par la compression de l'air contenu dans 
l’appareil. M. Buisson adaptait à cette seconde membrane un disqno 
léger surmonté d’une arête qui soulevait le levier d’un sphygmographo. 
Dès lors, si l’on appliquait sur une artère la membrane du premier 
entonnoir, les battements do vaisseau se transmettaient au levier qui les 
enregistrait. 

Antérieurement à toutes ces expériences, le docteur Upham (de Bos- 
ton) avait essayé par un semblable moyen do transmettre à des sonne- 
ries électriques les mouvements extérieurs du cœur : le physiologiste 




52 



PHYSIOLOGIE. 



On voit que pour enregistrer un mouvement, l’appareil 
doit présenter une série d’organes, à savoir : deux am- 
poules conjuguées, un levier muni d’une plume et un 
papier mis en mouvement. 

Si donc on veut enregistrer simultanément plusieurs 
des mouvements qui se passent dans le cœur, il faut pour 
chacun d’eux des ampoules conjuguées et un levier; seu- 
lement le même papier reçoit le tracé de tous les leviers 
à la fois. Ces leviers sont disposés horizontalement les 
uns au-dessus des autres, de façon que les plumes qui les 
terminent soient toutes sur la même vertic-ale. 11 en 
résulte que les tracés de tous ces leviers forment sur le 
papier des lignes horizontalement superposées comme 
celles de l’écriture ordinaire. 

Reste à indiquer comuKînt le mouvement qu’on veut 
étudier est impriméàrunc des ampoules conjuguées, pour 
être transmis, amplifié et enregistré défmilivemcnt. 



américain expérimenla sur un jeune médecin nommé Groux, alloitil 
d’une division congénitale du .sternum, et cliez lequel on sent les l>atte- 
ments dn cœur très snperriciellement, puisque les téguments seuls le 
recouvrent en certains points. On voit la Ggure de l'appareil do docteur 
Upham dans une brochure publiée parM. Groux {Fissura sterni conge- 
iiila. New observ. and cxpirim. 2° édition, Hamburg, 1859.} 

Ces expériences, destinées à faire constater l'intervalle qui sépare le 
début de la contraction de l’oreillette et de celle du ventricule, ne nous 
semblent pas à l'abri de tout reproche, malgré l'extrême ingéniosité de 
l'appareil. Je ii’en parle ici que pour signaler l'un des auteurs do la 
découverte de la transmission des mouvements au moyen de tubes pleins 
d’air. 

Du reste, l'appareil deM. Buisson présente un avantage sur celui dn 
docteur Upham : c'est qu'il ne renferme que de l'air, tandis que, dans 
l'appareil du physiologiste américain, l'un des entonnoirs est rempli 
d'eau, ainsi qu'une partie du tube, ce qui fausserait les indications, si 
j'on voulait enregistrer la forme des mouvements qu'il décèle. 



DE LA MÉTHODE GRAPHIQUE. 53 

Si nous appelons ampoule initiale celle qui reçoit la pre- 
mière l’impression du mouvement, et ampoule terminale 
celle qui le transmet directement au levier, c’est le rôle de 
l’ampoule initiale que nous devons décrire. Cette ampoule 
est placée, suivant le cas, dans des po.sitions différentes. 
Introduite dans une oreillette, elle subit des alternatives 
de pression et de relâchement, suivant que celle-ci est en 
systole ou en diastole. Une ampoule enfoncée dans un 
ventricule signalera de même tous les changements de 
pression qui se passent à son intérieur. Une autre am- 
poule placée en dehors du cœur, entre celui-ci et les parois 
de la poitrine, recevra sous forme de compression la pul- 
sation cardiaque ou choc du cœur. Placée dans l’aorte ou 
dans une grosse artère, elle recevra, sous forme de com- 
pressions variées, tous les changements qui surviendront 
dans la pression du sang à l’intérieur du vaisseau, et 
fournira des indications identiques avec celles que donne le 
pouls de ces artères enregistré an moyen du sphygmo- 
graphe. Pour se prêter à tous ces usages, l’ampoule ini- 
tiale doit prendre une infinité de formes différentes. C’est 
la pièce essentiellement variable de l’appareil. 

Ces premières notions étaient indispensables pour bien 
comprendre l’utilité de chacun des organes de notre appa- 
reil cardiographique ; nous pouvons maintenant en décrire 
exactement la construction, en montrant d’abord quelle 
est la partie fixe qui fonctionne dans toutes les expé- 
riences et en indiquant, à propos de chaque expérience, 
les dispositions particulières qu’on doit donner à Vampoule 
initiale. 



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54 



FUYSIOLOGIE. 



Bracriptlon du cardioRraphc. 



§ 7. — La figure 5 représente dans son ensemble le 
cardiographe réduit au sixième de sa grandeur réelle. 




KiS- 6, 



L’instrument se compose de deux éléments principaux : 
AE, Yappareil enregistreur, et AS, Yappareil sphygmo- 
graphique, c’est-à-dire celui qui reçoit, transmet et am- 
plifie les mouvements qu’il faut étudier. 

Appareil enregislreur. 

L’enreÿiiireur AE est constitué par deux cylindres ver- 
ticaux (1) dont les axes traversent deux plaques do cuivre 
reliées l’une à l’autre par trois fortes colonnes métalliques. 
La plaque inférieure repose sur une base large et bien 
horizontale. 

(I J Dans colle 6gure, les cylindros se voient pou, car ils sont recou- 
verts d'une bande de papier. On aperçoit seulement au bord de celle 
bando Icscvlrémilés dos cylindres. 



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DKSCRIPTION DU C\HDIOr.U\PllE. 55 

Le cylindre, qui dans la figure esl à droite, tourne à 
volonté dans tous les sens, seulement un ressort qui le 
presse exige une certaine force pour ([ue sa rotation se 
produise. 

Le cylindre qui est placé à gauche (cylindre moteur) 
porte en haut de son axe une roue dentée qui s’engréne 
avec un mouvement d’horlogerie H, de telle sorte (jue, 
lorsque l'appareil est en marche, il tourne avec régularité. 

Le sens de la rotation de ce second cylindre est tel que 
si l’on enroule autour du premier une longue bande do 
papier, et si l'extrémité de celle bande est colh’e sur le 
cylindre moteur, ce papier se déroule graduellement du 
premier cylindre, et s’enroule sur le second tant (pie 
marche le mouvement d’horlogerie. Grâce à la légère 
résistance (jue présente le cylindre qui se déroule, le 
papier est toujours tendu ; il est en outre soutenu par un 
petit cylindre inlermtkiiaire qui fait l’office do poulie et 
forme ainsi une surface plane sur laquelle s’écrivent les 
divers mouvements qu’on devra analyser. 

On se sert pour cet usage d’un papier glacé qui ne 
présente, pour ainsi dire, aucune résistance de frottement 
lorsque la plume écrit sur lui. Ce papier porte en outre 
des divisions formées par des lignes parallèles horizon- 
tales et verticales formant des carrés de 3 millimètres de 
côté. Ces divisions sont tW's utiles pour mesurer la force, 
la durée et les rapports de succession des différents mou- 
vements qui seront enregistrés. 

Api)arcil spliygmographique. 

L'appareil sphyymographique AS (môme figure) offre à 
(b'crire les trois leviers et les trois systèmes d’ampoules 
conjuguées qui leur transmettront le mouvement. Ils sont 



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50 



PHYSIOLOGIE. 



représentes dans la figure an nombre de trois, avec la 
disposition qu on leur donne dans l’expt^rience fonda- 
mentale que nous rapporterons on premier lieu. De ces 
trois leviers, l’un, lo, écrira les mouvementsde l’oreillette ; 
l’autre, Iv, ceux du ventricule, et le troisième, le, le choc 
< «V, precordial. Tous trois sont bien horizontaux, 
et leurs pointes écrivantes sont en contact avec 
le papier qui recouvre le cylindre. Ces trois 
pointes doivent être exactement superposées, 
de sorte qu’un trait vei-tical tracé sur le papier 
les rencontre toutes trois. I/irsquo les leviers 
se mouvront pendant que le papier exécutera 
sa translation de droite à gauche, il en résul- 
tera des lignes sinueuses qui fourniront l’in- 
terprétation desdivers moiivemenlsdu cœur. 

■SI Tous les leviers, avec les ampoules termi- 
nales qui leur donnent le mouvement, sont 
i \ exactement semblables entre eux ; la des- 
H criplion d’un seul de ces appareils .sera donc 
suffisante. Une tige verticale dont la base est 
fixée dans un plateau bien horizontal leur 
H sert de support commun. 

Levier et ampoule terminale (fig. 0). 

§ 8. — Une pièce tubulaire Ee reçoit la 
lige verticale du support, le long de laquelle 
elle peut glisser à volonté pour élever ou 
descendre chacun des leviers. Lorsriu’on 
veut maintenir cette pièce en position, on tourne une vis 
de pression latérale qui vient comprimer la tige; dès lors 
il n’y a plus de glissement possible, et l’appareil est im- 
mobile. Sur aHte virole Ee est fixée latéralement une 




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DESCRIPTION DD CARDIOGRAPHE. 



57 



pièce horizontale qui porte une chape dans laquelle est 
l’axe du levier. Cet axe, parfaitement horizontal, traverse 
la base du levier, qui peut librement s’élever ou s’abaisser 
en tournant autour de lui. Le levier //p est d’une légèreté 
extrême; sa base est d’aluminium, ainsi que sa pointe, 
et tout le reste est de bois réduit à une minceur telle 
que son diamètre transversal est à peine celui d’une 
paille ordinaire qu’on aurait fendue et aplatie. La pointep 
est faite d’une lame d’aluminium réduite à une grande 
minceur par le laminage, et courbée de façon à former 
un angle qu'on humecte d’encre et dont le sommet forme 
une plume à trait fort délié. 

Si l’on a besoin de faire avancer ou reculer le levier 
suivant sa longueur, de façon que sa pointe vienne se 
placer sur le papier verticalement au-dessus des autres, 
on obtient ce résultat de la manière suivante : La chape 
peut se mouvoir par le moyen d'une vis dont la tête v est 
à gauche de la virole Ee; suivant qu’on tourne celte vis à 
droite ou à gauche, la chape avance ou recule, et avec 
elle le levier qu’elle supporte. 

On sait déjà que chacun des leviers doit être mis 
en mouvement par le gonflement et le resserrement 
alternatifs d’une ampoule élastique sur laquelle il repose. 
Celte ampoule mérite une description particulière. Elle est 
formée par une caisse ou tambour métallique T d’environ 
5 centimètres de diamètre sur 5 millimètres de hauteur. 
Ce tambour, ouvert à sa face supérieure, est recouvert en 
ce point par une feuille de caoutchouc très élastique, 
assez épaisse et peu tendue. Un tube horizontal s’ouvre dans 
le tambour T, de sorte que, suivant qu’on foule de l’air à 
traversée tube ou qu’on exerce une aspiration, la mem- 
brane du tambour s’élève ou s’abaisse, entraînant avec elle 



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68 



PHYSIOLOGIE. 



le levier qui reçoit son mouvement. Pour réaliser cette 
transmission, un petit disque de carton muni d’une arête 
transversale de 6 à 7 millimètres de hauteur est collé sur 
la membrane du tambour. L’arète vient rencontrer le 
levier près de son centre de mouvement. Il suit de là 
que la membrane ne saurait se soulever ni s’abaisser 
sans que le levier qui repose indirectement sur elle 
participe à son élévation ou à son abaissement. Mais, 
comme on le voit sur la figure, c’est très près de l’axe du 
levier que l’arète vient agir, ses mouvements seront donc 
très amplifiés à l'extrémité p du levier, au point où la 
plume écrit sur le papier mobile. 

Comme il faut à volonté faire varier le point d’apfili- 
cation de l’arôte sur le levier, on obtient ce résultat eu 
faisant glisser en avant ou eu arrière le tube métallique 
qui se rend au tambour. Ce tube glisse à cet effet dans 
une gouttière borizoutale acculée à la virole Ëe. Si l’on 
pousse l’extrémité de ce tube du côté de la virole, le 
tambour s’avance et avec lui son arête. Celle-ci se trouve 
alors en contact avec le levier à une plus grande distance 
de l’axe. Si au contraire on tire en arrière l’extrémité 
du tube, le tambour recule ; alors l’arête vient se placer 
très près do l’axe. Dans le premier cas, les mouvements 
exécutés par la plume du levier ont le moins d’amplitude 
possible ; dans le second, ils sont à leur maximum. Enfin 
il faut pouvoir élever ou abaisser le tambour, afin de 
placer le levier qui repose sur lui dans une position hori- 
zontale. Pour cela, on tourne à droite ou à gauche 
l’écrou E qui termine en bas la virole Ee. Alors le tube 
et le tambour T s’élèvent ou s’abaissent en restant hori- 
zontaux, l’arête s'élève ou s’abaisse également et avec elle 
le levier que l’on peut mettre dans la position voulue. 



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SUCCESSION OES MOUVEMENTS DU COEUR. 59 

Ia figure 5 monlro les trois systèmes do tambours et 
de leviers superposés sur un montant commun. Chacun 
des tubes qui s’ouvrent dans les tambours se prolonge en 
arrière par un tuyau de caoutchouc avec un tuhe métal- 
lique muni d’un robinet. Ces trois tubes sont aussi fixés 
à une tige verticale plantée sur le plateau de l’appa- 
reil AS. L’usage de ces robinets est de pouvoir à volonté 
mettre les tambours en communication avec les ampoules 
initiales, ou bien intercepter cette communication. 

Nous avons maintenant à décrire l’élément variable de 
l’appareil, celui qui doit être mis en rapport direct avec 
la partie du cœur ou du système artériel dont on veut 
étudier les mouvements. C’est ce que, dans un premier 
aperçu de la construction du cardiographe, nous avons 
appelé X ampoule initiale. A chacun des systèmes de tam- 
bour et de levier décrits figure G doit correspondre une 
ampoule initiale de forme variable suivant le besoin. Ces 
différentes formes seront décrites à propos des expériences 
pour lesquelles elles sont nécessaires. 

PREMIÈRE EXPERIENCE CAROIOGRAPHIQUE. 

Délermination de la succession des divers mouvements du cœur. 



L’expérience que nous allons rapporter est celle qui 
a été publiée déjà dans les Comptes rendus de l'Institut. 
C’est par elle que nous avons commencé nos recher- 
ches, afin d’avoir dès le début la solution d’une des 
questions les plus importantes pour la pratique médicale. 
Cette question est la suivante : Le choc du cœur arrive-t-il 
au moment de la systole de l'oreillette, ou bien correspond-il 
. à la systole du ventricule? 

11 fallait enregistrer à la fois les mouvements de l’oreil- 



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CO 



PHYSIOLOGIE. 



lelle, ceux du ventricule et la pulsation cardiaque, afln de 
déterminer, d’après la position respective de leurs tracés, 
l’ordre dans lequel ils se produisent. Trois leviers devaient 
donc fonctionner à la fois, exprimant chacun les mouve- 
ments communiqués à l’ampoule initiale correspondante. 
Pour cela, les trois ampoules furent placées l’une dans 
une oreillette, l’aulre dans un ventricule, la troisième 
dans les parois mômes de la poitrine, au niveau du point 
où la pulsation du cœur est le plus apparente. Le cœur 
droit fut choisi pour l'introduction des ampoules dans 
ses cavités; en effet, la veine jugulaire fournit une voie 
facile et sûre pour pénétrer dans l’oreillette droite et de 
là dans le ventricule. C’est au moyen d’une double sonde 
que les ampoules furent portées dans les cavités droites 
du cœur. 



Description de la double sonde du cœur droit. 

§ 9. — Afin d’introduire à la fois dans l’oreillette et 
dans le ventricule droits les ampoules tnùta/e« qui devaient 
recevoir les mouvements de ces deux cavités, nous con- 
struisîmes une sonde, figure 7 ci-contre. Cette figure 
donne la représentation extérieure de la soude, ainsi que 
la coupe de la plupart de ses parties constituantes. 

Les deux ampoules V et O sont destinées, la première 
au ventricule, la seconde à l’oreillette. 

De l’ampoule V part un tube de gomme flexible TV qui 
traverse l’ampoule de l’oreillette sans communiquer avec 
elle, et se continue à travers une grosse sonde égale- 
ment de gomme, en gardant toujours son indépendance. 
Sorti de la sonde, il se prolonge par un tube de caout- 
chouc de 2 mètres environ de longueur, et va aboutir 
enfin à l’ampoule terminale qui fera marcher le levier 



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SUCCESSION DES MOUVEMENTS DU COEUR. 



6t 



ventriculaire. On connaît déjà cette partie de l’appareil. 

L’ampoule O s’ouvre dans la grosse sonde, et la cavité 
de cette dernière s’ouvre à 
son tour dans le tube TO, 
long tuyau de caoutchouc 
semblable à TV et abou- 
tissant comme lui à une 
ampoule terminale qui fait 
mouvoir un second levier. 

J.,e trajet qui réunit l’am- 
poule initiale O à son am- 
poule terminale est donc 
indépendantduconduitTV. 

Il est formé, dans l’inté- 
rieur de la sonde, par 
l’espace circulaire TO qui 
existe entre la grosse sonde 
enveloppante et ta sonde 
enveloppée TV, ainsi qu’on 
|)eut le voir sur la coupe. 

Les ampoules initiales V 
et O sont toutes deux for- 
mées par une membrane 
de caoutchouc tendue sur 
une sorte de cage métalli- 
que dont voici la descrip- 
tion.- 

Chaque ampoule est 
formée par deux boutons 
hémisphériques de métal 




Fig. 7, 



de 1 centimètre de diamètre, séparés l’un de l’a utre par un 
espace de 3 centimètres environ. Ces boutons ont leurs 



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62 



PHYSIOLOGIE. 



surfaces planes tournées l’une vers l’autre; ils sont reliés 
entre eux par quatre tiges d'acier implantées sur leurs 
bords. Les quatre liges formeraient les arêtes d’un prisme 
quadrilatère terminé par deux sommets arrondis que 
représentent les hémisphères de métal. Sur ces arêtes 
métalliques est tendu un tronçon de tube élastique qui 
les enveloppe dans son intérieur, en rejoignant par ses 
deux bouts les boutons de métal sur lesquels il est lié par 
des fils circulaires très serrés. L’ampoule initiale ainsi 
formée est mise en communication avec le tube qui doit 
la relier à son ampoule terminale. Pour cela l'ampoule V 
présente un trou unique dans son bouton métallique par 
lequel pénètre le tube TV. L’ampoule O présente deux 
trous, puisqu’elle doit être traversée d’outre en outre par 
le tube TV. De plus, le bouton métallique qui la relie à 
la grosse sonde offre une disposition particulière. Il a 
une forme tubulaire pour embrasser la sonde à double 
courant, et son orifice qui s’ouvre dans cette sonde est 
assez large, non-seulement pour laisser passer le tube TV, 
mais pour permettre le libre passage do l’air de l’am- 
poule O dans la cavité de la sonde enveloppante, et de 
là dans le tube TO qui se rend à l’ampoule terminale et 
au levier de l’oreillette. 

Chacune des deux ampoules présente donc quatre 
fenêtres rectangulaires membraneuses limitées par 
quatre arêtes rigides. Ces fenêtres pouvant céder 
dans tous les sens aux pressions qu’elles siippoïlent, 
se gonfleront ou se déprimeront suivant que ces am- 
poules seront placées dans un milieu raréfié ou com- 
primé. 

Suivant que l’air sera appelé dans ces ampoules ou 
qu'il en sera expulsé, les tambours qui communiquent 



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SUCCESSION UES MOUVEMENTS UU COEUR. 63 

avec elles imprimeront aux leviers des mouvements de 
descente ou d’élévation. 

Manuel opératoire. 

Voici comment on introduit la sonde cardiaque dans 
les cavités droites du coeur. 

On choisit comme sujet d’expérience un grand animal, 
afin d’avoir le double avantage de trouver des batte- 
ments plus forts et moins fréquents, et d’autre part, 
d’avoir une plus large voie pour introduire la sonde par 
les veines jugulaires : c’est le cheval qui nous a servi. On 
met à nu la veine jugulaire, vers la partie inférieure du 
cou, et l’on applique sur ce vaisseau une forte ligature. 
Puis, on fait aux parois de la veine une incision longitu- 
dinale de 2 à 3 centiinétrc.s, située immédiatement 
au-dessous de la ligature. On trempe la sonde et scs 
ampoules dans l’eau pour les rendre glissantes, et l’on 
introduit l’ampoule V dans l’ouverture de la veine; on 
pousse alors la sonde de manière à engager successive- 
ment le tube TV, l’ampoule O et la grosse sonde, ju.squ’à 
ce que l’ampoule O ait pénétré dans roreillclte. 

A ce moment, l’ampoule V est ai-rivéc dans le ventri- 
cule en tombant par son propre poids à travers l’orifice 
tricuspide. La longueur de la sonde TV, dans l’intervalle 
des deux ampoules, est calculée de telle sorte que l’am- 
poule V soit dans le ventricule lorsque O se trouve dans 
l’oreillette. — La partie mince et flexible (pii s'étend 
entre ces deux ampoules est située entre les lèvres de la 
valvule tricuspide, dont elle ne gène en rien les mouve- 
ments (l). 

(I) On pcul s’assurer de l'innocuilé de ce premier temps de l'expd- 
rienco en examinant l'animal, qui n'est nullement troublé, qui marche et 




64 



PHYSIOLOGIE. 



La sonde qui vient d’être décrite, et le premier temps 
de l’opération, qui consiste à l’introduire dans tes cavités 
du cœur, ne suffisent pas encore pour transmettre à l’ap- 
pareil enregistreur tous les mouvements (pie nous voulons 
étudier. Nous n’avons, en effet, que l’indication des mou- 
vements de l’oreillette et du ventricule; un troisième 
élément nous manque, c’est le choc du cœur dont il faut 
déterminer le rapport de succession avec les deux autres. 

Une ampoule initiale analogue aux deux précédentes 
devra être appliquée de manière à recevoir le choc du 
cœur sous forme d’une pression (|ui chasse l’air de sa 
cavité et soulève un troisième levier. 

Ampoule destinée à recevoir le choc du coeur. 

§ 10. — L’ampoule qui re(;oit le choc cardiaque (fig. 5) 
esttrèsanalogueàcelle qui est introduitedansle ventricule, 
seulement elle est dépourvue d’arêtes métalliques. Le tube 
de caoutchouc qui la revêt est tendu fortement entre les 
deux boutons métalliques, et ceux-ci sont tenus éloigin's 
l’un de l’autre par une tige centrale rigide. L'ampoule 
ainsi formée est donc compressible par tous les points de 
sa surface. Elle est mise en communication par un tube 
métallique courbé en quart de cercle et qui s’adapte au 
tuyau de caoutchouc te par lequel se fera la transmission 
du mouvement jusqu’au tambour et au levier correspon- 
dant. On va voir comment cette ampoule est placée pour 
recevoir le choc cardiaque qu’elle doit transmettre à 
l’enregistreur. 

mange comme de coutume. En comptant le cliifTre du pouls, on trouve 
quelquefois une légère accélération, surtout dans les premiers instants ; 
mais les mouvements du cœur sont toujours réguliers, et donnent, h l’aus- 
cultation, des bruits d'un caractère normal. 



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SUCCESSION DES MOUVEMENTS DU COEUR. 



65 



Manuel opératoire. 

On fait sur le cheval une petite incision verticale, au 
niveau du cœur de l’animal, à une distance d’environ un 
travers de doigt derrière le bord de l’omoplate. On fait 
pénétrer cette incision assez profondément pour qu’elle 
divise le inuselc intercostal externe; puis, en introduisant 
le doigt dans la plaie, on dédouble les deux muscles inter- 
costaux de manière à former une cavité de S ou h centi- 
mètres de profondeur occupant le tpiatrième espace inter- 
costal, cavité dans laquelle on enfonce l’ampoule tm- 
liale (i). L’ampoule ainsi appliquée se trouve en face du 
ventricule, et reçoit de lui une pression, de dedans en 
dehors, à chacune des pulsations cardiaipies. Cette ampoule 
est encore soumise à d’autres causes de compression, 
suivant que le cœur augmente plus ou moins de volume 
pendant qu’il se remplit. 

Lorsque l'expérience est ainsi instituée, que la sonde 
ardiaque droite est introduite dans le cœur, et que l’am- 
poule qui recevra le choc est placée dans le quatrième es- 
pace intercostal, les trois leviers sont animés de mouve- 
ments différents, car chacun d’eux reçoit son impulsion 
d’une source particulière. 

Le levier lo i^fig. 5) communique par le tube lo avec 
l’ampoule O de la sonde cardiaque. Il écrira donc les 
mouvements de Voyeillcttc droite. 

(1 ) C'esl là le temps le plus difficile do l'expérience ; c'csl le seul qui 
soit assez douloureux pour que l'animal s'agite. Un danger qui est à re- 
douter, c'est l'ouverture de la cavité thoracique; aussi, en général, est-ce 
par celle incision qu'il faut commencer l'expérience; c^r, dés qu'on a 
réussi à introduire l'ampoule intercostale, tout le reste no présente plus 
de diflicultés sérieuses. 

5 



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66 



PHYSIOLOGIE. 



Le lovier Iv , mis en rcapport par le lulic Iv avec 
l’ampoule V, ex|>rimcra les mouvemeuts du ventricule 
droit. 

Le levier le, recevant son mouvement par le tube le 
de l’ampoule c, donnera le tracé du choc du cœur (l). 

Supposons l'expérience instituée comme il a été dit. 
Quand les trois leviei’s sont en mouvement et que leurs 
plumes ont été chargées d’encre, on fait partir le déclan- 
chement du mouvement d’horlogerie H, et le papier se 
meut d’une manière uniforme. On obtient alors le tracé 
cardiographique dont nous donnerons l’analyse dans le 
chapitre suivant. 

(I) Chacun dos tubes qui se rendent dans l'appareil AS est muni d'un 
robinet. Lorsqu'on veut faire cesser les mouvements d'un des leviers, no 
forme le robinet correspondant. Si l’on ne fait exécuter au robinet qu'un 
quart de tour, on obtient une communication de l'intérieur des tubes avec 
l'air extérieur. On peut ainsi, suivant le besoin, évacuer le trop-plein 
des tubos, ou permettre ta rentrée do l’air extérieur, s'ils sont le siège 
d’une raréfaction excessive. Cette disposition est indispensable pour 
exécuter certaines expériences dont il sera question ultérieurement. 



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CHAPITRE III 



ANALYSE d’un TRACÉ C VRDIOGRAPHIQUE QUI FOURNIT LES 
INDICATIONS DES MOUVEMENTS DE l’oREILLETTE DROITE, DE 
CEUX DU VENTRICULE DROIT ET DE LA PULSATION CAR- 
DIAQUE. 



De l'iniervalle qui sépare la contraction de roreillellc do celle du ven- 
tricule. — Du synchronisme de la contraction ventriculaire avec la 
pulsation cardiaque. 

De la durée comparative de la contraction de l'oreillclte et do celle du 
ventricule. — De la durée de la pulsation cardiaque. 

De la pulsation cai diaiiue ou choc du cœur, et en général des difîérontos 
pressions quo les ventricules overcont contre les parois thorack|uos 
à chaque moment d'une révolution do cœur. 

De la répléiion des cavités du cœur pendant leur état de relâchement, 
et dos indications que fournit le tracé cardiographiquo, relativement 
à cette réplétion. 

De la clôture des valvules du cœur, et des signes qui, dans le tracé, indi- 
quent le moment de cette clôture. 

I-orsque l'expérience est préparée comme nous l’avons 
iiuliqué dans le chapitre précédent, et lorsqu’on s’est as- 
suré que les plumes qui terminent les leviers .sont bieti 
exactement su[»erposées et donnent une trace nette, on 
fait marcher le mouvement d’horlogerie. Alors, le papier 
se déroule et l’on obtient le tracé représenté (fig. 8) (1). 

(I ) Iæ figure 8 représente les tracés n” I do l'oreillette, n“ 2 do ventri- 
cule, et n" 3 de la pulsation cardiaque. — Os mouvements sont enregistrés 
pendant (juatre révolutions du cœur. — Le tracé se lit de gaucho à 
droite, comme l'écriture ordinaire. — Nous donnerons l'explication dos 
différents éléments de ces tracés en les analysant successivement dans 
CCS quatre révolutions du cœur. A mesure qu'un des éléments des tracés 
sera connu, il sera remplacé, pour les révolutions suivantes du cœur, par 
une ligne pleine au lien d’une ligne ponctuée. 



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68 



PHYSIOLOGIE 




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ANALYSE d’un TRACÉ CARDIOGRAPHIQUE. 



69 



Analjrao du (racé (flg. S}. 



A. — De l'inlervallo qui sépare la contraction de l'oreillette de celle du 
ventricule. Synchronisme delà contraction du ventricule et de la puU 
eation cardiaque. 

§11. — Chacun des trois tracés présente un grand 
nombre de détails dont nous apprendrons successivement 
à connaître la signification ; nous ne devons chercher, 
pour le moment, que l’indication des contractions de 
l’oreillette et des ventricules. 

Il est évident qu’une ampoule placée dans une des ca- 
vités du cœur recevra, au moment de la systole de cette 
cavité, une pression plus intense qu’à tout autre instant 
d’une révolution cardiaque. Le moment de cette sys- 
tole correspondra donc, dans la figure, au point où le 
levier s’est élevé le plus haut, c'est-à-dire, pour le tracé 
de l’oreillette, aux points o et o', etc., et, pour le tracé du 
ventricule, aux points v et u', etc. 

Ces points culminants du tracé indiquent l’instant où 
l’effort systolique est arrivé à son maximum ; si donc on 
veut déterminer le point où la systole a débuté, il faut 
chercher l’endroit où la courbe a commencé à s’élever 
pour arriver à son summum. Sur le tracé de l’oreillette 
(première révolution du cœur), ce point correspond à 
l’intersection de la courbe avec une ligne verticale a. Sur 
la courbe du ventricule, le début de la contraction est 
indiqué par une autre ligne verticale b. On peut donc déjà 
constater qu’»7 s'écoule un certain temps entre le début de 
la systole de l'orcillcltc et celui de la systole du ventricule. 

Si l’on voulait apprécier avec une grande précision 
l’intervalle de temps qui sépare les débuts de ces deux 



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PHYSIOLOGIE. 



70 

systoles, on n’aurait qu’à mesurer au compas l'intervallo 
qui sépare les deux lif^nes verticales a et 6, et, à l’aide de 
l’échelle qui est jointe à la figure, on transformerait en 
fractions de seconde cette longueur (jui correspond à un 
certain parcours du papier dont la vitesse est connue. On 
voit que cet intervalle correspond à peu près à 2 dixièmes 
do seconde pour le cas présent. 

Passons à la courbe n° 3, celle qui représente la pulsa- 
tion cardiaque, ou choc du cœur. On voit que la pulsation 
cardiaque présente une forme assez compliquée, et que, 
loin d’ètre un choc unique et instantané, elle se compose 
do mouvements complexes. Toutes ces ondulations trouve- 
ront plus tard leurs explications détaillées. Nous les lais- 
sons de côté pour le moment, et nous ne considérons que 
les éléments les plus importants du tracé.— 11 est déjà évi- 
dent ([ue la pulsation violente que ressent la main, lore- 
qu’on l’applique au niveau de la région cardiaque, ne 
peut correspondre qu’à cotte hante ascension du levier 
qui est indiqué par les points c et c'. Ici encore nous 
n’avons que le summum d’intensité de la pulsation car- 
diaque. Pour avoir le début de ce mouvement, il faut, 
comme tout à l’heure, chercher le commencement d*} 
cette forte ascension du levier. Ce point correspond ;i 
l’intei’section de la courbe et de la ligne verticale b qui a 
déjà servi à signaler le début de la contraction dans le 
tracé ventriculaire. 

Que conclure de ce synchronisme parfait entre la con- 
'I tiaction ventriculaire et la pulsation cardiaque? C’est que 
cette pulsation dépend de la systole du ventricule, et non 
I de celle de roreillelte qui la précède sensiblement. Cette 
conclusion, déjà presque forcée, va se confirmer encore 
quand nous entrerons plus avant dans l’analyse des tracés. 



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ANALYSE d’un TRACÉ CARDIOGRAPIIIQUE. 



71 



B. — Durées comparatives des contractions de roreillctle et du ven- 
tricule; durée de la pulsation cardiaque. 

§ 12. — Do nit'mc que la conlraclioii trtiiie des cavités 
du cœur sc traduit par une ascousioii do la courbe gra- 
pliitiue, de même le relâchement qui la suit doit sc tra- 
duire par uiîe descente de cette courbe. On potirra donc, 
en comparant rintcrvalle qui sépare le commencement 
de l’ascension du commencement de la de.scente, évaluer 
les durées respectives des contractions de l’oreillette et 
du ventricule. 

Pour le tracé de l’oreillette (voir la deuxième révolu- 
tion du cœur), dès que la systole est arrivée à son summum 
o’, on voit que le levier redescend, c’est-à-dire que le re- 
lâchement commence. I.a durée do la systole auriculaire 
sera donc mesurée par le temps pendant lecpicl la courbe 
s'élève. 

Poui' le ventricule, il n'en est pas de même; la ligne 2 
nous montre (pie l’ascension du levier, une fois arriv(;e à 
son summum v', s’y maintient pendant un temps aasez 
long, ce qui prouve que le ventricule continue à se con- 
tracter. Enfin, survient une brusque descente qui indique 
l’arrivée du relâchement ventriculaire. Le début do la 
systole et sa fin sont donc représenl(‘s, pour le tracé du 
ventricule, par deux points bien nets ; le premier corres- 
pond au début de la grande ascension do la courbe, et le 
deuxième au début de la descente qui la suit. L’intervalle 
qui st'pare ces points mesure la durée de la systole ven- 
triculaire (1). 

(I) La ligne pleine qui indique (2' revolulion du cœur) le début, la 
durée et la lin de la systole ventriculaire s'écarte sensiblement du tracé 
réel. Les éléments multiples que présente celui-ci recevront plus tard 
leur explication. 




72 



PHYSIOLOGIE. 



Si l’on porte sur l’échcllo des temps riiitcrvalle qui 
sépare le commeiicemeiil de la fin des systoles, on voit 
que la durée de. celle de l’oreillette est d’environ 1 dixième 
de seconde, tandis que pour le ventricule la systole dure 
Il dixièmes de seconde. 

La pulsation cardiaque (ligne 3) traduit de même son 
début et sa fin par une ascension et une descente plus 
brusques que tous les autres mouvements représentés sur 
cette courbe. Le début de la pulsation se trouve, comme 
nous l’avons déjà signalé, sur la même ligne verticale que 
le début de la systole ventriculaire. Or, on peut voir éga- 
lement que la courbe de la pulsation subit un brusque 
abaissement coïncidant avec la fin de la systole du ven- 
tricule. Ce synchronisme vient encore prouver, comme 
nous l’annoncions tout à rheure, que la pulsation car- 
diaque est bien réellement produite par la contraction 
ventriculaire. 

On pourrait toutefois s’étonner de voir qu’à partir du 
point c' (summum de la pulsation cardiaque), la courbe 
descend graduellement, tandis que cela n’arrive pas 
dans le tracé du ventricule. Cet abaissement, beaucoup 
plus lent que celui ipii accompagne le relàcliemcnt du 
ventricule, va trouver .son explication dans le prochain 
paragraphe qui est destiné à expliquer la nature de la 
pulsation cardiaque. 

C. — De lu pulsation cardiaque, et en général des dilTérontes pressions 
que les ventricules exercent contre les parois thoraciques, à chaque 
moment d'une révolution du coeur. 

§ 13. — Parmi les dilTérents mouvements du cœur, la 
pulsalioncardiaqtiecst undeceuxdontlanaturc aétéle plus 
discutée et est encore, de nos jours, le moins connu. Le 



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ANALYSE d’un TRACÉ CARDIOGRAPHIQUE. 73 

nom de choc du cœur tend à propager une erreur que Ma- 
gendie surtout a cherché à soutenir. Celte erreur consiste 
à croire que le ventricule vient battre contre les parois 
thoraciques dont il s’éloignerait et se rapprocherait alter- 
nativement. La torsion de la pointe du cœur et son im- 
pulsion contre la paroi n’expliquent pas mieux cet effort 
puissant qui constitue la pulsation cardiaque, et qui, chez 
les grands mammifères, est capable de soulever un poids 
do plusieurs kilogrammes. 

Pour bien comprendre la nature de ce phénomène, 
reportons-nous à l’expérience qui consiste à mettre à nu 
le cœur d’un animal vivant et k embrasser cet organe 
dans les mains pendant qu’il exécute des mouvements. 
Dans ces conditions, on sent d’une manière très nette que 
les ventricules sont alternativement durs et mous, suivant 
qu’ils sont en contraction ou en relâchement. Lorsqu’ils 
sont mous, la main qui les presse peut à son gré les dépri- 
mer dans tous les sens, tandis que, au moment où les ven- 
tricules ilurcissent, ils tendent énergiquement k prendre 
la forme globuleuse et k repousser la pression qui les dé- 
formait. Quel que soit le .sens dans lequel on comprime 
les ventricules, du moment que l'on réduit un de leurs dia- 
mètres, il se produit, au moment où ces cavités devien- 
nent dures, un effort pour repousser la pres.sion qu'elles 
subissaient. Ce durcissement des ventricules tient bien 
manifestement k leur contraction. En effet, si l’on exa- 
mine à ce moment la surface du cœur, on voit s'y former 
des rides perpendiculaires k la direction des fibres mus- 
culaires de cet organe, rides qui sont évidemment pro- 
duites par le raccourcissement de ces fibres. 

La sensation que la main éprouve lorsqu’on embrasse 
ainsi les ventricules dans la poitrine ouverte se retrouve 



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PHYSIOLOGIE. 



74 

aussi lorsque, chez un animal vivant, on introduit la main 
entre le cœur et les parois thoraciques, après avoir fait 
une ouverture au diaphragme. On peut alors s’assurer 
que la pression peirue par la main n’est autre que le 
choc précordial qu’on sent en même temps à l’extérieur, à 
travers les parois thoraciques. Mais on a vu que cet ellorl 
excentrique du cœur a pour condition d’existence une 
déformation préalable des ventricules. Ceux-ci doivent 
avoir été aplatis suivant nu île leurs diamètres pendant 
leur état de relâchement. On va voir que cet aplatissement 
existe normalement, chez les animaux et chez l'homme, 
de façon à rendre compte de la pression qui se produit 
contre les parois thoraciques au moment de la contrac- 
tion ventriculaire, pression qui constitue la pulsation 
cardiaque. 

Chez le cheval, le cœur présente une forme propre, 
abstraction faite des pressions que cet organe peut subir 
de la part des parties environnantes. Cette forme propre, 
qu’il est surtout facile de constater jiendant la rigidité 
cadavérique, consiste en un aplatissement latéral de l’or- 
gane dont le plus petit diamètre est situé transversale- 
ment. Cette première notion suflit pour faire admettre 
(jue le cœur suspendu librement dans l’espace s’élai’girait 
au moment de sa contraction ; car, en devenant globu- 
leux, il augmenterait .son diamètre transversal aux dépens 
du diamètre antéro-postérieur. 

Mais ce n’est pas tout, 1e cœur subit nue pression eiïeo 
tive de la part des organes qui l’environnent. Chez le 
cheval, il descend par son propre poids dans une étroite 
gouttière formée en bas par le sternum, et de chaque 
côté, par les côtes et leurs cartilages. Knfoncés dans cet 
angle dièdre à parois résistantes, les ventricules s’y mou- 



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ANALYSE d’un TBACÉ CARDIOGRAPHIQUE. 75 

lent, pour ainsi dire, tant que leurs parois molles et re- 
lâchées se laissent aplatir latéralement. Mais, au moment 
de la systole, ces parois ne se laissent plus déprimer; 
aussi, à cet instant, y a-t-il effort excentriiiue du cœur 
contre les parois thoraciques et tendance à l’agrandisse- 
ment du diamètre latéral de cet organe. Chez ces ani- 
maux, la pulsation cardiaque devra donc se sentir des 
deux côtés de la poitrine, puisque, à droite et à gauche, 
le cœur vient s’aplatir contre les côtes et les cartilages 
costaux. 

Chez l’homme, la position du cœur, relativement aux 
parois du thorax, est uu peu différente. Placé à gauche 
du sternum, le ctrur glisse par son propre poids sur le 
plan incliné que présente le diaphragme. 11 suit de là que 
le cœur se trouve, ici encore, déformé entre deux plans : 
d’une part, les parois thoraciques, et d’autre part le dia- 
phragme. La réaction dont nous avons parlé devra donc 
se produire chez l’homme; seulement elle ne se fera que 
contre un seul point des parois thoraciques, celui qui se 
trouve en rapport de contact avec les ventricules. Enfin, 
la pulsation sera d’autant plus intense que le ventricule 
viendra s’appliipier plus intimement à la paroi thoracique, 
comme cela arrive sous l’influence de la déclivité. 

On comprend maintenant que l’ampoule placée dans 
un espace intercostal au niveau d’un des ventricules du 
cœur devra subir, à chaque systole de ces ventricules, une 
pression qui durera autant que cette systole ellc-môme. 
La courbe du levier correspondant devra donc ressembler 
à celle du levier ventriculaire; et en effet, elle s’élève et 
s’abaisse avec elle. — Mais nous avons signalé une diffé- 
rence notable entre la forme de ces deux courbes. Ainsi, 
tandis que le levier ventriculaire reste élevé pendant toute 



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76 



PHTSIOLOGIE. 



la durée de la systole, celui qui trace la pulsation car- 
diaque descend graduellement, depuis le moment où la 
systole a atteint son maximum d’intensité jusqu’à celui 
où elle finit; alors arrive une chute brusque synchrone à 
celle du tracé ventriculaire. 

EfTels de la déplétion des ventricules sous l'inQuence de leur systole. 

§ lül. — L’obliquité descendante de la courbe des pul- 
sations pendant la systole des ventricules s’expliquera très 
bien et va nous révéler un nouvel élément de la pulsation. 
Cet élément, c’est le changement de volume du ventri- 
cule à mesure qu’il se vide par sa contraction. 

En efiet, si le ventricule restait toujours également vo- 
lumineux et dur pendant toute la durée de la systole, il 
devrait y avoir une pression toujours égale contre les pa- 
rois thoraciques; mais, à mesure que le ventricule se vide, 
il diminue de diamètre tran.sversalement. La pression 
extérieure qu’exerce le ventricule va donc diminuer gra- 
duellement, jusqu’à ce que son relâchement vienne sup- 
primer tout effort excentrique contre les parois de la poi- 
trine. Ainsi se trouve expliquée, dans sa direction géné- 
rale, la partie de la pulsation cardiaque comprise entre le 
début de l’ascension et la fin de la descente du levier. 

Effets de la réplétion do.s ventricules pendant leur relâchement. 

§ 15. — Si ladéplétiondu ventricule qui se produit pen- 
dant toute la durée de sa systole entraîne une diminution 
graduelle de la pression du cœur contre les parois thora- 
ciques, nous devons conclure qu’un phénomène inverse se 
produira pendant le relâchement du ventricule, sous l’in- 
Uuence de la réplétion graduelle de celui-ci. 



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ANALYSE d’un TRACÉ CARDIOGRAPHIQUE. 77 

On devra donc, pendant toute la durée de ce relâche- 
ment, observer dans la direction du tracé une ascension 
graduelle indiquant que les ventricules augmentent de 
volume par l'abord continuel du sang de l’oreillette et 
qu’ils pressent plus fortement contre les parois. 

C’est ce qui s’observe en effet sur les tracés do la pulsa- 
tion cardiaque (troisième révolution du cœur). 

EfTcts de la s^âlole de l'oreilleUe sur la pulsation cardiaque. 

§ 16. — Mais la réplélion du ventricule trouve dans la 
contraction de l’oreillette un auxiliaire puissant; on devra 
donc voir, au moment de cette contraction, un surcroît de 
pression du ventricule contre les parois thoraciques, ce qui 
se traduira par un .soulèvement du tracé au poitit corres- 
pondant. Or, si l’on prolonge jusque sur le tracé de la 
pulsation cardiaque la ligne verticale qui correspond à la 
cohtraction de l’oreillette, on voit qu’elle signale dans la 
pulsation ce léger redoublement que la théorie faisait pré- 
voir (1) (/■, troisième révolution du cœur). 

(I ) On sait que la théorie de M. Beau consiste à admettre que le choc 
du cœur est produit par l'ampliation soudaine du ventricule au moment 
de la contraction de l'oreillette. Celle théorie, qui compte encore beau- 
coup d'adhérents, doit son succès à ce qu'elle est simple et logiquement 
déduite. La raison fait comprendre, en effet, que dans le moment de 
la systole auriculaire, il doit y avoir une expansion du ventricule qui 
vient plus fortement presser contre les parois thoraciques. Mais ce que 
l'expérience seule pouvait apprendre, et ce que nos tracés montrent avec 
la plus grande clarté, c'est le rapport qui existe entre cette pulsation 
cardiaque qui arrive pendant la diastole du ventricule, et la pulsation 
systolique. Après avoir vu ces tracés, on ne saurait conserver le moindre 
doute sur la question de savoir laquelle de ces deux pulsations répond à 
ce qu'on appello le choc du cœur. Evidemment, ce choc correspond à la 
brusque ascension du tracé qui arrive au moment do la systole ventri- 
culaire. 



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78 



PHYSIOLOGIE. 



D. — Do la réplétion des cavités du cœur pendant leur état de relâche- 
ment, et des indications que fournit le tracé relativement à cette 
réplétion. 

§ 17. — On vient déjà de voir, à propos du tracé de la pul- 
sation cardiaque, que le ventricule sc gonfle [jraduelleincnt 
dès qu'il est en relâchement; que ce gonflement prend en- 
core plus d’énergie au moment de la systole de l’oreillette, 
preuve nouvelle qu’il dépend d’une réplétion du ventri- 
cule sous la double influence du vü a lergo d’abord, puis 
de la systole de l’oreillette. On se trouve naturellement 
porté à rechercher dans les aulres tracés la preuve de cetto 
réplétion. E.xaminons donc à ce point de vue les Iracés 
du ventricule et de l'oreillette. 

Dans le tracé du ventricule (troisième rtivolution du 
cœur), on voit que tout le temps du relâchement est re- 
présenté par une ligue oblique ascendante, absolument 
comme cela arrive dans le tracé de la pulsation car- 
diaque. On y retrouve, avec la même forme, l’effet de la 
contraction de rorcillelte ['. Ainsi, de part et d’autre, 
la réplétion du ventricule se traduit de la môme ma- 
nière ; par l’ascension de la courbe ; cela exprime que la 
charge du sang dans le ventricule devient de plus en plus 
forte. 

Le tracé de l’oreillette représente le même phénomène de 
réplétion. Pendant le relâchement de cette cavité, on peut 
voir que le point le plus bas de la courbe de roreillelle 
est en g (troisième révolution du cœur), à partir de ce 
point qui correspond au relâchement accompli, et, par 
suite, à la plus grande vacuité de roreillelle; on voit que 
la direclion générale de la courbe est ascendante jusqu'à 
la prochaine contraction auriculaire. 



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ANALYSE d’un TRACÉ CARDIOGRAPHIQUE. 79 

Dans ces trois lignes superpost^es il y a donc parfaite 
concordance des tracés pour prouver que la réplétion s’ef- 
fectue dans chaque cavité du cœur aussitôt que la con- 
traction est finie et que le relàchcniciit est arrivé. Cette 
réplétion graduelle s’explique naturellement par l’abord 
successif du sang (pie le système veineux vient verser 
dans les cavités du cœur aussitôt que celles-ci peuvent le 
recevoir. 

Il ne reste donc plus, pour terminer l’analyse dn tracé, 
qu’à expliquer la production de certaines ondulations 
qu’on observe, sur les trois lignes, an moment où le ven- 
tricule se contracte et au moment où il se relâche. Ce 
sera l’objet du dernier paragraphe. 

E. — De la clôlurc des valvules du cœur, cl des signes qui, dans lu tracé, 
représentent cette clôture. 

§ 18. — Ou a vu tout à l’heure comment la contraction 
(le l’oreillette, en faisant pénétrer dans le ventricule une 
certaine quantité de sang, augmente la pression dans 
celte cavité, et produit, par suite, une élévation dans le 
point correspondant de la courbe ventriculaire. Si l’ori- 
fice tricuspide n’était pas muni de valvules, un reflux se 
ferait dans l’oreillette quand le ventricule se contracte, de 
telle sorte que, par un phénomène identique avec le pré- 
cédent, mais agissant en sens inverse, on verrait à ce mo- 
ment la pression s’élever dans l’oreillette sous l’influence 
de la systole du ventricule. Bien que les valvules empê- 
chent ce reflux d’une manière à peu près complète, il 
n’en existe pas moins une cau.se d’élévation de la pression 
dans l’oreillette pendant la contraction du ventricule. En 
effet, les valvules elles-mêmes se soulèvent, formant du 
côté de l’oreillette un dôme à convexités multiples. Dans 



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80 



PHYSIOLOGIE. 



un travail antérieur (1), l’un de nous a cherché à bien 
établir l’exisleiice de ce soulèvement des valvules auri- 
culo-ventriculaires, soulèvement qu’oii sent très bien en 
introduisant le doigt dans l’oreillette par une ouverture 
faite à .ses parois. Cette espèce de hernie des membranes 
valvulaires dans l’oreillette doit nécessairement diminuer 
la capacité de cette cavité et y élever la pression ; aussi 
voit-on, dans le tracé de l’oreillette, une élévation se ma- 
nifester au moment de la contraction du ventricule. 

Ce soulèvement des valvules n’est point un mouvement 
unique, mais une sorte d’ondulation, consé(iueuce néces- 
saire du choc d'une ondée liquide contre une membrano 
élastique. Toutes les fois qu’un li(|uide est contenu dans 
des parois élastiques, il suffit qu’il reçoive nue impulsion 
dans un sens pour qu’il exécute une série de va-et-vient. 
C’est ce qui se passe pour une masse d’eau contenue dans 
une vessie lorequ’on lui impi ime un choc : on voit toute 
la masse liquide trembloter et osciller alternativement à 
droite et à gauche. 

Lors donc que le sang contenu dans le ventricule qui 
se contracte se porte contre les valvules auriculo-ventricu- 
laires, il les tend violemment ; celles-ci cèdent d’ahord par 
leur élasticité, puis réagissent |X)ur céder de nouveau de- 
vant l’oscillation du liquide. Ainsi s’expliquent les ondu- 
lations que présente le tracé de l’oreillette au point h 
(troisième révolution du cœur). 

Mais ces oscillations de la masse liquide contenue dans 
le ventricule doivent nécessairement se traduire à l’inté- 
rieur de celui-ci par des changements de pression alter- 
natifs, suivant que la mas.se sanguine se porte vers tel ou 



(1) Chauveau el Faivre, Gazelle medicale de fum, 18SG, p. 458. 



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ANALYSE d’un TRACÉ CAHDIOCRAPHIOUE. 81 

tel point; c’est ce qui arrive en effet. Aussi voyons-nous 
la courbe ventriculaire présenter des oscillations analo- 
gues à celles qu’on voit dans le traal de l’oreillette. Ces 
ondulations du tracé ventriculaire sont celles qu’on ob- 
serve eu h' (t) (troisième révolution du cœur). 

Cette explication une fois admise et prouvée déjà par 
cette co'incidence des ondulations dans les tracés de l’oreil- 
lette et du ventricule, on est entraîné à chercher dans le 
tracé de la pulsation un effet identique. Or, des ondula- 
tions y existent également eu h", et en justifiant les prévi- 
sions qu’avait fait naître l’examen des deux premiers tra- 
cés, ne permettent plus de doute sur la réalité de la cause 
que nous venons de signaler. 

Clôture des valvules sigmoïdes. 

§ 19. — Il ne reste plus à expliquer, dans chacun des 
tracés, qu’une petite ondulation d’apparence semblable à 
cellcsqui sont dues à la clôture de la valvule auriculo-ven- 
Iriculaire : c’est celle qu’on observe dans le tracé du ventri- 
cule en t (troisième révolution du cœur), et sur les tracés 
de la pulsation et de l’oreillette en t' et i". Si l’on cherche 
à quel instant cette ondulation apparaît, on voit que c’est 
au moment du relâchement du ventricule. Or, à cet in- 
stant il y a, comme on le sait, une valvule qui se ferme, 
et qui doit, comme la tricuspide, produire une ondula- 
tion. En effet, au moment où le ventricule se relâche, les 
valvules sigmo’ides. poussées par la pression du sang ar- 
tériel, s’abaissent subitement et sont légèrement repous- 

(4) Cos ondulations vont en décroissant de la première à la dernière ; 
c'est une ressemblance do plus avec les oscillations d'une poche pleine 
de liquide ; celles-ci, en elTet, vont en s'éleignant graduellement, commu 
doit le faire une oscillation quelconque. 

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82 



PHYSIOLOGIE. 



sées du côté du ventricule; elles doivent donc, parla 
saillie qu’elles font du côté de cette cavité, y produire une 
légère élévation de la pression ; c’est ce qui s’observe en 
effet. — Il était tout clair de rencontrer dans le tracé de 
la pulsation cardiaque une ondulation analogue, puisqu’on 
sait que les divers éléments de ce tracé doivent traduire 
tous les changements qui surviennent dans la pression 
intra-ventriculaire. — Knfln, on peut voir en i", dans le 
tracé de l’oreillette, la transmission de cette ondulation 
produite par la clôture des valvules sigmoïdes. Ce fait n'a 
rien d’élonnant, car on sait qu’à cet instant l’oreillette et 
le ventricule ne forment qu’une môme cavité, puisqu’ils 
communiquent largement par l’orifice tricuspide dont les 
valvules sont ouvertes. 

Tout est donc expliqué dans ces tracés au point de vue 
de la signification des divers éléments de chaque courbe. 
Aussi la quatrième révolution du cœur est-elle tracée 
tout entière par une ligne pleine, taudis que, daus les pré- 
cédentes révolutions du cœur, nous avious figuré par des 
lignes ponctuées tous les éléments qui n’avaient pas eticora 
reçu leur interprétation. 



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CHAPITRE IV. 



DES MOUVEMENTS QUI SE PASSENT DANS LES CAVITÉS GAUCHES 
DU COEUR. — FORCE DÉPLOYÉE PAR CHACUNE DES CAVITÉS 
DU COEUR. 

Description de la sonde destinée à prendre le tracé de ces mouvements. 
Manuel opératoire. — Analyse du tracé ; synchronisme du début et 
de la hn des systoles dans le cœur droit et le cœur gauche ; différences 
que présentent ces deux mouvements au point de vue de la forme et 
de l'intensité. 

Mesure de la force absolue et relative des différentes cavités du cœur. 

De la force sialique développée par la contraction des différentes cavités 
do cœur, et en général de la pression que supporte le sang dans 
chacune de ces cavités aux divers moments d’une révolution car- 
diaque. 

Pressions passives. — a. Pression passive intérieure. — b. Pression 
passive extérieure. — De la résultante de ces deux pressions qui 
tendent à se neutraliser. — Détermination de l'état positif ou négatif 
de la pression passive. — Détermination des intntma de la pression 
passive dans les cavités du cœur. 

2° Pressions aclices. — Elles sont développées par la contraction des 
différentes cavités du cœur. — Manière de les évaluer. 

§ 20. — Il est généralement admis que les deux cœurs, 
le droit et le gauche, ont, dans leurs mouvements, une 
synergie parfaite, el que tous deux à la fois se contractent 
et se relâchent. Cette conclusion semble ressortir nécessai- 
rement de la disposition anatomique des deux oreillettes 
et des deux ventricules qui possèdent des fibres commu- 
nes dont la contraction doit resserrer à la fois les cavités 
droites et gauches qui se correspondent. L’examen d’un 
cœur mis à nu confirme encore cette déduction ; car si 




84 PHYSIOLOGIE, 

l’on saisit dans les mains les deux oreillettes ou les deux 
ventricules, on ne peut trouver le moindre intervalle entre 
les contractions des deux cavités parallèles. Il était toutefois 
important d’enregistrer les mouvements des cœurs droit 
et gauche d’une manière simultanée, afin de rechercher 
si, dans la forme de leurs mouvements, il n’existait pas 
des différences trop peu appréciables pour être jiereues 
par nos sens. 

Rien n’esil plus facile ([ue d'introduire des ampoules 
dans chacun des deux cœurs, lorsqu’on a ouvert la poi- 
trine d’un animal auquel le bulbe est coupé et chez lequel 
on pratique la respiration artificielle. Mais, dans de telles 
conditions, le cœur n’a plus des mouvements aussi régu- 
liers que de coutume; ses battements sont en outre plus 
faibles et plus précipités. Toutefois le fait rnèim* de l’ir- 
régularité qui survient alors présentait un certain intérêt, 
car il fallait savoir si ces irrégularité coïncidaient exacte- 
ment dans les deux cœurs. Or, le tracé obtenu dans ces 
circonstances nous a montré une concordance parfaite 
des mouvements des deux ventricules. Leurs contractions 
étaient toujours simultanément fortes ou faibles, rares ou 
fréquentes. 11 n’y avait de différence que dans l’amplitude 
relative des deux tracés des ventricules, le gauche ayant 
toujours plus d’énergie que le droit. 

Dans des expériences plus récentes, nous avons réus.«i 
à obtenir le tracé du ventricule gauche en même temps (juc 
celui des cavités droites et dans des conditions analogues, 
c’est-à-dire sur un animal qui se tient debout, qui mange, 
marche et ne donne aucun signe de douleur. La voie par 
laquelle la sonde est introduite dans le ventricule gauche 
est une des artères carotides. Cette sonde est poussée jus- 
que sur les valvules sigmoïdes de l’aorte, et, à la faveur 



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TKACli DU VEMIUClI.K CAUf.HE. 



85 



(le leur soulèvenieiU, au moment d’une systole du ventri- 
cule, elle est plongée dans l’intérieur même de celle 
cavité. 

Voici comment se pratitiue celte expérience, l’une des 
plus faciles de la cardiographie. 



Description de la sonde du ventricule gaucho 

§ 21 . — La sonde cardiacpie tpii doit pénétrer dans le 
ventricide gauche est formée d’un tube de 
métal af (fjg. 9) do â à 11 millimètres do 
diamètre extérieur. Les parois do ce tube S 
doivent être assez rigides; sa longueur est 
d’environ O", 60. l’une des extrémités du 
tube est une carcasse métallique qui doit 
servir de .support à une ampoule élastique 
analogue à celle qu’on introduit dans le ven- 
tricule droit ; fig. 6). Cette ampoule n’a que 
trois arêtes de métal, au lieu de quatre; 
chacune d’elles est arquée de façon que 
l’ampoule est assez lai^e à sa partie 
moyenne (12 millim.), tandis que .ses deux 
extrémités sont efiiléos. Kidin, l’axe de 
celte ampoule, au lieu d’être sur le pro- 
longement de celui du tube , forme avec 
lui un angle obtus d’environ 135 degrés. 

Afin de savoir, lorsque la sonde est in- 
troduite dans le cirur, de quel côté est 
dirigée l’ampoule, on place une tige latérale c branchée 
perpt'iidiculairement sur le tube et se dirigeant du côté 
où l’ampoule est inclinée. Cette lige servira de point de 
repère pendant l’expérience. 



Fig. 9. 




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86 



piivsioi.or.iE. 



L'extréinitt' libre de la sonde est mis»; en rapport avec 
un tube gv (pii transmet à un des leviers du cardiographe 
les mouvemeuts du cœur gauche. 

Manuel opératoire. 

Lorsqu’on a introduit dans les cavités droites du cœur 
d’un cheval la sonde à double courant, comme cela a ét»’ 
décrit à propos de l’expérience précédente, on passe à 
l’introduction de la sonde destinée au ventricule gaucho. 

Pour cela, on fait une incision du cAté opposé à la pre- 
mière, et l’on met à nu la carotide vers la base du cou. 
On applique une ligature sur ce vaisseau, le plus haut 
possible, puis on saisit l’artère avec les doigts près de l’ex- 
trémité supérieure de l’incision. Celle-ci doit être a.ssez 
longue pour que le vaisseau offre une étendue de h à 
5 centimètres entre le point que l’on comprime et celui 
où la ligature a été placée tout à l’heure. 

On fend alors l’artère longitudinalement, et à travers 
cette fente on introduit l’ampoule de la sonde préalable- 
ment mouillée. On laisse glisser cette ampoule entré les 
doigts qui compriment le vaisseau, puis, quand elle est 
assez engagée, on étreint avec les doigts les parois de l’ar- 
tère, pour qu’elles soient bien accolera au tube et que lo 
sang ne puisse s’échapper autour de celui-ci. On enfonce 
alors doucement la sonde qui franchit la carotide et 
l’aorte antérieure, et vient enfin butter contre un obstacle ; 
cet obstacle est produit par les valvules sigmoïdes de 
l’aorte. On en a la certitude on voyant la sonde se soule- 
ver à chaque fois que le ventricule se contracte. 

A ce moment, on pose une nouvelle ligature sur la ca- 
rotide, afin de l’adapter as.sez exactement sur le tube de 



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TRACÉ I)U VENTHICÜLK fiACCHE. 87 

la sonde, sans toutefois empêcher cette dernière d’exécu- 
ter des glissements. 

11 s’agit enfin de faire pénétrer l’ampoule dans le ven- 
tricule gauche. Le hasard fait quelquefois que cette intro- 
duction a lieu d’elle-même, et que l’ampoule, au lieu de 
butter contre les valvules sigmoïdes, trouve celles-ci ou- 
vertes et les franchit du premier coup. Mais 1e plus sou- 
vent il n’eu est pas ainsi, et l’ampoule est arrêtée par les 
valvules. Il faut alore épier le moment d’une systole ven- 
triculaire. Cela est facile, si l’on regarde le levier que le 
ventricule droit met en mouvement et dont l’ascension 
correspond, comme on sait, à la systole. 

On prend dans la main l’extrémité de la sonde qui porte 
comme repère la petite tige latérale c dont nous avons 
parlé, et l’on tourne cette tige en bas; puis, au moment 
précis où la systole du ventricule est arrivée à son maxi- 
mum, on pousse la sonde, qui pénètre alors à coup sûr 
dans la cavité ventriculaire gaucho, et l’on peut l’y en- 
gager à une profondeur variable. Le tube métallique seul 
traverse doue l’orifice aortique; les valvules viennent 
s’appliquer sur lui d’une manière exacte, à cause de son 
peu do volume. On peut s’assurer que les bruits du cœur 
s’exécutent d’une manière normale et que l’animal n’ac- 
cuse aucun trouble. 

Alors on adapte à l’extrémité de la sonde le tube gv 
qui se rend au levier de l’enregistreur, et l’on obtient le 
tracé suivant (fig. tO) (i). 

(1 ) Les deux tracés supérieurs sont fournis par le cœur droit ; le tracé 
inférieur est celui du ventricule gauche. — Dans cette expérience, les 
deux ampoules introduites dans le cœur droit avaient é peu près la même 
sensibilité; celle du cœur gauche était moins sensible que les deux 
autres. 



88 



PHVÿiui,0(;iii. 



AmI^m da tracé (6g. 40). 

§ '22.— On peut voir tout d’abord (jue le tracé fourni par 




Fig. 10. 

les cavités droites présente sensiblement les mômes carac- 
tères que dans la figure 8; seulement, l’amplitude des mou- 
vements qui expriment la systole de l’oreillette dans le tracé 
supérieur est un peu plus faible i|ue dans l'expérience 
précédente; de plus, les vibrations de la valvule auriculo- 
ventriculaire droite sont moins prononcées dans le tracé 
du ventricule. 

Si l’on examine les tracés des ventricules droit et gauche 
comparativement, on trouve le plus parfait syncbrouistue 
dans le début et la fin des contractions. Le faitde la syner- 
1 gie des deux ventricules se trouve donc démontré par 
* cotte expérience. 

L’oreillette gauche nous est encore inaccessible dans 
ces expériences faites sur les animaux non mutilés, aussi 
ne |K)uvons-nous pas comparer la forme de ses mouve • 



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TKACS DU VENTIUCULE G.U CIIE. 



«9 



inunts il ceux de sa congénère. Nous pouvons loutel'ois 
juger du moment précis de sa contraction, d’après le tracé 
du ventricule gauche. On a vu, en effet, à propos des 
mouvements du cœur droit, que la contraction de l’oreil- 
lette se traduit instantanément dans le ventricule par une 
élévation de la pression, et, dans le tracé, par une petite 
ondulation (f, fig. 8). Cette ondulation existe aussi dans la 
figure 10 et se trouve également nette dans les deux ven- 
tricules. De f)art et d’autre, elle arrive au même instant. 
Ix synchronisme des contrections des deux oreillettes se 
trouve donc établi comme celui des deux ventricules. 

I.a première différence qui frappe, lorsqu’on compare 
les deux tracés des ventricules, c’est leur inégale hauteur 
(ou amplitude). Cela indique, pour le ventricule gauche, 
une plus grande énergie, puisqu’il soulève plus haut le 
levier de l’appareil (1). Nous reviendrons plus tard sur 
cette inégalité dans la force des deux ventricules, en don- 
nant une mesure exacte de l’énergie de chacun d’eux. 

La forme des deux courbes ventriculaires présente éga- 
lement des différences intéressantes à signaler: l’une porte 
sur le sommet de la courbe systolique, l’autre sur la clô- 
ture des valvules sigmoïdes. 

\ja contraction du ventricule droit arrive dès le début 
à son summum ; elle décline ensuite graduellement jus- 
qu’à ce que le relâchement complet arrive. En effet, dans 
le tracé du ventricule droit, le maximum m se trouve dans 
la première partie de la durée systolique. Dans le ventri- 
cule gauche, au contraire, la contraction va toujours en 
augmentant d’énergie pendant toute la dun-c de la systole, 



(I) Rappelons, en outre, quo l'ampoule du venlriculo gauche rsl moins 
sensible que celle du cœur droit. 



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90 



PHYSIOLOGIE. 



de sorte que le maximum m' se trouve près de la fin de la 
période systolique (t ). 

Quant à la clôture des valvules sigmoïdes, on a vu déjà 
qu'elle se traduit par une ondulation qui survient à la fin 
du relâchement ventriculaire. Or, ou peut voir que cette 
ondulation est beaucoup plus faible dans le tracé du ven- 
tricule droit, on v par exemple, que dans le ventricule 
gauche, en Cette différence d’énergie dans le claque- 
ment des valvules sigmoïdes droite et gauche est, du 
reste, très bien en rapport avec la différence d’intensit»* 
de la force qui produit ce claquement. Kn effet, la ten- 
sion artérielle est beaucoup plus forte dans l’aorte que 
dans l’artère pulmonaire. Enfin, une iné'galité analogue 
s’obsene dans l'intensité des vibrations produites par les 
valvules auriculo-ventriculaires. C'est une nouvelle con- 
'séqueuce de l’inégale énergie des deux ventricules. 

DE IA FORCE STATIQUE DÉPLOYÉE PAR LA CONTRACTION DES DIFFÉRENTF-S 
CAVITÉS DU cœun, et E4N C.ÉNÉRAL DE LA PRESSION QUE SUPPORTE LE 
SANG DANS CHACUNE D'ELLES, AUX DIVERS MOMENTS U’UNE RÉVOLUTION 
CARDIAQUE. 

En examinant les tracés cardiographiques représentés 
figures 8 et 10, on a pu, à première vue, reconnaître si la 
pression que supporte le sang dans chaque cavité du cœur 
augmente ou diminue. I.’ascension et la descente de la 
courbe indiquent fidèlement chacune des variations qui 
surviennent dans cette pression. Mais ce n’est là qu’une 

(4 ) Celte différence de forme se rencontre fort souvent ; cependant 00 
ne saurait la considérer comme un caractère absolu. Un grand nombre 
de conditions peuvent faire varier la forme de la contraction pour l'un 
ou pour l’autre ventricule : ainsi les inQuences respiratoires, l'état de 
la circulation artérielle, etc. 



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FORCE DU COEUR. 



91 



indication relative incapnl)le do nous fournir la solution 
du problème poursuivi si longtemps par les physiologistes, 
depuis liorelli et Halos, jus(iu’à Cl. Bernard, Ludwig, etc. 
Ce problème est le suivant : Quelle est la force statique dé- 
ployée par le cœur au moment où il se contracte. 

§ 23. — Pour résoudre cette question , il fallait sou- 
mettre notre cardiographe à une graduation dans laquelle 
un étalon constant déterminerait la valeur réelle de chaque 
degré d’ascension de la courbe. Il fallait, en un mot, faire 
(jour le cardiographe ce qu’on fait pour un thermomètre 
à échellf! arbitraire, lorsqu’on le compare au thermo- 
mètre centigrade. C’est le manomètre à mercure qui nous 
a servi à graduer notre appareil; nous avons déterminé 
expérimentalement à combien de centimètres de mercure 
correspondent les pressions qu’il faut appliquer aux am- 
poules cardiaque.s pour élever la courbe graphique aux 
différentes hauteurs qu’elle atteint dans un tracé M). 

Cha([ue fois qu’une des cavités du cæur se coniracte, 
elle exerce une pression sur lé sang qu’elle contient, et 
par conséquent sur l’ampoule qui baigne dans ce sang. 
Le degré de pression ipie supporte alors l’ampoule expri- 
mera donc la force avec laquelle .se fait la contraction. 
Mais on a déjà vu §§ 15 et 16. que, même pendant le 
repos des cavités du cœur, la pœssion varie ii leur inté- 
rieur. Ainsi, elle s’élève h mesure que les oreillettes ou 
les ventricules se remplissent par le sang qui leur revient 
des veines. Ce n’est pas tout. Il peut s’exercer à la sur- 



(1) Les expériences d’évaluation de la force du cœur sont fort com- 
plexes; leur exposition détaillée nous conduirait trop loin, aussi n'en 
donnerons-nous que les ré.sullats les plus essentiels, l’ourle reste, nous 
renvoyons le lecteur à l’exposé complet des expériences de cardiographie 
que nous avons faites avec M. Chauveau. 



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1)2 



PIlYMüLOGIK. 



face fin cœur des compressions ou des aspirations qui n'a- 
gissent sur la pression du satig contenu ii son intérieur. 

Une distinction capitale doit donc être posée avant tout. 
11 y a pour chaque cavité du cœur des pressions actives, 
celles qui tiennent à sa contraction, et des pressions pas- 
sii^es; parmi ces dernières, les unes sont intérieures, elles 
dépendent de l’abord du sang, les autres sônt extérieures, 
et dépendent de l’état de raréfaction ou de compression 
du milieu dans lequel le cœur se trouve plongé. 



iPrenfiloBS pnssivea. 

ri. Pressions passives intérieures. 

§ 24 . — Quand une ampoule est introduite dans le 
cœur, quelle que soit la pression indiquée par le levier, on 
augmentera cette pression, si l’on enfonce l’ampoide plus 
profondément; on la diminuera, si on la retire. Cet 
effet lient à ce qu’on fait varier la charge du sang qui 
presse sur l’ampoule. Pareil phénomène se produit, si l’on 
plonge celle ampoule dans un seau d’eau, suivant qu’on 
l’enfonce dans le vase ou qu’on la ramène à la surface. 

§ 25. — Quand l’ampoule e.st en un point fixe d’une 
cavité du cœur, pendant le relâchement de celte cavité, 
laréplétion s'opère. Le sang, après avoir gonflé le ventri- 
cule et l’oreillelle, gonfle également les veines afférentes ; 
il constitue ainsi une colonne liquide d’une hauteur crois- 
sante, et dont la charge, croissante elle-même, se traduit 
par l’élévation graduelle du tracé. — Si l’on veut pousser 
à ses dernières limites cet effet de la réplétion du cœur et 
des veines, il faut arrêter la contraction des ventricules 
en galvanisant les pneumogastriques. Dans des cx])é- 



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FORCE DF COEllR. 



93 



riences faites avec M. Cliauveau, nous avons vu sous cette 
influence la pression passive intérieure acquérir un degré 
d’élévation énorme. 11 se produit alors, par l’efiet du vis 
à lergo , une tension veineuse et cardiaque analogue à 
celle qu’on obtient dans les veines des membres au-des- 
sous d’une ligature. 

§ 26. — Enûu, l’altitude de l’animal en expérience 
fera varier la pression passive intérieure, en changeant la 
hauteur de la colonne sanguine qui presse au dedans de 
cet organe. 

6. ^^es^ions passives exlérieures. 

§ 27. — Tous les organes situés dans le thorax, en de- 
hors du poumon, sont soumis à une pression inférieure à 
celle de l’atmosphère. Ce vide virtuel lient à la rétracti- 
lité du poumon ; il est bien démontré par la rentrée do 
l’air dans la plèvre au moment où l’on fait une ouver- 
ture, soit aux parois thoraciques, soit au diaphragme. 
Depuis les expériences de Carson , et surtout depuis les 
beaux travaux de Donders, on connaît bien la mesure de 
cette force aspiratrice du thorax, force qui n’est autre que 
reflet de la rélractilité du poumon, augmente et diminue 
avec elle. 

Le cœur, étant situé dans ce milieu raréfié, se trouve 
donc soumis à une aspiration qui tendrait à le dilater si 
son contenu était susceptible de changer de volume. Aussi, 
lorsqu'une ampoule pleine d’air est introduite dans une 
des aivités de cet organe, l’aspiration s’exerce-t-elle sur 
cette aiiipoule à travers les parois cardiaques. 

Plus le vide thoracique sera grand, plus cette aspira- 
tion sera forte. Elle augmentera donc à chaque fois que 
l’itispiration, déployant le poumon, augmentera la force 



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PUYSIOLOQIE. 



94 

élastique de cet organe i l). — Voici donc une pression 
passive qui exerce sur le sang contenu dans le cœur une 
action tout opposée à celle qui provient de la léplétion 
cardiaque. Sollicitée par ces deux actions inverses, l’am- 
poule cardiaque n’en recevra en détinitive que la diffé- 
rence ou la résultante. Si, à quelque moment, la pression 
positive qui tient à l'abord du sang et la pression néga- 
tive qui tient à l'aspiration pulmonaire sont d’égale inten- 
sité, l’ampoule ne sera soumise qu’à la pression atmos- 
phérique pure et simple. Alors, le niveau auquel s'élèvera 
le levier de l’appareil enregistreur correspondra à zéro (-2). 

Détormination do l étal positif ou négatif de la pression passive. 



§ 28. — Pour déterminer dans un tracé cardiogra- 

( I ) On conçoit également que si la glotte était fermée et s'il ae faisait 
un effort énergique d'expiration, le raumon, ne pouvant se vider, se trou- 
verail au contraire comprime par les parois thoraciques Dès lors, au 
lieu du vide virtuel qui existe dans la poitrine, il y aurait une pression 
positive. Ce cas ne se présente presque jamais dans les expériences .sur 
lee animaux; nous aurons à l'étudier ultérieurement, à propos des 
inlluences de la respiration sur la circulation artérielle. 

(î) Tous les instants de la réplétion cardiaque ne sont plus égale- 
ment favorables à l'action des deux forces passives intérieure et 
extérieure. — Tant que les cavités du cœur ne sont pas arrivées i 
leur distension, l'abord du sang agit surtout pour déployer les parois 
qui cèdent facilement devant lui. Ce n'est qu'après celte réplétion que 
la colonne sanguine s'élève dans les veines et constitue une charge rapi- 
dement croissante. — A l’inverse, l'iispiration ambiante agit à son 
maximum quand le cœur est le moins rempli. Alors, en effet, les parois 
cardiaques plus souples obéissent à l'appel extérieur et s’écartent pour 
produire le gonllemeul do l’ampoule. Mais dès que le cœur est rempli, 
ses parois prennent une force élastique de plus en plus grande, de telle 
sorte que l'aspiration extérieure s'exerce de moins en moins ; elle ne 
doit pins agir du tout quand le cœur est arrivé à une réplétion com- 
plète. 



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FOBCB DU COBUB. 



95 



pbique les instants où la pression s’élève dans le cœur au- 
dessus de zéro et ceux où elle tombe au-dessous, nous 
avons construit une ampoule qui ne fournil que l’indi- 
cation des pressions négatives, et qui ne transmet aucun 
mouvement au levier lorsque la pression qu’elle subit est 
supérieure à zéro. Voici comment cette ampoule est con- 
struite (fig. H), 

Une pièce métallique creuse et de forme olivaire est mise 
en communication avec un tube TV qui la relie au car- 
diographe. Cette ampoule, criblée de petits 
trous, est revêtue d’une membrane mince et 
très souple qui s’applique exactement sur 
toute sa surface et qu’on lie autour du tube, 
au point où il pénètre dans l’ampoule. Grâce 
à cette disposition, toute pression positive 
supportée par l’ampoule ne fera qu’appli- 
quer plus intimement la membrane sur la 
surface métallique, mais ne pourra produire 
aucune compression de l’air qui y est contenu. Au con- 
traire, toute aspiration produira un décollement de la 
membrane, et dès lors, s’exerçant librement sur l’air de 
l’ampoule, se transmettra au levier cardiographique, 
qui s’abaissera d’autant plus que la pression descendra 
plus bas. 

Voici un exemple de la manière dont se fait la déter- 
mination des pressions négatives. Soit, figure 12, le tracé 




des mouvements de rureillette droite d’uu cheval, tracé 




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96 



PHYSIOLOGIE. 



obtenu à l’aide de la sonde ordinaire, avec une faible 
vitesse de translation du papier .On reconnaît tout de sujte, 
dans les points o, o', o", l’expression des systoles auricu- 
laires; les autres éléments se voient également bien, de 
sorte qu’on peut reconnaître non moins facilement le 
relâchement de l'oreillette, le soulèvement de la valvule 
tricuspide, la réplétion de l’oreillette, etc. 

Substituons à la sonde ordinaire celle qui vient d’ètre 
décrite figure 1 1 , le tracé obtenu sera le suivant (fig. iS): 




Ici les oscillations de la cour'ne sont tronquées dans leur 
partie supérieure; les indications de l’instrument s’arrê- 
tent au niveau d’une ligne horizontale O qui marque le 
moment où la pression devient positive ; à cet instant, en 
effet, la membrane est appliquée sur l’olive métallique 



(<] En comparant les ligures 12 et 4 3, on voit que, dans la première, la 
durée des révolutions cardiaques est un peu moindre que dans ladeuxième, 
cela peut tenir à une moins rapide translation du papier dans la première 
expérienco. Mais ce qui frappe davantage, c'est l'amplitude extrême des 
oscillations dans la figure <3. Cela lient à ce que, pour la construction des 
sondes semblables à celle qui est décrite figure 1 1 , on emploie des mem- 
branes extrêmement minces qui cèdent très facilement à l'aspiration car- 
diaque, et, par suite, impriment au levier des mouvements très étendus. 
— On voit aussi (fig. 4 3) que, dans le moment de la systole de l'oreil- 
lette, il se fait un très léger mouvement d'élévation au-de-sus do la 
ligne horizontale. Cet effet est produit par une légère invagination de la 
meoibranode ram|X)ule à travers les trous de la carcasse métallique. 



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FUUCK UU CUËl'R. 



97 



creiise, fl devient incompressible. De lii résulte riiiimo- 
bililé du levier. Celte portion liorizonlale dans laquelle 
la ligne du zéro vient couper le tracé, laisse donc au- 
dessous d’elle toutes les portions de la courbe qui corres- 
pondent k des pressions négatives. 

Quant k la partie qui est supprimée dans la courbe et 
qui devrait se trouver au-dessus de la ligne O, elle cor- 
respondrait k la lin de la réplétion fie roreillelle et k la 
systole de cette cavité, seuls instants où la pression soit 
positive dans l’oreillette. (Nous avons figuré par des 
lignes ponctuées la direction approximative de cette 
courl)e.) 

En recherchant dans les dilîérentes cavités du cœur 
l’état positif ou négatif de la pression, on voit : 

r Pour V oreillette droite, que la pression est presque 
toujours négative pendant toute la durée du tracé; le 
levier sera donc alors continuellement animé de mou- 
vements. — Quelquefois on observe, comme dans la 
figure 13, des temps d’arrêt pendant lestpiels le levier ne 
se meut plus; c’est qu’alors la pression s’est élevée au- 
dessus de zéro. Ces instants corre-spondent k la fin de la 
réplétion et k la contraction de l’oreillelte oo'. — Enfin, 
dans certains cas rares, le levier ne se meut plus du tout, 
ce qui veut dire que la pression reste toujours égale ou 
supérieure k zéro. Cela tient k la charge plus considérable 
du sang qui vient pallier les effets de l’aspiration thora- 
cique. 

2° Pour le ventricule droit, l’ampoule, placée dans la 
partie inférieure de cette cavité, n’accuse pas de pression 
négative, c’est-k-dire que le levier reste parfaitement im- 
mobile ; mais si l’on porte l’ampoule plus haut, on voit 
quelquefois le levier éprouver k chaque révolution du 

7 



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98 



PHYSIOLOGIE. 



ai'ur une secousse brève. Cela indique que la pression 
inlra-Yentiiciiliiire tombe, à ces instants, au-dessous de 
zéro. — C'est an début du reldcheinent du ventricule que 
correspondent ces étals néf'atit's de la pression. 

3° Dans le venlticule gauche, au moment du relâche- 
ment, la pression tombe presque toujours d’une manière 
sensible au-dessous de zéro. 11 semble que, dans cette 
cavité, l’aspiration soit plus forte que dans le ventricule 
droit. — Notons cependant que l’ampoule occupe en 
général un point assez élevé; elle e.st placée très peu au- 
dessous des valvules sigmoïdes, ce qui peut expliquer 
l’abaissement de la pression par une moindre chaîne 
sanguine (1). 

Évaluation dus mintina de la pression passive dans les cavités du cœur. 

§ 29. — Dans l’expérience précédente, l’ampoule sc 
gonfle au moment ou la pression inlra-cardiaque tombe 
au-dessous de celle de l’atmosphère, parce que l’air con- 
tcnudansles tubes du cardiographe possède précisémenlla 
pression atmosphérique. Mais, s’il existait dans ces tubes 
une pression plus basse (aspiration), l’ampoule ne s’enfle- 
rait que pour un abaissement plus grand de la pression 
intra-cardiaque. Si, au contraire, l’air était comprimé 
dans ces tubes, le gonflement de l’ampoule se produirait 
dans des cas où la pression du sang serait supérieure à 
celle de l’atmosphère. C’est sur ce principe qu'est fondée 
notre méthode de détermination des minima. 

Supposons l’appareil établi comme pour l’expérience 
précédente. — On branche sur un point quelconque du 

(I] L’oreillcllo gauche n'est pas accessible aux sondes, jusqu’à pré- 
sent dtt nuûns. 



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FORCE DU COEUR. 



99 



tube cardiographique un tuyau bifurqué dont rime des 
divisions est adaptée à un manomètre à mercure, tandis 
que l’autre est ouverte et sert à pratiijuer, avec la bouche, 
une aspiration ou une insuiflation. Le tube cardiogra- 
phique, l’ampoule et le tambour qui sont en communi- 
cation avec lui peuvent donc renfermer de l’air à des 
pressions variables. Le manomètre sert à indiquer la pres- 
sion qui existe dans l’intérieur du cardiographe. 

. Premier ens. — La pression inlra-cardiaque est toujours inférieure 

I à zéro, comme cela arrive en général pour l'ureillette droite. 

1 

Pendant qu’on enregistre les mouvements de l’oreil- 
lette, on pratique une aspiration graduelle de l’airdu car- 
diographe. Alors on voit le levier s’abais.scr peu à peu et 
à un moment donné devenir immobile. Cela prouve que 
la membrane ne se décolle plus de l’ampoule, et par con- 
séquent, que le vide dans l’appareil est toujours plus grand 
que dans le coeur. On restitue peu à peu de l’air au car- 
diographe, jusqu’il ce que les mouvements commencent à 
reparaître. A l’instant précis où ces mouvements sont per- 
ceptibles, on doit conclure que les minirna de la pression 
de l’oreillette sont un peu plus bas que la pression de l’air 
dans l’apimreil. — Le manomètre indique la valeur de 
l’aspiiation qui supprime les mouvements du levier. 
C’est la pression minirna qu’il fallait déterminer. 

Deuxième eaa. — La pression inlra-cardiaqae est toujours supérieure 
à zéro, comme cela se voit pour le ventricule droit, lorsqu'on enfonce 
l'ampoule dans le fond de cette cavité. 

Lu se plaçant toujours dans les circonstances précéden- 
tes, on a une immobilité constante du levier, ce qui vent 



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100 



UlYSlOLüülli. 



(lire (|ue les ininima de la pression inlra-ear(lia(|uc sont 
encore supérieurs à la pression atrnosphéi iipie qui existe 
dans le cardiographe. — .Mors on insuffle graduellement 
de l’air dans l’appareil. La colonne inanoniétriqne s’élève, 
ainsi que le levier, qui tout à coup se met à se mouvoii" 
d’une manière brève et intermittente. .4 cet instant, la 
pression qui existe dans l’instrument et qui est accusée par 
le manomètre, est légèrement supérieure à celle (jui 
existe dans le ventricule au moment des minima, c'est- 
à-dire au début du relâchement. Lu appliquant celte mé- 
thode, nous avons pu déterminer les minima dans lesdil- 
l'érentes cavités du ca*ur. 

L'Oreillelle droite présente des minima très variables, 
puisque nous avons pu trouver des écarts entre — 2 et 
— Sâ""'. Le chill’re ordinaire est entre — 7™"' et — 15 
de. mercure. — L'abaissement de la pression dans l'oreil- 
lette est toujours proportionnel à rintensité de l’aspiration 
thoracique me.suréc par le procédé de Donders. 

Le ventricule droit nous a paru ollrir dans ses miniimi 
un rapport constant avec ceux de l’oreillette; la pression 
y serait toujours supérieure d’environ 10'““, quantité (]ui 
correspond à la colonne sanguine plus haute (pii pè.se sur 
le ventricule. Cette pression a varié entre — 16”“ (cas 
rare) et + 20"". 

Le ventricule gauche présente les mêmes variations que 
le droit : les minima sont un peu inférieurs, comme nous 
l’avons dit, et à peu près constamment au-dessous de zéro. 
Cela doit tenir à ce que l’ampoule pénètre en général 
peu profondément dans cette cavité dn cœur. 

Les expériences précédentes nous font connaître la 
résultante des pressions passives intérieure et extérieure 



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FORCE DU COEUR. 



101 



qui agissent sur les différentes cavités du cœur. Nous 
allons étudier maintenant les pressions actives, c’est-k- 
dire celles qui résultent de la contraction des différentes 
cavités. 



prcsiilonn actives développées par la eonlraetloa des 
dlflérentes eavllés dn eeear* 

§ .30. — L’expérience dans laquelle nous venons d’em- 
ployer le manomètre pour évaluer les minima delà pression 
ventriculaire présente assez d’analogie avec celle qui va 
suivre, et la rendra facile à comprendre. Pour déterminer 
les pressions actives du ventricule, il faut chercher expéri 
mentalement quelle pression doit être appliquée sur les 
ampoules pour obtenir les différents degrés d’élévation de 
la courbe graphicpie au-dessus de la ligne du zéro. 

§ 31. — Supposons qu’on vienne de prendre un tracé 
cardiographique semblable à celui de la figure 10. Lors- 
que les sondes ont été retirées du cœur et placées k l’air 
libre, la pression atmosphérique agissant k l’intérieur du 
cardiographe comme k l’extérieur, l'élaslicité des atn- 
poules ne sera sollicitée dans aucun sens, les leviers .se 
placeront donc d’eux-mômes à la position zéro. — On en- 
roule de nouveau sur le cylindre passif le papier sur lequel 
le tracé a été obtenu, et l’on remet l’appareil en marche. 
l.es plumes des leviers immobiles tracent chacune une 
ligne horizontale qui donne la position du zéro pour cha- 
cun des tracés. — On introduit* alors les sondes dans un 
flacon dont elles traversent le bouchon ; un manomètre k 
mercure et un tube k insufflation communiquent éga- 
lement avec l’intérieur de ce flacon. On foule de l’air 
dans le flacon de façon que le manomètre s’élève par 
degré's successifs de ."> cii millimètres. A chaque fois 




102 



PHTSIOLOGIB. 



qu’on obtient une de ces augmentations dans la pression, 
on note sur le tracé la position des leviers. 

Il résulte une graduation des oscillations du tracé, de 
telle sorte que chaque degré d’élévation de la courbe cor- 
respond à une pression nianoniélrique connue. Dès lors 
on peut mesurer à combien de millimètres de mercure 
écjuivaut chaque point de la courbe graphique, en pre- 
nant avec un compas la hauteur de cette courbe au-dessus 
de la ligne du zéro, et en portant cette hauteur sur l’é- 
chelle des graduations. 

Si l’on veut évaluer par le même procédé les pressions 
négatives, on construit une échelle de graduation pour 
tous les degrés d’abaissement du levier au-dessous de la 
ligne de zéro, en aspirant l’air du flacon qui renferme les 
sondes, en notant la position des leviers sur le papier, et 
on mesurant au manomètre chaque degré d’aspiration que 
l’on produit. 

§ 31 . — - Mais l’expérience n’est pas aussi simple que 
nous venons de la décrire. Une complication se présente, 
elle est due à l’influence de la température élevée des ca- 
vités du cœur. L’air contenu dans les sondes se dilate et 
produit une élévation des leviers, abstraction faite de celle 
qui tient à la pression du sang. L’appareil se comporte 
donc comme un véritable thermomètre enregistreur. Cette 
propriété, qui pourra dans d’autres circonstances être 
d’une grande utilité, vient ici créer des difficultés, et fait 
de cette expérience l’une des plus difficiles de la cardio- 
graphie. 

Pour remédier à cet effet de la dilatation de l’air du 
cardiographe, il faut, au moment où l’on introduit les 
sondes, que l’air quelles renferment ait été porté à la tem- 
pérature de 39 degrés environ , au moyen d’une étuve 



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FORCE DU COEUR. 



103 



dans laquelle les sondes sont plongées; il faut aussi que 
cet air échaufié soit en équilibre de pression avec l’atmos- 
phère (1). 

En évaluant au manomètre la pression qui correspond 
aux diflérents degrés de la courbe graphique flg. 10, 
on trouve, pour le maximum de force déployée par cha- 
cune des cavités du cœur, les chiffres suivants : 



Pour l'oreillette droite. . 2"“,5 

Pour l'oreillette gauche. (æ)(2) 

Pour le ventricule droit 2S"“ 

Pour le ventricule gauche 128 



Ce sont les expressions de la force des différentes cavités 

(1) Nous ne décrirons pas le manuel opératoire très compliqué qui 
conduit à ce résultat. Ces détails de l'expérience seront indiqués tout au 
long dans un autre travail où seront relatées les expériences do cardio- 
graphie que nous avons faites avec M. Chauveau. 

(2) L’évaluation directe de la force contractile de l'oreillette gauche 
n'est pas possible à l'aide de noire méthode, puisque jusqu'ici nous 
n'avons pu introduire une ampoule dans cette cavité sans ouvrir la poi- 
trine de l'animal. On peut toutefois se faire une idée approximative de 
cette force, en mesurant l'effet qu elle produit dans le tracé du ventri- 
cule gauche. 

On a vu, en effet, que dans ce tracé du ventricule il se produit, au 
moment où l'oreillotte se contracte, une élévation de la pression san- 
guine, ce qui s'accuse par une élévation correspondante de la courbe 
graphique. Comme l’oreilletlo et le ventricule communiquent largement 
au moment où cet effet se produit, on peut admettre que l’effet de la 
contraction de l'oreillette se fait sentir d'une manière à peu près égale 
dans ces deux cavités. 

Il s'agit dès lors de mesurer lu quantité dont la pression s'est élevée 
dans le ventricule au moment de la systole auriculaire, pour avoir une 
idée à peu près exacte de l'énergie de celte systole. 

Or, les évaluations manométriques ci-dessus indiquées nous appren- 
nent que la pression dans le ventricule avant la systole de l'oreillette 
s'était élevée environ à 11“" par le seul fait de la réplétion des cavités 
du cœur. Au moment où l'oreillette se contracte, cette pression s'élève 




PHYSIOLOGIE. 



10A 

(lu (XBtir dans un cas particulier. En expiirimentant d’une 
manière comparative sur plusieurs chevaux, nous avons 
trouvé des chiffres différent. Ainsi, en comparant la force 
des deux ventricules, l’un d’eux donnait les évaluations 
suivantes : 

. Ventricule droit 30”“ 

Ventricule gauche 95 

Chez un vieux cheval, nous trouvons : 

Ventricule droit 29“” 

Ventricule gauche (40 

Outre ces variations individuelles du chiffre qui ex- 
prime la valeur absolue de la force contractile pour les 
deux ventricules, on doit remarquer que le rapport d’éner- 
gie de ces deux cavités varie également ; toutefois, dans la 
plupart des cas, il se traduit à peu près par celui de 1 à 3. 

environ à (3”“; c'est donc 2”" d’augmentation survenus sous l in- 
floence de la systole auriculaire. On doit considc^rer cette valeur comme 
correspondant sensiblement à la force de la contraction de l'oreillelle. 
Toutefois nous ne donnons celle mesure qu'avec des restrictions, et nous 
ne saurions en garantir la réalité comme pour la force des autres cavités 
dont nous avons mesuré directement la pression. 



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CHAPITRE V 



SIGNES EXTÉRIEURS DES MOUVEMENTS DU COEUR. 
— BRUITS ET PUI.S.VTION (oU CIIOC). 



De» bruit» du ctrur. — Leurs caractères distinctifs : rbytlimc de ces 
bruits ; coïncidence du premier bruit avec la pulsation cardiaque ; 
timbre, siège de chacun d’eux. — Cauie des bruits du caur. — Théorie 
de Rouanet. — Additions qu'il faut faire à la théorie de Rouanet pour 
qu'elle rende compte des caractères différents des deux bruits. — 
Expériences destinées à démontrer la cause des bruits du cœur. 
Interprétation des signes fournis par l'auscultation du cœur h l'état 
physiologique. 

Reproduction artificielle des bruits du coeur au moyen de l'appareil sché- 
matique déjà décrit. — Des principaux faits dont ces expériences 
fournissent la démonstration. 

De In pulsation cardiaquer ou choc du cœur — Jusqu’ici celte pulsa- 
tion a été considérée comme un choc instantané. — Les appareils 
enregistreurs montrent que le tracé d'une pulsation peut donner des 
renseignements sur la plupart des phénomènes qui constituent une 
révolution cardiaque. 

Moyen d’obtenir sur l'homme un tracé de la pulsation cardiaque. — 
Application directe du sphygmographe. — Procédé de Buisson, ses 
inconvénients; difficulté d'appliquer cet appareil chez tous les sujets. 
— Formation de la pulsation négative. — Moyen d'éviter ces incon- 
vénients. 

Toutes les expériences faites sur les animaux à l’aide 
des appareils cardiographiqties avaient pour but de bien 
déterminer la succession des mouvemeiiLs dans les diffé- 
rentes cavités du cœur, ainsi que la forme et l’intensité 
de chacun d’eux. Mais, si l’on n’a pas oublié le programme 
([ue nous nous sommes tracé, on comprend que ce n’était 
là qu’une pha.se transitoire qui devait noits conduire à la 
cnnuai.ssance plus parfaile des signes ertMeurs de la cireti- 



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106 



PHYSIOLOGIE. 



lation cardiaque. H s’agit donc maintenant de perfection- 
ner le plus possible l’analyse de ces signes, qui seuls pour- 
ront nous renseigner dans les (études faites sur l’homme 
sain ou malade. -- - Chaque révolution du cœur s’accom- 
pagne, comme on le sait, de deux bruits et d’une pulsation. 
Voyons ce que peut nous apprendre l’observation de ces 
deux ordres de phénomènes. 

A. — Des bruits du cœur. 

§ 33. — L’application de l’oreille sur la poitrine d’un 
homme sain fait percevoir à la fois les deux ordres de 
signes dont nous venons de parler. La tête de l’observateur 
est légèrement soulevée par la pulsation cardiaque, les 
deux bruits s’entendent facilement; on peut donc saisir 
les rapports que présentent entre eux la pulsation et les 
bruits, ce qui est d’une très grande importance. 

L’un des bruits coïncide exactement avec la pulsation ; 
on l’appelle le premier bruit. L’autre arrive au bout 
d’un certain temps; c’est le «econrf bruit. Puis il se fait 
encore un silence, et une nouvelle pulsation arrive, accom- 
pagnant le premier bruit de la révolution suivante, (’æs 
désignations des bruits du cœur en premier et second se 
rapportent donc à un point de repère qui e.st la pulsation. 

Toutes les fois qu’on entend un bruit, eu môme temps 
qu’on éprouve la sensation de soulèvement dont nous avons 
parlé, on sait qu’on a affaire au premier bruit du cœur. 

L’intervalle qui sépare le premier bruit du second est 
as.sez court : on l’appelle petit silence; tandisque le tempà 
qui s’écoule entre le second bruit et le premier de la révo- 
lution suivante est en général plus long : on le désigne 
sous le nom de grand silence. 



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BRUITS DD COEDR. 



107 



Beaucoup d'auteurs ont essayé do représenter le 
rhythme des bruits du cœur au moyen de la notation 
musicale. Un semblable procédé suppose que pour tous 
les cœurs les durées des silences qui séparent les bruits 
sont dans un rapport constant. Or, il n'en est pas ainsi; 
et cette variété môme dans le rhythme du cœur chez 
différents sujets, a produit de grandes dissidences dans la 
manière de noter ces bruits. Mais comme ce procédé de 
représentation de la succession des phénomènes est un des 
plus faciles à saisir, nous allons la Ggurer d’une manière 
analogue, en prévenant toutefois qu’il n’y a rien d’absolu 
dans la durée relative des différents intervalles. 

Caractères distinctifs des deux bruits du cœur. 

]•' bruit. S« bruit. bruit. 2*bruU. l" bruit. 

I Petit lîleuca. | Grand fileuce. | Petit lilence. | Grand tilence. | 
Choc. Choc. Choc. 

Le premier exercice auquel on doive se livrer pour 
apprendre à ausculter le cœur doit donc être de chercher 
à reconnaître chez différents sujets, à l’état physiologique, 
le premier bruit et le second. l.a chose est très facile chez 
les individus qui ont le choc du cœur bien accusé, puisque 
ce choc, par sa coïncidence avec le premier bruit, sert à 
le faire distinguer facilement. 

Un autre signe important se tire du rhythme des bruits. 
En effet, puisque les intervalles ou silences ne sont pas 
égaux, et qu’aprèsle grand silence vient le premier bruit, 
on peut, d’une manière générale, distinguer le premier 
bruit du second d’après la durée du silence qui l’a 
précédé. — Ce moyen n’est pas infaillible; car, ainsi que 
nous l’avons dit, la durée relative des deux silences n’a 
rien de fixe, et il peut arriver dans certains cas que tous 



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108 



PHYSIOLOGIE. 



deux soient égaux. Le cœur bat alors une mesure à deux 
temps; il serait donc im|H)ssible de distinguer le premier 
bruit du second d’après le rhythnie. Dans ces cas, il est 
important de se régler sur le moment d’apparition de 1a 
pulsation, pour reconnattrc le premier bruit. 

Mais la pulsation du cœur peut manquer, soit que la 
contraction du ventricule ait trop peu d’énergie, soit qu’un 
épancbement dans le péricarde, ou l’interposition d’une 
lamelle de poumon emphysémateux sépare le ventricule 
de la paroi. Il faut donc d’autres moyens pour déterminer 
la position des deux bruits. Disons tout de suite que la 
palpation du pouls carotidien vient lever celte diflicullé 
(le pouls carotidien coïncide à peu près avec la pulsation du 
cœur, et par conséiiuent avec le premier bruit). Outre ce 
moyen tiré de la palpation combinée avec l’auscullation, 
moyen ipii exige une certaine habitude de la part du pra- 
ticien, il en est un aulie fourni par l’auscultation toute 
seule, et tiré de la différence de timbre des deux bruits. 

Les bruits du cœur n’ont pas le même timbre. Le pre- 
mier bruit est sourd, grave, on sent qu’il est accompagné 
par un ébranlement profond et énergique. Le deuxième 
bruit est clair, plus aigu que le précédent, plus nettement 
frappé. Nous n’insistons pas davantage sur la différence 
de ces deux sons, elle s'expliquera mieux quand nous 
aurons parlé de la cause de chacun d'eux. 

Knfin, ces deux bruits présentent encore une différence 
importante d’après le lieu où ils s’entendent. Le siège du 
Ttinximum d'intensité n’est pas le même pour tous deux. — 
Sur un animal dont le cœur est à nu, le premier bruit 
s’entend (‘gaiement bien sur tons les points de la surface 
ventricidaire. l.cdeuxième,an contraire, a pour maximum 
d’intensifé l’origine di‘ l’aorte et de l'artère pulmonaire. 



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liKUliS DU CUKLB. 



109 



Sur riiomiiie vivant, le iiiaxiimim (l'inleiisilé du pre- 
iiiier liruit est situé au point môme où le choc se produit, 
e'est-à-dire au niveau de la pointe dn cœur (dans le 
cinquième espace intercostal gauche un peu en dehors 
du mamelon), point où le ventricule est en contact di- 
rect avec la paroi thoracique. — Le deuxième lu uit a son 
maximum en face de la hase du cœur (au deuxième ou 
troisième espace intercostal gauche, tout près du bord du 
sternum). 

Le siège des bruits dn cœur, pas plus (pie leurrhytbme 
ou leur timbre, n’est susceptible d’ètre déterminé d!une 
manière rigoureuse dans tous les cas. Kn efTet, les chan- 
gements de volume du cœur, ou ses déplacements par un 
épanchement {deurétiqueou quehpic autre cause, peuvent 
Faire que ctd organe s'tVarle un peu de sa place ordinaire, 
et qne, par conséquent, le siège de ses bruits soit déplacé. 
Mais il est rare que tous les caractères que nous venons 
d’indiipier manquent à la fois. Eu général, à défaut de 
ipielipies-uns d’entre eux, les antres suflisent pour distin- 
guer le premier et le second bruit, ('es caractères iieuvent 
se résumer dans le tableau suivant : 



CARACTÈRE PROPRE AU PREMIER URUIT. 

II coïnriik n>cc puU'.lion rarJiiquc, et oti prcAijuc s)nchror.c aTcr. le |iouls caruli lien. 
CARACTÈRES DIFFÈRCMIELS DES DEUX BRUITS. 



premier 

Arrive après le grand rllenee; ton llmbre c»l 
sourd; ton maximum d'inUnsilc est à la 
pointe du cœor. 



ht Beeond 

Arrive tprèa le petit silenre ; ton linibre e«t 
c'air ; aoti nnxiuium d'iiilciiMlé est 4 la 
batc du cotiir. 



De Id cause des bruits du cœur. 

(53(1. — Parmi les différentes théories qui ont été émi- 
ses relativement à 1 a cause des bruits du cœur à l’état phy- 
siologiijtie, il en est plusieurs qu’on ne nous demandera 



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110 



PHÏSIOLOGIK. 



pas raêin»! de réfuter, tant elles sont en opposition avec les 
principes de l’acoustique. Mais il en est d’autres qui, 
basées sur des idées physiques plus saines, ne peuvent 
être combattues que si l’on montre leur désaccord avec 
les faits (1). 

( 1 ) Ce que nous disons s'applique tout particulièrement à la théorie 
de M. Beau. Pour cet auteur, le premier bruit du upur serait produit 
par le déploiement brusque et sonore des parois ventriculaires au mo- 
ment où se fait la contraction de l'oreillette. Le second bruit serait 
produit d'une manière analogue par le déploiement de l'oreillette dans 
laquelle afflue le sang veineux au moment où elle se reliche. Assuré- 
ment la brusque distension d'une cavité membraneuse, lorsqu'un liquide 
s'y précipite, peut donner naissance à un bruit, mais celte brusque 
distension n'existe pas. 

Si l'on so reporte aux faits précédemment démontrés dans l'analyse 
des tracés graphiques, on voit tout d'abord que cette interprétation du 
premier bruit ne saurait être vraie. En effet tout le monde, et .M. Beau 
lui-même, admet que le premier bruit coïncide avec la pulsation car- 
diaque. Or, nous croyons avoir suffesamment établi (g 1 3) que cette 
pulsation n'a pas lieu au moment de l.a réplélion du ventricule, mais 
pendant sa contraction. On a vu, de plus, que l'arrivée du sang dans 
le ventricule, par l'effel de la contraction de roreilletle, est précédée 
d'une réplélion lente et graduelle de la cavité ventriculaire; il no sau- 
rait donc y avoir un déplacement brusque et sonore des parois de cette 
cavité. — Pour le second bruit, il n'est pas produit non plus par la 
brusque réplélion des oreillettes. Si, à l'exemple de MM. Chauveau cl 
Faivre, on paralyse les oreillettes de manière à supprimer tout à fait 
leurs contractions, ces cavités seront constamment remplies, do sorte 
qu'elles no se videront plus dans les ventricules que par regorgement. 
On ne saurait admettre alors la réplétion brusque des oreillettes, et 
cependant le deuxième bruit continue à s'entendre comme par le passé. 

Nous croyons qu'on peut se contenter de celle réfutation des diverses 
théories émises sur la cause des bruits du cœur. Fidèle à notre méthode, 
nous chercherons à fournir des preuves en faveur de l'opinion à laquelle 
nous nous sommes rattaché, plutôt qu'à combattre les autres. Quant à 
la critique des théories diverses émises sur ce sujet, noos ne saurions 
mieux faire que de renvoyer le lecteur au.x traités de physiologie de 
MM. Milne Edwards et Longet, qui ont rassemblé et savamment discuté 
les opinions des différents autenrs. 



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BRUITS DU COEUR. 



111 



Pour qu’une interprétation des bruits du cœur s(jit 
acceptable, il faut qu'ello se concilie avec les faits déjà 
prouvés. Nos démonstrations antérieures nous autorisent 
donc à éliminer les théories qui sont en contradiction avec 
les résultats fournis par les e.xpéricnces, et nous con- 
duisent à examiner exclusivement la théorie donnée par 
Rouanet. 

Cet auteurapublié sur la cause desdeux bruits du cœur 
un travail dans lequel il démontre que chacun des bruits 
e^t produit par un claquement valvulaire. Cette idée avait 
déjà été émise parCarswell, mais c’est à Rouanet qu’on 
doit de l’avoir démontrée et vulgarisée (1 ). 

I.e premier bruit, arrivant au moment où le ventricule 
se contracte, serait dû au claquement des valvules auri- 
culo-ventriculaires, lorsque cclles-ci se ferment sous 
l’effort du liquide sanguin qui tend à s’échapper du ven- 
tricule, — Le deuxième bruit, arrivant après la systole du 
ventricule, serait produit par le claquement des valvules 
artériellès. Celles-ci s’abaissent sous la pression du sang 
qui a été poussé dans l’aorte et dans l’artère pulmonaire, 
et qui tend à refluer dans les ventricules aussitôt que ceux- 
ci cessent de se contracter. 

11 n’y a presque rien à changer à la théorie de Rouanet, 
sauf une addition qui rende compte de la différence du 
timbre des deux bruits du cœur. 

Le premier bruit est sourd, grave; on comprend, lors- 
qu’on l’entend, qu’il est produit par un effort puissant du 
cœur. C’est en effet au moment de la contraction du ven- 
tricule qu’il a lieu, c’est-à-dire au moment où le cœur 
développe son action la plus énergique. A cet instant trois 



(1) Analyt» ctet bruit» du cœur, PBris, 4 832. 




112 



l'IlYSlOLOUIK. 



actes se produisent, dont clmcim doit donner naissance ii 
un bruit; ces trois actes sont : T la clôture des valvules 
auriculo- ventriculaires; 2" le changement brusque de la 
forme des ventricules, qui deviennent globuleux; 3® la 
contraction des paiois niusculeuses de ces cavités. 

Toutes les Fois qu’une membrane arrive brusquement 
à l’état de tension, il se produit un claquement sonore. 
Ainsi, lorsqu’une voile se tend brusquement par l’etfet 
d'un coup de vent, ou bien encore lorsqu’une courroie 
dont on écarte subitement les deux bouts an ive à l'étal 
de tension ; eiilin loi’squ’on .souifle de l’air ou (pi’on injecte 
un liiiuide dans une poche membraneuse, un bruit se pro- 
duit au inoineutoù cette poche est remplie et où ses parois 
arrivent à l'étal de temsion parfaite. Or, au moment où 
les ventricules se coiitraclent, le sang soulève les valvules 
auriculo-veutriculaires; et celles-ci, semblables à des voiles 
qui se gonllenl, viennent brusipiemeut saillir dans l’oreil- 
lette. .'lais tout à coup leur soulèvemeut s’arrête; les 
valvules sont tendues et retenues par les cordages tendi- 
neux qui fixent leurs bords libies. Ce mode de tension 
ries valvules est parfaitement démontré. MM. Chauveau et 
Faivre, étudiant sur le cheval les phénomènes de la circu- 
lation cardiaque, ont pu sentir avec le doigt les saillies que 
forment les valvules au moment où le ventricule se con- 
tracte. Pour cela, on fait à l’oreillette une petite ouverture 
par laquelle on introduit le doigt dans cette cavité jus- 
qu’au niveau de l’orifice auriculo-veutriculaire. Dans ces 
conditions, le doigt éprouve une percussion à chaque fois 
que les valvules se tendent et font leur relief du côté de 
l’oreillette (1) ; en auscultant le cœur au même instant, on 



(I) Co mode d'üikdujion des valvules esl très facile à seiilir. L'expé- 



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uuuns ÜU COKUR. 



113 



peut s’assurer du synchronisme parfait do ce claiinemcnl 
avec le premier bruit. Du reste, le doigt tout seul peut ici 
suppléer l’oreille, car, de même que pour constater la cré- 
pitation des fractures ou de l’emphysème, on peut par le 
loucher percevoir l’existence du bruit. 

Si la tension brusque d’une poche membraneuse s’ac- 
compagne d’un bruit, on doit conclure qu’un bruit se 
produira également au moment où les ventricules, eu se 
contractant, auront atteint l’état de dureté et la forme 
globuleuse dont nous avons parlé § 13; car, à ce moment, 
il y a une brusque tension des parois des ventricules et 
un temps d’arrêt dans leur contraction. — Au début de la 
systole, la cavité des ventricules est trop grande pour le 
sang qu’elle contient; aussi le premier effet de la con- 
traction dos parois sera-t-il de changer la forme du cœur, 
et de ramener les ventricules à la plus petite surface pos- 
sible. Mais dès que la forme globuleuse sera atteinte et 
que le sang qui tend à s’échapper du côté de roreillelle 
aura produit la clôture des valvules auriculo-ventricu- 
laires, un obstacle soudain s'opposera à la contraction des 
ventricules ; c’est l’incompressibilité du sang contenu 
dans leur intérieur. Toute contraction sera donc alors 
arrêtée justju’à ce qu’elle acquière assez d’éneigie pour 
chasser le sang dans l’aorte en lui faisant soulever les 
valvules sigmoïdes malgré l’effort de la pression du sang 
dans les artères. — Une membrane flasque qui devient 
subitement tendue, une contraction facile qui subit un 

rience qui vient d'ôlre décrile montre que Parebappo s'clait trompé 
lorsqu'il admettait une sorte d’engrènenient des cordages tendineux des 
valvules et une disposition infundibuliromie do l'orifice auriculo-ven- 
triculaire fermé. (Parchappe, Uu cœur, ilc ta tlructure et de ses moiirc- 
menti, etc. Paris, ISiS.] 

8 



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PIIYSIOI.OCIE. 



Hù 

brusque temps en présence d’un obstacle, telles 

sont les conditions qui se produisent alore et qui sont bien 
faites pour donner naissance à un ébranlement sonoi'o. 
Cet ébranlement, la main peut facilement le percevoir: 
c'est le début de la pulsation cardiaque ou clioc du cœur. 
Quant eu bruit, il s’ajoute au bruit des valvules et le ren- 
force. Avec une telle cause, le premier bruit devra s’en- 
tendre sur toute la surface des ventricules, car il n’est pas 
un point de leur surface (jui ne subisse en même temps 
(|ue les autres cette tension brusiiue dont il vient d’ôtre 
question. C’est en effet c<î ([ui arrive : on peut s’en a.ssnrer 
eu promenant un stéthoscope sur les différents points de la 
surface d’un cœur mis à nu; quel que soit le point qu’on 
ausculte, on entend le premier bruit. 

Pourquoi donc existe-t-il, lorsqu’on ausculte le cœur de 
l’homme, un espace limité, correspondant ii la pointe de 
l’organe, espace au niveau duquel le premier bruit pré- 
sente son maximum d’intensité ? Cela tient au contact 
plus intime du ventricule avec la paroi thoracique en cet 
endroit, tandis que partout ailleurs le tissu du poumon 
s’interpose en lame plus ou moins épaisse qui conduit 
mal le son.tfest la même cause qui fait qu’en ce point la 
pulsation cardiaque se .sent mieux que partout ailleurs. 

Enfin tout niu.scle qui se contracte donne nai.s.sanco à 
un bruit continu ([u’on appelle le bruit, rotatoire, bi’uit 
(pii dure autant que la contraction, .sc renforce ou faiblit 
avec elle. Tout porte à croire cpie la contraction des ven- 
tricules doit s’accompagner d’un bruit semblable qui 
vient encore s’ajouter à ceux dont nous avons parlé, les 
modifier dans leur timbre et prolonger leur durée. 

Le second bruit ai un clacpiement valvulaire pur, il e.st 
])lus simple par conséquent dans sa production ipie ne 



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uuuirs DU COEUR. 



115 



l’est le premier, mais très analogue par sa nature. Il se 
produit au moment où les valvules sigmoïdes de l’aorte 
s’abaissent sous la pression du sang qui tend à refluer des 
artères dans les ventricules, dès que ceux-ci sont relâchés. 

Il n’y a donc ici rien à changer à la théorie de Rouanet. 
Ce s<’Cond bruit a son siège dans deux points bien limités: 
les valvules sigmoïdes de l’aorte et celles de l’artère pul-’ 
monaire; aussi sera-ce en ces points qu’il s’entendra avec 
son maximum d’intensité. 11 .s’accompagne d’un ébran- 
lement que le doigt peut sentir lorsque, sur un animal 
dont le cœur est à nu, on saisit la base des deux vaisseaux, 
en face du point où s’insèrent les valvules. Ces preuves 
pourraient sutfirc pour établir la cause du deuxième 
bruit du cœur, mais les physiologistes ont ajouté des dé- 
monstrations qui ne permettent aucun doute sur le rôle 
des valvules sigmoïdes dans la production de ce bruit. 

Rouanet adapta un tronçon d’aorte muni de ses val- 
vules sigmoïdes à l’extrémité inférieure d’un tube vertical ; 
d’autre part, une vessie pleine d’eau était ajustée à la base 
de ce tronçon aortique au-dessous des valvules. Si l’on 
comprime la ve.ssie de manière à pousser une colonne de 
liquide dans le tube, on obtient un claquement sonore, 
semblable au deuxième bruit du cœur, au moment où la 
vessie cesse d’ètre comprimée et où la colonne liquide qui ’ 
tond à refluer ferme devant elle les valvules. 

L’expérience de Rouanet était une démonstration syn- 
Ibélique d’une graude valeur. 11 vint liientôt s’y ajouter 
un nouvel ordre do preuves tirées des vivisections. Le 
comité des médecins de Londres (1) montra que si l’on 



(I) Report of llic DiiOliii suO-coinmillce (Ûritis/i Jisocial., 1833, 
P i47). 



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UG 



l>UVSiOLOGl>i:. 



onipéchü les valvules sigiuoïdos de se t'ernier, en supprime 
le deuxième bruit du cœur; à cet effet ou introduisait à 
la base de l’aorte et de l’artère pulmonaire des aiguilles 
métalliques au moyen desquelles on tenait les valvules 
accolées aux parois de ces vaisseaux. Ces expériences 
furent reprises depuis par Hope et par Chauveau et Fai- 
vre, toujours avec des résultats parfaitement concor- 
dants. 

Interprétation des signes fournis par l'auscultation du cœur à l'état 
physiologique. 

§ 35. — Lorsqu’on s’est exercé à entendre et à distin- 
guer, dans tous les cas simples, les deux bruits du cœur, 
il faut, pour que cette connaissance ait une utilité pratique, 
qu’elle nous permette de savoir ce qui se passe dans le 
cœur. Ce résultat est atteint du moment où l’on connaît 
la cause qui produit le choc et les bruits. 

C’est à l’action du ventricule tout seul que se rappor- 
tent ces signes. C’est le ventricule qui, en se contractant, 
ferme les valvules auriculo • ventriculaires et produit le 
premier bruit ; c’est lui qui protluit le choc par son dur- 
cissement subit; c’est au moment ou il se relâche, et per- 
met au sang artériel de faire claquer les valvules aorti- 
' ques et pulmonaires, que se fait le deuxième bruit. Les 
signes fournis par l’auscultation nous révéleront donc le 
début de la contraction des ventricules et celui de leur 
relâchement , mais rien de plus. La réplétion des ca- 
vités du cœur est silencieuse dans l’état normal; la con- 
traction de l'oreillette l’est également ; nous ne sommes 
donc en rien renseignés sur les mouvements de l’oreil- 
lette, mais seulement sur ceux du ventricule. On ne doit 
rien demander de plus è rauscultalion. 



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BRUITS nu COEUR. 417 

Si donc, par la pensive, nous cherchons à nous rendre 
compte de ce qui se passe dans le ventricule au moment 
des deux bruits et dans leurs intervalles, nous arrivons à 
interpréter ainsi la succession des mouvements. 

• I 

t*' bruit. S* bruit. i*' bruit. 2* bruit. 

I Coatrteiion ■ Relâchement ycntri- I Contraction | Relâchement yentri- 
yenlrlcnlaire. ■ culaire. | yenlriculaire. 1 eulaire. 

Ou autrement, en figurant l’état des ventricules pendant 
les deux silences. 



1 PolU fU«nce _ 


Grand >ilcncc 


1 Petit *tl!ci)co _ 


Grand aitonce | 


1 O» 1 


ou 


1 O. 1 


ou 1 


1 contraction. 


roIftchcQient. 


1 contraction. 


relâchement. | 



11 est impossible d’ausculter le coeur d’une manière utile 
et de diagnostiquer la cause des bl-uits anormaux qui se 
produisent par suite des lésions de ses orifices, si l’on n’ar- 
rive tout d’abord, en appliquant l’oreille sur la poitrine, à 
se représenter ainsi le jeu du ventricule avec ses alterna- 
tives detxmtraction et de relâchement. Alors seulement on 
peut se rendre compte de la durée de l’action et du repos 
de cet organe, et tirer des conclusions importantes sur la 
manière dont ses fonctions s’exécutent. Il n’est pas toujours 
facile do saisir d’une manière exacte cette succession des 
mouvements ; on n’y arrive, à coup sûr, qu’après des ef- 
forts répétés. Mais ce point est indispensable; c’est le pre- 
mier pas dans l’étude de l’auscultation. 



Bepro4ae(loa artlflelelle des bralis da Cflear. 



§ 36. — La reproduction artificielle des bruits du cœur 
au moyen de l’appareil schématique décrit figure 2, est 
un des meilleurs moyens de faire comprendre leurs rap- 
ports avec les mouvements du ventricule. — A chaque 



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118 



PHYSIOLOGIE. 



fois que l’on comprime dans la main la boule des caout- 
chouc, on foule de l’air dans le ballon v, et par const'- 
quent, on produit une espèce de systole de l’ampoule qui 
représente le ventricule. On peut alors constater une s«*rie 
de pbénomènes (jui éclairent beaucoup la physiologie des 
inouvemcnls du cœur. 

а. Le début de celte systole s’accompagne d’un bruit. 
Celui-ci est bien produit par un claquemeni; valvulaire; il 
a pour cause l’occlusion de la valvule auriculo-ventri- 
culaire VM qu’on voit à travers les parois du tube do 
verre. 11 correspond donc au premier bruit du cœur. 

б. La fin de la systole du ventricule, c’est-à-dire l’in- 
stant précis où l’on cesse de comprimer la boule, s’accom- 
pagne aussi d’un bruit. On peut s’a.ssurer qu’il tient bien 
à l’occlusiou de la valvule VA. C’est l’analogue du 
deuxième bruit du cœur." 

c. 11 est facile d’agir sur ces valvules de manière à les 
empêcher de se fermer. On voit alors (|ue le premier ou 
le deuxième bruit est supprimé, suivant qu'on empêche 
l’occlusion de la valvule VM ou celle de VA. 

d. Les soupapes de taffetas qui représentent les valvules 
du cœur no sont évidemment mises en jeu que par les 
mouvements du liquide auxquels elles obéissent d’une 
manière passive. Quelle que soit la rapidité avec laquelle 
on fasse succéder les systoles ventriculaires, les valvules 
obéissent toujours, et produisent leur claquement avec 
une surprenante précision. Celte expérience démontre 
très bien que les valvules du cœur s’ouvrent et se ferment 
.sous l’influence des mouvements du sang, sans qu’on ait 
besoin d’invoriucr l’action de leurs muscles propres (1). 

(1) Les bandelelles masculouses qui existent dans l'épaisseur des 



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PULSATION CARDIAQUE. 



119 



e. L’emploi du schéma montre encore très clairement 
la signification du grand et du petit silence. Lorsqu’on fait 
fonctionner cet appareil, on peut donner à la systole du 
ventricule une durée variable, et l’on voit que la durée du 
petit silence peut être rendue à volonté plus ou moins 
longue. Cette expérience fait bien comprendre comment 
la systole du ventricule est immédiatement précédée par 
le premier bruit, et immédiatement suivie parle second. 
Voy. § 35. 

/. Enfin, comme on devait s’y attendre, les deux bruits 
produits par les soupapes de l’appareil ont tous deux le 
même timbre; cela se comprend, puiscjue tousdeux sont 
produits par la même cause, un claquement valv ulaire tout 
seul. Le premier bruit n’a donc plus son timbre sourd 
et grave, parce ipie dans le schéma il ne se produit pas 
cette tension de parois du ventricule qui donne naissance 
à la pulsation cardiaque, qui renforce et modifie le son 
du premier bruit. 

B. De la pulsation cardiaque. 

Le nom impropre de choc du cœur donné à la pulsa- 
tion cardiaque montre bien que, jusqu’il présent, on n’a- 
vait saisi dans ce phénomène qu’un mouvement instan- 
tané dont la durée indivisible échappe à toute analy.se. 
Ce phénomène n’avait donc pas d’autre valeur que de 
servir de repère dans l’auscultation, et de faire distin- 



valvulcs sif^moïdes doivent donc avoir un tout autre rôle que de produire 
les mouvements de ces valvules. Peui-ôlro soiit ellos destinées à les 
tendre plus ou moins, l.'ulilité des colonnes clicrnues parait devoir ôlro 
du môme genre relativement aux valvules auriciilo-venlriculaires. Ce 
sujet peu connu appelle de nouvelles rcclierches. 



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120 



PIIYSIOI.OGIE. 



puer plus fiicilemcnl le premier bruit du cœur d’avec le 
deuxième (t). 

ï.es expériences cardiographiques nous ont appris déjà 
que la pulsation cardiaque peut se traduire par un tracé 
fort riche en détails. L’analyse de ce tracé (voy. § 13) 
fournit eu effet la notion de presque tous les phénomènes 
qui se passent dans une révolution cardiaque. On y peut 
voir l’instant précis de la contraction des ventricules et 
celui (le leur relâchement; on voit l’expression dela(lur(’‘o 
relative de la systole et de la diastole des ventricules, c'est- 
à-dire des périodes d’action et de repos de ces cavités. 
Le même tracé montre encore l’effet de la clôture des 
valvules auriculo-ventriculaires et sigmoïdes. Il traduit 
(‘gaiement les chatïgements de volume des ventricules ; 
leur rétrécissement systolique suite de l’expulsion du 
sang dans les artères, et leur réplétion diastolique dans 
laquelle se reconnaît l’effet de la contraction de l’oreil- 
lette. 

Mais il a fallu une vivisection pour obtenir un tract» 
aussi complet de la pulsation cardiaque : c’est en intro- 
duisant une ampoule élastique dans la paroi de la poitrine 
(|u’on a pu recueillir tous les éléments de celte pulsation 
avec assez d’exactitude pour que leur tracé renferme tous 
les détails qu’on voit dans la ligure 8. Faut-il donc 
renoncerà obtenir sur l’homme un tracé analogue ? Faut-il 



(1) Toutefois, beaucoup do médecins croient pouvoir, d’après la force 
de la pulsation cardiaque, conclure à l'énergie plus ou moins grande de 
la systole ventriculaire. Ce dernier point ne nous semble pas admissible, 
car un grand nombre d’expériences, dont il sera question plus loin, 
semblent prouver que l'énergie de la pulsation cardiaque peut changer 
chez un sujet donné sans quo le cœur varie dans l’énergie do sa con- 
traciion. ’ 



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PULSATION CARDIAQUE. 



121 



riidiiire la pulsation cardiaque au rôle de point de repère 
dans l’auscultation? Assurément non; car, malgré les 
difficultés qu’il y a souvent à prendre le tracé de cette 
pulsation sur l’homme, on peut, le plus souvent, obtenir 
une courbe- qui fournisse des renseignements importants 
sur l’action du cœur. 

Dès que nous eûmes réussi à construire un sphygmo- 
graphe qui fournit un tracé exact de la pulsation arté- 
rielle (1), nous l’appliquâmes à la pointe du cœur, pensant 
que nous obtiendrions, avec une égale facilité, le tracé de 
la pulsation cardiaque. Mais par suite de la difficulté de 
maintenir en place l’instrument, il est souvent nécessaire 
de faire plusieurs tentatives avant d’obtenir un tracé à peu 
près correct. La figure représente la courbe de la pul- 
sation cardiaque donnée par notre sphygmographe. 




Fig. 14. 



Bien que ce tracé soit beaucoup moius parfait que celui 
qu’on obtient dans les expériences faites sur les animaux, 
il présente néanmoins un grand intérêt, car il nous four- 
nit les indications suivantes : 1° la durée relative des pé- 
riodes de contraction et de relâchement des ventricules ; 
2^ il signale la clôture des valvules auriculo-ventriculaires 
et sigmoïdes (ce qu’il est facile de reconnaître en compa- 
rant la figure 14 au tracé de la pulsation cardiaque repré- 
senté figure 8) (2). 



(I ) Ld description de cet instrument sera donnée dans le cbap. Vlll. 
(2) La raison qui rend ce tracé moins riche en détails que ceux que 
nous avons obtenus sur les animaux est précisément la trop grande sen- 
sibilité du sphygmographe. Ainsi, un mouvement aussi puissant que la 



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12-2 



PHYSIOLOGIE. 



D'autres procédés sont d’une application plus facile : 
ainsi le mode de transmission du mouvement au sphygmo- 
graphe, par le procédé de Buisson, fournit souvent de 
bons résultats. 

Mais, avec cet appareil, deux inconvénients peuvent se 
présenter. —D'abord, tous les sujets ne se prêtent pas éga- 
lement bien à l’emploi de l’appareil de Buisson; chez 
ceux qui ont un peu d’embonpoint, on n’obtient qu’un 
tracé d’une amplitude tellement faible qu’il esta peu près 
insignifiant. — En outre, si rinstrument n’est pas appli- 
qué sur le point où le ventricule est en contact immédiat 
avec les parois do la poitrine, on obtient un tracé dans le- 
quel tous les éléments de la courbe sont renversés, c’est- 
à-dire que le levier de l’instrument s’abaisse quand il 
devrait s’élever, et s’élève quand il devrait s’abaisser. 
C’est ce qu’on peut appeler la pulsation négative. Nous 
allons donner l’explication de ce phénomène. 

De la pulsation cardiaque négative. 

D’après ce qu’on a vu de la nature de la pulsation car- 
dia<iue, on sait déjà qu’un double elfet se produit à cha- 
cune des contractions du ventricule. 1? Le ventricule 
change de forme et de consistance, ce qui produit la pres- 
sion excentrique contre les parois thoraciques dans les 
points où ces parois déformaient la masse ventriculaire : 



pulsation cardiaque se traduit .sur cet instrument par dos oscillations 
tellement étendues qu’elles sortent des limites du papier qui est dastinc 
à les enregistrer. Nous avons dù, on conséquence, appliquer rinstru- 
ment, non plus sur le point où la pulsation cardiaque atteint son maximum 
d'intensité, mais un peu en dehors de ce point. Il en est résulté qu'une 
plus grande épaisseur de parties molles séparait le cœur do rinstrument. 
ce qui altérait un peu la Torme du tracé et en éteignait certains détails. 



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PULSATION CARDIAQUE. 



123 



c’est la cause de la pulsation cardiaque proprement dite. 
2° Les ventricules diminuent de volume d’une manière 
absolue pendant leur systole, à mesure que leur contenu 
est expulsé dans les artères. C’est ii ce dernier effet que 
tient le phénomène de la pulsation négative. 

Au moment où le cœur diminue do volume, il produit 
autour de lui une aspiration véritable; toutes les parties 
qui l’environnent viennent occuper la place que ses parois 
abandonnent. Ainsi le poumon se dilate, le diaphragme 
s’élève, les espaces intercostaux s’enfoncent, chacune do 
cos parties obéissant à cette aspiration dans la limite de 
la mobilité qu’elle possède. 

Si donc l’entonnoir de Buisson, au lieu d’ètre appliqué 
au niveau du point de contact du ventricule avec les pa- 
rois de la poitrine (point auquel se produit la pulsation 
positive), est placé sur un endroit où ce contact n’ait pas 
lieu, chaque systole .s’accompagnera d’une dépression des 
espaces, in ter costaux et d’une aspiration de l’air de l’en- 
tonnoir, d’où résultera un abaissement du levier cardio- 
graphique. A l’inverse, chaque diastole des ventricules, 
amenant la réplétion de ces cavités, produira un gonfle- 
ment des espaces intercostaux sur lesquels repose l’en- 
tonnoir et une élévation du levier. 

Un moyen unique pei*met de remédier à la fois aux 
deux inconvénients que nous venons de signaler. Pour 
obtenir un tracé toujours positif, et pour l’obtenir à coup 
sûr chez tous les sujets, il faut agir, non pas avec un ap- 
pareil d’une grande surface comme l'entonnoir de Buis- 
son, mais avec une surface étroite susceptible de s'insi- 
nuer entre deux côtes et de s’appliquer exactement sur 
le point où le ventricule est en contact parfait avec les 
parois de la poitrine. Ce point .se reconnaît facilement ; 



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PHYSIOLOGIE. 



m 

c’est celui où le doigt sent le plus nettement les batte- 
ments du cœur. 

Nous décrirons plus tard l’instrument que nous avons 
construit pour atteindre ce résultat. On verra, à propos 
des applications de 1a méthode graphique au diagnostic 
des maladies du cœur, quelle utilité son emploi peut 
avoir pour faire connaître directement les altérations des 
mouvements de cet organe. 



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CHAPITRE VI 



CIRCULATION ARTÉRIELLE. 

Le» artères ont une triple fonction: — I” de supprimer l'intermittence 
qui existe dans l'action du cœur, et d'apporter aux organes un cou- 
rant sanguin continu et régulier ; — 3° de recevoir le sang que le 
cœur leur envoie en nécessitant, de la part des ventricules, le moins 
possible de dépense de force ; — 3° de distribuer aux organes une 
quantité de sang plus ou moins grande à différents moments. — L'é- 
lasticité et la contractilité des artères suffisent pour produire ce triple 
effet. 

I 

A. L'élasticité des artères change le mouvement intermittent que le sang 
. reçoit du cœur en un écoulement continu et uniforme, comme cela 

s'observe dans les vaisseaux capillaires. Expérience. 

B. L'élasticité des artères favorise l'action du cœur en diminuant les 
résistances au-devant de cet organe. Expérience. 

C. La contractilité des artères permet à ces vaisseaux de distribuer aux 
organes des quantités de sang différentes à différents moments. — 
Du rôle véritable de la contractilité des artères; erreurs qui ont régné 
à ce sujet. 

De ta tension artérielle. — Sa formation sous riiiQuence de deux forces 
antagonistes : l'action du cœur et la résistance produite par l'étroi- 
tesse des vaisseaux. 

Moyens de mesurer la tension artérielle : manomètre. — des différentes 
espèces de manomètres et de.s erreurs inséparables de leur emploi. — 
Manomètre compensateur fournissant la mesure exacte de la tension 
moyenne des artères. — Description de cet appareil et des principes 
sur lesquels sa construction est basée. — .Lots générales qui président 
aux variations de la tension artérielle moyenne. 

La disposition anatomique du système artériel nous 
révèle sa fonction principale qui est de porter le sang du 
coeur aux organes. L’aorte se divise en troncs divergents 
et chacun de ces troncs en branches, puis en rameaux et 
artérioles. Ces divisions qui se multiplient à l’infini per- 



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PHYSIOLOGIE. 



1 •>() 

meltcnt au sang ai léricl do so transporler dans loulcs les 
directions, et de se distribuer dans les tissus de tous les 
organes pour les nourrir et alimenter leui’s fondions. 
Mais ce ti ansporl du sang doit s’effectuer dans certaines 
conditions. 11 faut d’une part (pie le cœur c.U’Ciite le plus 
facilement possible son action impulsive, et d’autre part 
([ue les organes reçoivent le sang artériel avec continuité. 
11 faut en outre que ce sang leur arrive en quantité va- 
riable à divers moments. Deux propriétés inhérentes à 
la structure des artères'atteignent ce triple but : ces pro- 
priétés importantes sont Yélaslicilé de ces vaisswiux et 
leur conlractililé. Le rôle des artères peut donc se résumer 
à CCS trois actes principaux : 

1" Apporter aux organes un courant sanguin régulier, 
c’est-k-dirc supprimer rintermittence du mouvement 
donné par le cœur. — C’est là un des effets de l’élasticité 
des artères. 

2° Recevoir le plus facilement jwssiblo le sang que le 
cœur envoie, et par conséquent nécessiter de la part de 
cet organe le moins possible de dépense de force. — Cet 
effet est encore obtenu par l’élasticité des artères. 

3° Distribuer aux organes des quantités de sang dillé- 
rentes à différents moments. — Ces variations locales 
de la circulation ne peuvent (évidemment dépendre do 
l’action plus ou moins énergique du cœur; celui-ci accé- 
lérerait ou ralentirait le mouvement dans tout le système 
artériel à la fois. Elles ne peuvent tenir qu’à une cause 
locale sié'geant dans l’organe où la circulation s’accélère 
ou SC ralentit; elles sont dues à la propriété qu’ont les 
vaisseaux de devenir plus ou moins étroits, grâce à la 
coulraclililc de leurs parois. 



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DK l’ÉI.ASTICITÉ ARTliBIELLE. 



127 



A. L'claslicilô des artères change le niouvcmonl iiilermiUciil que lo 
sang reçoit du cœur en un écoulement continu et uniforme, comme 
cela s’observe dans les vaisseaux capillaires. 

§ 37. — Lorsqu’on cxamincau microscope lacirciilalioii 
(lu sang dans les petils vaisseaux, ce qui peut se faire eu 
plaçant sous l’objectif de rinslrument, une membrane 
transparente dans latiuelle le .sang circule (ainsi la mem- 
brane inlcrdigitale des grenouilles, le mésentère de souris, 
l’aile des cliauves-.soui is, etc.), on voit que les globules du 
sang se meuvent d’un mouvement uniforme, et ne pos- 
bc'dent plus l’impulsion saccadée que le sang avait reçue 
du cœur. 

11 y a longtemps déjà que les physiologistes ont expli- 
qué dans son résultat final, 1e pbénomène de transforma- 
tion do mouvement, en vertu duquel les atllux intermit- 
tents du sang que pousse le cœur deviennent, au niveau 
du système capillaire, un courant continu et régulier. 

On sait (jue dans les pompes à incendie, le jeu inler- 
inittent du piston foule l’eau sous une clocbc pleine d’air. 
L’élasticité de ce gaz comprimé réagit à son tour sur la 
surface du liquide, et devient une force sensiblement 
constante qui pousse à travers les tuyaux ,un courant 
continu; cela se traduit à leur extrémité par un jet de 
liquide dépourvu do saccade. La môme chose se passe 
dans le système artériel; seulement, c’est l’édasticité des 
vaisseaux eux-mèmes qui ti'ansformo le mouvement dans 
l’appareil circulatoire. Cette similitude des idiénomènes (pii 
se passent dans les artères et de ceux qui se produisent 
dans les pompes foulantes, n’avait pas échappé aux phy- 
siologistes; la comparaison que nous venons d’en faire se 
trouve dans tous les traiti'-s classiques. 



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128 



PHYSIOLOGIE. 



L’expérience suivante montrera comment cette trans- 
formation s’opère. 

Expérience. — Prenons un vase de Mariette V (flg. 15) 




Fig. 15. 



élevé sur un support. De ce vase se détache un tube flexible 
(mais non élastique) muni d'un robinet R. Ce tube se 
bifurque au point T, et chacune de ses branches se con- 
tinue avec un long conduit, l’un aainerte(en verre), l’autre 
bb élastique (en caoutchouc mince). Ces deux tubes se ter- 
minent par des ajutages étroits a et b. Le tube élasüquc est 
muni à son origine, d’une soupape qui ne fait pas d’obsta- 
cle au liquide qui vient du vase, uiais qui s’oppose à tout 
reflux en sens invci’sc. 

Si l’on ouvre et si l’on ferme alternativement le robi- 
net R, de façon que le liquide arrive d’une manière 
intermittente dans le tube T et dans ses deux branches 
de bifurcation, on voit : 

' ^ f 

1' Que le tube inerte aa fournit à son oriflee d’écoule- 
ment des jets de liquide intermittents comme les afflux 
eux-mêmes. 

2° Que le tube élastique bb donne un écoulement con- 
tinu et régulier (c’est-à-dire qu’il a transformé le mouve- 



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UE l’élasticité artérielle. 129 

ment qu’il avait reçu, et cela par suite de l’élasticité de ses 
paitiis). 

La môme chose se produit dans les vaisseaux sanguins; 
mais, entre les deux points extrêmes du système artériel, 
entre l’orifice aortique et les capillaires, le mouvement du 
sang passe, pour subir sa transformation, par une série 
de types intermédiaires entre l’inteiTnittence franche et la 
continuité avec régularité parfaite. 11 suilit, pour s’en 
convaincre, d’ouvrir sur un animal vivant des artères plus 
ou moins éloignées du coeur : le jet sanguin obtenu sera 
d’autant moins saccadé qu'on s'éloigne davantage du 
cœur. 

Cette intermittence décroissante du jet de sang à me- 
sure qu’on observe une artère plus éloignée du cœur, 
montre que la transformation dû mouvement du sang 
nesc produit pas auasitôtque l'ondée ventriculaire pénètre 
dans l’aoi te, mais que le mouvement se régularise peu à 
peu, il mesure qu’il se transmet à des vaisseaux plus éloi- 
gnés. L’explication de ce fait serait inséparable d’uuc élude 
physique de la transmission du mouvement dans les tubes 
élastiques. Nous avons essayé, dans d’autres publica- 
tions (1), de démontrer par quel mécanisme cette trans- 
formation s'elfectue; nous reviendrons, plus lard sur les 
principaux faits relatifs à cette transmission. L’essentiel, 
au point de vue de la physiologie, est de bien se repré- 
senter que le mouvement du sang se régulari.se peu à peu, 
en se transmettant du centre à 1a périphérie du .système 
artériel. 



(I) Annales des sciences nat,, Zoologie, t. VIII (I8S7), p. 337. 




130 



PUYSlOLOGIli. 



B. L'oiaslicilé arlériolle favorise l'action do cœur en diminuant les 
résistances au devant de cet organe. 

§ 38 . — Cet effet de l’élasticité des vaisseaux avait été con- 
testé par tous les physiologistes. Les uns tranchaient la ques- 
tion à priori, disant avec Bichat que si les artères élaienl 
des tubes rigides et inextensibles, la circulation se ferait ab- 
solument comme dans des vaisseaux élastiques, sauf qu’on 
ne sentirait pas le pouls en palpant ces artères rigides. Les 
autres, se basant sur des expériences, niaient l’influence 
favorable de l’élasticité des artères sur la quantité de sang 
qui peut les traverser. Ils avaient vu, en effet, que si l’on 
fait passer un courant continu de liquide, sous une certaine 
pression, à travers un tube élastique et à travers un tube 
inerte de mêmes calibres, le tube élastique ne verse pas 
plus de liquide que l’autre. (Le fait était vrai pour le cas 
d’un écoulement uniforme, mais il cesse de l’être si l’afflux 
du liquide est intermitteni, comme cela arrive pour la 
circulation sanguine. Or, personne ne s’était avisé de faire 
l’expérience avec des afflux intermittents de liquide poussés 
dans un tube inerte et dans un tube élastique comparati- 
vement.) Enfin quelques physiologistes avaient remarqué 
que le sang coule dans les artères, d’une manière continue 
quoique saccadée, et comprenant bien que c’est le retrait 
élastique des artères qui pousse le sang dans les moments 
où le ventricule se repose, ils avaient considéré l’élasticité 
artérielle comme une force qui s’ajoute à celle du cœur. 
Mais la question étant ainsi posée, leur déduction était 
fausse. Bérard fit remarquer que celte force élastique qui 
pousse le sang pendant le repos du cœur n’est que la 
reslilulion d’une force empruntée à l’action du cœur lui- 
même. 11 n’y a donc rieu eu d’ajouté par l’élasticité des 



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DK l’élasticité AUTÉRIKLLE. 131 

arlèrcs à la soinnio des forces Ttiipulsives qui porlent le 
saiip vere la périphérie. 

Est-ce à dire que l’élasticité des artères soit inutile au 
point de vue de la quantité du sang qui est porté du cœur 
à la périphérie ? Non, car si l’élasticité des artères n’ajoute 
rien à la somme des forces qui poussent le sang vere les 
extrémités, elle diminue les résislances que le sang éprouve 
a passer du cœur dans les vaisseaux. 

Constatons tout d'abord, par une expérience très sim- 
ple, que deux tubes, l’un inerte, l’autre élastique, rece- 
vant dn liquide par l’une de leurs extrémités, sous 
forme d’aftlux intermittents semblables en force et en 
durée, le tube élastique sera traversé par une quantité 
de liquide plus grande que celle qui traverse le tube 
inerte. 

Expérience. — Soit (flg. 15) l’appareil que nous avons 
décrit tout à l’heure, et dans lequel un vase de Mariette 
verse son liquide par deux tubes aa et bb, le premier 
rigide, le second élastique. Les oriflees qui terminent ces 
tubes sont égaux en diamètre. 

Si l’on ouvre le robinet R et qu’on laisse l’écoulement 
s’établir d’une manière continue, la quantité de liquide 
versé par les deux tubes sera la môme pour l’un et pour 
l’autre. Mais si l’on ouvre et si l’on ferme alternativement 
le robinet de manière à rendre les afflux intermittents, le 
tube élastique versera plus de liquide que le tube rigide; 
il en aura donc reçu davantage. 

On peut conclure rigoureusement de ce fait que l’élas- 
ticité des artères permet à ces vaisseaux de recevoir plus 
facilement le sang que leur envoie le cœur. En d’autres 
termes, que le cœur éprouve moins de peine à se vider 



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13‘2 



PHYSIOLOGIE. 



dans les artères lorsqu’elles sont élastiques que lorscju’elles 
ont perdu leur élasticité (1). 

De ce fait de physiologie ressortent des conclusions 
qui s'appliquent à la pathologie. Ainsi, il est prouvé 
que dans la vieillesse, les artères perdent peu à peu leur 
élasticité; dès lors le cœur devra éprouver chez les sujets 
d’un âge avancé des résistances qui rendent sa contraction 
plus difficile. C’est là, .selon nous, la cause de l’hy per- 
trophie du ventricule gauche si rréquente chez les vieil - 

(1) On pourrait démontrer d'uno manière plus directe l’avantage que 
présentent les .tubes élastiques au point de vue do la pénétration plus 
facile du liquide dans leur intérieur. Pour cela, il faut avoir un moyen 
d'évaluer, non pas ce qui est versé par l’orifice d’écoulement du tuba, 
mais ce qui pénètre à son intérieur. Or, ce moyen consiste précisément 
dans l'emploi du vase de Mariolte comme source d'afflux. Ce vase, en 
effet, ne laissant écouler le liquide qu'à la condition ipi'il rentre à son 
intérieur une quantité d’air pro|)ortionnelle à celle de I eau qui sort, nous 
indique exactement, par le nombre des bulles d'air rentrantes, la quan- 
tité de liquide qui s'échappe à chaque instant. Or, en faisant écouler 
d'une manière intermittente le liquide par le tube inerte, puis par le 
tube élastique comparativement, on voit que les choses se passent très 
dilTéremment dans I un ou dans l'autre dks. 

Si l'on fait commencer l'écoulement par le tube inerte seul, on voit 
les bulles d’air entrer dans le vase de Mariette une à une. à des inter- 
valles réguliers (soit une seconde), et cela jusqu’au moment où l'on arrête 
l’écoulement, ce qui supprime tout d'un coup la rentrée des bulles d'air. 

Si BU contraire, fermant le tube inerte, on fait commencer l'écou- 
lement dans le tube élastique seul, on voit aussitôt une bouffée de bulle» 
d'air très pressées arriver dans le vase de Mariette, témoignant ainsi 
qu'il arrive dans le tube élastique une grande quantité de liquide; puis 
les bulles d'air deviennent de plus en plus rares et se succi-dent, 
il dos intervalles d’une seconde, jusqu’à ce qu'on arrête l'écoulement. 
Il est alors évident que le tube élastique a reçu, de plus quo le tube 
inerte, toute la quantité de liquide qui correspondait à la Ixmlfée de 
bulles d'air qui, au moment de l’ouverture du robinet, sont entrées dans 
le vaso de Mariotte. — Si, après avoir fermé le robinet, nous attendons 



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DE LA COXTRACTII.ITÉ ARTERIELLE. 133 

lards. — Cette iiiHuciice secondaire de l’état sénile des 
vaisseaux sera plus longuement développée dans la partie 
de ce travail relative à la pathologie. 

C. Les artères distribuent aux organes des quantités de sang dilTércnles 

à différents moments. Ces variations dans la circulation périphérique 

tiennent à la contractilité des vaisseaux (I). 

§ 39. — Il est aujourd’hui parfaitement démontré que 

un instant pour que l'élasticité du tube ait le temps de chasser le liquide 
qu'il logeait par sa distension, le tube élastique aura évidemment fait 
écouler plus de liquide que le tube inerte. Cet excès d’écoulement pro- 
duit par le tube élastique se répétera toutes les fois qu’on ouvrira le 
robinet. — Tour que la quantité do liquide qui se loge dans le tube élas- 
tique soit aussi grande que possible, il faut que le temps de clôture do 
robinet soit assez long. — D’autre part, pour que le tube inerte verse le 
moins do liquide possible, il faut que le temps d'ouverture du robinet 
soit très court. 

On peut donc conclure de là que pour rendre le plus inégale possible 
la quantité de liquide fournie par les deux tubes dans l’expérienco pré- 
cédente, il faut que le robinet soit ouvert très peu de temps et à de longs 
intervalles. 

(1) La contractilité des vaisseaux artériels avait été entrevue par les 
médecins des derniers siècles, mais la plupart d’entre eux l’avaient mal 
comprise dans ses eifots et n on avaient pas démontré l’existence. 

La première démonstration de cette propriété des vaisseaux est due à 
J. lluotor(*J, L'illustru chirurgien anglais ne se borna pas à prouver 
que les artères sont contractiles, il mesura le degré de contractilité de 
ces vaisseaux dans les différents points de l’économie, et arriva, par l’ex- 
périmentation directe, à prouver que toutes les artères ne possèdent pas 
cette pro|>riété au même degré. 

J. Ilunter remarque d’abord que, si l’on prend une artère d’un animal 
que l’on vient de tuer par hémorrhagie brusque, cette artère est très 
contractée. Si on la coupe en tronçons, chacun de ceux-ci, s’il est dis- 
tendu par une force quelconque, au lieu de revenir à son calibre primi- 
tif, reviendra à un calibre plus large, mais toujours le même pour des 

(’) J. Hunter, Trailé du sang cl de l'inflammation , trad. de Richrlol, 
chap. II. ' 



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PHYSIOLOGIE. 



m 

tous les organes n’ont pas à leur intérieur une circulation 
d’une abondance définie et toujours la môme. Une glande, 
lorsqu’elle fonctionne, est traversée par un courant sanguin 
beaucoup plus rapide que dans les moments où sa sécré- 
tion est suspendue. Ce fait, déjà entrevu par les médecins 
du dernier siècle, a été interprété dans ces dernières 
années par Claude Bernard, qui a montré que l’activité 
de la glande s’accompagne d’un mouvement du sang 
beaucoup plus rapide tenant à l’augmentation du calibre 
de ses artérioles et de ses capillaires (1). L’éminent pro- 
fesseur a déterminé de plus l’infiiience des nerfs sur la 



tronçons de la même artère. L'auteur conclut qu'en dilatant le vaisseau, 
il avait détruit l'eflet de la contractilité, et que celui-ci, en vertu de la 
seule propriété inhérente à son tissu même, l'élasticité, était revenu à ce 
qu’il appelle l'rlat moyen, dans lequel l’élasticité est au repos. Ayant 
dés lors entre les mains le moyen de mesurer les cHels do la contracti- 
lité, Hunier établit des expériences comparatives dans lesquelles il vit 
que la contraclililé, tris faible dans les gros troncs artériels, croit à me- 
sure qu'on observe un vaisseau plus éloigné du eaur. 

La répartition inégale de la contractilité dans les dilférenls points du 
système artériel s’accorde bien avec ce que nous savons du rêle de cot 
ordre de vaisseaux. En elfet, les premières parties de l’arbre vasculaire 
n’avaient guère besoin que de l’élasticité, car leur rôle est de transfor- 
mer le mouvement du sang et de régulariser son cours. Mais, à mesure 
qu’on se rapproche de la périphérie, un autre besoin su fait sentir : il 
faut que les artères règlent la quantité de sang qu'elles vont distribuer 
aux organes ; dès lors elles doivent être contractiles. 

La découverte de J. Hunter a trouvé une vérification dans la struc- 
ture même des vaisseaux. L’histologie nous apprend que l’élément con- 
tractile est très abondant dans les petits vaisseaux artériels et les capil- 
laires les plus volumineux, tandis qu'il diminue d'abondance dans les 
artères plus voisines du coeur ; dans ces derniers vaisseaux, c’est l'élé- 
ment élastique qui prédomine. 

(I) Une erreur longtemps accréditée parmi les physiologistes con- 
sistait à admettre que le resserrement des vaisseaux accélère le mouve- 
ment du sang à leur intérieur. Cette erreur, qui nous parait avoir été 



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DE l,A CONTRACTII.ITÉ ARTÉRIELLE. 135 

contraction et le relâchement de ces vaisseaux ; il a fait 
voir que les filets du grand sympathique produisent, 
quand on les excite, la contraction des capillaires, ralen- 
tissent la circulation de la glande et tarissent sa sécrétion ; 
tandis que des- filets émanés des nerfs spinaux ont une 
action tout opposée : c’est-à-dire qu’ils produisent, quand 
on les excite, la dilatation des vaisseaux, qu’ils accélèrent 
la circulation de la glande et activent la sécrétion. 

Ces changements de la circulation dans les glandes, 
sous l’influence d’une action nerveuse, nous donnent la 
clef de phénomènes connus depuis longtemps, mais qui 

introduite par Thomson, a été répétée après lui par un grand nombre 
d'auteurs. 

II est donc important d'èire bien fixé sur ce point ; 

Quel est l'effet de la dilatation ou du reseerremeiit des vaisseaux sur la 
quantité du liquide qui les traverse? 

Les lois physiques appliquées à la solution de co problème de physio- 
logie nous apprennent que le resserrement des vaisseaux, créant par les 
frottements un obstacle au cours du sang, le ralentira. Pour les tubes 
capillaires , la loi est ainsi formulée par Poiseuille : l'écoulement est 
proportionnel à la quatrième puissance des diamètres des luàes traversés. 
On conçoit, d’après cela, que la dilatation dos capillaires laissera le sang 
passer plus facilement dans les veines ; réciproquement, la contraction 
des capillaires créera un obstacle à ce passage, et le ralentira. Un grand 
nombre de physiologistes admettent, au contraire, que la dilatation des 
capillaires retarde le cours du sang, et que leur contraction l'accélère. 

Voici la cause qui a fait croire que la contraction des vaisseaux accé- 
lère la circulation. Si un tuOe offre îles renflements et des resserrements, 
c'est dans les points resserrés que le liquide coule le plus vile. Ce fait 
est parfaitement vrai ; mais voyons ce qu'il signifie. Chaque segment 
du tube, lorsque l’écoulement est établi, doit laisser passer une quantité 
de liquide égale, quel que soit son diamètre-, il s'ensuit que les molécules 
liquides devront marcher plus vite là où elles ne peuvent passer que 
successivement, à cause do l'étroitesse du tube , tandis que dans les 
points plus larges, où plusieurs peuvent passer de front , elles auront 
moins de vitesse. Mais, en somme, la quantité do liquide -qui s'écoule 
par le tube est diminuée par ce rétrécissement. II nu faut donc pas 



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PHYSIOLOGIE. 






136 

n’avaient pas reçu d’explication : ainsi l’état congestif do 
la muqueuse de l’estomac pendant la digestion et la sécré- 
tion du suc gastrique ; ainsi la dilatation des vaisseaux 
de la mamelle pendant la lactation, de la vulve pendant 
le rut chez les femelles de certains animaux. D’autres 
fois la circulation est modifiée dans sa rapidité et son 
abondance, sur une certaine étendue des téguments. Ainsi 
voyons-nous la face rougir ou pâlir subitement sous une 
influence nerveuse, une émotion, par exemple. Ailleurs 
une cause agissant directement sur les tissus change loca- 
lement l’état circulatoire. L’influence du froid fait res- 
serrer les vaisseaux, la chaleur les relâche. Certains agents 
chimiques ont des influences analogues : les uns font con- 
tracter les vaisseaux, les autres les font relâcher comme 
l’ont observé Thomson, Wilson, Hastings, Kaltenbrun- 
ner, etc., examinant dans le champ du microscope des 
membranes transparentes sur lesquelles ils faisaient agir 
des solutions do différentes substances. Dans ces expé- 
riences et dans bien d’autres encore, on put voir que la 
contractilité de l’élément musculaire des vaisseaux peut 
être mise en jeu : 1° par des influences nerveuses ; 2“ par 
des actions directement portées sur le tissu contractile. 

contondre l’accélération du mouvement de chaque molécule en un point 
avec l’accélération de l’écoulement lui-mémo. 

Sans doute, beaucoup de physiologistes ont dd faire cette distinction, 
mais la plupart ont considéré avec Thomson le resserrement des vais- 
seaux comme une cause do circulation plus active. 

Hastings a considéré les vaisseaux dilatés comme faisant obstacle au 
cours du sang, et a admis dans ces cas une force plus grande des artères 
pour vaincre cet obstacle. L’erreur passa bientôt dans la pathologie, et 
des cliniciens allèrent jusqu’à admettre que la dilatation de l’aorte fait 
obstacle au cours du sang qui sort du cœur. Terminons en concluant 
que la contractilité constitue la force par laquelle les vaisseaux peuvent 
régler la quantité de sang qui circule à leur intérieur. 



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DE LA CONTRACTILITÉ ARTÉRIELLE. 137 

Les tissus contractiles rie la vie oi^anique se comportent 
donc en définitive d’une manière analogue à ceux de la 
vie animale : ils obéissent tous deux, tantôt à une influence 
nerveuse, tantôt à une action qui agit directement sur eux. 

De tous les faits que nous venons de passer en revue, il 
résulte que les voies par lesquelles le sang s’écoule des 
artères dans les veines sont susceptibles de grandes varia- 
tions dans leurs diamètres, et en conséquence, que la faci- 
lité du passage du sang des artères dans les veines est 
susceptible elle-môme d’un grand nombre de variations. 

Si l’on veut bien comprendre comment les variations 
de la contractilité des artères agissent pour augmenter ou 
diminuer le calibre des vaisseaux, et par conséquent la 
rapidité du courant sanguin qui les traverse, il faut 
admettre avec J. Hunter (1) et Henle (2) que dans l’état 
normal de la circulation, les vaisseaux sont contractés 
avec une certaine énergie, ce qui leur assigne un calibre 
déterminé (un diamètre moyen). — Si la contractilité 
diminue, les vaisseaux, cédant à la pression intérieure du 
sang, se laissent dilater à des degrés variables, suivant que 
leur force contractile est plus ou moins diminuée. — Dans 
les cas où leur force contractile sera tout à fait supprimée, 
les vaisseaux n’auront d’autre limite à leur distension que 
celle que leur assigne la force élastique de leurs parois. 
— Si la contraction des artérioles est au contraire plus 
grande qu’à l’état normal, leur calibre diminuera et 
deviendra inférieur au diamètre moyen, car la pression 
intérieure du sang ne suffira plus pour lutter contre la 
force de retrait du système vasculaire. Ces vaisseaux deve- 

(1) J. Hunier, Traité du sang et de l'inflammation, trad. do Riclielot, 
p. 198. 

(2) Henle, Enegcl. anal., Anat. gén., t. II, p, 5i. 



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PHYSIOLOGIE. 



Lr 

138 

nant plus étroits, so laisseront traverser plus dilBcilement 
par le courant cpii va des artères aux veines. 

Oc la icnalon artérielle. 

§ ûO. — Ce (pie nous avons dit du rôle de l’élasticité 
des artères montre que l’action impulsive du cœur so 
transforme dans ces vaisseaux en une autre force qui a 
pour caractère d’être plus constante, et qui a pour ori- 
gine le retrait des artères distendues au moment de l’ar- 
rivée do chaque ondée nouvelle. Cette force a reçu le nom 
de tension artérielle. Il est important de bien se rendre 
compte de la manière dont elle se produit. 

Supposons que le système artériel soit vide de sang et 
pour ainsi dire affaissé sur lui-même. Qu’à ce moment le 
C(Etir se mette à battre, de manière à onvovor dans les 
artères dos ondées égales en volume, en force impulsive 
et revenant à intervalles réguliers. Les premières ondées 
(]ui pénétreront dans les artères commenceront à les rem- 
plir, mais les distendront peu, à cause de la grande ca- 
pacité que ces vaisseaux offrent dans leur ensemble. Ce 
sang se logera donc à peu près tout entier dans le sys- 
tème artériel, et il ne s’en écoulera par les capillaires 
qu’une très petite quantité, parce que la force de retrait 
des artères sera encore très faible. Mais, à mesure que les 
artères se rempliront, leur force élastique ou la tendance 
qu'elles ont à revenir sur elles-mêmes ira eu augmentant, 
Cette force, qui est la tension artérielle, poussera le liquide 
vers les capillaires avec plus d’énergie que tout à l’heure, 
et la quantité de sang qui s’écoulera deviendra de plus en 
plus grande. Par conséquent, la quantité qui restera dans 
le système artériel, après chaque systole du ventricule, 
diminuera de plus en plus. La tension artérielle ira donc 



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DE L.\ TENSION ARTÉRIELLE. 



ISO 



toujours en croissant jusqu’au moment où elle deviendra 
suifisante pour faire écouler entre deux systoles du cœur 
une quantité de sang égale à colle que lui envoie chacun 
de ces afflux. A ce moment, la tension aura atteint un 
degré auquel elle s’arrêtera, ou plutôt autour duquel elle 
oscillera, s’élevant légèrement à chaque nouvelle ondée 
qui arrive, pour s’abaisser ensuite par le fait do l’écoule- 
ment à travers les capillaires, s’élèvera encore à la pro- 
chaine contraction du ventricule, s’abaissera de nouveau, 
et ainsi de suite. Ce que nous savons de l’influence que 
la contractilité des petits vaisseaux exerce sur le passage 
plus ou moins facile du sang des artères dans les veines 
nous fait prévoir que, sous rinfluence de cette propriété, 
la tension des artères variera beaucoup. — Si les petits 
I vaisseaux se relâchent, le sang s’écoulant des artères plus 
I facilement et plus vite, s’y accumulera en quantité moins 
I grande; dès lors, la tension artérielle sera moindre. — 
! Si les petits vaisseaux se contractent, le sang les traver- 
' sera moins facilement et la tension artérielle s’élèvera. 

La tension artérielle n’est, en définitive, que la force 
déployée par le cœur, force mise en réserve dans l’aorte 
et les grosses artères, puis régularisée par l’élasticité de ces 
vaisseaux. Mais comme celte force devient à son tour la 
cause prochaine du mouvement du sang dans tout l’arbre 
circulatoire, elle mérite d’attirer l’attention d’une façon 
toute particulière. 

§ /|1. — Haies, le premier, essaya de donner une me- 
•sure exacte de cette tension en mesurant la hauteur à la- 
quelle le sang s’élevait dans un tube adapté à une artère. 
Le physiologiste anglais vit que, dans cette expérience, la 
colonne de sang s’élevait à huit ou neuf pieds environ, et 
que, par conséquent, la force avec laquelle le sang tend 



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uo 



PHYSIOLOGIE. 



à s’échapper des artères, fait ('H|iiilil)re à la pression d’une 
colonne de sang de huit ou neuf pieds. 

Cette nianièro d’évaluer la pression du sang à l’inté- 
rieur des vais.seaux est identiiiue avec celle qu’on emploie 
journellement en physique pour mesurer la pression des 
liquides dans les conduits qui les distribuent, ou bien la 
tension des gaz ou des vapeurs renfermés dans des réser- 
voirs. Les appareils dont on se sert s’appellent manomè- 
tres ; ils ne sont autres que des tubes recourbés en U et 
contenant un liquide. La pression, étant appliquée sur 
l'iine des branches de ce tube, produit dans l’autre branche 
une (‘lévation du niveau du liquide qui exprime exacte- 
ment l’intensité de la force qu’il s’agissait d’évaluer. 

L’emploi du manomètre en physiologie est aujourd’hui 
très répandu. C’est à Poiseuille ipi’on doit les premiers 
travaux faits au moyen du manomètre à mercure. Ce phy- 
siologiste voulait rendre plus facile la mensuration de la 
tension artérielle en substituant au long tube que Haies 
avait employé un tube beaucoup plus court, puisqu’il ren- 
fermait, au lieu de .sang, un liquide d’une très grande 
densité. L’instrument de Poiseuille était un tube en U dont 
une des branches était introduite dans le bout central 
d’une artère coupée transversalement. La pression du 
sang .s’exercait donc alors sur la surface du mercure et le 
forçait à s’élever dans l’autre branche jusqu’à une cer- 
taine hauteur qui mesurait l’intensité do la pression. 

Le manomètre a subi des modifications nombreuses 
entre les mains des physiologistes; nous ne ferons que 
citer rapidement chacune d’elles. — Magendie employa un 
instrument, r/iémomè<re,compo.sé d’un tlacon plein de mer- 
cure, du fond duquel .se détache un tube ascendant. On met 
l’ouverture supérieure de ce flacon en communication avec 



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DE LA TENSION ARTÉRIELLE. 1/|1 

l’ai1i*re dont on voul mesurer la tension. La pression san- 
guine, agissant à la surface du mercure contenu dans ce 
flacon, le fait monter dans le tube vertical. La hauteur à 
laquelle s’élève le mercure exprime la pression du sang 
dans le vais.seau exploré. — Cl. Bernard imagina, pour 
comparer la pression du sang dans deux artères différen- 
tes, de mettre chacun de ces vaisseaux en communication 
avec l’une des branches d’un tube en U contenant du mer- 
cure. De cette façon, le mercure était poussé do la pres- 
sion la plus forte vers la pression la plus faible, et la dif- 
férence des niveaux exprimait la différence de la pression 
du sang dans les deux artères. Cet appareil a reçu de son 
auteur le nom de manomètre di/férenliel. — Enfin, Lud- 
wig transforma le manomètre en un instrument enregis- 
treur à indications continues. Pour cela, le physiologiste 
allemand se servit d’un manomètre de Poi.seuille de fort 
calibre, et plaça sur la colonne de mercure qui esta l’air 
libre un flotteur muni d’une tige. L’extrémité de cette 
tige était armée d’un pinceau qui écrivait sur un cylindre 
tournant (nommé kymographion) les diflérentes oscilla- 
lious du mercure. C’est le premier appareil enregistreur 
(|ui ait été employé dans les cxpi'iiences [ihysiologi- 
ques (I). 

§ Û2. — Si nous avons pa.ssé rapidement sur la des- 
cription de CCS manomètres, c’est ipie tous présentent un 
grand inconvénient qui doit les faire bannir aujourd’hui 
de l’instrumentation des physiologistes. Tous, en effet, 
introduisent une cause d’erreur dans l’évaluation des pres- 
sions variables. Cela tient à ce que, dans chacune de ses 
oscillations, la colonne d’un manomètre dépasse, par l’ef- 

[ I ) Voyez, pour la description plus complète do ces différents instru- 
ments, le Traité de phytiologie do Longet, t. I", p. 8i2 et suiv. 



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l’IlYSlOLOGIE. 



1Û2 

fct de la vitesse acquise, le point aiupiel elle devrait s’ar- 
rêter pour exprimer, soit le maximum, suit le minimum 
de cette pression (1). 

§ /i3. — On peut toutefois faire du manomètre un in- 
strument exact; il suffit, pour cela, de ne pas l’appliquer 
à la mensuration d’une force dont les variations soient 
trop bruscpics. Dès que la colonne de mercure ne présente 
plus que des mouvements lents ou peu étendus, elle perd 
on môme temps cette vitesse acquise qui faussait ses 
indications. On a vu (§ 30) comment le manomètre nous 
a servi à mesurer la pression qui existe dans les différentes 
cavités du cœur au moment de leur contraction ou pen- 
dant leur relâchement. Nous avons apporté au mano- 
mètre une modification qui permet de l’employer à la 
mesure exacte de la pression moyenne du sang dans les 
artères. 

[ 4 } L'emploi des manomètres a rendu de grands services à ta physio- 
logie en faisant connattre d'une manière approximative quelle est lu 
pression du sang dans les vaisseaux. Il a renversé dos erreurs accrédi- 
léos relativement à la force du cœur, que Dorelli et les ialromécani- 
ciens avaient cru, d'après de simples conjectures, pouvoir élever au 
cliilTre étonnant do <80 000 li\res. On sait aujourd'hui que la pression 
du sang dans les artères fait équilibre tout au plus à une colonne do 
mercure de <2 à <5 centimètres. 

Mais, si le manomètre a rendu des services, il a aussi présenté des 
inconvénients. En effet, les manomètres, excellents quand il s'agit do 
déterminer des forces constantes, une tension uniforme, par exemple, 
donnent au contraire des résultats très faux lorsqu'on veut les employer 
à la mesure d'une force variable. On peut dire que toutes les fois que lu 
colonne du manomètre oscille, les mouvements do cette colonne no cor- 
respondent pas exactement aux variations de la force qu'on cherche à 
mesurer. Cela tient à ce que le mercure, par sa densité extrême, est 
sujet à prendre des vitesses aeguises qui lui font dépasser le point auquel 
il devrait s'arrêter. 

En veut-on la preuve expérimcntule? yu'on prenne un tube on ü ren- 



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DIS LA TENSION ARTÉRIELLE. 143 

La figure 16 représente le manomètre que nous avons 
nommé compensateur, avec lequel ou peut obtenir la ten- 
sion moyenne d’une artère quelconque. Par sa disposition 
générale, l’instrument ressemble à Vhémomèire de Ma- 
gendie. C’est, eu effet, un flacon plein do mercure et 
dont le goulot est mis en communication avec une artère 
au moyen d’un tube terminé par un bec métallique. Ce 
tube, ainsi que la partie supérieure du flacon, est rempli 
d’une solution alcaline pour empêcher la coagulation du 
sang qui pénétrera dans l’instrument. Enfin, un écrou 
de fer creusé à son intérieur et plongeant dans le mer- 
cure du flacon reçoit deux tubulures ascendantes arti- 
culées à leurs bases par des manchons de caoutchouc, 
et derrière lesquelles est une échelle graduée. Jusqu’ici 
tout est semblable à l’héinomètre de Magendie, sauf 



fermant du mercure; si les deux branches sont tenues bien verticale- 
ment, le mercure aura le même niveau dans l'une et dans l'autre. — 
Qu’on incline le tube do manière que le mercure tende à sortir par une 
des branches, puis qu'on applique lu doigt sur celle branche de façon à 
la fermer complètement, et qu'on replace le tube en position verticale. 
A ce moment, l'une des branches sera pleine de mercure, l'autre n'un 
contiendra que très peu, c'est-à-dire que l'équilibre des deux colonnes 
sera empêché par l'application du doigt qui ne permet pas à 1a pression 
de l’air d’agir sur l'une des colonnes. — Au moment où l'on enlèvera le 
doigt, les deux colonnes devraient se remettre en équilibre et reprendre 
le même niveau. Mais il n'en sera pas ainsi, le mercure oscillera d'une 
branche à l'autre un grand nombre de fois, et ne s'arrêtera dans la 
position d'équilibre qu’au bout d'un certain temps. Toutes ces oscillations 
sont dus effets do la vitesse acquise que prennent les colonnes de mercure 
lorsqu'elles viennent d'exécuter un mouvement. Les mêmes oscillations 
tendent à se produire dans les manomètres mis en communication avec 
une artère. A chaque fois que le mercure s’élève, il est projeté au-dossus 
du point qui indiquerait le degré réel de la pression ; inversement, quand 
le mercure redescend, il tombe au-dessous du minimum réel. Ces erreurs 
appartiennent à tous les appareils manoniétriquos qui exécutent des oscil- 
lations. 



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PHYSIOLOGIE. 



144 




qu’il y il (leux colonnes au lieu d une seule. L’une des 
colonnes (celle qui dans la ligure est à droite) est d’un 
calibre uniforme dans toute son étendue; le mercure 
s’y élève et y oscille comme dans riiémomètre ordi- 
naire. — Mais l’au- 
tre colonne (celle de 
gauche ) présente 
une disposition par- 
ticulière qui sup- 
prime chez elle les 
oscillations. Celte 
colonne est formée 
par un tube large, 
de façon qu’il con- 
tienne beaucoup de 
mercure, et présen- 
tant h sa partie in- 
férieure, tout près 
du manchon de 
caoutchouc , un 
étranglement dont 
le calibre est tout à 
fait capillaire. Il 
résulte de là que le 
mercure travei’se 
difücilement la par- 
tie rétrécie, et que la quantité de ce métal qui entre dans 
le tube du manomètre à chaque instant ne produit, dans 
le niveau de cet instrument, que des variations insigni- 
Gantes. Lorsqu’on adapte le bec du manomètre compen- 
sateur au bout central d'une artère coupée, on voit les 
deux colonnes se comporter très différemment. La co- 



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UE 1,A TENSION ARTliUlELLE. 1^5 

luiiiio (le droite s’él(ive tout de suite très haut et exécute 
des oscillations plus ou nioius grandes : c’est une colonne 
(l’héinoinètre ordinaire. La colonne de droite s'élève 
lentement et par saccades insensibles, jus(ju’en un point 
où elle s'arrête presrjue immobile ; ce point indique la 
pression moyenne du sang dans l'artère explorée, c’est-à- 
dire la tension moyenne de celte artère. 

Dans un autre travail (1), nous avons longuement dé- 
veloppé la théorie de notre manomètre. Cet instrument 
nous a servi à mesurer l’intensité de la tension moyenne 
pour les dilTéreuls points d’un tube élastique à travers le- 
(juel un liquide circule par suite d’afflux intcrmilleuls. 
Ces expériences avaient pour but de vérifier les assertions 
émises par Poiseuille, qui disait avoir constaté que, 
pour toutes les artères, la pression moyenne du sang est 
la même, quelle que soit la distance qui sépare ces vais- 
seaux du cœur. — Une pareille assertion nous paraissait 
en opposition avec les données de la physique. On sait en 
ell'el que, lorstju’un liijuide s’é*coule à travers un tube sous 
rinfluence d’une certaine pression, cette pression diminue 
graduellement dans toute la longueur du tube, à mesure 
(lu’on s’éloigne de l'orifice par lequel le liquide pénètre. 
De plus, les résultats obtenus par Poiseuille étaient 
contredits par des expériences faites en Allemagne par 
Spengler (ù). 

Kn appliquant trois manomètres compensateurs sur le 
trajet d’un tube dans lequel un écoulement se fait par 
afflux intermittents, on voit : 

l” Que la tension moyenne va en diminuant de l’oi ifice 

(l) /tiimifcs des sciences naturelles, l' sério, Zoou,, t. VIII, p. 349 
el suivantes. 

(i) .IrcA. lie Milt'cr, ( 844 , p. 33 . 

10 



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PHTSIOLOGIE. 



ihd 

d’entrée à l’orifice de sortie. — Par conséquent, que dans 
la circulation artérielle, la tension moyenne devra aller 
^en décroissant du cœur aux capillaires. 

2' Que si l'on établit à l’orifice d’écoulement une ré- 
sistance quelconque qui $i;éne l’issue du liquide, la décroiS' 
sance de la tension moyenne d’un bout à l’autre du tube 
sera moindre que dans le cas précédent ; mais cette dé- 
croissance existera toujours, à moins que l’écoulement du 
liquide ne soit tout à fait supprimé. — En appliquant ces 
donnéesàla circulation artérielle, on comprend comment 
la résistance que les vaisseaux capillaires présentent au- 
devant du sang des artères agit pour diminuer la décrois- 
sance de la tension artérielle du cœur aux capillaires. 
Mais ces résistances ne sauraient niveler la tension dans 
tout le système artériel, puisqu’elles ne s’opposent pas 
d’une manière absolue à l’écoulcmeut du sang, mais 
qu’elles ne font que le ralentir (1). 

(1) Pour compléter ce qoi est relatif à l’emploi des numomMres, noos 
dirons que la moyenne de tension accusée par les manomètres oecillants 
est toujours entachée d'erreurs. En effet, ces appareils ne tiennent pas 
compte de la durée de chacune des pressions (maximum et minimum) 
qui existent è l'intérieur dn vaissean. 

11 soit de là que, même si l'on suppose les indications de œs deux 
pressions extrêmes parfaitement exactes (ce qui n'est pas), la moyenne 
numérique qu'on obtiendra en prenant la demi-somme des deux colonnes 
de mercure, maximum et minimum, ne sera qu’un chiffre insignifiant. 
— La connaissance de la pression moyenne dn sang dans les artères, 
pour avoir quelque utilité, doit noos apprendre avec quelle force moyenne 
le sang est poussé dn côté des capillaires. Ce problème d'hydrodyna- 
mique ne peut être résolu que si l'oh tient compte, non-seulement des 
divers degrés de b pression sanguine, mais aussi de la durée d'applica- 
tion de chacun de ces degrés. 

Supposons, pour fixer les idéeSj que la pression du sang dans un 
Vaisseau passe alternativement par deux intensités qui correspondraient, 
l'une à 1 00 degrés, l'autre à 60 degrés (évaluées au maitomètto). Debx 



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DE LA TENSION ARTÉRIELLE. 



147 

Il suit de là que la décroissance de la tension moyenne 
dans les vaisseaux est d’autant plus grande que la vitesse du 

choses peuvent arriver : ou bien la force égale à < 00 degrés et la force 
égale à 50 degrés dureront toutes deux le même temps; alors la force 
moyenne sera exactement 75 degrés; on bien, au contraire, la force 
100 degrés sera appliquée pendant un certain temps (soit une seconde), 
et la force 50 degrés pendant on temps différent (soit deux secondes] ; 
alors la moyenne numérique, qui était exacte tout é l'heure, cessera de 
l'ôtre, car elle représentera nne quantité trop forte. 

Ce qu'il innporte de connaître, ce n’est donc pas seulement la moyenne 
numérique ou l'intervalle qui existe entre les maxima et les minima de 
pression, mais c’est la moyenne dynamique de laquelle seule oh pourra 
déduire l'effet que cette pression variable produira au point de vue du 
mouvement du sang. On va voir comment le manomètre compensateur 
dtmne cette moyenne avec une grande précision. 

Expérience (fig.' 17). — Pour simptiffer les données do problème, ré- 
duisons le manomètre à un 
tube vertical TT qui com- 
munique par un tube ca- 
pillaire horizontal FF avec 
un entonnoir rempli d’eau . 

L’entonnoir R est mis en 
rapport avec le mano- 
mètre au moyen d'un long 
conduit llexiblequi permet 
de le placer alternative- 
ment à différents niveaux, 
en A et en B, par exemple. 

— Comme c'est on même 
liquide qui se trouve dans 
le réservoir R et dans le manomètre TT, si l'on plaçait le réservoir 
en A, le liquide do manomètre s’élèverait en a sur sa mémo ligne 
horizontale. Réciproquement, en plaçant le réservoir en B, on ferait venir 
lu niveau du manomètre en b. 

On pourra donc, en faisant passer le réservoir alternativement par 
les positions A et B, faire agir sur le manomètre des pressions variables 
et donner à chacune d'elles la duree qu’on voudra, suivant qu’on ais- 
sera le réservoir pendant plus ou moins longtemps à chacune de ses 
stations A et B. Pour simplifier encore la démonstration, nous pren- 





\ 48 PHYSIOLOGIE. 

sang est plus grande elle-niùine. Nous avons constaté que 

drons le point B, minimum de la pression appli<|uéc au munometre, 
comme égal à zéro. 

PazaiER czs. — Lorsque la pression agit et cesse alternalicemeul pen- 
dant des temps égaux, te manomètre compensateur a pour niorau la 
moitié de l'intervalle qui séparé les niveaux maximu et minima. (La 
moyenne dynamique est donc alors égale à la moyenne numérique.) 

Supposons que, par suite des résistances que le liquide éprouve dans 
le capillaire FF, il faille un temps considérable (soit une minute) pour 
quo les niveaux étant on Bi, c'est-à-dire à zéro, l'élévation do réservoir 
en A porte le niveau du tube en u. Supposons aussi que le réservoir B 
reste alternativement une seconde en A et une seconde en B, voici ce qui 
se passera ; 

Dans la première seconde, le réservoir quitte le niveau B pour se porter 
on A, le liquide du tube s'élève de b en b' sous l'innuencc de la pression 
de la colonne AB; car, puisqu'il faut une minute à ce niveau pour 
aller de b en a, il ne parcourra pendant une seconda qu'une partie do 
sa course bbK ' 

Deuxième seconde. Le réservoir redo.sccnd on B ; alors la colonno bb‘ 
tend à faire revenir le liquide vers le réservoir, mais cola on vertu d'une 
force bien inférieure à celle que la colonne AB avait tout à l'heure pour 
effectuer l'ascension dans le tube ; aussi lo niveau redescendra-t-il seu- 
lement on b^. 

Troisième seconde. Le réservoir est de nouveau en A, ut élèverait lo 
niveau du manomètre au-dessus de b^, d'uno quantité égale à bb', si le 
poids de la colonne bb‘‘ no diminuait celui de .AB, de telle sorte que la 
pression du réservoir n'est plus quo la différence entre les niveaux A 
et aussi la seconde ascension du manomètre sera-t-elle moindre quo 
la première, et le niveau viendra en b*. 

Quatrième seconde. Lo réservoir est revenu en B ; la colonno bb^ agit 
pour produire le reflux, ot étant plus grande quo bb', produira un roDux 
plus grand que bb^; ce reflux sera b^b'. 

Cinquième seconde. Lo réservoir repasse en A, et élève lo niveau du 
manomètre avec une force diminuée de bb' > bb'^; donc l'ascension du 
manomètre sera moindre que b^b^, ce sera b'b’’. 

Pour les secondes successives, on verra donc les ascensions aller en 
diminuant et les descentes en augmentant, offrant entre clics des diffé- 
rences de plus en plus petites, Jusqu’à ce que l'oscillation suit régulière 
(scs maxima cl minima étant Axes). 

A ce moment, l’oscillation sera une petite fraction do ce qu ullo eût 



D'igilized by Googlc 



DK LA TENSION ARTÉRIELLE. 

celte moyenne se comporte absolument suivant les mêmes 

été sans les frottemenlB en F ; en outre, sa moyenne sera aussi celle 
entre les points a et b. 

En effet, lorsque les oscillations seront régulières, et quo l’ascension 
et la descente du niveau du tube seront égales, il faudra nécessairement 
que les forces appliquées du côté du tube et du côté du réservoir soient 
égales ; elles le seront quand le niveau du tube sera au milieu de ab. 
Soit M ce milieu. Quand la colonne AB agira pour l’ascension, elle n’aura 
comme force que la différence de hauteur des niveaux, et comme bM 
= 1/2 AB, sa force d'action, pour faire monter te liquide dans le tube, 
sera égale à celle que bM lui-mème aura dans le second instant pour 
produire la descente, quand le réservoir sera en B. 

Decxièse cas, — Avec l’instrument précédemment décrit, les hauteurs 
mammétriques seront proportionnelles au temps pendant lequel la près- 
sion agira. C'est-à-dire quo la hauteur à laquelle le manomètre restera 
avec de petites oscillations régulières sera à la hauteur qu’il aurait, dans 
le ras d’équilibre, sous la pression continue, comme les temps d'appli- 
cation de la force sont à la durée totale de l’expérience. 

Cela revient à démontrer que, si la pression agit pendant deux se- 
condes et cesse pendant une seconde, la hauteur manométrique sera les 
deux tiers de la hauteur maximum , et que, dans ce cas, la moyenne 
dynamique ne correspondra plus à la moyenne numérique. 

En effet, quand la colonne sera arrivée au point où les oscillations 
seront régulières (où les ascensions et les descentes seront égales), il 
faudra que la force qui produit l'ascension soit deux fois moindre que 
celle qui produit la descente. A cette condition seulement, l'inégalité de 
force compensera celle de durée. Mais la force qui produit l'ascension 
n'est autre chose, avons-nous dit, que l’excès de la hauteur du réservoir 
sur la hauteur manométrique. Soit donc N (même figure) le niveau du 
manomètre; d’après le théorème précédent la force ascensionnelle sera 
égale à uN, et bN sera la hauteur manométrique, ou force qui produit 
la descente. Ces deux forces, au point de vue de leurs effets, seront dans 
le rapport de 1 à '2; mais comme l'effet produit par la pression d'une 
colonne liquide est proportionnel à la hauteur de celte colonne (*), on 
aura pour les mesures de uN et de bN la proportion suivante : 
oN : bN :: 1 ; 2. 

Ce qu'il fallait démontrer. 

(*) Dan» le cas d'ccoulemcnt par les tubes capillaires, le produit de l'écoule- 
ment est proportionnel A la charge (loi do Poiscuillo). 



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150 



PHYSIOLOGIE. 



lois qui président à la variation de la pression constante 
dans des conduits où existe un écoulement continu (1). 
Ces lois ont été établies par Bornouilli. 

Si l’on applique aux différentes artères d’un animal le 
manomètre compensateur, on peut facilement constater 
que la pression moyenne de ces vaisseaux est différente, 
et qu’elle est à son maximum dans les artères les plus rap- 
prochées du cœur. 

En résumé : 

^ r Ijà tension moyenne dans les artères va toujours 
en décroissant à mesure qu’on observe un vaisseau plus 
éloigné du cœur. 

^ 2“ La décroissance de la tension moyenne dans les 
' artères est d’autant moins rapide que les vaisseaux ca- 
pillaires, plus contractés, font plus d’obstacle à l’issue du 
sang artériel.— On peut donc prévoir déjà que la tension 
et la vitesse du sang dans les artères seront dans un rap- 
port inverse. 

/ 3’ Il est impossible d’assigner à la tension moyenne 
d’une artère une valeur absolue, car cette tension varie 
d’un instant à l’autre avec la rapidité de la circulation 
périphérique. 

Chauveau eut l’idée d’adapter à notre manomètre 
compensateur un cylindre semblable à celui du kynwgra- 
phion de Ludwig. Cette disposition lui a permis d’enre- 
gistrer les moyennes de tension que présentent différentes 
artères inégalement éloignées du cœur. Notre savant ami 
a pu vériffer ainsi l’exactitude de nos propres expiiriences. 

Enfin, Setzchenow (2) imagina de placer sur la co- 

[1] Ann. de( sciences nul. [loc. cil.). . 

(2) Voy. Canslall's Jnhesberichl, 1861, p. <26, 



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DE LA TENSION ARTÉRIELLE. 



151 



lonned'un manomètre un robinet, au moyen duquel il 
rend plus ou moins facile le passage du mercure. Avec 
cet instrument, l’auteur a pu, comme nous, obtenir la 
tension moyenne d’une artère quelconque. Ce manomètre 
est en effet fondé sur le même principe que le nôtre. 



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CHAPITRE VII 



VITKSSE DU SAXf. DANS LES ARTÈRES. — SIGNES EXTÈRIEUR.S 
DE LA CIRCULATION ARTÉRIELLE. 



De la vitesse du sang dans les artères. Erreurs qui onl régné sur ce sujet. 

— Expériences destinée.s à déterminer cette viles.se. — Appareils de 
Volkmann, hémodromomèlre ; — Vierordt, hémotachomètre -, — Chau- 
veau, liémodromomètre à aiguitle. Adaptation do cet instrument à 
l'appareil enregistreur. 

Loi* qui président aux variations de la vitesse du sang dans les artères. 

— Rapport inverse de cette vitesse avec la tension artérielle. 

Signes extérieurs du mouremeut du sang dans les artères; leur impor- 
tance [)Our la physiologie et la médecine. — Dilatatinu des artères, 
moyens dé la constater — Locomotion des artères; c’est un effet de 
leur allongement. — roui» dos artères; il tient aux changements qui 
surviennent dans la tension de ces vaisseaux sous l'inlluence des con- 
tractions des ventricules. 

neproduclion schématique des phénomènes de la circulation artérielle. De 
la tension artérielle et des variations qu elle éprouve; do la transfor- 
mation du mouvement du liquide dans les artères, etc. 

Reproduction schématique des signes extérieurs de la circulation artérielle. 
Dilatation, locomotion, pouls. 



De la vHcshc du «aai; dan» Ira artérca. 

§ !xh- — Lorsqu’on pratique une ouverture aux parois 
d’une artère., on voit le sang s’élancer au dehors sous 
forme d’un jet puissant et animé d’une gramle vitesse. 
Celle rapidité avec laquelle le sang s’échappe avait fait 
croire d’abord aux physiologistes ipie le liquide se mou- 
vait dans les artères avec une rapidité analogue. Haies, 
après avoir mesuré la pression du sang artériel (voy. § /il), 
se crut autorisé à en déduire la vites.se de son cours. 



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VITESSE DU SANG DANS I.ES ARTÈRES. 



153 



Il la supposa égale à celle d’une molécule liquide qui 
tomberait d’une hauteur pareille k celle de la colonne 
manométrique. C’est précisément la formule de la vitesse 
d’un liquide qui s’écoulerait à l’air libre par une ouverture 
faite à une artère. Haies négligeait donc totalenient les 
résistances que le sang rencontre dans les vaisseaux, et 
sous rinlluence desquelles sa vitesse est considérablement 
diminuée. 

Sauvages (1), commentateur de Haies, rectifia cette 
erreur; il comprit l’influence des résistances que présen- 
tent les artères. Il appelle virUtelle la vitesse qu’aurait le 
sang dans l’hypothèse de Haies, et admet qu’en léalité ce 
liquide n’a qu’une vitesse beaucoup moindre. L’auteur 
appelle celle-ci la vitesse actuelle, mais n’en donne pas 
l’évaluation. 

Tant (jue les physiologistes n’instituèrent pas des expé- 
riences en vue de déterminer la vitesse du sang, les idées 
émises sur ce sujet ne furent que des erreurs ou des hypo- 
thèses qu’il n’y a pas lieu de mentionner. 

La première tentative faite pour résoudre cette ques- 
tion par la voie expérimentale appartient à Yolkmann. Ce 
physiologiste construisit un appareil fort ingénieux qu'il 
appela /lémodromomèire (‘2), à l’aide duquel on pouvait 
suivre le trajet parcouru par le sang dans un tube de 
verre. — Qu’on suppose une artère coupée dont on au- 
rait réuni les deux bouts par un tube métallique. Le sang 
traversera ce tube rectiligne comme il traverserait l’ar- 
tère elle-même. Sur ce premier conduit est adapté uu 
tube de verre courbé en U qui constitue un circuit do dé- 
rivation latéral. Ce tube de verre est rempli d’eau. A un 

(I) Voy. Haies, Hénuistatique, p. 3. 

(î) Volkmann, Die flilmodynamik, p. 195. Leipzig, 4 830 



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PHYSIOLOGIE. 



ibk 

moment donné, au moyen d’un système de robinets, on 
ferme le tube rectiligne et l’on ouvre le circuit latéral. Le 
sang se trouve alors forcé de traverser le tube de verre 
pour se rendre du bout central au bout périphérique de 
l’artère; il chasse devant lui l’eau contenue dans le tube 
et la pousse du côté des capillaires. On voit alors, à travers 
les parois de verre, le sang qui s’avance par saccades en 
se substituant à l’eau. Si l’on mesure le trajet parcouru 
ainsi par le sang pendant un certain nombre de secondes, 
on connaît la vitesse du courant sanguin dans les artères. 

Bien qu’il soit extrêmement ingénieux, ce procédé n’est 
probablement pas à l’abri de toute erreur. Sou auteur 
lui-même admet que l’interposition do l’appareil sur le 
trajet d’un vaisseau peut changer la vitesse du sang dans 
celui-ci. En effet, la colonne sanguine, forcée de traverser 
un trajet plus long, rencontre des résistances nouvelles 
que la courbure du tube peut augmenter encore. EnQn, 
on n’est pas autorisé à admettre à priori que l’eau qui se 
trouve poussée dans les capillaires artériels traversera 
ceux-ci avec autant de facilité que le sang le pourrait faire. 
On sait en effet que les injections faites dans les artères 
d’un animal vivant rencontrent des résistances particu- 
lières dues aux contractions que provoque dans ces vais- 
seaux la présence d’un liquide étranger. 

Avec cet instrument, Yolkmann évaluait la vitesse du 
sang pour une seconde : 



Chez le chien, dans la carotide . STS”" 

Chez un autre chien, dana la carotide . , . . 357 

Chez le cheval, dans la caroUde 2Si 

Chez lo cheval, dans la métatarsienne .... 56 



Un autre appareil fut imaginé par Vierordt, sous le 



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155 



VITESSE DU SANG DANS LES ARTÈRES. 

nom A' hémotachomètre (1); il est basé sur un tout autre 
principe. C’est une sorte (te pendule hydrostati(|uo sus- 
pendu dans une caisse à deux tubulures que traverse le 
courant .sanguin. L’appareil s’applique, comme celui de 
Volkmann, aux deux bouts d’une artère coupée. Plus le 
courant est rapide, plus la déviation du pendule sera 
grande. On détermine expérimentalement la vitesse né> 
cessaire pour qu’un courant do liquide donne au pendule 
telle ou telle déviation. — Comme la vitesse du liquide 
change à chaque instant, Vierordt eut l’idée de transfor- 
mer son appareil en un instrument enregistreur, afin 
d’avoir l’indication de toutes les variations do la vitesse à 
tous les instants. A cet effet, il prolongea au dehors de la 
caisse la tige du pendule, de telle sorte que cette tige 
exécutât des mouvements semblables à ceux du pendule 
lui-mème, mais amplifiés et de sens invei'se. Ces mouve- 
ments s’enregistraient sur un cylindre tournant, d’après 
les procédés déjà connus (2). La figure de l’instrument 
qui .se trouve à la fin de l’ouvrage de Vierordt montre 
que cet auteur est tombé dans le défaut que nous repro- 
cherons plus tard à son sphygmographe, c’est-à-dire qu’il 
a donné au courant sanguin une trop grande masse à 
mouvoir. De là résulte une déformation du tracé enre- 
gistré sur le cylindre. — Nous reviendrons plus tard sur 
les conditions que doivent présenter les appareils enre- 
gistreurs pour n'être pas exposés à cet inconvénient. 

La vitesse du sang, d’après Vierordt, serait de 0“,201 
par seconde, ce qui se rapproche assez du chiffre donné 
par Volkmann. 

(O Vierordt, Grunclrits der Phytiologi» dei Memehen, p. HO. 

(2) Vierordt, Die Eneheinutigen und Geielse der Stromgnchwindigkeil 
dei Blute». Berlin, 1862 (avec figure de l'appareil). 



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156 



piiYsior.or.iR. 



Chauveau (1) construisit à son tour un instrument (voy. 

la fi}]çure collec- 
tive 18) basé sur 
le même principe 
que celui de Vie- 
rordt, mais d’une 
construction beau- 
coup plus parfaite. 
L’auteur place sur 
le trajet d’une 
artère un tube de 
métal a n° 1 } 
que le sati" tra- 
vei-se comme dans 
les appareils ci- 
dessus indiqués. Ce tube présente, en un point de sa paroi, 
une fenêtre (n° 3) que ferme une membrane de caout- 
chouc (n° h). Une aiguille mince et plate traverse cette 
membrane et plonge dans le courant sanguin (n“ 2). I^a 
partie libre de cette aiguille d (n° 1) parcourt, dans ses 
déviations, les différents degrés d’un cadran divisé, et 
accuse ainsi la vitesse du courant (2). 

Chauveau a, comme Vierordt, appliipié un appareil 
enregistreur à son hémodromomètre; seulement, il s’est 
mis à l’abri des causes d’erreurs que le physiologiste alle- 
mand n’avait pas aperçues. Dans l’appareil de Chauveau, 
la partie libre de l’aiguille se prolonge sous forme d’un 

(1) Chauveau, Bertolus et Laroyenne, Mémoire sur U vitesse de la 
circulation dans les artères du cheval (Journal de la phijsiolo<jie de l’homme 
et des animaux, 1860, t. III, p. 69.’» cl siiiv.). 

(2) e représente l'ouverlure d’un tube branché auquel on adapte un 
manomètre au besoin. 




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VITESSE Dl) SAN(i DANS LES AUTÉRES. 157 

levier extrünieineiit léger (lui écril ses inouvemeuts sur 
une bande de papier (pii se déroule. 

Nous donnerons plus tard quebiues-uns des tracés ob- 
tenus par Chauveau, on en comprendra mieux la valeur 
lorstpie nous aurons explii]ué, à propos de la construclion 
de notre sphygniographe , les conditions nécessaires pour 
que les appareils enregistreurs donnent une expression 
fidèle des inouvcinenls. 

Lois générales qui président aux variations de la vitesse du sang dans 
les altères. 

§ 45. — Les expériences laites sur les lois do l’écou- 
lement tkîs liquides dans les conduits motitrent que la 
vitesse du litiuide varie sous deux ordres d’inlluences. 

D’une part, cette vitesse s’accroît quand le litpiide est 
potis.sé dans le ttibe avec une plus grande force. — Dans 
la circtilation du sang, la vitesse du courant tpii existe datis 
les artères augmeirtera donc si la force déployée par le 
cœur augmente, elle diminuera dans les circonslatices 
inverses. On verra plus tard tpie cette sorte d’inlltience 
s’exerce rarement, et que le cœur dépense en général une 
quantité de force toujours la môme. 

D’anlro part, la vitesse d'un litpiide est siibordonnée 
aux rt'-sistances tpic ce liipiide rencontre dans les conduits. 
La vitesse est d’autant plus grande tpie les l•ésistanccs sont 
moindres. Comme tous les points d’mie colonne litpiide 
sont solidaires les uns des antres, au point de vue du mou- 
vement, un obstacle situé à une très grande distance de 
l’orifice d’entrée d’un conduit ralentira le mouvement du 
liquide dans tous tes points situés en arrière de lui. — Dans 
la circtdalion du sang, ces résistances sont déterminées 
par le plus ou moins d’étroitesse des petits vaisseaux. Le 



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158 



PHYSIOLOGIE. 



relâchement ou la contraction de ceux-ci pourra donc, 
à chaque instant, faire varier la vitesse du sang dans une 
artère quelconque. C’est cette influence qui s’exerce pres- 
que toujours lorsque la circulation c.st plus ou moins ra- 
pide. Si donc on fait contracter les artérioles d’une région, 
la vitesse du sang diminuera dans toutes les artères afic- 
rentes. Si ces artérioles se relâchent, le courant deviendra 
plus rapide. 

Ces inductions, tirées d’expériences physiques, ont 
été vérifiées par l’expérimentation sur les animaux (1). 
Comme c’est presque toujours à l’état de contraction ou 
de relâchement des petits vaisseaux que sont dues les va- 
riations de la vitesse dans les artères, il résulte de là que 
dans la plupart des cas, on rencontre une grande vitesse 
dans les artères qui ont une faible tension, et, réciproque- 
ment, une faible vitesse, quand la tension est forte. 

NI(Mea eatérlenr* dn moavpnieiM dn Mnig dan* Ica arMrca. 

§ 46. — Le mouvement du sang dans les artères se ré- 
vèle à l’extérieur par un petit nombre de signes. Les ar- 
tères sont animées de battements (pouls), de mouvements 
parfois perceptibles à l’œil (locomotion des artères). On 
peut quelquefois constater la dilatation de cerlaius gros 
troncs artériels au moment où le ventricule qui se con- 
tracte leur envoie une ondée sanguine nouvelle, mais ce 
cas est rare; en général, la dilatation des artères nous 
échappe* D’autres fois, en auscultant le trajet d’une ar- 
tère, on perçoit un bruit (bruit de souille) qui tient au 
passage rapide du sang à son intérieur (’2). 

(1) Chauveau, Borlolus el Laroycnne, toc. eit. 

(2) Nous aurons l'occasion de revenir avec plus de dôlails sur la cause 



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SIGNES EXTÉRIEURS DE LA CIRCULATION ARTÉRIELLE. 459 

j La couleur, le volume et la température des régions 
I superficielles du corps sont encore des signes importants 
' qui nous révèlent l’état de la circulation dans ces parties. 

' Si les vaisseaux relâchés laissent le sang circuler dans cc*s 
I points avec beaucoup de vitesse, les tissus rougissent, s’é- 
i chauffent et deviennent turgescents. Ils pâlissent, se re- 
I froidissent et diminuent de volume lorsque la circulation 
; est ralentie par suite do la contraction énergique des 
' vaisseaux. 

Ce sont là tous les signes qui révèlent à l’extérieur 
l’existence d'une circulation dans les artères; il faut que 
le médecin se contente de ces éléments pour juger de 
l’état de la circulation, des altérations organiques que 
peut avoir subies 1e système artériel , ou simplement des 
troubles qui se sont produits dans ta fonction. 

Il serait impossible à priori de juger de l’état do la 
circulation d’après les signes que nous venons de men- 
tionner, si la physiologie ne nous apprenait tout d’abord 
la nature de chacun d’eux. I.æs médecins ont tâté le pouls 
pendant des siècles, sans savoir que chacun de ses bat- 
tements résulte d’une contraction du cœur. Lorsque 
Harvey leur eut démontré ce premier point, il restait 
encore à savoir par quel mécanisme le pouls se pro- 
duit : si c’est par un choc du sang contre les parois de 
l’artère, par un déplacement ou par une dilatation des 
vaisseaux. 

Il importe non-seulement de bien être fixé sur la na- 
ture du pouls et sur la cause qui le produit, mais aussi de 
savoir sous quelles influences le pouls change de fré- 

et la tigniBcation de ces brails de souflte qni se passent dans les artères, 
et qui constituent un des éléments les plus importants du diagnostic des 
maladies du système circulatoire. 



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1Ü0 



rilVSlOLOÜIE. 



queiicc, de force, do caractères. Alors seiilemeiil le baltc- 
inent d’une artère pourra nous révéler l’état de la circu- 
lation dans ce vaisseau, de même que l’auscultation du 
cœur.' aidée d’une connaissance physiologique parfaite 
de ses mouvements et de ses bruits, nous révèle l’ac- 
tion de cet organe caché dans la poitrine. Les autres 
signes qui dépendent de la circulation du sang dans les 
artères : locomotion artérielle, bruits de souffle, etc., 
ont également besoin d’ètre étudiés au point de vue phy- 
siologique, pour que leur observation au lit du malade 
fournisse d’utiles résultats. Mais parmi tous les signes 
e.vlérieurs de la circulation artérielle, c’est le pouls (jui 
nous occupera le plus, parce qu'on peut l’analyser avec 
une précision extrême au moyen d’un instrument que 
nous décrirons bientôt. De la perfection plus grande dans 
l’étude de ce symptôme résultera une conuaissance plus 
parfaite des difl'érertts états de la circirlation, rpri rrous 
ser'orrt révélés par cet instrunrerrt. 

§ i7. — la dilalalion ((ue les artèr'cs épr’ouvcrrt clta(]uc 
fois (jit’urr nouvel afflux de sarrg so fait dans letrr irrtérieur’ 
e.st utt phénomène très peu serrsible; il faut, pour l’ap- 
précier, que le vaisseair qu’orr explore soit très volumi- 
neux, comitre les car’Otidcs oit les fémorales; il faut, de 
])lus, que le sujet sur lequel on recherche ce phétrornèrre 
soit tr’ès maigr'e, sarrs quoi le rriouvenrerrt d’expansion est 
imperceptible à l’œil. Le rnouvernerrt de dilatation des 
artères est si faible, que plusieur's physiologistes ont nié 
son existence, et ont cru que l'allongenrent seul de ces 
vuisseairx permet à chaque oirdée nouvelle de trouver 
place tians le système artériel, err attendant qir’elle se soit 
écoulée par’ les capillair’cs. Mais les expériences de Poi- 



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SlüNtS liXltRlKLRS DE LV CIRCULATION ARTÉRIELLE. ICI 

souille ont mis hors de doute l’existence do la dilatation 
des artères (1). 

La locomotion artérielle est un effet du changement de 
capacité des artères; elle tient à l’allongement de ces vais- 
seaux qui .sont élastiijues dans tous les sens, mais parti- 
culièrement suivant leur longueur. Lorsqu’une artère est 
rectiligne, elle ne peut s’allonger sans présenter en même 
tcnqis des courbures; car elle devient trop longue pour 
joindre en ligne droite les deux points extrêmes entre 
lesquels elle s’étend. Aussi la voit-on, à chaque contrac- 
tion du ventricule, exécuter sous la peau des mouvements 
de flexion latérale. Ces mouvenients sont très faciles à 
observer sur l’arlèrc humérale, lorsriue ce vaisseau est 
situé superücielleinent, c’est-à-dire immédiatement au- 
dessous de ra|)onévrose brachiale ('2j. 

(1) Poiseuillo conslruisil une sorte de caisse à deui compartiments 
au travers de laquelle il fait passer le vaisseaux. Deux échaucrures demi- 
circulaires, situées sur les bords de chacun des compartiments, forment, 
lorsque ceux-ci sont superposés, deu.v ouvertures circulaires, l une pour 
l'entréo, l’autre pour la sortie du vaisseau. Quand l'artère est ainsi lo;;ée 
dans la caisse, et quand celle ci est hermétiquement fermée, on la remplit 
d’eau par une ouverture pratiquée à sa partie supérieure, et l'on adapte 
à cette ouverture un tube de verre d’un petit calibre. 

L'appareil ainsi disposé, chaque fois (|ue lu vaisseau contenu dans la 
caisse subira la moindre dilatation, il en résultera un déplacement d’une 
certaine quantité du liquide contenu dans la caisse; le liquide s’élèvera 
dans le tube et produira dans celui-ci un cbangeinont du niveau très 
sensible. A chaque systole ventriculaire, on voit ainsi le liquide osciller 
dans le tube de l'appareil. 

Celle démonstration no laisse, comme on le voit, aucune place au 
doute relativement à l'existence d'une dilatation des artères a chaque 
systole du ventricule. 

(2) Nuus’allons donner ipielques dovulop|tenienls pour bien faire coni- 
prendru les différentes formes quo présenlo la luœmoùuii artiTielle. 

Doux forincs distinctes ont été signalées : l'une, qu'on pourrait ap- 

11 



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1G2 



PIIYSIOLOÜIK. 



Lo pouls est le résullal immédiat des cbangciDents qui 
sm vieimenl dans la tension artérielle. I.a sensation de 
choc éprouvée par le doigt qui déprime une artère tient 
au durcissement sul)it de celle-ci, lorsqu’une ondée de 
sang, poussée par 1e ventricule dans le système artériel, 
vient augmenter suliitement la tension de ces vaisseaux. 

Si nous avons attaché tant d’importance à la dérinition 
de la tension artérielle, c’est que sa parfaite connaissance 
est indispensable, si l’on veut comprendre la nature du 
pouls. On se fait presque toujours une idée fausse de la 
production de ce phénomène; on l’attribue ordinairement 
à la dilatation des artères ou au choc du sang contre leurs 
parois. Bichat croyait que c’était un effet de la locomotion 
des vaisseaux. En réalité, le pouls n’est rien de tout cela; 

peler locomolion dans le sens longitudinal, et l'autre locomotion par 
inflexion latérale des vaisseaux. 

La première s'observe sur un vaisseau qui oITro un obstacle brusque 
au courant sanguin. Ainsi, au niveau d'une bifurcation, l'éperon, faisant 
obstacle à l'ondéo sanguine, est poussé en avant à chaque pulsation du 
cœur, et le vaisseau est allongé, pour revenir ensuite sur lui-inémo en 
ramenant 1 éperon en arrière. Dans la ligature d'une arlero au moignon 
d'un amputé, le même phénomène se passe; il est encore plus frappant, 
parce que l'obstacle est plus absolu; on voit à chaque battement du 
cœur l’artère liée sortir dos parties molles, et se porter on avant. 
Dans ce cas, l'artère sort beaucoup plus du moignon après la liga - 
ture qu avant. — La seconde forme de locomotion, ou locomotion par 
inflexion latérale, qui a quelquefois été appelée locomolion par redressement 
des courbures, est un phénomène complexe. De mémo que la précédente, 
elle résulte do l'allongement du tube: ainsi, si un tube ou un vaisseau 
est rectiligne, il s'y formera des courbures, par suite de l’allongement, 
si les deux extrémités ne peuvent se déplacer, et donner lieu au premier 
mode do locomotion. 

Si le vaisseau est un peu courbé, il le deviendra davantage ; mais, 
dans le cas de courbure trop brusque, il y aura tendance à l'agrandis- 
sement de son rayon (cela se passe par un mécanisme analogue à celui 
qui redresse la courbe dans le manomètre de Bourdon), 



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REPRODUCT. ARTIFIC. DE LA CIRCULAT. ARTÉRIELLE. 103 

il résulle directement des changements que subit la 
tension artérielle sous l'influence des mouvements du 
cœur. 

Nous traiterons avec de grands développemenls ce qui 
est relatif au pouls, à ses difl'éreulcs variétés et à la cause 
de chacune d’elles. Mais, en altendanl, il nous reste à 
contrôler, par la méthode synthétique que nous avons 
employée jusqu’ici, les différentes opinions que nous avons 
énoncées relativement à la manière dont s’accomplit la 
circulation artérielle. 11 faut montrer qu’avec des appareils 
schématiques on peut reproduire le transport centrifuge 
du sang avec la transformation du mouvement qui s’opère 
dans les artères. Il faut aussi prouver que les phénomènes 
de dilatation et de locomotion artérielle, étant d’ordre 
physique, peuvent également se reproduire. Enfin, que lu 
tension artérielle, ainsi que le pouls, qui est lié aux va- 
riations de cette tension , peuvent être imités dans les 
mômes conditions. 



■epradnctloB artlflclelle dea phéBontènea de la cIrcliIadeB 
artérielle. 

§ Û8.— On connaît déjà la disposition au moyen de la- 
quelle nous avons imité (fig. 2) le cœur avec son oreillette, 
son ventricule et ses orifices munis do valvules. Pour com- 
pléter l'appareil, il faut adapter à l’orifice aortique un sys- 
tème de tubes élastiques qui simule à peu près la dispo- 
sition de l’aorte et des artères qui en émanent. C’est ce 
qui est imité dans la figure 19, où l’on peut reconnaître 
les principaux troncs artériels. Ces vaisseaux sont repré- 
sentés par des tubes de caoutchouc de différents dia- 
mètres. 



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PHYSIOLOGIE. 



m 

Il était inutile, comme on va le voir, de pousser plus 
loin l'imitation de la disposition anatomique des artères; 

ce que nous avons 
dit de leur action 
fait prévoir que des 
tubes élastiques 
quelconques sulTî- 
sent pour repro- 
duire ceux d’entre 
les phénomènes de 
la circulation arté- 
rielle qui dépen- 
dent de l’élasticité 
de ces vaisseaux. 

Mais à l’extrémité 
de l’arbre artériel 
existent des vais- 
seaux contractiles 
qui, par leur étroi- 
tesse plus ou moins 
grande, opposent à 
la sortie du sang 
des obstacles varia- 
bles. Ici encore la 
tùcbc était facile; 
pour reproduire 
l’effet de l’étroi- 
tesse des voies capillaires, il suffisait de terminer les 
tubes qui représentent le système artériel par des aju- 
tages étroits que le liquide logé dans les vaisseaux ne 
pût traverser que diflicileuient. C’est ce (juc nous avons 
fait en adaptant des tubes effilés à roxtréinité des ar- 




Kig. l‘J. 



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REPROPUCT. ARTIFIC. PE l,A CIRCUI.AT. ARTIÎRIEI.LE. 1G5 

tères. On voit, dans le haut de la figure 19, deux de ces 
tubes versant leur liquide dans mi entonnoir. L’extrémité 
des autres artères a été liée ; les deux tubes dont nous 
venons de parler étant dès lors la seule voie par laquelle 
le liquide s’échappe des artères, nous avons donné à leur 
orifice d’écoulement un diamètre suffisant pour que les 
artères puissent se vider sans acquérir une tension trop 
forte. 

Supposons qu’on veuille imiter les influences que le 
resserrement ou le relâchement des petits vaisseaux exer- 
cent sur la pression sanguine, il suffit, pour cela de chan- 
ger les ajutages d’écoulement. Si on les remplace par 
des tubes plus étroits, on se trouve dans les conditions de 
la circulation artérielle quand les capillaires sont contrac- 
tés et font un grand obstacle au passage du sang; si l’on 
met, nucontraiire, des orifices d’écoulement plus larges, on 
imite les effets du reblcbemcnt des vaisseaux capillaires. 

Enfin, comme le système veineux a pour principal rôle 
de ramener au cœur le sang qui a traversé les vaisseaux 
capillaires, nous avons atteint le môme résultat eu plaçant 
au-dessus de l’oreillette O un entonnoir E muni d’un tube 
qui ramène dans l’oreillette le liquide versé par les ori- 
fices d’écoulement des artères. 

La représentation de la forme anatomique du système 
veineux est, comme on le voit, complètement sacrifiée; 
mais, comme nous n’avons pas à nous préoccuper ici des 
phénomènes de la circulation veineuse, nous avions le 
droit d’atteindre de la manière la plus simple notre but, 
qui était de ramener au cœur le sang versé par les ca- 
pillaires. 

L’appareil que nous venons de décrire repré.senle donc 
un circuit complet dans lequel le liquide se meut sans cesse, 



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166 PHYSIOLOGIE. 

Je l’oreillelte au ventricule, de celui-ci aux artères, des 
artères aux veines, à travers des voies étroites (vaisseaux 
capillaires) et des veines, revient au cœur. 

Voyons donc comment on peut reproduire avec cet ap- 
pareil les phénomènes de la circulation artérielle. 

§ /i9. — îSous avons expliqué comment, à chaque fois 
qu’on exécute des compressions alternatives de la boule 
de caoutchouc B, le ventricule s’anime de contractions 
rhythmiques; chacune d’elles est accompagnée de deux 
bruits produits par le claquement des valvules. De plus, à 
chaque contraction ventriculaire, une ondée pénètre dans 
le système artériel. — Voyons maintenant comment s’exé- 
cutera le mouvement dans l’intérieur de ces vaisseaux. 

Tension artérielle. 

A mesure que le ventricule foule du liquide dans les 
artères du schéma, on voit celles-ci s’emplir, se distendre, 
devenir dures au toucher, absolument comme les artères 
d’un animal vivant. Si l’on pique un de ces vaisseaux, un 
jet de liquide s’élance avec force ; ce jet présente des 
saccades absolument semblables à celles que présente le 
jet d’une artère blessée. — Veut-on une mesure manomé- 
trique de la tension du liquide dans les tubes qui repré- 
sentent les artères? On adapte un manomètre compen- 
sateur M (fig. 19) à l’un des tubes, soit le tube im. Dès 
que le ventricule agit, la colonne de mercure de l’instru- 
ment s’élève par saccades jusqu’à un certain degré, puis 
s’y arrête en exécutant des oscillations, comme le fait un 
manomètre adapté aux artères d’un animal vivant. 

Pour imiter les influences que le relâchement ou la con- 
traction des vaisseaux capillaires produisent sur la tension 
artérielle, on n’a qu’à adapter aux orifices d’écoulement 



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RnPRODUCT. ARTIFIC. DE I.A CIRCUI.AT. ARTÉRIEU.E. 167 

dos ajulaççes do différents diamètres, et l’on voit que, si 
la force qu’on déploie par les impulsions ventriculaires 
reste constante, le manomètre accuse des tensions arté- 
rielles très différentes suivant le diamètre de ces ajuta- 
ges. La tension est élevée, si les ajutages sont étroits (c.e 
qui correspond au res.serrcment des capillaires); la ten- 
sion est basse, si les ajutages sont larges (relâchement des 
capillaires). 

Transfonnalion du mouvement du sang dans le système artériel. 

Nous avons dit comment le mouvement du sang dans 
les artères, de saccadé qu’il était d’abord par suite de 
l’action intermittente du ventricule, devient peu à peu 
continu et régulier, grâce à l’élasticité de ces vai.sseaux. — 
On peut constater le même résultat dans notre appareil. 
Ainsi, en observant le jet que les orifices d’écoulement 
versent dans l’entonnoir E . système veineu.x), on voit que 
ce jet continu est d’une régularité a.ssez grande. 

Phénomènes accessoires do la circulalion artériello. — Dilalaiion, 
locomolion, pouls. 

('.es phénomènes sont encore reproduits dans notre ap- 
pareil. Mais la dilatation est dilficile à con.stater à l’œil nu, 
sauf sur les très gros troncs, ( On .sait (ju’il en est de même 
sur les artères.) On peut, du rosie, au moyen de l’appareil 
de Poiseuille, constater, comme sur les artères d’uu ani - 
mal vivant, l’existence de cette dilatation. 

I.a locomolion, avec scs diverses formes, peut êti’e re- 
produite. Ainsi, qu’on place un des tubes dans une posi- 
sition rectiligne, mais sans le tirailler, et qu’on le fixe 
par ses deux extrémités, alors, à chaque impulsion du 
liquide, le tube devient flexueux : cet effet correspond à ce 



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108 



PHYSIOLOGIE. 



que nous avons appelé locomotion par inflexion latérale. 
Qu'on observe une fies artères qui ont été liées comme en 
S, S', on voit qu’à chaque impulsion ventriculaire, l’extré- 
mité liée (lu vaisseau descend et qu’elle remonte ensuite 
pendant le repos du ventricule. Cette locomotion corres- 
pond à celle que nous avons décrite sous le nom de loco- 
motion dans le sens longitudinal, celle qu’on observe 
après la ligature des artères au moignon des amputés. 

Pouls. — Le phénomène du pouls se perçoit aussi très 
bien dans les conditions précédentes. Il suffit pour cela do 
déprimer sous le doigt le vaisseau qu’ou explore eu le pres- 
sant contre la planche qui supporte l'appareil. On seul 
alors, à chaque impulsion ventriculaire, que le vaisseau 
durcit sous le doigt et donne la sensation du pouls, avec 
les mêmes caractères que ceux qu’on perçoit en tâtant le 
pouls d’une artère véritable. 

On verra plus tard que ce pouls factice peut être repro- 
duit avec toutes les formes possibles, soit celles (péon ob- 
serve sur les sujets sains, soit celles qu’on rencontre sur 
le malade. Cette reproduction artificielle de toutes les 
formes du pouls nous .sera d’un grand secours pour bien 
comprendre la cause et la nature des différents caractères 
de la pulsation artérielle. 



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CHAPITRE VIII. 



DU POUI^ ARTÉRIEI,; DE SA NATURE ET DES MOYENS DE PER- 
CEVOIR ET DE REPRESENTER GRAPHIQUEMENT SES DIFFERENTS 
CARACTÈRES. 



Du poulf artériel. — Do la nature du pouls aTlcriel. — Erreurs géné- 
ralement accréditées sur ce sujet. — Caraclères variés que le pouls 
peut présenter; importance do chacun deux. 

Des différents appareils imaginés pour étudier le pouls avec précision ; 
— nphygmomètre do Hérisson ; — kiimngruphion de Ludwig ; — 
sp/iÿÿmojfrap/ir de Vierordt ; défauts que présente cet appareil; dé- 
formation du tracé graphique sous rinllnence de r/iiccli« du levier. 
Principes sur lesquels repiose la construction de notre sphygmographe, et 
on général les différents appareils graphiques employés dans nos 
expériences. — Description du sphygmographo. 

§ 50. — Le poulscs\ la sensalion île sotilèveinoiil liriisque 
que le doigt éprouve lorsqu'il palpe une arlére. Le vaisseau 
qui se laissait déprimer devient subitement dur à cliaque 
Fois qu’une systole du cœur élève la tension artérielle. 

Pour percevoir ces changements dans la dureté du 
vaisseau, autrement dit, ces changements de la tension 
artérielle, il faut que la pression ilii iloigt se substitue à 
la force éla.stiqne de la paroi de l'artère en la déprimant; 
il faut faire perdre au vaisseau sa forme cylinilrique, 
grâce il laquelle tous les points de sa paroi offraient une 
égale résistance à la pression intérieure exercée par le 
sang. 

11 est admis aujourd'hui que si le pouls est facile à per- 
cevoir à l’artère radiale, c’est uniquement parce que cette 
artère repose sur un plan osseux résistant qui permet à 
la pression du doigt de le déprimer aisément. L’artère 



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170 



PHYSIOI-OGIE. 



temporale, la fémorale au pli de l’aine, la pédieuse, sont 
dans des conditions semblaliles et présentent également 
le phénomène du pouls. Si l’artère n’est pas dans te voi- 
sinage d’un plan osseux, nous ne pouvons pas y percevoir 
la pulsation : ainsi, tous les chirurgiens professent que 
dans la ligature d’une artère au milieu des parties molles, 
il ne faut pas espérer que le pouls révélera la position du 
vaisseau; on peut, dans ces conditions, le toucher sans le 
reconnaître. 

P. Wrard a formulé très nettement cette manière de 
comprendre la production du iiouls; il a montré (juc la 
|)lupart des auteui’s avaient mal compris la nature de ce 
phénomène, puiscpi’ils le rattachent, soit à un déplacement 
du vais-seau sous le doigt, soit au choc du sang contre les 
parois, soit à la dilatation de l’ai tère. 

Les alternatives de soulèvement et d’affaissement de la 
paroi artérielle, sous le doigt fpii la presse, sont directe- 
ment liées aux changements de la tension de ce vaisseau. 
Il y aura donc un synchronisme parfait entre la sensation 
du pouls et les mouvements d’ascension de la colonne 
d’un manomètre qui serait adapté à l’artère. On peut 
s’assurer de ce fait non-sculemetit en expérimentant sur 
un animal vivant, mais aussi en opérant sur Vappareil cir- 
culatoire artificiel ou schéma ^fîg. 1t)). 11 est donc évident 
([lie chaque fois que le doigt est soulevé par la pulsation, 
ce mouvement exprime (lu’une systole du cœur lance une 
ondée sanguine dans le système artériel; tandis que dans 
le moment où le vaisseau s’affaisse, le ventricule est au 
repos, et le sang contenu dans les artères s’écoule peu à 
peu dans le système veineux. 

Les changements physiologiques qui peuvent sunenir 
dans l’état de la circulation, soit en santé, soit dans les 



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DU POULS ARTÉRIEL. 



171 



maladies, peuvent tous se réduire aux suivants. Le sang 
qui est chassé par le ventricule peut être animé de diffé- 
rents mouvements; tes artères qui reçoivent ce sang peu- 
vent être plus ou moins larges, plus ou moins élastiques; 
elles peuvent avoir subi des altérations dans leur structure, 
et, par conséquent, dans leurs propriétés physiques; enfin, 
les capillaires peuvent être plus ou moins relâchés ou 
contractés, alors ils laissent le sang couler plus ou moins 
vite, soit dans tout le coi^ps, soit dans une région limitée. 
A ces différentes formes du mouvement du sang corres- 
pondent des différences ^ans les caractères du pouls, c'est 
ce qui nous fournira le moyen de reconnaître sur l’homme 
vivant les différents états de la circulation. 

/ Parmi les différents caractères du pouls, il en est plu- 
I sieurs, sa fréquence, sa farce, sa régularité, qui peuvent 
j assez facilement être constatés par le doigt. L’usage de 
‘ la montre à secondes permet d’évaluer avec une grande 
exactitude la fréquence du pouls, c’est même de tous ses 
caractères celui qui est le plus facile à observer. Mais les 
besoins de la pratique médicale ne se bornent pas à la 
connaissance de ces premiers caractères du pouls ; tous 

( les praticiens exercés admettent en outre certaines nuances 
délicates de la pulsation, nuances qui sont plus difficiles à 
percevoir et qu’on a décrites sous des noms très variés. 
Ici apparaît un obstacle insurmontable qui arrête tes pro- 
grès des études cliniques sur ce sujet. Comment, en effet, 
exprimer par des mots ces sensations que le doigt éprouve? 
Comment s’assurer que deux observateurs différents per- 
çoivent exactement la môme impression ? En présence de 
toutes ces difficultés, tes médecins ont senti depuis long- 
temps le besoin d’une mesure exacte des différentes formes 
du pouls. 



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172 



PHTSIOLOGIlî. 



Des différents appareils imaginés pour étudier le pouls avec précision. 

§ 51. — que les physiologistes eurent imaginé des 
moyens d'évaluer la pre.ssion du sang dans les artères, ainsi 
que les variations que cetU; pression éprouve à chaque 
contraction du cœur, les médecins cherchèrent si quelque 
instrument analogue ne pourrait pas s’appliquer à une 
artère sans nécessiter de mutilation. Leur but était d’in- 
troduire dans la physiologie humaine des moyens d’étude 
de même valeur que ccu.v dont l^s physiologistes faisaient 
usage. 

Hérisson eut l’idée d’appliquer à l’étude clinique 
du pouls un instrument qui rendrait perceptible à l’œil 
le battement du vaisseau sur*lefiuel on l’appliquerait. 
Cet instrument a reçu le nom de sphygmomèlre. C’était 
un appareil con.struit comme un thermomètre, mais dont 
la boule, ouverte largement par en bas, était fermée à 
l’aide d’une membrane tendue comme la peau d’un 
tambour. Le mercure contenu dans ce réservoir et dans 
le tube qui s’élevait au-dessus de lui était mis en mouve- 
ment par les battements du pouls de la manière suivante. 
— On appliquait sur une artère la face membraneuse 
du réservoir; le poids du mercure contenu déprimait le 
vaisseau, mais à chaque pulsation l’artère soulevait la 

membrane et forçait le mercure à s’élever dans le tube 

• 

pour redescendre ensuite. L’instrument de Hérisson était 
assurément fort ingénieux et très simple, mais il n’arri- 
vait qu’à transformer une sensation tactile en une impres- 
■sion visuelle aussi fugace et aussi difficile à analyser dans 
ses éléments nombreux dont la durée totale est à peine 
d’une seconde, (^et instrument n’atteignait donc pas le 



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APPAREIL ENREGISTREUR UE LUDWIG. 173 

but réellement utile ; aussi n'cst-il pas passé üaus l’usage 
pratique. 

Plus récemment les physiologistes construisirent des 
appareils plus perfectionnés. Ou réussit à enregistrer les 
oscillations d’un manomètre appliqué à une artère. Cette 
invention, qui est due à Ludwig, n’était pas encore ap- 
plicable à l’étude du pouls chez l'homme, mais elle con- 
tenait dt'jà en germe les principaux éléments de la solu- 
tion du problème. 

C’est au moyen d’un cylindre analogue à celui (juc nous 
avons décrit à propos du cardiographe, que Ludwig ima- 
gina d’enregistrer les oscillations du manomètre de Poi- 
seuille. Il plaça un flotteur muni d’un pinceau au-dessus 
du mercure de ce manomètre, de sorte qu’à chaque 
ascension le pinceau traçât sur le cylindre une courbe 
ascendante, et à chaque descente du mercure une courbe 
qui descendit. On obtenait donc ainsi une représentation 
graphique des oscillations du manomètre. L’instrument 
de Ludwig, nommé Ai/moÿrap/iion, fut le premier appareil 
enregistreur appliqué à la physiologie. 

L’appareil de Ludwig réalisait un grand progrès dans 
la physiologie de la circulation ; il avait, il est vrai, les 
défauts du manomètre, c’est-à-dire qu’il donnait des me- 
sures erronées des maxima et des minima de la pression 
du sang artériel (voy. § 19). Mais, du moins, il laissait 
une trace écrite de chaque oscillation de la colonne de 
mercure ; il permettait de constater facilement les chan- 
gements survenus dans la fréquence et l’étendue de ces 
mouvements. — N’était -il pas possible d’obtenir sur 
l’homme vivant un mouvement qui traduisît, en l’ampli- 
fiant, la pulsation artérielle? Il suHiruit dès lors d’enregis- 
trer ce mouvement sur un cylindre, d’après le procédé de 



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PHYSIOLOGIE. 



m 

Ludwig, et l’on aurait un appareil qui donnerait une ex- 
pression graphique du pouls artériel, et qui se prêterait 
bien mieux que le sphijgmomètre de Hérisson à l’étude de 
toutes les variations cliniques du jioiils. Tel fut le but que 
Vierordt poursuivit, et qui conduisit ce savant physiologiste 
à la construction d’un appareil, le sphygmographe, qui 
enregistre les pulsations des artères. 

H existait, en effet, des moyens de traduire, par un 
mouvement très appréciable, les pulsations artérielles. — 
Tout le monde a vu que, lorsqu’on se tient assis, les jambes 
croisées l’une sur l’autre, la jambe qui est placée en haut 
est animée de mouvements à cha(|ue battement du pouls. 
L’artère poplitée qui se trouve comprimée soulève à cha- 
cun de ses battements la jambe dont le poids tendait à 
l’aplatir. Le petit mouvement qui se produit ainsi est am- 
pliflé par la longueur du bras de levier représenté par la 
jambe, et se traduit à l’extrémité du pied par un balance- 
ment très apparent. En Angleterre, Kiiig réussit à rendre 
visibles, par un procédé analogue, les pulsations si petites 
qu’on nomme le pouls veineux des extrémités, et qui s’ob- 
servent sur le dos de la main, par exemple, lorsque la cir- 
culation est excitée. Voici comment ce physiologiste insti- 
tuait son expérience. 

Un tu de cire à cacheter, ou mieux de verre étiré à la 
lampe, forme un levier rigide et très léger. On colle ce fll 
par une de ses extrémités, au moyen d’un peu de suif, 
dans le voisinage de la veine qu’on explore, de manière 
qu’il repose sur cette veine. I.es expansions et les res- 
serrements alternatifs du vaisseau se traduisent à l’autre 
extrémité du fil rigide par des mouvements très appré- 
ciables, puistiu’ils sont amplifiés par la longueur du bras 
de levier. 



» 



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SIMlYCMOtiRAPIIË DE VlEBonUT. 



175 



VieroriU," coinbiiianl los idées de Kiiig et de Ludwig, 
construisit son sphyginographe, dans lefiuel un levier mis 
en mouvement par les battements d’une artère inscrit ses 
oscillations sur le cylindre du kymo(;rapbion. Voici com- 
ment cet instrument est établi : 

Sur un double support, représenté dans la figure 20 par 




Eig. 20. 



des lignes ponctuées, sont adaptés doux lovieis de lon- 
gueur inégale, nb et f(j. Ces leviers sont articulés, d’une 
part, avec leurs supports, au moyen des axes hi et ec; 
d’autre part, avec un cadre métallique, par l’intermé- 
diaire des axes «n et mm. 

(’xs articulations ont pour effet de corriger l’arc de 
cercle que décrirait un levier simple, et agis,sent en cela 
comme une sorte de parallélogramme de Watt. Eu effet, 
la tige O, qui se détache inférieurement du cadre métal- 
lique et porte un pinceau, oscille toujours verticalement 
dans les mouvements d'élévation et de descente des leviers. 
Un cylindre, tournant autour de l’axe ss, reçoit la trace 
des mouvements du pinceau, comme dans le kymogra- 
pbion. 



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17ü 



mVSIOLOGlE. 



lucoiivùnicnis que prcstnle le spliygmoyraplie do VietordI. 

La clis|iüsiliun deslince à muire Ition verlicak-s l’asccii- 
sioii cl la dcs( eiilc du jiiiiceau donne à rcnsoinblc des 
leviers nn poids considérable cpie Vierordt équilibre au 
moyen d’une cupule P' dans laquelle il place un conlrc- 
pitids convenable. L’ap[)aieil élanl étinilibré, on place 
l’avanl-bras au-dessous de lui, de façon (jue la pelile pla- 
que j), tpie supporle une lige verlicale dépendante du le- 
vier et située prés du centre de mouvement, repose sur 
rarlère radiale dont la position est figurée par les lignes H 
ponctuées. Lors de cluupie i)uls:dion du vais.seau, l’instru- 
menl se comporlera comme un levier inlcrpuissant, dont 
le grand bras décrira des mouvements amplifiés par sa 
longueur même. 

Nous reproduisons ici (fig. *21) un des tracés que 




Fig. 21. 



donne rinslrumeut de Vierordt; sur cette figure, on peut, 
connaissant la rapidité avec laquelle le cylindre tourne, 
calculer facilement le nombre des pulsations pour une 
minute. 

Dans le spécimen des tracés fournis par le sphygmo- 
graplie de Vierordt, ou voit que les oscillations de l’appa- 
reil consistaient en mouvements sensiblement isochrones: 
l’ascension cl la descente sont toutes deux semblables. — 
Cependant, quand on explore le pouls avec le doigt, on 



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SPllYGMOURAPilE DK VIERORDT. 177 

s’apervoit assez lacileinent (|ue le ballemenl du vaisseau 
offre en général un caractère tout différent de celui iju’ex- 
prinierait le tracé ci-dessus. Kn effet, le soulèvement 
qu’éprouve le doigt est ordinairement assez brusque, tandis 
que raffaissemeut du vaisseau est beaucoup plus long; la 
durée de cette seconde période de la pulsation est à peu 
près le double do la première. Celte diHéience entre la 
forme du tracé et la sensation tactile qu’on éprouve en 
explorant une artère nous avait rendu suspectes les indi- 
cations de l’instrument de Vierordt ; nous pilnies bientôt 
nous convaincre (ju’il y avait une cause d’erreur dans la 
construction môme de l’appareil. Dans le sphygmo- 
graphe de Vierordt, le double levier, assez lourd par lui- 
môme, est équilibré au moyeu d'un contre-poids; puis, 
une charge additionnelle P sert à déprimer le vaisseau 
avec assez de force pour que la pulsation se manifeste. 
Il résulte de là que la mas.se à mouvoir sera tellement 
considérable, ({ue la force du pouls ne pourra le soulever 
instantanément. L’appareil , recevant une impulsion 
brus(|ue, la traduira par un mouvement lent analogue à 
celui (qu’exécuterait une balance dont h» deux plateaux 
seraient très chargés et dont un des bras recevrait un 
léger choc. 

C’est donc ici, comme dans l’emploi des manomètres à 
mercure, la masse à mouvoir qui, par sou inertie, déforme 
le mouvement. 

Afin de remédier à cet inconvénient commun à tous les 
appareils employés jusqu’ici, il fallait diminuer énormé- 
ment la masse à mouvoir, et se rapprocher autant que 
possitde de la réalisation du leoier idéal ^ c’est-à-diro 
d’une tige rigide et non |)esante, obéissant avec la plus 
grande facilité à toutes les impulsions qu’elle recevrait, 

12 



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178 



PHYSIOLOtilË. 



et ne pouvunt 1(îs modifier par sa propre masse (1 . 

Pour arriver à ce résultat, nous primes un levier il'une 
légèreté extrême : il est construit eu bois et en aluminium ; 
la partie qui est de bois est très mince transversalement, 
de telle sorte qu’elle a beaucoup de rigidité dans le sens 
de sou mouvement, c’est-k-dire suivant sa grande épais- 
seur, tandis que sa minceur extrême, dans le sens opposé, 
tait qu’elle a très peu de {wids. 

Mais on àiil, d’autre part, que pour que le iwuls se 
perçoive, il faut déprimer le vaisseau avec force : ce ne 
sera pas le poids de ce petit levier qui pourra atteindre 
ce résultat. Emploierons-nous, comme Vierordt, un poids 
additionnel? Ce serait perdre tout le bétiéflce de la légè- 
reté du levier, et retomber dans les causes d’erreurs (pie 
nous voulions éviter. Or, c’est ici qu’est toute la question. 
— Pour déprimer le vaisseau, nous nous sommes servi de 
la pression d'un ressort élastique. Nousavons donc éliminé 
complètement l’influence nuisible de la pesanteur du 
levier. 

La figure !22 donnera une idée simple de notre spbyg- 
mograplie considéré dans ce (ju’il a d’essentiel. 




(<) Quant à la pràxxupation de Vierordl, qui allacliail une grande 
importanr^ à rendre parfaitement verticales les ascensions et descentes _ 
de l'extrémité du levier, il nous a paru que c'était une question tout à 
fait secondaire, car en prenant un levier un peu long, et en ne le fai- 



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SFIIYUMÜÜK.VPHE DE LAUTEUR. 179 

üii ressort H, maintenu fixe par des vis, porte à son ex- 
trémité libre une surface arrondie tpii repose sur le vais- 
seau et le déprime. Chaque fois que le pouls de l’artère 
soulèvera le ressort, le mouvement se transmettra par une 
arête verticale rigide C, au levier horizontal L qui repose 
sur elle. Ce levier se meut autour du point o; il oscillera 
donc dans un plan vertical, et son extrémité libre, munie 
d'une plume, pourra tracer ses mouvements sur un cylin- 
dre tournant, comme cela se passe dans tous les appareils 
enregistreurs dont nous avons parlé déjà (fig. 3 et 5). 

Telle est, réduite à son essence, la construction de notre 
instrument (1); mais, pour l’amener à une utilité pra- 
tique, nous avons dû, tout en respectant le plus possible 
les principes sur lesquels il est établi, lui faire subir des 
modifications nombreuses, afin de le rendre portatif, facile 
à appliquer, et afin de rendre rapide et commode l’expé- 
rience qui consiste à enregistrer le pouls. 

Uoscription (lu sphygmographe do l'auteur. 

§ 52. — La figure 23 montre notre instrument applitiué 
sur le poignet, autour duquel il est fixé par un lacet jebi 
alternativement d’un côté à l’autre sur de petits crochets. 
Ceux-ci sont placés, troisde chaque côté, sur les bords d’un 
cadre métallique qui constitue le support de l’appareil. Le 

saut osciller qu'avec une faible amplitude, l'arc qu'il décrit se confond 
sensiblement avec une ligne droite. On verra que, dans la pratique, on 
peut considérer cette proposition comme exacte. 

(1) Ce principe, qui consiste à employer un levier d'une légèreté ex- 
trême, et à déprimer le vaisseau au moyen d'un reesort élastique, et non 
d'un poids, est la base de notre méthode. Il se retrouve dans la con- 
struction du cardiographe que nous avons précédemment décrit; dans ce 
dernier appareil, ce n'est pas l'élasticité d'un ressort, mais celle d'une 
membrane de caoutchouc qui lutte c('iitre la pressioir sanguine. 



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SPIlVr.MOGRAPlIK DE I.’aUTEDR. 181 

lacet complète donc, en arrière du poignet, une sorte de 
bracelet que forme en avant le cadre métallique, et le tout 
est fortement assujetti. 

Dans l’intérieur du cadre QR, dont la figure ‘2/i nous 




montre le profil, se trouve un ressort d’acier très flexible 
qui descend obli(iuenieiit et porte à son extrémité libre 
une plafpie d’ivoire K. Cette plaque doit reposer sur Tar- 
ière ; elle la déprime, grAce à la force élastique du 
ressort. On sait, en effet que, pour tâter le pouls, il faut 
que le doigt déprime le vaisseau avec une certaine force. 
Chaque pulsation de Tartôré va donc imprimer à la plaque 
K des mouvements très petits, il est vrai, mais qu’il s’agit 
maintenant d’amplifier et d’écrire. 

Pour amplifier ces mouvements, on se sert d’un levier 
très léger, fait de bois et d’aluminium. Ce levier pivote 
autour du point c (fig. 2ù); il reçoit l’impulsion très 
près de son centre de mouvement, et cela par une pièce 
intermédiaire RK que nous allons décrire. 

BK est une pièce de cuivre mobile a\itour du point E; 
la figure en moiitre le profil. Un couteau vertical BD 
terminecelte pièce, et une vis T la traverse verticalement. 
— Quand l’extrémité N de la vis repose sur le ressort au- 
dessus de la plaque d’ivoire, tout mouvement de cette 
plaque se transmet à la pièce BE, et de lâ au levier, si le 



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i8‘2 rHYSI01.0GIK. 

coutettu D est en contact avec ce levier. — Comme ce 
contact pourrait n’avoir pas lieu lorsque l’artère est trop 
profondément située, et comme, d’autre part, si l’artère 
est très saillante, le levier pourrait être soulevé trop haut, 
il faut qu’on puisse à volonté augmenter ou diminuer 
l’intervalle ND (pii établit la transmission du mouvement. 
Ce résultat s’obtient en tournant la vis T dans un sens ou 
dans l’autre, ce qui fait plus ou moins saillir sa pointe N. 

Supposons le contact bien établi, le levier exécute des 
mouvements alternatifs d’ascension et de descente qui se- 
ront très grands à son extrémité a (fig. 23). En effet, si 
la distance qui existe entre le couteau D et le centre de 
mouvement C est cent fois plus petite que le reste du le- 
vier, la pulsation sera grandie cent fois à l’extrémité du 
grand bras. Pour que le levier ne soit pas projeté en l’air 
par les soulèvements brusciues, et pour que, d’autre part, 
sa descente ne soit plus entravée par les frottements qui 
existent à son extrémité a eontre le papier, un petit res- 
sort appuie sur la base du levier et tend constamment 
à le faire descendre. 

L’extrémité a du levier est celle qui doit écrire le tracé. 
Elle est terminée par un bec rempli d’encre qui frotte 
contre une plaque couverte de papier M, et qui se meut 
de M en L, glissant dans une rainure an moyen d’un mou- 
vement d’horlogerie c placé au-dessous. 

La figure 23 représente un tracé de pouls; pendant 
qu’il s’écrit, la plaque est arrivée à la moitié de sa 
course. 

Le mouvement d’horlogerie se remonte à l’aide du 
bouton F ; on peut, à volonté, l’arrêter et le faire repartir. 

Le papier qu’on doit employer est glacé, très uni; la 
plume doit glisser sur lui sans frottement appréciable et 



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SPlIVr.MOr.BAPHE DE I.’.MITEUR. 183 

laisser une trace nette au moyen d’encre ordinaire, — 
La pla(]ue qui porte ce papier met dix secondes à passer 
dans la rainure d’un mouvement uniforme. \j& longueur 
(|ui correspond à six secondes est indiquée sur cette 
plaque ; elle sei'l à évaluer immédiatement la fréquence 
du pouls pour une minute. Pour obtenir ce chiffre, il suffît 
d'ajouter un zéro au nombre de pulsations obtenu dans 
les six secondes (1). 

En résumé : 

Le but que nous avons poursuivi dans la construction 
de notre sphygmographe est le suivant : Enregistrer les 
pulsations d’une artère, non-seulement avec leur fré- 
quence, leur régularité et leur intensité relative, mais 
( avec la forme propre à chacune d’elles. Ces résultats n’a- 
vaient t*té obtenus par aucun des appareils imaginés jus- 

(1 } Tel qu'il est construit, notre instrument est spécialement destiné 
à s'appliquer sur l'artère radiale au poignet, comme on le voit sur la 
ligure 23. On peut toutefois, dans certains cas, l'adapter è d'autres 
vaisseaux, à la tibiale postérieure, è la pédieuse, à l'humérale; mais 
cette adaptation, moins facile, exige une certaine habitude. Il en est de 
même de l'application do l'instrument à l'étude des battements du cœur. 
Il faut placer la plaque d'ivoire dont le ressort est muni sur le point où 
bat le ventricule, c'esl^à-diro au niveau du cinquième espace intercostal. 
On détermine préalablement par le toucher le lieu précis où s'effectue ce 
battement. Mais les battements du cœur sont en général trop énergiques, 
et le tracé ne tiendrait pas dans les limites de la hauteur du papier que 
nous employons. Il faut, pour remédier à cet inconvénient, employer 
une petite pièce additionnelle qui transmet les mouvements du ressort 
au levier en un point plus éloigné de son rentre de mouvement. Ainsi 
modifié, l'instrument peut être employé pour enregistrer les battements 
do cœur. 

Lerhythme des mouvements respiratoires peut être également enre- 
gistré avec cet instrument : nous parlerons ultérienrement de la valeur 
de ce nouveau signe dans les différentes maladies des voies respira- 
toires. 



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PIIVSIOI.OfilK. 



184 

(jii’H ce jour. De plus , nous avons cherché à faire du 
sphygmographe un instrument portatif. Nous y avons 
réussi assez complètement (1), 

Mais la réduction de volume de l’appareil, aussi bien 
que la facilité plus grande de son application, ne sont que 
des qualités accessoires ; l'essentiel était de conserver au 
pouls sa forme propre, qui est, comme on le verra, le 
caractère le plus précieux pour le diagnostic des mala- 
dies. 

Le moyen que nous avons employé pour atteindre ce 
but consiste essentiellement dans l'emploi d'un ressort 
flexible, à la place d'un poids, pour exercer sur le vais- 
seau la pression indispensable lorsqu'on veut obtenir le 
pouls. Les autres instruments enregistreurs ont pour défaut 
commun de ne pas exprimer la forme du pouls. Dès lors 
leur emploi dans les études cliniques est inférieur à celui 
du doigt, malgré l’imperfection et l'insufilsanoe du tou- 
cher. 

fin terminant, donnons quelques spécimens des tracés 
fournis par notre sphygmographe. — Si l'on compare ces 
figures de formes si variées aux oscillations isochrones que 
donne l’instrument de Vierordt (fig. 21), on reconnaît 
facilement combien étaient incomplètes les indications 
graphiques du pouls obtenues avant nous, et l’on com- 
prend que des caractères importants pourront ressortir 
de l’étude des différents types que produit notre appa- 



(<) Noire sphygmographe pèse 220 grammes; sa longueur esl Ü8 
17 oenlimèlres, M. Préguet, l'habile poostructeur de cet inslrumeni, 
viept d'apporter dp nouvelles améliorations dans le mécanisme d'horlo- 
gerie qui fait mouvoir la plaque, et dont la régularité laissait à désirer 
dans les anciens appareils. 



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SPIIVOMOGRAPIIE DE J.’aUTKUR. 185 

reil, lorsiiue l’expérimentalion nous aura appris à quoi 
tient chacun H’eux. 




Kig 28. 



Fig. 29. 



Fig. 80. 



Fig. 31. 




Fig 32. 







CHAPITRE IX. 



Dr POUI.S DANS LES DIFFÉRENTES ARTÈRF-S. 



Traeét du ventricule gauche il du puuli aortique recueillis simultané- 
ment. Analyse de ces tracés. Détermination des différents éléments 
de la pulsation aortique. 

Contrôle de l'expérience précédente au moyen du schéma. — Inllueoce 
de l'état des valvules sur le pouls aortique. 

Pouls de la carotide et des différentes artères. — Appareil destiné à 
recueillir la pulsation de ces vaisseaux dans les expériences physiolo- 
f^ques. Sphygmoteope. 

Rapports de la contraction du ventricule gauche avec le pouls des diffé- 
rentes artères. — Retard du pouls. 

De la vitesse du sang dans une artère aux différents instants d'une 
pulsation. 



Le sphygoiographe dont on vient de voir la description 
a été construit dans un but spécial, celui de s’appliquer 
sur l’artère radiale de l’hortinae, pour étudier les varia- 
tions physiologiques ou morbides que présente le pouls de 
cette artère. Assurément, il est avantageux, dans bien des 
cas, d’obtenir le tracé des battements d’une autre artère, 
ceux de la pointe du cœur, ceux d’une tumeur pulsa- 
tile., etc.; mais il était bien difficile de construire un 
instrument qui se prêtât également bien à tant d’emplois 
divers. Nous n’avons pas voulu sacrifier le but principal 
de notre sphygmographe, qui était de s’appliquer le mieux 
possible à l’étude du pouls radial, celui que les cliniciens 
observent dans l’immense majorité des cas. Du reste, tel 
qu’il est construit, notre instrument peut, au besoin, 
s’appliquer sur différents vaisseaux et sur la plupart des 
tumeurs dont on a besoin d’analyser les battements. 



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m? POUI.S AORTIQl’R. 



187 



L’expérimentation physiologique avait d’autres exigen- 
ces. 11 fallait obtenir le tracé, non-seulement du pouls des 
artères superficiellement situées, mais aussi celui des 
artères les plus profondes, de l’aorte par exemple. Ce bnt 
n’était pas difficile à atteindre, du moment que nous pou- 
vions déjà connaître les mouvements qui se passent dans 
les différentes cavités du cœuf. On va voir, en effet, que 
des procédés très analogues à ceux de la cardiographie 
permettent d’enregistrer le pouls de l’aorte et celui des 
gros troncs artériels. 

Pour que l’étude du pouls radial soit fructueuse, il faut 
qu’elle soit basée sur une connaissance parfaite des phé- 
nomènes de mouvement du sang, dont le battement de la 
radiale est un effet assez lointain déjà. Une pareille 
connaissance ne pouvait être acquise que par un grand 
nombre d’expériences faites sur les animaux ou sur les 
appareils schématiques précédemment décrits. Ce sont ces 
expériences que nous allons exposer, en faiant connaître 
la disposition spéciale des appareils qui nous ont servi à 
les réaliser. 

Uu pouls aortique. 

§ 53. — Le pouls de l’aorte étant la manifestation des 
changements qu’éprouve la pression sanguine à l’intérieur 
de ce vaisseau, on pouvait prévoir qu'une ampoule sem- 
blable à celle qui termine les sondes cardiaques, étant mise 
en rapport avec un des leviers du cardiographe et introduite 
dans l’aoile, fournirait le tracé fidèle du pouls aortique 
avec tous ses caractères. L’expérience confirma cette vue : 
ainsi, en introduisant dans l’aorte une sonde munie d’une 
ampoule, tandis qu’une autre sonde était dans le ventri- 



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188 



PHYSIOI.OGIE. 



oiilo gauche, nous piimes obtenir simultanément doux 
tracés (flg. 33). 

Le tracé supérieur, dans sa première partie, est celuj 
du ventricule gauche : on le connaît déjà. Le tracé infé- 
rieur, dans toute son étendue, représente le pouls de 
l’aorte. Il sullit de retirer, à un moment donné, la sonde 
du ventricule gauche, pour (jiie l’ainpoule de cette sonde 
passe dans l’aorte et donne le pouls de ce vaisseau : c’est 
ce qui a été fait dans la figure ci-contre, ligne n° 1, au 
point a. Les deux ampoules se trouvaient alors dans 
l’aorte, et ont fourni simultanément deux tracés parfai- 
tement semblables. 

Nous allons montrer que cette expérience fait con- 
naître, d’une manière très nette, les rapports qui existent 
entre le pouls artériel et la contraction du ventricule 
gauche, et qu’elle permet de mesurer comparativement les 
degrés auxquels s’élève la pression sanguine dans le cœur 
et dans l’aorte. 

Ligne i . — Ce tracé correspond à quatre révolutions du 
cœur; pendant les deux premières, l'appareil enregistre 
les mouvements du ventricule gauche, et le tracé obtenu 
ressemble as.sez parfaitement à celui de la figure 10. A par- 
tir du point a, la sonde, retirée du ventricule, se trouve 
dans l’aorte, de sorte que l’appareil donne le tracé du 
poids aortique. 

La comparaison de ces deux moitiés du tracé n° 1 
éclaire beaucoup la nature du pouls aortique. — Si l’on 
reconstruit, à partir de la deuxième portion du tracé, la 
courbe que donnerait l’appareil si la sonde restait dans le 
ventricule, on obtient le dessin qui est formé par une ligne 
|K)uctuée. On remarque alors que cette courbe et celle du 
pouls aortique présentent une partie commune bc, ce qui 



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DU POULS AORTIQUE. 189 



prouve (|u'à cel instant le ventricule et l’aorte seraient le 
siège d’une prc.ssiou semblable. 




Or, les explications données pawdemment sur la signi- 



190 



PHÏSIOLOGIE. 



ücation du tracé ventriculaire reiideiit très bien compte 
de cette égalité de pression dans l’aorte et dans le ventri- 
cule gauche. Ace moment, en effet, les valvules sigmoïdes 
de l’aorte sont soulevées, de sorte qu’il y a communication 
complète entre le cœur et le système artériel. De là ré- 
sulte cette similitude dans l’état des pressions cardiaque 
et aortique. 

Cette communication ne saurait se produire qu’au mo- 
ment où la valvule mitrale fermée fournit un point d’ap- 
pui à la pression du sang du ventricule pour ouvrir les 
valvules sigmoïdes de l’aorte. De plus, elle doit cesser au 
moment où les valvules sigmoïdes se ferment, car alors 
le cœur et l’aorte forment deux cavités complètement in- 
dépendantes. On va voir que les choses se passent ainsi en 
réalité : l’interprétation des deux petites ondulations 6 et c 
va nous en donner la preuve. 

Ligne 2. — Examinons comparativement les tracés 1 
et 2, afin déjuger du synchronisme des différents phéno- 
mènes qui se passent dans le cœur et dans l’aorte. Ou 
voit que la première contraction du ventricule gauche a 
lieu au moment même où se produit la petite ondulation b' 
(ligne 2), qui est elle-même identique avec l’ondulation b 
(ligne t) dont nous parlions tout à l’heure. 

La systole ventriculaire dure donc un certain temps 
avant d’acquérir le d^ré d’énergie suffi.saiit pour soulever 
les valvules sigmoïdes de l’aorte; elle n’y peut arriver 
qu’après la clôture de la valvule mitrale, clôture qui se 
produit au point v (ligne 1). Le soulèvement b', qu’on ob- 
serve dans le tracé de la pulsation, n’est doue que l’effet 
d’un ébranlement imprimé aux valvules sigmoïdes de 
l’aorte, au moment où la valvule mitrale se ferme. L’ou- 
verture des valvules aorti(iues n’a lieu ipic plus tard. — 



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UIJ POULS AORTIQUE. 



191 



On voit par là qu’il y a un retard entre le début de la 
contraction du ventricule et la pénétration du sang dans 
l’aorte. Ce retard, qui est sensiblement égal à un dixième 
de seconde, est employé par le ventricule à atteindre le 
degré de pression intérieure suffisant pour vaincre la pres- 
sion du sang de l’aorte. 

La comparaison des deux tracés superposés nous montre 
aussi que le point c' (ligne 2), homologue du point c 
(ligne 1), est exactement synchrone avec le point v’ du 
tracé ventriculaire. Or, ce dernier est produit, comme on 
le sait, par la clôture des valvules sigmoïdes de l’aorte 
(voy. § 18). C’est donc au moment de cette clôture que 
se produit, dans le tr.Tcé du pouls aortique, le soulèvement 
c qui répond au moment où le ventricule et l’aorte cessent 
de communiquer ensemble. 

Les parties di.ssemblables, dans le tracé du ventricule 
et dans celui du pouls aortique, ne sont pas moins faciles 
à expliquer (pie la partie commune située entre les points b 
et c (ligne 1). 

Dans le tracé de la pulsation , immédiatement après 
l’ondulation qui correspond à la clôture des valvules sig- 
moïdes, la courbe s’abaisse lentement, ce qui indique que 
le sang artériel emprisonné dans les vaisseaux ne s’écoule 
• qu'avec lenteur à travers les voies capillaires. Pour le ven- 
tricule, au contraire, la courbe tombe brusipiement, car 
celte cavité, complètement relâchée, n’a plus à son inté- 
rieur (pi’une pression très basse ordinairement inférieure 
* à zéro. 

Ijjrsiju’on veut comparer la hauteur à lacpielle s’élève 
la pression dans l’aorte à celle qu’atteint la pression du 
sang dans le ventricule pendant sa contraction, la gra- 
duation du cardiographe cpie nous avons décrite 23) 



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PHYSIOLOGIE. 



iî)-2 

fournil la solution de ce problème. Les mesures prises 
sur un grand notnbre de chevaux montrent que la pres- 
sion maximum est un peu plus faible jwur l’aorte que 
pour le ventricule (1). 

b/j. — Si l’on voulait analyser successivement la si- 
gnification des divers éléments d’une pulsation aortique, 
on trouverait j)our chacun d’eux l’interprétation suivante 
(fig. 33) (ligne i): b, ébranlement des valvules sigmoïdes 
au moment de la clôture de la valvule mitrale; — de 
6 en c, afilux du sang du ventricule dans l’aorte et aug- 
mentation graduelle de la tension aortique pendant la 
systole ventriculaire ; — c, clôture des valvules sigmoïdes 
de l’aorte ; — de c à la pulsation suivante, abaissement 
graduel de la tension artérielle par suite de l’écoulement 
du sang à travers les vaisseaux capillaires. 



CoalrAle dea cxpérleneea préeédealca an aaejea do aehéma. 

S’il est vrai, comme nous l'avons annona:, que les phé- 
nomènes de la circulation cardiaque et artérielle peuvent 
élrc fidèlement imités au moyen de l’appareil schématique 
qui a déjà été décrit, nous en devons fournir une preuve 
nouvelle en montrant que les changements de pression qui 
•SC passent dans notre ventricule et dans notre aorte arti- 
ficiels sont identiques avec ceux ijui se produisent sur les 
animaux. Pour cela, il s’agit de transmettre au cardio- 
graphe les changements de pressions qui se passent dans 
le ventricule V et dans l’aorte A du schéma. Soient donc , 
(fig. 3û) le cœur et les artères artificiels ; le tube t plonge 

(1) Le cas représenté (fig. 33) est donc exceptionnel, puis()u'il in- 
dique une pression maximum a peu près égale dans le ventricule et dans 
ïaorto. 



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l’OL'US OBTKNU SUR I.E SCHÉMA. 193 




(liiiis riiitérieur du ventricule V et s’ouvie à l’extérieur. 
On adapte à l’extré- 
mité inférieure de ce 
tube une ampoule élas- 
tique semblable à celle 
quiterminelasondecar- 
diaque gauche (Gg. 9), 
et l’on met l’extrémité 
libre du tube l en rap- 
port avec le tube de 
caoutchouc qui conduit 
à l’un des leviei’s du 
cardiographe. 

Cela fait, on intro- 
duit dans l’aorte A une 
autre ampoule munie 
d’une sonde et commu- 
niquant de môme avec 
un des leviers du car- 
diographe. Cette intro- 
duction se fait par l’un 
des gros troncs artériels qui émanent du tube AA. 

Lorstpie l’appareil est ainsi disposé et qu’on produit 
une série de systoles ventricidaires, on obtient un double 
tracé (Gg. 25) qui représente Gdèlement les différents élé- 
ments des tracés obtenus sur les animaux. 

11 esl inutile d’insister sur l’analyse de ce nouveau tracé, 
sa ressemblance avec ceux qui ont été amilysés précédem- 
ment e.st assez frappante pour qu’on puis.se, au premier 
coup d’œil, en comprendre les détails (t). 



(4) Cunmiu c'usl la |iro?bion de la main qui produil leaaysloles ven- 

13 



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PllYSlOLütilE. 



VJh 

Inilueiica de 1 uUl des valvules sur le pouls aurliiiue. 



§ 55. — Colle oxiM'rience rüiimit, en outre, un nuii- 




riR. s.'i. 



veiui len.seigucmcut lré.s précieux relalivement à radioii 
lies valvules et à l’eiret de leur clôliire clans les tracés 
cardiaques et artériels. 

C’est par le raisonnement seul, jus(pnci, que uousavoiis 
été conduit à admettre que la cliMure des valvules produit, 
dans les tracés du veulricule et du pouls, les oudulatious 
représentées en v et v', ainsi (pi’eii c et c' (fig. 10). 
Ou obtient la preuve directe de ce fait au moyen du 
schéma, eu employant comparativement, dans deux ex[»é- 
rieuces successives, des valvules dont la clôture s’accom- 
pagne de vibrations plus ou moins prononcées. — Si la 
valvule sigmoïde V.\ a peu d’ampleur, elle vient .s’appli- 
quer contre le tube de verre sans exécuter d’ondulations 
très marquées, le tracé du pouls et celui du ventricule 
ne présenteront dans ce cîus qu’un soubresaut très léger, 
comme cela existe Ggure 35. Mais si les valvules sont plus 
lâches, au moment où leurs bords rencontreront le tube 
de verre, la membrane «[ui les forme se déploiera du côté 



iriculaircs, il ne faut pus s étonner si elles présentent une certaine irré- 
gularité qui influe sur les raracleres de la pulsation. 



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POULS DLS DIFKKRF.NTES ARTÈRES. 



105 



(lu venlricuU) et exécutera une ondulatioti très prononcée, 
ce (|ui se traduira dans les tracés par un s(.)uliresaut beau- 
coup plus iminpié. (Vest ainsi (pie nous avons pu, avec 
des valvules de laxité's différentes, obtenir deux tracés très 
différents du pouls aortique : 




Kig. 36. 



Dans la figure 3G, le tracé supérieur est obtenu avec 
d(.‘s valvules assez tendues; le tracé inférieur est fourni 
par des valvules lâches. On y reconnaît l’effet exagéré de 
la cWture des valvules sigmoïdes. 

Du i>ouls de la carolide et de celui des dilTéroules artères. 

§ 5t). — Le pouls carotidien peut s’obtenir, coinnie celui 
de l’aorte, au moyen de la sonde cHrdia(pie ; il suffit de 
prendre une ampoule de petit volume et de ne l’enfoncer 
(pie jusqu’au point de la carotide dont on veut explorer 
les battements. Mais, pour les artères d’un petit volume, 
on est obligé d’employer un moyen différent, car le ca- 
libre de ces vaisseaux ne se prête plus ii l’introduction 
d’une anqxiule. Voici le procédé auquel nous avons eu 
recours (1). 

Àu lieu de plonger une ampoule élasti(|Ue dans un 
vaisseau, nous faisons arriver le sang à l’intérieur de cette 
ampoule, de sorte (pie ce sera son gonflement ipii dépla- 

(1) C'osl encore avec le concours de Chauveau i|ue nous avons evè- 
cuté les expériences relatives à l'tHude grapliniuc du pouls sur les diirn.. 
rentes artères d'un cheval. 



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196 PHVSIOI.OGIK. 

cera un certain \t>luine d’air et l'era mouvoir le levier du 

cardiographe. 

figure 37 représente l’appareil dont nous 
nous sommes servi pour obtenir le pouls des dif- 
férentes artères d’un animal. — Un tube de 
verre A est fermé à ses deux extrémités par des 
bouchons dont chacun laisse passer un tube par- 
ticulier. Le tube TS fait comimmiiiuer l’intérieur 
du tube A avec le cardiographe. Le tube TA se 
met en communication, au moyen du robinet C, 
avec l’artère dont on veut étudier les pulsations. 
Le sang de cette artère pénètre donc par le con- 
duit TA jusque dans le tube de verre; mais, là il 
arrive dans une ampoule élastique qui le retient 
et qui se gonfle ou se resserre, suivant que la 
pression sanguine augmente ou diminue. — 
L’ampoule élastique, le tube TA et le robinet C 
doivent être remplis avant l’expérience d’une 
solution alcaline destinée à empêcher la coagu- 
lation du sang dans l’appareil. 

On comprend ce qui se pas.se lorsque le robinet C est 
mis eu communication avec un vaisseau artériel. Le sang 
de l’artère anime l’ampoule élastique, dans laquelle il pé- 
nètre, de mouvements alternatifs d’expansion et de res- 
serrement. Uetfe ampoule, en se gonflant, déplace une 
partie de l’air du tube A qui la renferme, et foule cet air 
dans le cardiographe dont elle fait monter le levier. Quand 
l’ampoule se resserre, l’air du cardiographe rentre dans 
le tube A et le levier descend. — Nous appellerons sphyg- 
moscope l’appareil qui vient d’êlre décrit, et dont l’emploi 
sera nécessaire pour un grand nombre d'expériences. 

Lorsqu’on applique le sphygmoscope à la carotide d'nn 




Kig. 37. 



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POULS DES DIFFÉRENTES ARTÈRES. 197 

cheval et qu’on prend le tracé du pouls de ce vai.sseau, ou 
obtient une figure identique avec celle que donne la sonde 
munie d’ampoule, introrluite dans la carotide. Ce fait dé- 
montre que l’emploi du sphygmoscope ne déforme en rien 
le tracé du pouls du vaisseau auquel il est appliqué, et 
que l'on peut, sans crainte d’erreur, comparer les indica- 
tions que nous fournira cet instrument à celles que nous 
avons déjà obtenues par d’autres procédés. 

Des rapports de la contraction du ventricule gaucbe avec le pouls 
de dilTérentes artères. 

§ 57. — Maintenant que nous possédons un moyen 
d’enregistrer sur le cardiographe le pouls de différentes 
artères à la fois, il est important de connaître comment se 
transmet le mouvement du cœur à la périphérie. Pour 
cela, nous avons pris simultanément les tracés : 1“ de la 
contraction du ventricule gauche, 2* du pouls aortique, et 
3* du pouls de l’artère fémorale, La figure 38 représente 




Fig. 38. 

ces trois tracés supei posés de telle sorte qu’on puisse voir 
les rapports de succession de chacun de ccs mouvemenls. 



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198 



PHYSIOLOGIE. 



L’analyse d’iin tracé de la pulsation aortique recueilli 
en même temps (jue le tracé du ventricule gauche, a déjà 
été faite page 189; nous n’avons pas à y revenir. Ce qu'il 
est important do signaler cette fois, c’est que la forme 
du pouls, dans la fémorale, diffère totalement de celle 
du pouls aortique. f)o plus, il y a un retard du pouls de 
la fémorale sur celui do l’aorte. 

On a vu que le retard du pouls de l’aorte sur le 
début de la systole du ventricule gauche est dû à ce que 
la systole ventriculaire n’acquiert pas, dès son début, 
l’énergie suffisante pour soulever b;s valvides sigmoïdes 
de l’aorte. Pour la fémorale, le retard tient à une tout 
autre cause : il résulte de ce que la transmi.ssion du mou- 
vement des liquides dans les tubes élastiques met un cer- 
tain temps à s’accomplir (1). Quant au changement de 
forme que suhit la pulsation, il tient à ce que le sang, 
poussé dans les artères avec une certaine vitesse, exécute 
dans ces vaisseaux des oscillations multiples dont nous 
parlerons à propos du phénomène du dicrolisme. Ici se 
produit, en raison de la densité du liquide, un effet iden- 



(1) Nous avions cru, d’aprè.s nos premières expériences, que la trans- 
mission du mouvement dans les artères se faisait suivant un mode par- 
ticulier que nous avons décrit dans les .4 tmn/e* des scieiicf.s naturelles, 
4' série, Zool., t. VIII. Ces expériences avaient été faites dans de mau- 
vaises conditions. I,a soupape qui représentait la valvule de l'orilice 
aortique ne livrait au passape du liquide qu'une fonte tellement étroite, 
que la pénétration do ce liquide n'avait lieu qu’avec lenteur. Nous nous 
crûmes autorisé, à cetto époque, h rejeter la théorie de Weber relative- 
ment H la transmission du mouvement du sang dans les artères, et à nier 
l’exi-stence d'un retard réel du pouls pour les artères éloignées du cœur. 
Depuis cette époque. Buisson, en enregistrant d'une manière simultanée 
le pouls de différentes artères, nous fit voir que le retard du pouls existe 
réellement. Noos devons donc reconnaître et signaler cette erreur qui 
existe dans nos précédentes publications. 



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199 



I'Qn.S DES DIFFÉRENTES ARTÈRES. 

tique avec celui que nous avons signalé dans l'emploi des 
manomètres, c’cst-ii-dire des oscillations provenant de la 
vitesse acquise du liquide. C’est ii ces oscillations que sont 
dues les ondulations nombreuses que présentent le tracé 
d’une pulsation unique. 



De la vilesse du sang dans une artère aux différenls instants d'une 
pulsation. 



^58. — Touslosappareilsemployéspourétudier la vitesse 
du sang montrent que, dans les gros vaisseaux artériels, le 
sang .se meut par saccades; mais l’appareil de (’liauveau, 
Vhéjnodromomctre enregistreur , \ieA\i seul nous indiquer les 
différentes phases par lesipielles passe la vitesse du iauig 
d’une artère entre deux systoles coirsécntives du cœur. 
Seul, en effet, cet appareil donne une indication fidèle 
du mouvement du sang (1). 

11 était intéressant de chercher si la vites.se et la pres- 
sion du sang dans les artères varient toutes deux d’une 
manière parallèle, ou bien s’il existe entre elles une cer- 
taine indépendance. 

Chauveau appliqua sur la carotide d'un cheval .son hé- 
modromomètre enregistreur. Un sphygmnscope fut adapté 
au même vaisseau, .sans interrompre le cours du siing. Le 
tracé des deux appareils fut eni'egistn* simultanément, et 
l’on obtint la figure 39. 

I.a ligne supérieure est donnée par la vites.se du sang. 
La ligne inférieure exprime les changements de la 

(l ) L'bémolachomèiro de Vierordt e-sl passible du même reproche que 
son sphyginographe. En effet, l'inertie de l’appareil déforme les indi- 
cations graphiques de la vitesse du sang. L'appareil de Chauveau, formé 
d une aiguille très légère (voy. fig. 18 ), ne présente pas cet inconvé- 
nient. 



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200 PHYSIOLOGIE, 

pression, puisqu’elle n’esl aulre que le pouls de la caro- 
tide. 




Après quatre battements du cœur, on comprima l'ar- 
tère au-dessous du point d’application des instruments. 
Aussitôt, tout courant cessant de se produire dans le vais- 
seau, l’hémodromomètre n’accusa plus aucune déviation 
de l’aiguille; celle-ci resta üxe dans une position qui cor- 
respond exactement à l’état d’immobilité du sang. C’est le 
zéro de la graduation de cet instrument. Pendant ce temps, 
la pulsation continua à sc produire, elle prit même une 
intensité plus grande qu’avant l’obstruction du vaisseau. 
— Il y a donc indépendance entre la vitesse et la pression 
du sang, mais seulement dans la condition d’obstacle ali 
courant sanguin. 

La première moitié de la figure nous montre ce qui sc 
passe dans les conditions de libre passage du sang dans le 
vaisseau. Voici ce qui ressort de rexamen des deux tracés. 

1° 11 se produit simultanément une forte pre.ssion et un 
courant rapide, dans la carotide, au moment on les val- 
vules sigmoïdes sont soulevées par la contraction ventri- 
culaire. 

2° La vitesse et la pression sanguine présentent toutes 
deux ensemble ce renforcement saccadé qui caractérise le 
début de la pulsation carnlidienne, et qui tient à la ma- 



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POUI.S DES DIFFl-RENTES ARTÈRES. 201 

j nière dont s’oi)ère la coiilraclion du ventricule à son 
d»^but. 

' â° Lorsque la pression atteint son suininuni dans la 
carotide, c’est-à-dire vers la fin de la systole ventriculairü, 

, la vitesse devient subitement très faible, ce qui exprime 
' que le ventricide n’envoie que peu ou pas de sang dans 
l’aorte, et que sa contraction s’épuise à faire équilibre à 
i la pression du sang artériel devenue considérable. 

h" Pendant le repos du cœur, il se fait de légères re- 
crudescences de la vitesse du sang. On verra , à propos 
du phénomène du dicroti.sme, en quoi consistent ces mou- 
vements secondaires. 

j 5“ Pendant la période de relâchement du cœur, il 
I existe dans la carotide un courant assez faible, mais qui 
! n’est jamais nul, comme l’indique le niveau du tracé, 
toujours supérieur à la ligne du zéro. 



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CHAPITRE X. 



DE I.A KRÉyUKNCE DU POULS. 



Évaluation de la fréqueneedu pouls au moyen de la montre à secondes; 
insuffisance de ce moyen dans certains cas. — Évaluation de la fré- 
quence du pouls au moyen du sphygniograplie. 

Des conditions qui font varier la fréquence du pouls. — Ces iniluences, 
qui avaient été jusqu'ici étudiées isolément, peuvent être rallarliées 
les unes aux autres, car elles ont un mtale d'action commim. 

Loi simple qui préside, dans la plupart des cas, aux variations de la 
fréquence des battements du cœur : Le cæur hat d'aulnnl plug fré- 
quemment qu’il éprouve moins de peine o se contracter, (.'.elte loi est 
vraie pour tout muscle qui exécute un mouvement rliytlimé. — 
Rapport inverse de la tension artérielle et do la fréquence du pouls. 
Expériences. — A. Variations de la fréquence du pouls sous l'influence 
de la saignée. — B. Variations sous l’influence de l'attitude du sujet. 
— C. Variations de la fréquence du pouls suivant que l'on comprime ou 
que l’on rolâclie des troncs artériels volumineux. — D. Variations qui 
tiennent à l'état de contraction ou de relâchement des petits vaisseaux. 
— E. Variations qui se produisent sous l'influence du re|X)s ou de 
l'action musculaire. 

§ 59.— On a vu comment notre sphygmojîi’aplie permet 
lie coii-staler avec précision la fré(|nence iln pouls, d'après 
le nombre de pulsations contenues dans un tracé stir une 
longueur tpii pa.sse en un temps connu. Celte précision 
était déjà atteinte dans la pratique mi'dicale pour l'éva- 
luation (lu chiiïre moyen du pouls pendant une minute : 
l'emploi de la montre à secotules suffisait pour savoir tl’une 
façon générale si le pouls d’un malade est plus oti moins 
fréquent. 

Mais il n’y avait là qu’une évaluation du chiffre moyen 
résultant de l’observation faite pendant un quart de minute 



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FRÉQUENCE DU POUlü. ’203 

OU une minute. Or, dans cet espace de temps, le pouls 
présente, chez certains sujets, des accélérations et des 
ralentissements qui correspondent aux mouvqments res- 
piratoires. Cette inlluenco de la respiration sur les mou-; 
vements daceeur peut être plus ou moins marquée, mais 
elle échappe entièrement si l’ohservation est faite avec le 
doigt tout seul. Les différences de durée des pulsations 
qui se produisent pendant l'inspiration et de celles qui 
ont lieu pendant rexi)iralion sont trop faibles pour être 
constatées autrement que par des appareils très sensibles; 
c'est uu premier avantage des instruments enregistreurs. 

Mais l’utilité de ces appareils est bien plus grande en- 
core quand le pouls est un peu iirégulier. En eflet, l’ir- 
régularité ne nous apparaît, au toucher, que si elle est 
assez prononcée : si, par exemple, une pulsation est d’un 
tiers ou d'un quart plus longue que les autres. Les plus 
légères irrégularités sont au contraire signalées sur un 
tracé du pouls, et c’est là un signe souvent très précieux', 
particulièrement au début de certaines maladies du cœur. 
— Enfin, [KHirle physiologiste, certaines expériences sont 
tout à fait impossibles, s’il n’a pas un moyen d’évaluer, à 
chaque seconde, à chaque instant, le plus léger change- 
ment de fréquence (|ui survient dans le pouls; car, en 
étudiant les effets de certaines conditions sur la fréipience 
des battements du cœur, il se produit souvent des accélé- 
rations ou des ralentissements do très courte durée, varia- 
tions qui passeraient inaperçues si l'observation du chiffre 
du pouls portait sur un temps un peu long. 

Sans énumérer plus longuement les avantages de l’em- 
ploi du sphygmographe pour étudier la fréquence du 
pouls, disons tout de suite que cet instrument nous a per- 
mis de déterminer expérimentalement la loi physiolo- 



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PHYSIOLOGIE. 



204 

giqiie qui, dans presque tous les cas, préside à l’accéléra- 
tion ou au ralentissement des battements du cœur. 

Des travaux nombreux ont été faits par des physiolo- 
gistes ou des médecins, afin de savoir quelle est la fré- 
quence du pouls suivant l’âge, le sexe, les saisons, les 
climats; suivant la taille des individus; enfin, suivant les 
attitudes du corps ou les différentes influences qu’on fait 
agir sur le sujet mis en expérience. — Tout d’abord, on 
remarque dans ces études une grande disparité sous le 
rapport des conditions dans lesquelles les auteurs se sont 
placés. Les uns, comparant la fréquence du pouls chez 
deux sujets différents, ont eu, dans les données du pro- 
blème, les conditions les plus complexes; tandis que les 
autres, observant sur un sujet uniijue les effets de cer- 
taines influences ou de certains agents, se sont placés dans 
des conditions beaucoup plus simples. .\ous allons en don- 
ner un exemple. Supposons qu’on veuille déterminer 
l’influence du sexe sur la fréquence du pouls, il faudra 
avoir affaire à des sujets de môme âge, car l’âge tout seul 
exerce une influence notable sur la fréquence du pouls; 
il faudra prendre comparativement des hommes et des 
femmes de même taille, car la taille du sujet influe sur la 
fréquence du pouls. Or, tant de conditions réunies ren- 
dent l’expérience difficile à réaliser, et si toutes ne sont 
pas observées avec soin, on ne peut accorder aucune con- 
fiance aux résultats obtenus. 

Un type d’expérience réduite à sa plus grande simpli- 
cité est celle que Graves institua pour déterminer l’in- 
fluence que l’attitude exerce sur la fréquence des batte- 
ments du cœur. Il compara, en effet, les chiffres du pouls 
recueillis sur un même individu, dans différentes attitudes; 
il eut soin d’éliminer, dans chaque expérience, l interven- 



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KRI^OUESCE DU POLLS. 205 

lion de l'aclion musculaire, et, Axant le sujet qu’il obser- 
vait sur une planche à bascule, il le plaça comparative- 
ment dans des positions plus ou moins inclinées, aAu de 
voir quel eHet produisait cette inclinaison toute seule. 

Nous avons essayé d’imiter la rigueur de déduction du 
médecin anglais, et, sans nous préoccuper d’abord de ce 
qui fait varier la fréquence du pouls chez deux sujets dif- 
férents, nous avons voulu connaître ce qui modiOe celte 
fréquence chez un même sujet. Ce n’est pas tout, au lieu 
d’accumuler les résultats de nos expériences sans les re- 
lier entre eux, nous avons cherché s’il n’y aurait pas quel- 
que iiiAuence commune, au milieu de ces conditions en 
apparence si diverses. Or, nous en avons trouvé une qui 
intervient dans tous ces cas, comme on va le voir. 

Toute action qui n’est pas directement portée sur le 
cœur, et qui cependant fait varier la fréquence des batte- 
ments de cet organe, agit primitivement sur le cours du 
sang dans les artères, soit pour le favoriser, soit pour le 
contrarier. Dans ces deux cas, elle produit des effets dia- 
métralement opposés. Si elle favorise le cours du sang, elle 
accélère les battements du cœur. Si elle gêne ce cours, 
elle ralentit les contractions du ventricule. On verra tout 
il l’heure sur combien de preuves expérimentales de na- 
ture très diAérente nous appuyons celte assertion. 

Dans la démonstration de ce fait général, nous n’auron.s 
souvent qu’à puiser dans les expériences que nous ont 
fournies les physiologistes qui ont étudié isolément les dif- 
férents points do la question. 



206 



FllYSIOLOUIE. 



liOi iiui préside aux variations de la frétgneaee 
des battements du c«eur. 



Le c<£ur bal d'aulanl plus fréquemment qu'il éprouve moins de peine 
à se vider. 



60. — .\vanl de donner les preuves de ce fait, arrô- 
lons-nous un instant sur les conditions du travail que le 
cœur exécute, et comparons cet organe à tous les appa- 
reils musculaires de l’économie. Ne voit-on pas que tout 
muscle qui doit fournir un certain nombre de contrac- 
tions, exécute celles-ci d’autant plus rapidement qu’il a 
moins de résistances à vaincre. — Ainsi, qu’un homme 
ait à franchir une certaine distance, ne le fera-t-il pas 
d’autant plus vite qu’il sera moins chargé, autrement dit, 
que ses muscles auront moins de résistance à vaincre. 
— Cherchons à exécuter des mouvements alternatifs avec 
la main plongée dans l'eau, nous n’y arriverons (pie péni- 
blement et lentement; exécutons les mêmes mouvements 
dans l’air, nous pourrons les produire avec une rapidité 
extrême. 

On passerait en revue tous les appareils moteuis de 
l’économie, qu’on arriverait à cette conclusion que tuus, 
sans exception, sont soumis k la même loi dynamique: 
c’est-à-dire que 1e nombre des mouvements produits en un 
temps donné est d’autant plus grand cpie chacun d’eux a 
été plus facile. Il ne faut donc pas s'étonner si le cœur est 
soumis à cette loi générale. 

trest assurément une vue à priori ipii inspira à 
Blackley (1) l’idé'e toute contraire que le cœur multijilie 
ses battements quand il éprouve plus de rési.stance. C’est la 



(I) UuOliii Journ. of nic<l. Science, vol. Il, p. 332, 



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•207 



i-KtyitNCK 1)1’ roi’i-s. 

su|)|) 0 .silion (rime sorte de vigilance du cœurtiui tendrait, 
toujours et malgré tout, à donner au niouveniontdu sang 
une impulsion rapide, itien plus, cette impulsion serait 
d'autant plus rapide que les iniluences extérieures lui 
créeraient plus d’obstacles. N’cst-il pas bien plus naturel 
de supposeï' que le cteur, ne iiouvant l’éparer par le repos 
un déploiement temporaire d'énergie, doit dépenser une 
ipiantité de force constaute, fournir un travail uniforme? • 
Kt dès lors, rien de plus simple que de comprendre 
comment cette force imiipie peut se repartir do deux 
manièies différentes, suivant le.s résistances qu’elle doit 
vaincre , soit sous forme de battements nombreux et 
faciles, soit sous forme de contractions pénibles et peu 
fréquentes. 

.Mais c’est assez nous arrêter sur ces di.scussions quasi 
théoriques; c est sur ifes faits qu’il fdut raisonner. 

Nous av(3ns à peine rneWïunné'les iniluences qui agi.\- 
sent directement sur le cœur pour modifler la fréquence 
de ses battements. (7esl qu’en effet ci^s intluifnces sont 
encore iieu txjnnues. La physiologie moderne conmuînce 
cependant à pénétrer l'obscurité qui couvrait ce poinl'de 
la ipiestion, et l’on connaît mieux Aujourd’hui les actions 
nei veuses qui accélèrent ou ralentissent les contractions 
du cœur (1 J. 

(1) 1.0 fait le plus curieux relalif a l'aclion îles nerfs sur lo cœur est 
le rôle spécial du pneumogaslrique. Ce nerf semblerait destiné à tem- 
pérer l'action du cœur. (Juand on l'excite, le cœur ralentit ou arrête aea 
battements; quand on le coupe, les contractions se préciyitenl. Cette 
singulière propriété do ce nerf, désignée par Weber sous le nom d'ncti'on 
paralysante adiré, n est pins anjourd'bui sans analogue. Nous avons 
cité, à propos de la contraction artérielle (§ 3!>), l'action de ces filets spi- 
naux que CI. Bernard a découverts dans lea glandes salivaires, et qui, 
lorsqu un les excite, font relitcln-r ces vaisseaux, tandis que, ai on les 



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203 



PIIÏSIOLOGIE 



Parmi les divei-ses intlueuces qui font varier la fré((iience 
des contractions cardiaques, il en est peu, comme on va le 
voir, qui paraissent agir par l’intermédiaire du système 
nerveux de cet organe. En tout cas, ce genre d’intluencc 
est bien difficile à constater. Qu’une émotion violente, on 
accélérant les battements du cœur agisse sur cet or- 
gane, par ses nerfs, d’une manière directe, nous le vou- 
lons bien, quoique cela soit très contestable, comme on 
le verra. Mais quand la compression d’une artère, quand 
l’élévation d’un membre, quand l’ouverture d’un vaisseau 
font varier la fréquence des battements du cœur, il nous 
semble évident que, dans ces cas, le premier effet s’est 
fait sentir sur la circulation artérielle; que les change- 
ments dans la facilité du passage du sang ont retenti de 
proche en proche jusqu’au cœur, et que, par conséquent, 
on a eu affaire à ce second ordre d’influence que nous 
avons signalé : le changement de résistances éprouvées par 
le cœur. Or, c’est à cet ordre de causes que peuvent se 
rapporter presque toutes les variations physiologiques ou 



coupc, cos vaisseaux se contractent. Voici donc deux exemples de nerts 
qui portent au tissu contractile l'ordre de se relâcher. 

Quant aux autres nerfs qui se rendent au cœur, ceux que le plexus 
cardiaque emprunte, soit aux racines spinales, soit au grand syinpallii- 
que, ils semblent en tout se comporter comme les nerfs moteurs ordi- 
naires, c'est-à-dire que leur excitation fait contracter le cœur avec plus 
d'énergie. • 

Du reste, ces idées relatives à une action spéciale des nerfs pneumo- 
gastriques ont été combattues par Jos Lister en Angleterre, et en Alle- 
magne par Molescholt. Ces auteurs ont vu que le pneumogastrique, lors- 
qu'il est irrité modérément, fait contracter le cœur avec plus de rapidité, 
et que son action paralysante n'arrive que par l'épuisement du nerf au 
moyen d'un courant trop fort. Ces physiologistes auraient vu de plus que 
le grand sympathique, fortement excité, produirait l'arrèl du cœur tout 
aussi bien que le pneumogastrique. 



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KRKOrKNCF. DU PoUI.S. 209 

pathologiques du pouls. La fréquence qu'on observe dans 
la fièvre, celle qui arrive sous l’infiiience d’un exercice 
violent ou d’une température élevée, sont dues à des 
changements survenus primitivement dans la circulation 
périphérique devenue plus facile. 

' Pour aborder la démonstration expérimentale de la loi 
que nous venons de donner, il nous faut tout d'abord un 
moyen d’évaluer le plus ou moins de facilité avec laquelle 
le sang circule dans les artères, autrement dit, les résis- 
tancesque le sangéprouve dans ces vaisseaux. Ce cn'tenum, 
nous le possédons dans l’emploi du manomètre (i) : au 
moyen de cet instrument, nous [winons, d’après l’état de 
la tension artérielle, savoir si le sang passe plus ou moins 
facilement des artèrc.s dans les veines. 

Une tension forte indique, comme on l’a vu, un passage 
difficile du sang; une tension faible annonce un passage 
facile. Or, la tension artérielle est évidemment la cause 
des résistances que le ventricule éprouve à se vider : c’est 
elle qui presse sur les valvules sigmoïdes avec une force 
plus ou moins grande, contre laquelle le cœur doit lutter. 
Aussi, l’on conçoit que le ventricule ait de la peine à pous- 
ser son ondée dans des artères distendues qui refusent de 
la loger, tandis qu’il l’envoie facilement dans des vaisseaux 
à tension faible qui résistent peu à ce uouvel afilux. 

Ce sera donc la tension artérielle qui, dans la plupart 
des cas, nous indiquera la résistance que le cœur doit 
éprouver, de sorte qu’on peut formuler ainsi, d’une ma- 
nière presque absolue, la loi ((ui préside à la fréquence du 
pouls : la fréquence du pouls est en raison inverse de la ten- 
sion artérielle, 

(1j Dans la plupart des expériences, c'est le manomètre compensa- 
teur (voy. § 4 6) que nous avons empinyé. 




210 



PHYSIOLOGIE. 



Il Y a un grand nombre de moyens do faire varier la 
tension artérielle, soit en pratiquant une saignée à l’ani- 
mal sur lequel on expérimente, soit en le plaçant dans 
certaines attitudes, de manière que la pesanteur facilite 
ou entrave le cours du sang dans les artères. On peut 
aussi, eu comprimant des artères volumineuses, créer au 
cours du sang des obstacles variés, et par conséquent, 
élever la tension des vaisseaux en raison de ces obstacles. 
Enfln, en agissant sur les vaisseaux capillaires, de façon à 
les faire contracter ou à les relâcher dans une grande 
étendue du corps, on fait encore varier la tension dans 
les artères, comme nous l’avons dit précédemment. Tous 
ces moyens nous permettent d’instituer un grand nombre 
d’expériences ; elles seront d’autant plus concluantes que 
dans chacune d’elles le cœur n’est pas influencé primiti- 
vement, et qu’on ne peut pas attribuer à une action direc- 
tement portée sur lui les variations qui surviennent dans 
le nombre de ses battements. Nous allons exposer ces 
expériences en les groupant par séries, suivant le moyen 
qui a été employé pour faire varier la tension artérielle. 

A. Variations de la fréquence des battements du cœur sons 
l'innuence de la saignée. 

§ 61 . — Lorsque Haies appliqua le manomètre aux ar- 
tères d’un cheval, il constata que la pression du sang dans 
ces vaisseaux décroît graduellement, à mesure qu’on fait 
perdre du sang à l’animal en produisant une hémor- 
rhagie. Il vit aussi que, sous la même influence, le pouls 
s’accélère; c’est ainsi qu’il put, au moyen d’une hémor- 
rhagie abondante faite sur un cheval, abaisser la pression 
du sang au quart environ de son degré normal. Dans ces 
conditions, le pouls de l’animal ({ui battait quarante fois 



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211 



FRÉOrENCK DU POUI.S. 

par minute avant rhémorrlmgie, s’élaiL élevé à 100 pul- 
sations immédiatement après. Voici donc un premier fait 
qui rentre dans la loi que nous énoncions tout à l’heure, 
et qui montre que le cœur précipite ses battements à 
mesure que la tension artérielle lui fait moins d’obstacles. 

Depuis Haies, tous les physiologistes ont constaté le 
môme fait, les cliniciens l’ont observé sur l'homme comme 
résultat d’hémorrhagies considérables ou de saignées trop 
copieuses. C’est un des faits les plus incontestablement 
acquis à la science que l’augmentation de la fréquence du 
pouls par l’hémorrhagie (1). 

Nous avons voulu répéter aussi l’expérience de Haies, 
et nous sommes arrivé à des résultats absolument sem- 
blables. Sur un cheval auquel nous avons fait des hémor- 
rhagies successives, le pouls prit de la fréquence à me- 
sure que le manomètre accusait un abaissement de la 
tension artérielle moyenne. Lorsque cette pression fut 
réduite à 5Î centimètres de mercure (2), le pouls avait 
atteint 150 pulsations par minute. 

Sur l’homme, on trouve également l’accélération du 
pouls après une émission sanguine. Dans un cas ou la 
quantité de sang retirée n’excédait pas ÛOO grammes, il 
y avait déjà une légère accélération du pouls, comme on 

(1 ) Nous devons touleFois füire observer qu'à la suite de l'Iiémorrhagie 
on voit, dans certains cas, un eflel tout contraire se produire et le pouls 
perdre de sa fréquence. Cela arrive dans les cas où il survient un état 
nauséeux et une tendance à la syncope. Il se produit alors, conrnie l'a 
si bien démontré J. Hunter, une contraction des petits vaisseaux qui 
relient le sang dans le système artériel et y relève la pression. Ces faits 
s'expliqueront mieux quand nous aurons parlé de l'inlluenco de la con- 
traction ou du relâchement des capillaires sur la fréquence du pouls. 

(3) Quoique la pression moyenne normale n'ait rien d'absolu, on peut 
dire qu'elle se rapproche en général de 1 5 centimètres. 




212 



PHYSIOLOGIE. 



en peut juger par riiispection des tracés recueillis avant 
et après la saigné»?. 



Trad6 ilu pouls pris avant la saignée. 




Fig. SU. 

Tracé du pouls après la saignée. 




Fig. SI. 

U. Variations de la fréquence du pouls produites par l'nttilude du sujet. 

§ 62. — L'aüiliiilc du sujet dont on explore le pouls 
iiilliic sur la firquonce des halleinenfs. C’esl un fait re- 
coiiiiu ilepuis longtemps parles pliysiologisles expérinien- 
laleurs, mais qui n’avait été rattaché par eux à aucune 
théorie. Avant de montrer comment cette indtience rentre 
dans la loi précédenle, nous allons citer des expériences 
qui ont été faites par différents auteurs. 

Guy (1) trouva les variations suivantes : 

Lu sujet élant dubout, 79 pulsations par minute. 

— assis, 70 — — 

— couché, 67 — — 

Des expériences analogues furent faites par Graves (de 
Dublin). Or la fréquence du pouls alla toujours en aug- 
mentant à mesure que le patient, en quittant la position 
liorizoulalc, se rapprochait davantage de l’attitude ver- 
ticale. 

Graves ajouta un fuit nouveau à ceu.x qui avaient déjà 
été signalés : c’est que rinfluence de l’attitude sur le pouls 

(I) Gmj't Hospital reports, vol. III, p, 93 à 308, 



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KRKyi'KNC.i; DU’ l’OLLS. îîlîi 

est (l'aulaiit plus grande que le sujet (prou observe a le 
pouls plus fréquent au moment de roxpérieiice. 11 a 
signalé aussi chez les convalescents une plus grande iiiteii' 
site des effets produits par les changements d’attitude. 

Les inlluences de l’altitude sur la fréciuencc du pouls se 
rattachent à la loi dynamique que nous étudions. En 
effet, la pesanteur intervient dans le mouvement du sang 
et le modifie, tantôt en secondant faction du cœur, tantôt 
en la contre-balançant. Quand une partie du corps est 
déclive, la pesanteur y accélère le courant artériel; quand 
une partie est élevée, la pesanteur gène ce courant (1). 
Si les influences de la pesanteur modilient la circulation 
périphérique, elles agissent nécessairement sur la tension 
artérielle, et par conséiinent sur les résistances que le cœur 
doit éprouver à chaque systole. 

Le cœur étant situé environ à la réunion du tiers su- 
périeur du corps avec les deux tiers inférieurs, il .s’ensuit 
que la plus grande partie des vai.sscaux artériels ont, par 
rapport à lui , une direction descendante lorsque nous 
sommes dans la station verticale. Ajoutons à cela qiio la 
direction descendanle des membres thoraciques favori.se 
le cours du sang à leur intérieur, en les j)larant presque 
tout entiers au-dessons du niveau du cœur. Dans toutes 
les autres altitudes, la pesanteur iigit moins favorable- 
ment pour la progression du sang dans les artères, de 
sorte que la tension artérielle générale devi’a être plus 
élevés.*. 

(1) Il no fatidrail pas croire que les cITcls do la pcsanlour sur la cir- 
culation veineuse neutralisent exactement ceux qu'elle produit du 
cdlé des artères. Les veines, en elTet, grâce à leurs valvules et à la 
contraction des muscles qui les environnent, trouvent une source parti- 
culière d'impulsion pour lo retour centripète de leur sang; ainsi, elles 
ne subi.ssrnt pas entièrement les inllopnccs défavorables de la pesanteur. 



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PHYSIOLOGIE. 



21/1 

On comprend donc facilement les rt'sullals obtenus par 
Guy, Graves, etc., qui ont trouvé la plus grande fré- 
quence du pouls dans les cas où la pesanteur agissait le 
plus favorablement sur le cours du sang artériel, et par 
conséquent, secondait l’action du cœur, en diminuant les 
résistances qu’il éprouve. 

Les expériences que nous venons de rapporter étant 
interprétées comme nous venons de le faire, nous devions 
chercher un nouveau contrôle à notre théorie, ne fût-ce 
que pour nous soumettre à la méthode de contre-épreuve 
que nous nous sommes imposée jusqu’ici. Or, voici ce 
que la théorie nous faisait prévoir. Toutes les fois que la 
pesanteur agira sur une partie du corps quelconque, pour 
y favoriser ou y entraver le cours du sang artériel, il 
devra s’ensuivre une modification secondaire dans la 
pression générale du sang dans les artères, et, par suite, 
un changement dans la fréquence des battements du 
cœur. — Les attitudes des bras qui peuvent être élevés ou 
abaissés sans que le corps se déplace doivent donc, on 
petit, produire un effet analogue à celui que produisent 
les changements d’attitude de tout le corps. Le plan de 
l’expérience à faire se trouvait tout tracé; il s’agissait de 
se tenir dans l’attitude assise, par exemple, et de compter 
le pouls, d’abord les deux bras étant pendants, puis les 
deux bras étant levés. Dans le premier cas, la pesanteur, 
facilitant le cours du sang dans les bras, le pouls devait 
avoir plus de fréquence; il devait être plus rare lorsque 
les bras seraient levés. 

L’expérience justifia nos prévisions. Sur plus de iiua- 
rante expériences, nous avons trouvé une différence de 
2 à U pulsations par minute, la plus grande fréquence 



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FRÉQUENCE DU POULS. 215 

s'observant dans le cas où les bras étaient baissés (t). La 
moyenne de ces expériences nous donna les chiffres sui- 
vants : 

Le» bras étant baiaeés, 9i pulsalioiis par minute. 

— levés, 87 — — 

Cette nouvelle confirmation ne laissait plus de place 
au doute, s’il pouvait y en avoir après les expériences de 
Guy, Graves, etc. En effet, dans l’expérience qui consiste 
à changer simplement la position du bras, nulle action 
ne s’exerce sur le cœur lui-même. 

C. Variations de la fréquence du pouls suivant que l'on comprime ou 
qu'on relâche des troncs artériels volumineux. 

§ 63. — Lorstiu’on oblitère une artère volumineuse au 
moyen d’une compression absolue du vaisseau, il est bien 
évident qu’on soustrait à l’écoulement du sang une large 
voie par laquelle il se produisait, et qu’en vertu des lois 
les plus simples de l’hydraulique, on augmente consécu- 
tivement la tension dans le reste du système artériel. Ici 
agit, à un haut degré, rinfluciice que nous avons consta- 
tée dans le cas de la simple élévation d’un bras ; seule- 
ment, l’obstacle à l’écoulement sanguin étant plus consi- 
dérable, ses effets sont, en conséquence, beaucoup plus 
prononcés. Lorsque l’on comprime les deux fémorales à 
la fois, il est très facile de voir que la ten.sioil artérielle 
augmente. Cela se traduit non-seulement par une plus 
grande hauteur de la ligne d’ensemble du tracé, mais 
encore par un changement dans la forme de la pulsation. 

(4} Chez un petit nombre de gaieU, les résallats ont été différents. 
Aingi, des individus, fatigués ou faibles, avaient, soit une légère aug- 
mentation, soit une simple conservation du chiffre du pouls lorsqu'ils 
tenaient les bfas levés. Ces cas sont tout à fait exceptionnels. 




216 



nirsioLOGiE. 



Nous verrous plus lard que celte forme peul, à elle seule, 
indiquer que la lension artérielle a augmenté. 

1” expérience. — Le sphygmograplie étant appliqué 
sur la radiale, nous faisons comprimer par un aide nos 
deux fémorales à la fois, et (juand l'élévation de la ten- 
sion est arrivée, nous faisons marcher le mouvement 
d’horlogerie. 

Le tracé se produit alors, cl quand il est arrivé au 
milieu do la longueur de la plaque, l’aide cesse la com- 
pression. Aussitôt les artères des membres inférieurs 
redeviennent perméables, la lension baisse, et la seconde 
moitié du tract'; se fait dans ces conditions de tensioir 
moins forte. 

La fig. 42 représente un liacé recueilli dans ces con- 
ditions. 




Kii;. U2. 



Dausla première moitié du tracé, la tension était élevée 
par suite de la compression des deux artères fémorales -, 
cette compression a cessé dans la seconde moitié. 

Que l’on mesure, à l'aide d’un compas, la durée com- 
parative d’uii même nombre de pulsations dans les deux 
moitiés du tracé, et l'on pourra aussitôt se convaincre que 
la fréquence du pouls a augmenté dans la seconde, c’est- 
à-dire à partir du moment où l’on a enlevé l’obstacle qui 
gênait le passage du sang et qui, élevant la tension arté- 
rielle, se faisait sentir jusqu’au cœur lui-même. 

Chauveau a bien voulu nous transmettre les résultats 
d’une expérience qu’il a instituée alin de contrôler la 



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FKÉQIENCK ÜU PüUI_S. 

théorie que nous avons émise relativement 
aux influences que la compression des troncs 
artériels volumineux exerce sur la fréquence 
des battements du cœur. Le résultat de 
cette expérience fournit, comme on va le 
voir, une confirmation nouvelle de notre 
théorie. 

2' expérience. — Chez les grands ani- 
maux, comme le cheval, il est assez facile 
d’introduire le bras dans le rectum et de l’y 
enfoncer profondément. On peut alors sentir 
l’aorte avant sa bifurcation et, à travers les 
parois de l’intestin, saisir ce vaisseau pour 
le comprimer.. — Après avoir appliqué un 
sphygmoscope (voy. §55) à la carotide d’un 
cheval et avoir mis l’instrument en marche, 
Chauveau comprima l’aorte par le moyen 
qui a été indiqué. Aussitôt l’instrument 
accusa à la fois une augmentation très con- 
sidérable de la tension artérielle, et en 
même temps un ralentissement considé- 
rable des battements du c»L‘ur (fig. A3). 

Le pouls buttait à raison de 5!) pulsations 
par minute avant la compression de l'aorte; 
au moment de lu compression, il ne battait 
qu’environ trente-cinq fois. 

Cette expérience n’a pas besoin d’ètre 
commentée, elle montre clairement l’exis- 
tence de l’influence que nous avons signalée 
pour le cas de la compression des fémo- 
rales. 



217 




^ » 
) ' 



Fig. 43. 



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218 



PHVSIOLOGIE. 



I D. Varislions de la fréquence du pouls sous l'influence de la contraction 
' ou do reiftcbement des petits vaisseaux. 

§ 60. — Depuis que Claude Bernard a découvert l’ac- 
tion que certains filets nerveux exercent sur la contrac- 
tilité des petits vaisseaux, et montré que le grand sym- 
pathique préside à leur contraction, tandis que d’autres 
nerfs semblent avoir pour action de les faire relâcher, la 
physiologie possède la solution d’une question qui, depuis 
longtemps, préoccupait les médecins : on comprend, en 
effet, la cause des variations locales de la circulation. — 
Quand, sous une influence nerveuse, les vaisseaux d’une 
région se relâchent, le sang les traverse plus facilement et 
plus vite. Quand les vaisseaux se resserrent, la circulation 
de ce point est ralentie. 

Tant que ces variations dans la facilité du passage du 
sang se bornent à des points de peu d’étendue, il en ré- 
sulte peu de changements dans l’état général de la circu- 
lation. Mais si le relâchement ou le resserrement des vais- 
seaux se produit dans un grand nombre de points à la fois, 
il s’ensuivra, de toute nécessité, un changement notable 
dans la tension artérielle. Cette tension faiblira si les 
petits vaisseaux relâchés laissent le sang s’écouler plus 
facilement des artères dans les veines, elle augmentera si 
les artérioles resserrées font obstacle à cet écoulement. 
On peut donc prévoir que, si les vaisseaux se relâchent, 
la fréquence du pouls augmentera; s'ils se resserrent, 
cette fréquence diminuera. C’est ce qui sera vérifié par 
les expériences suivantes. 

; On connaît des agents qui ont pour action de resserrer 
I les vaisseaux et d’autres qui les relâchent. Le froid appar- 
1 tient au premier groupe, la chaleur au second. Sous l’in- 



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219 



FRÉQUENCE 1)U POUU. 

fluence de ces deux agents, on doit donc voir la fréquence 
du pouls varier : diminuer sous l'influence du froid, aug- 
menter par l’action de la chaleur. 

Expérience. — Qu'un sujet sain entre dans une étuve, 
la fréquence du pouls augmentera immédiatement. Fleury 
a étudié cette influence sur lui-méme, et a vu qu’un sé- 
jour de trente-cinq minutes dans une étuve cbaullée à 
h%°, avait porté son pouls à 1^5 pulsations par mi- 
nute. 

On trouve dans les annales de la science de nom- 
breuses observations dans lesquelles la température sup- 
portée a été bien plus considérable; ainsi des individus 
sont entrés dans des fours pendant que le pain y cuisait 
et ont pu y rester jiis(ju’à douze minutes. D’autres expé- 
rinientateui’s ont pu supporter, pendant assez longtemps, 
le séjour dans une étuve sèche chautfée à 115 degrés et 
môme plus. Dans ces cas, l’élévation du chiffre du pouls 
a été énorme, presque toujours il dépassait 200 pulsations 
par minute. 

Les effets du froid sont tout inverses des précédents. 
Bence-Jones et Dickinson (1) ont étudié l’influence de la 
douche froide sur la frétiuence du pouls; ils ont vu que, 
par l’effet du refroidissement, le pouls peut tomber à 
50 pulsations à la minute, pour se relever dès que le sujet 
reprend .sa température normale (2). 

Les variations de la température n’ont pas besoin d’ètre 

(1) Journal de phyiiotogie de l’homme el de» animaux, 18iS, p. 72 
el suivantes. 

(2) Le docteur Drakc (de New-York] a signalé un abaissement énorme 
du chiffre du pouls lorsqu'il Taisait faire à un malade des inhalations 
d'air très froid. Cette inlluence du froid sur la circulation pulmonaire 
aurait-elle une action analogue à celle qui se produit du côté de la circu- 



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rilVSlOl.OGIE. 



‘i-20 

aussi inlonscs pour produire sur la fréquence du pouls 
des effets appréciables. Tout le monde a observé sur soi 
que la fréquence du pouls augmente en été, et qu’ello est 
plus grande, mémo dans la saison froide, si nous nous 
tenons dans un appariement chauffé. I^es voyageurs qui 
nous ont donné les chiffres de la fréquence du pouls chez 
l'homme, sous différentes latitudes, nous apprennent tous 
que dans les pays chauds lo pouls a une grande fré- 
quence, qu'il est an contraire plus rare dans les pays 
froids. 

La seule iniluence de vêtements plus ou moins chaud.s, 
quand on est placé dans un milieu d’une température 
quelconque, produit dans la fréquence du pouls des va- 
riations considérables. Les ligures ti/l, Ixô, /jO représen- 
tent le pouls pris sur nous avec dos vêtements de plus en 
plus chauds, ajoutés successivement à des intervalles de 
vingt minutes. 




FiK. 



Fi|;. ■iO. 

latioq génor*'e? Nous ne saurions l'afTirniPr, car les conditions de l’expc- 
rience sont fdus complexes que dans les cas précédents. Nous citons ce 
fait à titre de simple rapprocliement avec les expériences relatives aux 
effets des changements de tempéraluro sur la circulation générale. 



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KRKKiF.Nr.E nr pon.s. 



2-21 



E. Variations do la fréquence du pouls sous l'influenro du repos I 
: . ou de l’activité musculaire. 

§ 65. — Quand on prend le Inicé du pouls d'un sujet 
tpii e.st caliiic, et tpi'on le compare ù celui qu’on obtient 
.sur le même individu après qu’il a couru, monté un 
escalier, ou fait t[uelquc e.\ercico violent, on trouve dans 
la fréquence du pouls une différence notable ainsi que 
dans sa force. On en peut ju"er p:ir les deux types 
(fig. hl). 



h 



Fig. 47. 

Ce tracé est obtenu de la manière suivante : on applique 
le sphygmograpbe au poignet et ou prend le tracé du 
pouls de « en b. — Ou arrête le mouvement d’horlogerie; 
alors le levier oscille suivant la wi ticale b. Pendant ce 
temps on fait un exercice violent : course ou asceusion 
d’un escalier, puis on fait de nouveau marcher l’iustru- 
ment qui donne le tracé b, c. 

On voit qu’après l’exercice musculaire la fréquence du 
pouls est très accrue, et comme la circulation capillaire 
est très activée, que la chaleur de la peau est grande, on 
est porté à croire au pi emier abord que les forces qui pré- 
sident à la circulation sont augmentées, c’est-à-dire que 
le cœur déploie plus d'énergie que de coutume. 

Pour nous, le phénomène tient à une cause toute diffé- 
rente. L’augmentation de fréquence des battements’^du 
pouls est un effet de récoulement pins facile du sang 



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222 



PHYSIOLOGIE. 



à travers les petits vaisseaux sous l'influence de la 
course (1). 

On sait que lorsqu’un muscle agit, le sang le traverse 
avec plus de vitesse, soit qu’il y ait relâchement des vais- 
seaux, soit que l’action des muscles, favorisant le courant 
veineux, diminue les résistances au-devant des capil- 
laires. Quelle que soit la cause immédiate de celte accé- 
lération du mouvement du sang à travers les vaisseaux, elle 
n’est pas contestable après les expériences qui ont été 
faites sur ce point. 

Ainsi donc, de deux choses rune : ou bien ta puissance 
du cœur s’est accrue primitivement sous l’influence de la 
course, et grâce à cet accroissement, le sang poussé avec 
force se fraye son chemin avec plus de vitesse ; ou bien, 
comme nous le croyons, les vaisseaux plus perméables, 
ouvrant au sang un écoulement facile, laissent le cœur 
exécuter plus librement et plus précipitamment ses sys- 
toles. Ij6s vivisections nous fournissent un moyen certain 
pour trancher cette question ; ce moyen consiste à me- 
surer la tension artérielle à l’aide du manomètre dans ces 
deux états opposés de la circulation caractérisés l’un par 
la rareté, l'autre par la précipitation des battements du 
cœur. 

En effet, dans la première hypothèse, c’est un excès 
d’impulsion qui fait circuler le sang plus vite, la tension 
doit donc être accrue. Dans la seconde, on devra trouver 
la tension diminuée par la plus grande facilité de l’écou- 

(I) L’énorme augmentation d'énergie des battements ries artères, 
dans ces circonstances, tendrait à faire croire que le cœur dépense en 
réalité plus de force après un exercice muscutaire violent. Il n'en est 
rien, et l'on verra dans le prochain chapitre comment l'abaissement de 
la tension artérielle produit cette augmentation de la force du pouls en 
même temps que sa plus grande fréquence. 






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■ FRÉQUENCE DU POULS. 223 

lement, et c'est cette diminution même qui fait battre le 
cœur avec plus de vitesse. 

Voici une expérience qui nous parait de nature à juger 
la question. 

Expérience. — On adapte à la carotide d’un cheval 
un manomètre à mercure. (Nous nous sommes servi de 
notre manomètre compensateur.) La colonne des moyennes 
donne 108““. 

On fait courir le cheval au galop pendant une dizaine 
de minutes; le manomètre est réappliqué au moment où 
le cheval est ramené avec un pouls d’une force et d’une 
fréquence extrêmes. La moyenne de tension avait baissé, 
elle n’était plus qu’à 102“". — Comme contre-épreuve on 
laisse reposer l’animal ; a mesure que le pouls se ralentit 
et devient plus faible, la tension artérielle augmente; elle 
dépasse même le chiffre primitif, car elle arrive à 115“", 

En présence de tous les faits que nous venons d’énu- 
mérer, on est conduit, contrairement aux idées généra- 
lement reçues en physiologie et eu médecine, àcomprendre 
les phénomènes d'activité circxüaloire comme résultant 
primitivement, non pas d’un surcroît dam la force impul- 
sive du cœur, mais d’une diminution des résistances que 
la contractilité des vaisseaux oppose au sang ; il s’ensuit 
que ce que l’on considère comme un accroissement des 
forces dans une maladie sera pour nous l’effet d’une fai- 
blesse. Nous avons déjà dit quelques mots sur ce sujet, 
plus de détail serait déplacé ici et nous entraînerait trop 
loin du sujet. Nous renvoyons le lecteur à d’autres tra- 
vaux sur ce point, et au chapitre qui traitera de la 
nature de la fièvre (1). 

(I) La solidarité des deux cœurs, (tréce à laquelle un ventricule ne 



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PHYSIOLOGIE. 



2-24 

D’après l’énumération des influences que nous avons 
vues modifier la fréquence des baltemenls du cœur, il sem- 
blerait qu’il ne reste plus à cet oi'gane aucune autonomie 
et qu’il ne puisse par lui-mèmc régler le rbythme de 
scs baltemenls. L’anatomie nous montre cependant une 
foule de nerfs provenant de sources dilîérenles et se ren- 
dant au cœur. Ces nerfs sont-ils exclusivement destinés 
à fournir l'influx nerveux qui se condenserait dans l’or- 
gane pour être dépensé graduellement, ou bien sont-ils 
doués comme les autres nerfs moteurs du pouvoir de 
provoquer une contraction instantanée? Telle est la ques- 
tion qui re.stc à résoudre. 

Si l’on voulait voir dans les effets des causes morales 
sur les battements ilu cœur une preuve do l'action directe 
du système nerveux sur cet organe, nous répondrions 
[ que jusqu’à présent, ces causes rentrent au moins aussi 
' bien dans le groupe de celles que nous avons passées en 
j revue, et que c’est peut-être à la périphérie du corps 
que leurs effets sont localisés primitivement. Sous l’in- 
fluence des émotions on observe la rougeur et la pâleur 
de la face, etc.; des anémies et des congestions assez sem- 
' blables à celles que nous voyons semblent quelquefois se 
j produire du côté des viscères splanchniques. Ces varia- 
I (ions localisées de l’état circulatoire ne peuvent s’expliquer 

peut se contracter sans l'autre, entraîne une conséquence nécessaire, 
c'est que la circulation pulmonaire doit suivre dans sa vitesse tuules 
les variations qui surviendront du côté de la circulation générale. Mais 
aossi noua devons supposer que si quelque influence agit directement 
sur la circulation pulmonaire pour entraver ou facilitur le cours du sang 
dans les capillaires du poumon, ces influences agiront, dans do certaines 
limites, pour modifier la fréquence des battements du cœur gauche. 
Certains faits cliniques dont nous aurons à parler semblent jusiifier cetto 
manière devoir. 



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FKI'VUKNCK DU POUI-S. 2’25 

par une modüication de la force du cœur, elles tiennent I 
évideininent à la contraction ou au relâchement des vais- j 
seaux. Mais à leur tour, elles doivent, comme toutes les 
variations analogues de la circulation périphérique dont i 
les effets nous sont connus, réagir sur la fréquence des 
battements cardiaiiues en faisant varier les résistances au 
jiassage du sang et la tension générale du système arfé-- 
riel. * 

ün voit donc qu’en définitive la fréquence des batte- 
ments du cœur est dans la plupart des cas sous la dépen- 
dance de la contractilité vasculaire, ce frein qui règle par 
tout le corps la rapidité du passage du sang. 

.Nous ne prétendons pjis toutefois (jue la faible tension 
artérielle soit la seule cause qui augmente la fréquence 
des battements du C(cnr; dans certains cas, le cœur 
semble directement stimulé. Ainsi, lorsqu’on fait manger 
un animal, on observe à la fois une accélération de bat* 
tements du cœur et une élévation de la tension artérielle. 

D'antres fois, sous l’intluence d’une violente contraction 
musculaire, un fait analogue semble se produire. Ainsi, 
dans la figure 48, vers le milieu du tracé, nous avons 




h(f. IS. 



violemment contracté les muscles des jambes; il s’est 
produit une accélération des battements du cœur et une 
élévation de la tension artérielle. Deux causes semblent 
ici agir pour élever la tension artérielle : d’une part , 
rauginenlation de l’action du cœur; d’autre part, la 
compression qu’exerce sur les vaisseaux une contraction 

is 



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226 



PHTSiOLOGIE. 



musculaire énergique et permanente bien capable assu- 
rément d’entraver le courant sanguin (1). 

( I ) Du roïle, celle expérience csl déjà beaucoup pluü complexe que 
celles dont nous avons parlé Jusqu'ici. En elTel, il esl bien difficile d'exé- 
euter une conlraclion musculaire énergique sans qu il s'y mêle celle 
modification respiratoire qu'on appelle Yrlfarl et doiil nous montrerons 
plus tard l'indueoce accélératrice sur le cœur. 



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CHAPITRE XI 



DE LA FORCE DU' POULS. 

Évaiualion de la force du poul:i par le toucher. — Évaluation au moyen 
du spliygmographe. — Erreurs qui régnent relativement à la gignih- 
calion de la force du pouls. 

Influences qui font varier la force du pouls: 

A. Volume du l'arlcre explorée. 

I). Élat de la tension artérielle. 

Duice de l'inlervalle qui sépare la pulsaiiiin qu'on observe de la 
pulsation précédente. 

I). Perir.éabililé ou oblitération du vaisseau au-dessous du point exploré. 

E. Forme du pouls : elle influe sur l'intensité de la sensation tactile que 
donne la pulsation. 



force du pouls consiste, ii proprement parler, daus 
r intensité de ia sensation tactile que nous éprouvons en 
palpant une artère. II est évident que le doigt ne peut 
nous fournir relativement à la force du pouls qu’une 
notioB assez grossière. 11 permet bien, il est vrai, de 
reconnaître les types extrêmes de force et de faiblesse de 
la pulsation, mais les variations légères qui peuvent sur- 
venir dans ce caractère du pouls artériel échappent néces- 
sairement à nos sens. 

Le sphygmograpbe traduit la force du pouls par Tarn- 1 
plitude de la pulsation, autrement dit, par la hauteur à | 
laquelle le levier est soulevé lors de re.\pansion du vaisseau, 
hauteur (pii est nécessairement pruprtionnelle à l'énergie 
de la pulsation. On voit tout de suite que le moindre chan- 
gement qui surviendra dans la force du pouls pendant 
qu’on en recueille le tracé se traduira par une différence 



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rHVSIÜLU(ilE. 



i-28 

(le huiiteur d'une ou de plusieui’s puisutiuiis, relaliveiiicnl 
aux pulsations voisines. 

Quelles sont les conditions qui font varier la force du 
pouls? Telle est la question importante que les médecins 
se sont posé’e depuis longtemps et (|ui a ('*té résolue de 
diverses manÜM’es. 

On croit généitilcuient qu'un pouls fort est l’expression 
d’une systole énergique du ventricule, tandis qu’un pouls 
faible correspondiait à une contraction débile de cet 
organe. Cela est vrai dans vn certain nombre de cas; 
mais admettre eu principe une exacte relation entre la 
force du pouls et l’énergie de la contraction ventricu- 
laire, ce serait s’exposera de nondjreuses erreurs. Nous 
montrerons, eu effet, tout à l'heure que dans la plupart 
des CU.S, c’est dans l’état de la circulation artérielle, (piel- 
quefois même dans les conditions physiologiques du vais- 
seau qu’on explore, ([u’il faut cbercher la cause des 
variations de la force du jmuls. Heaui'oup de médecins 
so font une id('*e plus fausse encore de la signification cli- 
nique du pouls fort ou faible ; ils croient, en effet, dans 
la force du pouls trouver un critérium des forces du ma- 
lade, de la résistance qu’un sujet peut opposera la mala- 
die dont il est atteint. Celte idée semble au premier 
alK)rd se déduire logiquement de l’observation de cer- 
taines maladii'sdans lesquelles le pouls s’affaiblit graduel- 
lement à mesure (juc la terminaison funeste se l approclie 
davantage. Mais que d’exceptions à cette ivgle! Si la 
plupart des agonisants ont le pouls affaibli, les variations 
de la force du pouls ne sauraient avoir pendant le cour.s 
d’une maladie celte signification qu’on leur attribue. Du 
reste, nous le répétons, le poids fort peut s’observer dans 
certains étals jusqu’au moment de la mort. Nous n'avons 



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KOBCE DU POULS. 



2‘i9 

jamais senti un pouls plus violent que celui d’un malade 
qui succombait à un empoisonnement par l’opium, et cet 
homme était mort dix minutes après notre examen. Ainsi 
dans ce cas, pour employer l’expression de nos adver- 
saires, on aurait pu dire que les forces vitales étaient à 
leur limite, et pourtant le pouls avait une force incompa- 
rablement plus grande que chez un sujet vigoureux et 
bien portant. 

Parmi les variations qu’on observe dans la force du 
pouls chez les malades, il en est un grand nombre qui ne 
sauraient s’expliquer par les théories qu’on a données. 
Citons, entre autres, un cas qui a beaucoup préoccupé les 
médecins du siècle dernier. — Un pneumonique a le 
pouls faible, on lui fait une saignée et le pouls prend de 
la force. L’explication qu’on a voulu donner de ce fait se 
rattache à la théorie dans laquelle on suppose que les 
forces d’un malade se traduisent par l’intensité des batte- 
ments de ses artères. Voici ce que l’on disait : « Avant la 
» saignée, les forces du malade étaient opprimées, l’émis- 
» sion sanguine les a remises en liberté : voilà pourquoi 
» le pouls est devenu plus fort. » Nous doutons beau- 
coup qu’après réflexion, un médecin de nos jours .se con- 
tente d’une explication pareille. Nous verrons, au con- 
traire, que la physiologie fournit de ce fait clinique une 
explication parfaitement simple, sans qu’il soit besoin de 
faire intervenir aucune de ces influences mystérieuses 
trop facilement invoquées en médecine. 

■■nacaeea qai foBt varier la force do poule. 

Nous allons passer en revue successivement les diffé- 
rentes influences qui font varier la force du pouls, et nous 
essayerons de faire ressortir le mode d’action de ehacune 



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230 



PHVSIOI.OGIK. 



d’elles, en nous basant toujours sur le contrôle expéri- 
mental qui seul permet de tirer des déductions rigou- 
reuses. La condition qu’il nous sera le plus difficile de 
déterminer, c’est l’intensité de l’action du ventricule. Ij} 
jeu du cœur nous est, jusqu’ici, trop complètement caché 
chez l’homme vivant pour que nous puissions déterminer 
si les contractions sont fortes ou faibles ; l’intensité du 
choc du cœur contre la poitrine n'est même pas un 
caractère auquel on puisse s’en rapporter pour apprécier 
l’énergie de sa systole (1). Nous laisserons donc de côté, 
pour le moment, du moins, toute la partie de la question 
qui est relative aux différences d’intensité de l’action du 
cœur, pour nous occuper exclusivement des influences 
qui ont leur point de départ dans la circulation artérielle 
et qui sont, comme on le verra, les causes les plus fré- 
quentes des variations dans la force dn pouls. Voici quelles 
sont ces influences que nous étudierons successivement, 
r'' A. Volume de l’artère sur laquelle on explore le pouls. 
/ B. Etat de la tension artérielle. 

C. Durée de l’intervalle qui sépare les pulsations; in- 
fluence de la durée de chaque intervalle sur la force de 

; la pulsation suivante. 

D. De la perméabilité ou de l’obstruction du vais.seau 
^ au-dessous du point observé. 

(!) La qointilé de sang que le cœur envoie i chaque syalole n'eai 
pas toujours la même; dans certains cm, ie cœur envwe des ondées 
plus petites qu'à l’état normal. Les expériences de Héring ne laissent 
pas de doute sur ce sujet. — Ces variations dans la quantité du sang 
que le cœur lance à chaque systole dépendent de la réplétion plus ou 
moins complète du ventricule gauclie par le sang qui revient du poumon, 
elles sont intimement lices à l'état de la rirculalion pulmonaire. Elles 
trouveront leur place lorsque nous parlerons des influences de la respi- 
ration sur la Tonnlon circulatoire. 



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FORCE DF POUI.S. 2S4 

K, De li\ fornu’ ilii pouls el do son influence sur la na- 
ture do la sensation tactile qu'il fournit. 

A. Inlluoiice du volume de l’artère sur la force du pouls. 

ïj 66. — Sur un grand nombre de sujets, il est facile de 
constater, en explorant le pouls comparativement aux deux 
art»>res radiales, que la pidsation a plus d’énergie d’un 
côté que de l'autre. Il est évident, tout d'abord, qu’on no 
peut attribuer (|u’à une influence locale cette différence 
dans l’énergie de battements artériels qui sont liés tou.s 
deux à une même action impulsive : la systole du ventri- 
cule gauche. Ru examinant ces sujets avec quelque soin, 
il est facile de voir que les deux radiales sont de volume 
inégal ; on .sent d’ordinaire ces vais.seaux sous forme de 
cordons plus ou moins gros et plus ou moins durs roulant 
.sous le doigt qui les palpe. Or, dans le cas d’inégalité du 
pouls aux deux artères radiales, on peut constater (pic 
c’est l’artère la plus grosse qui fournil la pulsation la plus 
énergique. Certains cliniciens attachent une grande im- 
portance à l’exploration préalable du volume de l'artère 
avant do décider si le pouls est fort ou faible. Beau 
recommande particulièrement cette exploration el fait 
voir que chez les chlorotiques la faiblesse du pouls est très 
souvent nn effet de la petite.sse de l’artère radiale, qui est 
(■•gaiement étroite à droite et à gauche. 

L’âge du sujet influe beaucoup sur le volume des ar- 
tères : on sait que chez les vieillards elles sont ordinaire- 
ment très volumineuses. Cette artériectasie sénile est liée 
aux changements anatomiques qui surviennent alors dans 
la structure des artères. Chez les vieillards ces vaisseaux 
perdent peu à peu leur élasticité; le cœur s'hypertrophie 
sous celte influence, pour des raisons (pie nous avons pré*- 




232 



PIITSIOLOGIR. 



cédemment indiquées, 38, et sur lesquelles nous revien- 
drons encore. Celte hypertrophie du ventricule semble, 
à son tour, être la cause de raugmcnlation de la capacité 
du système arh'-riel qui, cédant it rcll'ort du saiifç pou.ssc 
avec plus d’énergie, s'allonge et se dilate tout à la fuis. 
Lorsque les vaisseaux ont subi cette dilatation sénile, le 
pouls acquiert une force considérable ; assurément l’hy- 
pertrophie du cœur doit entrer en ligne de compte pour 
la production de ces battements plus forts des artères, 
mais ce que nous savons de l’influence du volume des vais- 
seaux sur la force du pouls nous montre que dans ces cas 
l’élargissement des artères doit agir pour une forte part 
dans la production de ce phénomène. Nous allons voir, 
en effet, des cas plus simples dans lesquels le volume du 
vaisseau intervient seul pour modifier la force de la pul- 
sation. 

Outre l’état anatomique des artères qui peuvent être 
grosses ou petites dans tel ou tel point de l’économie, il 
existe pour chacune d’elles des variations de diamètre 
physiologiques, variations passagères et qui tiennent à la 
présence d’une tunique contractile dans les parois de ces 
vaisseaux. On a déj.à vu, à propos de la contractilité ar- 
térielle, § 39, que dans certaines conditions les vaisseaux 
se resserrent par la contraction active de leurs parois, 
tandis que dans d’autres circonstances ces parois se relâ- 
chent, de sorte que les vaisseaux se laissent dilater par la 
pression du sang qu’ils contiennent. On peut, sous l’in- 
fluence de simples changements dans la température, 
constater ces modifications du calibre des artères. Iji 
chaleur produit leur relâchement et augmente leur 
volume; le froid, au contraire, les resserre. Or, l’iii- 
lensilé de la pulsation suit exactement les variations 



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FOBCE DU POULS. 233 

(lu volume des artères; elle augmente et diminue avec 
lui. 

G» variations dans le volume des artères et les chan- 
gements consécutifs dans la force du pouls peuvent être 
très localisés. L’inflammation d'un tissu s'accompagne, 
comme on le sait, d’un relâchement des vaisseaux; cette 
atonie s’étend de proche en proche aux artères afférentes 
de la région malade; ces artères, devenues plus larges, 
donnent des battements plus énergiques que de coutume. 
C’est ce qui arrive dans le panaris, lorsque les collatérales 
des doigts sont animées de pulsations violentes. C’est pour 
la même raison que l’artère faciale bat plus fortement 
que de coutume dans certaines affections dentaires, prin- 
cipalement dans la gingivite qui accompagne la pousse des 
dents de sagesse. Nous sentons alors le vaisseau du côté 
malade, beaucoup plus volumineux que celui du côté sain. 
l.es battements des artères temporales, ceux du tronc cu*- 
liaque chez certains sujets dits hypochondriaques, sont 
du même ordre. On pourrait multiplier à l’infini ces 
exemples, car les battements artériels s’exagèrent, eu 
général, dans le voisinage de toute partie enflammée. 
— Ces phénomènes ont été longtemps considérés comme 
le résultat d'une aelivüâ .spéciale des vaisseaux dont les 
pulsations étaient plus fortes ; mais cette idée est erronée : 
les artères, en effet, ne battent que passivement et sous 
l’influence des changements dans la pression du sang 
qu’elles contiennent. 

Rien de plus facile que de démontrer la réalité de ces 
influences du volume du vaisseau sur la force du pouls, en 
reproduisant ces phénomènes au moyen du .schéma. Il 
suffit, en effet, de placer le sphygmograplie sur deux tubes 
de volumes différents pour s’assurer ipie l’amplitude du 



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PHTSlOI.OfilE. 



tracé est d’autant plus consiidérablo que le tube est plus 
volumineux, et cela, en conservant aux impulsions ventri- 
culaires des intensités parfailemenl semblables. Le tou- 
cher tout seul permet également, dans ces conditions, de 
consulter la différence de l’intensité des pulsations M). 

( 4 ) (juellc osl la raiMn physique de rca varialiona du la force du pouU 
■uivanl lu volume du vaisseau? L'explication nous en est donnée par un 
principe d hydrodynamique bien connu : l'cgale transmission de la pres- 
sion dans les liquides, autrement dit, la loi sur laquelle repose là con- 
struction de la presse hydraulique de Pascal. Nous nous expliquons sur 
ce point. 

Pour rendre le phénomène plus sensible, prenons io cas d'un ané- 
vrysme qui n'est, en définitive, qu'une énorme dilatation d'un vaisseau 
artériel. Si l'on appuie la main avec force sur la surface de cet anévrysme, 
on est étonné de l'énersie avec laquelle s'exécute l'ampliation de la poche ; 
la main est fortement soulevée; un poids d'un kilogramme, placé sur un 
anévrysme volumineux . serait également soulevé par cette expansion puis- 
sante. (Ju'on applique, au contraire, une pression infiniment moins grande 
sur le trajet du vaisseau afférent, celui-ci sera aplati sous celte pression, 
de façon que son calibre sera entièrement effacé. El cependant la 
force expansive énorme de l'anévrysme venait tout entière de l'artère 
si facilement déprimée. Qu'est-il donc arrivé pour multiplier ainsi la 
pression sanguine dans la poche anévrysmale? Il s'est passé ce qui se 
[Misse dans la presse do l’ascal ; c'est-à-dire que la pression du sang, 
transmise également à tous les points de la surface de l'anévrysme, h 
produit une somme de force proportionnelle à celte surface et, par suite, 
considérable, tandis que, sur les parois de l'artèfe afférente dont le 
diamètre osl fort petit, elle n'a fourni qu'une force d'expansion très 
petite elle-même. 

Ce que nous disons de l'anévrysme s'applique à toute dilatation du 
vaisseau, mémo à lu plus légère. En résumé, la force avec laquelle un 
vais.scau soulève un corps qui le presse, est proprlionnelle à l'étendue 
lie la surface du vaisseau en contact avec ce corps. Plus le vaisseau sera 
dilaté, plus cette surface sera grande et ce soulèvement puissant. 

Ile [irinci|ie nous a aussi guidé duos la construction de noire sphyg- 
mographe. Nous avons en soin do donner au ressort qui appuie sur le 
vaisseau une forme et une courbure telles qu'il presse à la fois sur une 
grande longueur de l'artère radiale, la surface agissante du vaisseau 



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VORCH nu POULS. 



235 



B. De rinHuencc de la tension artérielle sur la force du pouls. 

§ 67. — L’état de la tension artérielle toute seule suffit 
pour modifier la force du pouls, sans que pour cela le cœur 
ait besoin de modifier l’énergie de ses contractions. On 
sait que la tension artérielle est en général réglée par l’état 
de contraction ou de relâchement des vaisseau.v capil- 
laires; q^iie cette tension s’élève quand les petits vaisseaux 
sont contractés, et qu’elle s’abaisse quand les vaisseaux 
se relâchent, voy. § 43. Or, c’est laque réside l’influence 
principafle qui fait varier la force du pouls ; de sorte 
qu’on peut poser en principe que dans la majorité des 
cas, la force du pouls n’est point en rapport avec l’énergie 
de la contraction ventriculaire, mais qu’elle est réglée par 
l'état de la circulation dans les dernières ramiprations du 
système vasculaire. 

Les expériences faites sur les auimaux au moyen du 
manomètre établissent le fait dont nous parlons ici ; il est 
même remarquable que cette relation de la foret; du pouls 
avec l’état de la tension artérielle ait été, pour ainsi dire, 
le premier fait constaté quand on applitpia un mano- 
mètre aux artères d’un animal, et qu’on n’en ait tiré 
aucune déduction relativement à la signification clinique 
de la force du pouls. 

En 1774, Haies appliquant son manomètre aux artères 
d’un cheval remarqua que, sous l’influence de la saignée, 
en même temps que la colonne manométrique s’abaisse 
et indique une pression moins élevée, l’amplitude des 
oscillations ([ui correspondent au pouls augmente d’une 

éUinl ainsi niulliplioe, donne ii l'eflel produit une plus grande inlensité et 
permet à l'instrument de révéler l existence de pulsations ipii érli.ippeiit 
au toui'lipr. 



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23G 



PHYSIOLOGIE. 



niiiniore iiotalilc. — Lue influence inverse a été signalée 
lie nos jours par Cl. Bernard, qui, dans un grand nombre 
d’expériences faites sur les animaux au moyen de l’hé- 
luomèlre de Magendie, fut frappé de voir que, si l’on élève 
la tension artérielle, on diminue l’inlensité de la pulsa- 
tion. Voici comment cette remarque a été formulée par 
Cl. Bernard : « Dans l’opération de la transfusion du 
» sang, dans la pléthore, dans les efforts, on observe que 
» la pression constante (i) augmente, tandis que la pul- 
>• sation cardiaque diminue. » ^ 

Plaçons-nous dans des conditions encore plus simples; 
et, au lieu des expériences faites sur les animaux, bornons- 
nous dalwnl à celles que l’on peut faire sur le schéma 
dans des conditions purement physiques. Ici encore nous 
retrouvons le fait que nous venons de signaler, et duquel 
il résulte que les changements de la tension artérielle se 
traduisent par des changements dans la force du pouls. 

Expérience. — Supposons que dans le schéma’ l’écou- 
lement du liquide se fasse par des ajutages étroits, on sait 
déjà que la tension artérielle devra, dans ces conditions, 
être assez élevée. Donnons aux impulsions ventriculaires 
une force bien égale et des intervalles bien réguliers en 
les réglant sur les battements d’un métronome. Puis, dans 

(I) Celte distinction de pression constante ou .irtérielle et de pres- 
sion cardiaque ne saurait èire conservée, selon nous ; c'est Poiseuillc 
qui l'a introduite dans le langage physiologique^ en cherchant à établir 
que la pression artérielle est Gxe dans toute l'économie, tandis que la 
pre.ssion cardiaque diminue à mesure qu'on s'éloigne du cœur. Tout en 
rejetant une explication qui tendrai; à faire croire à des variations dans 
la force du cœur quand la force de la pulsation varie, nous acceptons 
complètement les faits rapportés par Cl. Bernard, et dans lesquels cet 
éminent physiologiste a constaté les changements d’amplitude des 
oscillations manométriqnes par suite des changements de la tension 
artérielle. 



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KÜBCK IIU roui-s. 



2S7 



ces conditions, examinons les indications dn manomètre 
compensateur appliqué à un vaisseau quelconque. Nous 
voyons que la colonne des moyennes indique i^ne pression 
élevée, ce qui résulte de l’étroitesse des voies d’écoulement. 
Quant à la colonne oscillante, elle indique des pulsations 
d'une médiocre amplitude: soit 3 centimètres de mercure. 

Remplaçons alors les ajutages d’écoulement par d’autres 
plus larges, et reprenons l’expérience en donnant aux im- 
pulsions ventriculaires la mémo force et le môme rhythnie 
que tout à l’heure. — Si nous consultons aloi’s le mano- 
mètre, nous voyons (pie la colonne des moyennes indique 
un abaissement considiTable de la liression, almissemcnt 
d’autant plus grand (pic les ajutages d'i'cnnlemont ont un 
diamètre plus large. Kn même temps, la colonne oscillante 
indique des pulsations d’une plus grande intensité : elle 
oscille dans une longueur de 5 on 6 centimètres, par 
exemple. Il est donc bien évident que les pulsations ont 
pris de l'énergie par suite du simple abaissement de la 
tension artérielle, puisque la force impulsive est resb'c la 
même dans h's deux ex[)ériences. 

Le doigt appliipié sur les tubes permet également de 
sentir la différence d’intensité de la inilsation dans les 
deux cas ci-dessus énoncés; enfin, le splivgmographe 
adapté à ces tubes donne des tracés dont l'amplitudi^ dif- 
f(‘re notablement, comme on en fient juger par les figures 
ci-dessous. 




i .g. ni. 

La ligure fi‘J représente, dans sa firemière moitié, le 
pouls sous 1 iiilluence de la tension éleviie. La deuxième 



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238 



VIIYSIOI.OGIE. 



iiioilié représente le tracé du pouls recueilli lorstiue la 
tension était faible. 

Si l’on veut bien se reporter au.\ tracés, ligures ÛO et ùl , 
on verra que chez un sujet auquel on avait pratiqué une 
émission sanguine très peu abondante, on voit déjà appa- 
raître un accroissement de l’intensité du pouls après la 
saignée. Mais il ne sullisait pas de constater ce fait; nous 
avons cherché à déterminer la cause des changements 
d’intensité de la pulsation dans l’expérience précédente. 

L’emploi du sphygmographe permettant de suivre à 
chaque instant ce qui se passe dans la tension artérielli,*, 
nous otlre un moyen de saisir le mécanisme de ces chan- 
gements dans la force du pouls. 

Supposons d’alxtrd le cas d’une pulsation unique. Le 
.sphygmographe est appliqué sur une des artères du 
schéma. L’appareil ne fonctionnant pas encore, la tension 
artérielle est nulle; le levier de l’instrument est à zéro. 
— Qu’une impulsion ventriculaire se produise brustiue* 
ment, cette impulsion élève la tension artérielle, ce qui 
se traduit par une ascension du levier; puis, comme l’altlux 
cesse et que l’écoulement se produit seul, le levier rede.s- 
cend graduellement à zéro. — Mais, dans cette dernière 
péiiode de la pulsation, il peut arriver deux choses bien 
difiérentes, suivant (jue l’écoulement sera plus ou moins 
facile. Si les voies d’écoulement sont larges, le levier re- 
tombera rapidement à zéro, comme dans la figure 60 . Si 
au contraire lecuulement c^sl difficile, le levier ne retom- 




liera que d’une manière graduelle, et lente, comme dans 



by GoogU 




FORCE Uü POül-S. 



2;i9 

la %ure 51. Ces conditions ne sauraient être réalisées 
(|ue dans des expériences physiques; elles correspondent 
au cas où une pulsation unique se produit, de telle sorte 
que la tension artérielle partant de zéro relouibe à zéro 
sans être relevée par une impulsion nouvelle. Mais, dans 
la circulation, les choses ne se passent pas ainsi ; chacune 
lies pulsations n’a pas le temps de s’accomplir en entier 
avant l’arrivée de la pulsation suivante; les pulsations 
sont pour ainsi dire xubinlranles. 




Produisons donc une série de pulsations égales en in- 
tensité et arrivant à des intervalles égaux, et examinons 
ce qui su passe si l’on a aifaire, dans un cas, à une série 
de pulsations de l’espèce dont la figure 50 nous présente 
un type, et, dans l’antre cas, à une série de pulsations de 
la deuxième espèce, c’est-ii-dire semblable à celle que 
représente la Qgure 51. 

Les tracés qu’on obtiendra dans l’un et l’auti'e cas se- 
ront bien différents. Comme on en peut juger par les deux 
ligures 52 et 53. Le tracé (tig. 52) est formé par une suc- 
cession de pulsations appartenant au premier type, c’est- 
à-dire produites sous l’iniluence d'un écoulement facile et 
d’une faible tension. Le tracé (iig. 63) est formé pur des 
Inilsalfons du deuxième type, o'est'à dire dans les condi- 
tions de la forte tension et de réconlemcnl dillicilo. On 
voit quelle diilérence existe relutivcmenl a l’anqililude du 
|H)iils dans ces deux cas. 

Si l’on examine la lùjne des mudeimai on Voit qu’elle a 



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riivsioi.wJiE. 



2Û0 

peu varié, tandis que celle des minitna s’est beaucoup 
abaissée. C’est là que réside la cause de l’augmentation 
de l’amplitude du pouls. Est-il besoin d’expliquer com- 
ment s’est produit cet abaissement? On voit tout de suite 
qu’il provient de la chute plus grande du levier dans le cas 
(lY-coulement facile. 

C. InlIuRnce de la durée de t'intervalie qui précède une pulsation 
sur In force de celle-ci. 

§ 6b. — C’est toujours au môme ordre d'influence, c’est- 
<i diré aux changements (jui surviennent dans la tension 
artérielle, que doit se rapporter le phénomène (jue nous 
allons décrire et qu’on avait attribué à un changement dans 
la force des contractions du cœur. — 11 arrive quelquefois 
([UC le pouls pi t'sente tics im^ulari tés dans stm rhythme, 
c’est-k-dire que tout à coup le cœur suspend ses batte- 
ments pondant un instant. Dans ces cas, la pulsation (|ui 
suit immédiatement cette suspension est beaucoup pins 
forte que toutes les autres. On est porté à admettre alors 
l’existence d’une contraction plus énergique, d’une sorte 
d’efforts du cœur pour réparer le temps perdu. Mais il ne 
faut voir là qu'une conséquence naturelle do rabaisse- 
ment de la tension artérielle pendant l’arrêt du conir. 
La ligure suivante montre bien comment les choses se 
passent en réalité. 




Ce tracé est recueilli dans un cas d'intermittence ner- 
veuse du pouls. Ou voit que le pouls était régulier de 
en 6; à ce moment le ca*ur a suspendu ses battements 



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FüRC.li 1)U POlI_S. 



241 

pcndanl un leiiips plus lon^ que de coutume. En consé- 
quence, rt-coulemenl du sang ayant eu lieu pendant un 
temps plus long, la tension a baissé plus que pendant les 
autres intervalles et est descendue jusqu’en c. N'est-il pas 
tout naturel (jue la pulsation suivante, qui se trouve dans 
les conditions de la faible tension artérielle que nous 
décrivions tout à l’heure, ait une intensité plus consi- 
dérable ? 

Expérience. — On peut s’assurer, à l’aide du schéma, 
que l’inégalité des intervalles produit, k elle to’ute seule, 
l’inégale intensité du pouls. Il suffit, eu faisant fonction- 
ner l’instrument, de laisser, k un moment donné, un in- 
tervalle plus grand (pie les autres. L’abaissement de la 
tension pendant ce temps d’arrêt donne une plus grande 
intensité k la pulsation suivante. 







La ligure 55 représente un tracé recueilli sur le schéma; 
on y voit une intermittence après laquelle la pulsation est 
plus forte qu’auparavant. 

I.es palpitations qui se produisent dans les conditions 
que nous vouons de décrire sont liées en général k des 
troubles nerveux, lo malade re.ssent, au moment de la 
pulsation qui suit l’arrêt du cœur, une secousse, quelque- 
fois très violente, (jui ébranle tout son être. Ce genre de 
palpitation, dépourvu de gravité, cause de vives inquiétudes 
k ceux qui en sont alfecté*s. 11 diffère es.sentiellement par 
la forme des palpitations qui sont liées k certaines afiec- 
tions organiques du cœur et que nous aurons à décrire 
plus tard. 

16 



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2Û2 



PHYSIOLOGIE. 



Quant à la dun!e do la suspension des baltemciits du 
cœur, elle ne nous a paru soumise à aucune règle. On 
pense généralement que dans ces cas un battement du 
cœur fait défaut; mais, la plupart du temps, la suspension 
est d’une durée inférieure à celle de deux pulsations 
normales. 

On voit aussi, en e.xaminant la figure 54, que, après la 
suspension des batUMiicnts, il faut plusieurs systoles régu- 
lières pour que la tension ait repris son degré normal, et 
pour que le tracé reprenne le niveau de la ligne des 
maxima. 

D. InQuenco que la pennéabililé du vaisseau, ou son obslruclioii au- 
dessous du point observé, exerce sur la force du pouls. 

§ 6'J. — Les changements de la tension artérielle peu- 
vent ètro pi*oduits d'une manière locale; alors la force 
de la pulsation est modifiée seulement dans le vaisseau 
où .se'lproduisent cet changements de tension. Ainsi, 
loreque le sphygmographe est appliqué sur l’artère radiale 
et qu’on prend le tracé du pouls, si, au milieu de l’expé- 
rience, on'comprime l’artère radiale au-dessous de l’in- 
strument, c’est-iiHlire en aval du point observé par rap- 
port au courant .sanguin, on voit ({u’imniédiatement 
l’amplitude des pulsations est augmentée, et surtout que 
le niveau de la ligne d’ensemble s’est élevé. La figure 5ü 
est produite dans ces circonstances (^1). 




Fig. as. 



(4) La physique nous rend très bien compio de ce qui s'est passé 
dans ce cas. On sait que, lorsqu'un courant liquide coule â travers un 
conduit, avec une certaine vitesse, si un obstacle subit arrête l écoule- 



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FORCE DU POULS. 2A8 

Ë. Influence de la nalure du mouvenienl expansir d'une arlore sur 
l'inlensilé de la sensiation taclile Tournie par le pouls. 

§ 70. — Nous avons à signaler ici une singulière illu- 
sion du toucher : elle consiste à nous faire trouver une 
pulsation d’autant plus forte qu’elle s’accomplit plus 
hrnsquometit. L’dmploi du sphyginogmphu nous permet 
d’éviter cette erreur, en nous donnant une mesure exacte 
de la force du pouls d’après le degré auquel le levier est 
soulevé à chaque haltementdu vaisseau. 

Lorsqu’au moyen de notre instrument on enregistre le 
pouls de certains sujets, on est étonné fort souvent de voir 
des pulsations que le doigt pouvait à peine sentir, se tra- 
duire par des tracés d’une amplitude énorme, taudis que 
des pulsations que le toucher sentait assez nettement ont 
fourni des tracés d’une amplitude peu considérable. 

l.es deux ligures 57 et 58 nous fonrnissenl deux types 
de ces genres opposés de pulsations, l.a ligure 57 repré- 




Fig. 57. 



sente le pouls d’un sujet chez lequel le doigt appliqué sur 

mont, toute la force vivo qui était acquise par celte vitCsSO sc Iraiis- 
fornie immédiatemeiil on pression latérale. C’est sur ce princi|>o qu'est 
twséo In cuiistruclion du bélier hijdrautiifue, — La mémo cboio arrive 
par rapport au mouvement du sang dans une arlero : si I on vient à cni- 
pùclior le courant do se faire au-dessous du spliygniograplie, In \ile?so 
perduo par le liquide se transforme en presuon latérale: or, coiinie le 
pouls est produit par cette pression même, il est augmenté dans su force 
au toucher, et l'amplitude du tracé est augmentée pareiiiunie:il. 

Inutile d’ajouter que, sur le schéma, le mémo plitMioméiie so produit, 
suivant que récoulemcnt a lieu par le tube auquel le spùygmugi aplio c.-l 
adapté, ou qu'on empêche cet écoulement par uiiu presstoii i xei cée' en 
aval de rinstrumeiil. 



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PIIÏSIOI-OGIE. 



m 

l’iirtore ne percevait aucune pulsation. Ce tracé est pris 
dans un cas d’embolie ayant oblitéré l’ai-tére humérale : 
le ptnils se produisait alore par le retour du .sang dans le 
vaisseau à travers les anastomoses collatérales. — I^a 
figure 58 est recueillie dans un cas de jiéricardite aiguë; 




bien que la pulsation eét peu d'amplitude, elle donnait 
au doigt la sensation d’un battement très net. 

I.a forme si différente de ces deux pulsations rend 
compte de l’illusion qui Faisait paraître si faible l’expan- 
sion de l’artère chez le pi eniier malade. Nous disons que 
ce phénomène tient à une illusion du toucher, car il fal- 
lait bien que le pouls du premier malade eût une force 
réelle pour soulever aussi haut le levier de l’appareil. Ce 
genre d’illusion se retrouve, du reste, relativement à toute 
sorte de sensations. On peut poser on principe que tout 
changement d’intensité d’un phénomène quelconque est 
d’autant plus nettement perçu par nos sens ([u’il est plus 
brusque. On en pourrait citer un grand nombre d’exem- 
ples. Ainsi, qu’une lumière augmente ou diminue gra- 
duellement d’intensité, nous nous en apercevons à peine; 
nous sommes, au contraire, très vivement et très pénible- 
ment impressionnés par les variations brusques, comme 
il s’en produit quelquefois dans la flamme du gaz. — Un 
son ipii ])a.sse graduellement d’une tonalité à une autre 
ne nous permet pas de saisir aussi facilement la différence 
de ton, (jue s’il se produit une tran.sition briis(juc d’une 
note à une autre, etc. 

Le nombre des cas dans lesquels la diminution de la 



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FORCE DU POULS. 



2Ù5 

force (lu pouls perçu par le toucher tient à la lenteur de 
l’expansion des vaisseaux est consid(*rahle. Les anciens 
auteurs, qui avaient d(^signé celte forme du pouls sous le 
nom de pouls lent, avaient signalé qu’elle s’accompagne 
en général de faiblesse de la pulsation. Nous ndrouverons 
souvent cette forme importante du pouls dans la suite, et 
particuli(')reinent lorsque nous traiterons des allections du 
cœur, des anévrysmes des arh'res et des embolies. 

La force avec Uujuelle le ressort du sphygmographe 
presse sur le pouls inilue beaucoup sur l’amplitude de la 
pulsation. Il arrive dans ces cas ce (pi’on observe si souvent 
dans l’exploration du poids par le toucher : certains sujets 
ont le pouls dépressible, c’est-à-dire ipie le vais.seau s’aplatit 
sous une pression tiop forte. — C’est iM)ur cette raison 
que nous avons adapté au ressort du sphygmographe une 
vis de réglage (p', fig. 24 ), qui permet d’exercer sur 
l’artère une pression plus ou moins forte. Lors doncipi’on 
enregistre le pouls d’un sujet, il faut, par le tâtonne- 
ment, chercher ipielle est la pression qui donne au pouls 
son amplitude maximum. — A égal volume du vaisseau, 
c’est l’état de la tension artérielle qui règle la pression 
(|u’on devra donner au ressort. S’il faut une grande pres- 
sion pour donner au pouls son amplitude maximum, 
c’est que la tension est forte; .s’il faut une faible pre.ssion, 
cela prouve que la tension artérielle est peu élevée. 



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CHAPITRE XII. 



PK I.A FORME nu POUI.S. 

C'est le caractère du pouls le plus important on clinique. — Dérectuo- 
sitès des classifications anciennes. 

Analyse de la forme du pouls dans les tracés graphiques, — Des diffé- 
renis éléments d’un tracé du pouls. 

De la ligne d’ensemble du tracé; rie,« inllnences qui font varier sa direc- 
tion. 

De la pulsation en clle-méme; ses différents éléments; forme do chacun 
d’eux. — a. Période d'ascension. — è. Sommet de la pulsation. — 
e. Période de descen te. 

§ 71 . — Nous voici arrivé au point le plus important 
de l’étude du pouls, à celui ipii préoccupait plus que tout 
autre les cliniciens d’autrolois, et dan.s lequel résidait, 
d’après eux, un des plus précieux élémenlsdu diagnostic. 
Les médecins d’aujounriiui ont reconnu combien il est 
difficile d’apprécier par le doigt .seul les variétés de la 
pulsation ; de plus , la découverte de l’auscultation a 
permis de remplacer, dans quelques cas, jiar l’étude des 
bruits du cœur et des vai.sseaux, l’observation trop diffi- 
cile des différentes formes du pouls. .Mais, grâce à l’in- 
strument enregistreur, la perception dos nuances les plus 
délicates de la pulsation devient chose facile ; au lieu 
d’appartenir exclusivement à quelques praticiens con- 
sommés, elle est possible pour tout le monde. Reste à 
déterminer la signification physiologique ou clinique de 
chacune des formes qui présentent un type à part. C’est 
ce que nous essayerons de faire en employant, suivant la 
méthode que nous avons adoptée, l’observation clinique 



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FORME DU POULS. 2&7 

conibinée avec les expériences physiologiques et phy- 
siques. 

Il ne faut pas s’attendre à trouver souvent dans la forme 
du pouls un signe pathognomonique d’une maladie; s’il 
en est ainsi dans quelques cas, le plus souvent, au con- 
traire, des maladies très différentes présentent 1a môme 
forme du pouls. D’autre part, dans le cours d'une même 
maladie, le pouls passe par une série de formes très 
variées dont chacune correspond à une phase particulière 
de l'évolution morbide. 

Des nuances moins tranchées sont produites encore par 
les influences horaires : tout le monde a pu observer, dans 
la plupartdes affections fébriles ou phlegmasique.s, ces exa- 
cerbations vespérales qui donnent parfois à la maladie une 
apparence d’intermittence. Le pouls se ressent de toutes 
ces conditions, dont nous devons tenir compte. ËnQn, il 
n’est pas jusqu’à l’attitude du sujet qui n’agisse sur la 
forme du pouls : ainsi, pour ne pas trop compliquer une 
question déjà assez dithcile par elle-même, il faut avoir 
soin de placer autant que possible tous les malades dans 
des conditions identiques. — Ceux qui ont fourni les tracés 
tju’on verra plus loin ont étéobservés presque tous le matin, 
de huit heures à dix; tous étaient placés dans le décubitus 
dorsal, le bras étendu sur le lit. — Il faut en outre s’assurer 
que le malade ne fait aucun effort et qu’il n’éprouve 
aucune émotion qui puisse amener quelque perturbation 
dans son état circulatoire. 

Dans de telles conditions, il ne reste plus pour influen- 
cer le pouls que l’état anatomique ou physiologique des 
oi’ganes de la circulation ; ce sont ces états que le pouls 
doit nous apprendre à reconnaître. 

I>e point du système artériel où l’on explore le pouls 



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PHYSIOI.OGIE. 



•248 

n’est pas indifférent ; ohaqiie arlére a son pouls particu- 
lier, de sorte que, si l’on comparait celui de la radiale 
d’un sujet à celui de la pédieuse, de la métatarsienne 
ou de la carotide d’un autre, on n'arriverait qu’à la con- 
fusion. Il faut donc choisir une artère toujours la même. 
Or, la meilleure nous semble être celle que de tout temps 
on a explorée de préférence : l’artère radiale au poignet. 
Les raisons qui nous la font préférer sont la plus grande 
facilité de fixer nn instrument à cette région, et la plus 
grande constance du pouls en ce point. La carotide, en 
effet, qui serait peut-être la meilleure artère, si elle tiou- 
vait être explorée facilement, est tantôt très sensible au 
doigt, tantôt profondément cachée derrière les parties 
molles, de sorte que parfois on peut à peine en sentir les 
battements. 

Toutes les influences dont nous aurons à parler au su jet 
de 1a forme du pouls et de ses changements sont pure- 
nient physiques; on peut les reproduire artificiellement. 
Notre schéma se prête très bien à ce genre d’étude; aussi 
y aurons-nous recours afin de contrôler les explications 
données pour chaque forme du pouls : ce sera en repro- 
duisant artificiellement chacune d’elles que nous justifie- 
rons les opinions que nous aurons avancées relativement 
à leur nature et à leur mode de production. 



ClaMlfleatiaoB ancleaim des fonnes dn ponU i 
leurs défeetuosUés. 



§ 72. — Au début de nos recherches cliniques, lorsque 
nous étions en possession d’un nombre considérable de 
tracés de pouls que nous pouvions comparer les uns aux 
autres, nous avons eu un instant l’espéraiice que, pour le 



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FORME DU POULS. 



2/j9 

groupement de ces types si variés, on pouvait s’aider de 
la classification adoptée par rancienne médecine. Nous 
croyions, en un mot, que nous allions trouver les types 
correspondants à chacune des désignations anciennes ; 
pouls grand el petit, large et étroit, dur et mou, plein et 
vide, vite et lent, serré, élevé, filiforme, formicant, ca- 
priznnt, etc. Mais nous vîmes bientôt que toute tentative 
dans ce sens était superfiue : d’abord, parce que la 
nomenclature ancienne est incomplète, et que dans une 
pulsation, elle ne tient pas compte des différents éléments 
que l’instrument nous révèle : ascension, sommet, des- 
centfi; ensuite, parce (pie la valeur des mots omploy('*.s‘ 
pour désigner chatpie forme du pouls est tro[) mal définie. 

Soit que chacune de ces expressions ait été peu à peu 
déviée de .son sens primitif, soit qu’il y ait dans ces di'si- 
gnations plutôt une synonymie encombrante qu’une véri- 
table variété, le fait est que les médecins ne s’entendent 
plus sur la valeur de tous ces noms. — Ainsi, les mots 
pouls vile et lent, (jui nous paraissent correspondre dans 
nos traci's au plus ou moins de rapidité de l’ascension du 
levier, ont été confondus par quelques auteurs avec ceux 
de fréquent et rare. — Les pouls dur et mou ont été con- 
fondus a\cc plein et vide. Sous cette désignation, certains 
médecins croient qu’on doit entendre un état particulier 
de la pulsation elle-même; d’autres pensent (|ue ces mots 
se rapjwrlent à l’apparence que le vaisseau présente sous 
le doigt qui l’explore : ce vaisseau, formant un cordon 
tantôt dur, tantôt mou, paraissant tantôt plein de sang, 
tantôt vide. 

Quoi qu’il en soit de la valeur réelle que les auteurs de 
cette nomenclature ont voulu donner à chacun de ces 
noms, on est, de nos jours, en désaccord complet; et 



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250 



PHYSIOLOGIE. 



deux médecins qu’on chargerait de caractériser par des 
noms la forme du pouls d’un malade, définiraient leurs 
sensations chacun à sa manière. 

Bordeu entreprit une classification sur une tout autre 
base : il désignait les types du pouls d’après le siège de 
la maladie dans laquelle ils se rencontrent. C’est ainsi 
qu'il admit le pouls capital, le guttural, le nasal, l’tntes- 
tinal, puis les pouls supérieur et inférieur, suivant que la 
maladie siégeait au-dessus ou au-dessous du diaphragme. 

temps a fait justice de toutes ces subtilités, mais 
quelques formes semblent attirer encore l’attention des 
médecins : ainsi le pouls abdominal. Cette forme semble 
entraîner l’idée d’une grande faiblesse de la pulsation, 
son type serait celui qu’on observe dans l’état ultime 
d’une péritonite. Mais, comme le fait remarquer Beau 
dans ses le<'ons cliniques, ce n’est là qu’une phase de 
l’afTection abdominale, et le pouls de la péritonite, pris 
dans la première période, offre des caractères tout oppo- 
sés. Du reste, l’existence de ces types fût-elle vraie, cos 
désignations supposent nécessairement qu’on a observé 
déjà bien des fois chacune des affections auxquelles elles 
correspondent; elles n’apprennent rien à celui ijui ne 
.sait rien ; pour le praticien exercé, elles sont inutiles. 

Une autre désignation que nous devons à Bordeu et qui 
a peut-être quelque chose de plus réel, c’est le pouls des 
crises. 11 est certain, en effet, que dans les différentes 
phases d’une maladie, il y a des changements brusques 
ou lents dans la forme du pouls, et que ceux-ci corres- 
jMindent à des changements simultanés dans l’état général 
du sujet. Mais ici, comme pour le cas précédent, parler 
du pouls de Virrilation ou de celui de la sueur, ce n’est 
j)as en décrire les caractères. 



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FORME DU POULS. 



251 



Ce n’est pas encore là toutes les raisons qui nous ont fait 
rejeter la méthode et les classifications anciennes dans 
l’étude du pouls. En comparant entre eux des tracés 
recueillis sur des malades et sur des sujets sains, nous 
vîmes bienlAt que la môme forme de pouls pouvait se 
présenter à l’état physiologique et dans certaines mala- 
dies. La conclusion nous parait facile à tirer. C’est que 
dans l’un et dans l’autre cas, il y avait un état semblable 
de la circulation. L’ivresse et la fièvre typhoïde donnent 
au pouls le même caractère : c’est qu’il y a dans ces deux 
cas un trouble semblable de la fonction circulatoire ; c’est 
ce trouble qu’il faut déterminer. Nous fiïnies ainsi ramené 
à étudier les causes qui modifient la forme du jiouls, non 
plus dans l’essence môme de la maladie, mais dans une 
influence toute locale agissant sur l’appareil circulatoire. 
Ce serait tantôt un changement dans la manière dont le 
cœur se contracte; tantôt une modification dans le dia- 
mètre et l’élasticité des artères; ailleurs uu changement 
dans l’état des capillaires qui, relâchés ou contractés, 
feraient varier la tension artérielle, et avec celle-ci la 
forme du pouls. En un mol, toutes les fois qu’un caractère 
du pouls existe dans deux maladies différentes par leur 
essence, il existerait dans ces maladies une condition 
commune |X)ur la circulation. 

C’est donc la cause physique de chacune des formes 
du pouls que nous devrons rechercher. La tâche serait 
longue, si nous n’uvions dans l’emploi de l’expérimen- 
tation physique un moyen do déterminer ces causes sou- 
vent difiiciles à saisir sur l’homme et sur les animaux ; 
mais, grâce à ce moyeu d’analyse et de contrôle, nous 
pourrons marcher rapidement dans cette étude. 

Pu moment que la forme du (xiuls se traduit par un 



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252 



PHYSIOLOGIE. 



la seule manière il’analyser celle forme est de la 
soumettre à nue sorte d'étude géométrique. Que les mé- 
decins qui ont horreur de l’introduction des sciences 
exactes dans notre art se rassurent; l’étude géométrique 
dont nous voulons parler n’exige pas des notions bien 
compliquées : elle se bornera presque toujours à savoir 
I si une ligne est droite ou courbe, verticale ou oblique, 
I horizontale ou non ; si un angle est plus ou moins ouvert, 
I si son sommet est plus ou moins aigu ou arrondi. Tels 
1 sont les principaux éléments sur lesquels reposera l’ana- 
lyse de la forme d’un tracé. 

Des différents éléments d'un tracé du pouls. 

Tout tracé se compose d’une série de courljcs dont cha- 
cune correspond à un battement du pouls; ws courltcs, 
nous les désignerons sous le nom de pulsations. Chaque 
pulsation, à son tour, se compose de trois parties fonda- 
mentales ; l’aicension, le sommet et la descente. On a déjà 
vu comment chaque partie .se trouve constituée : l’ascen- 
sion par le début de l’afflux du .sang, le sommet par la 
durée de cet afflux, la descente par l’écoulement seul du 
sang qui sort du système artériel à travers les vaisseaux 
capillaires. 

Une série de pulsations forme une figure .située sur une 
ligne sensiblement horizontale. En effet, comme ou peut 
le voir en parcourant les spécimens du pouls dont nous 
présentons un grand nombre, si l’on faisait pa.sser une 
ligne par les sommets ou les bases de chacune des pulsa- 
tions, cette ligne serait horizontale dans la plupart des 
* cas. Nous la désignerons sous le nom de ligw d'ensemble 
des pulsations. Dans tous les cas, on peut sur un tracé 
prendre deux lignes d’ensemble, celle qui passerait par 



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l OHME Df l’OlîLS. 



253 



le sommet île chaque pulsation et celle qui passerait par 
sa base. 

Ce qui frappe le plus lorsqu’on jette les yeux, sur un 
tracé, c’est la ligne d’ensemble, les autres détails ne s'ob- 
servent que plus tard, cette ligne doit donc être étudiée 
avant tout. 

De la ligue d'enaembic du tracé dea pulaallona. 

g 73. — Lorsque la ligne d’ensemble joint entre cu.x 
les sommets de toutes les pulsations d’un tracé, on con- 
çoit ipie si toutes ces pulsations sont égales, cette ligne 
sera parfaitement horizontale, tandis tprellc deviendra 
.sinueuse , dès que les pulsations cesseront d’offiâr une 
parfaite régularité. 

Dans CCS conditions, la ligne d’ensemble correspond 
aux maxima de la tension artérielle, mais sa position ne 
saurait toutefois nous donner une idée de l’état de la 
pression du sang. En effet, il faudrait avoir un point do 
repèie auquel on rapporterait le niveau de cette ligne ; 
il faudrait avoir une ligne de zéro, afin d’apprécier l’in- 
tervalle qui existe entre ce zéro et la jiression existante. 
Mais si le sphygmographe ne peut pas donner une mesure 
absolue de la tension artérielle, il permet d’apprécier très 
exactement les variations que cette tension éprouve; il en 
donne j>ar conséquent une mesure relative. Ainsi, quand 
rinstruinent est fixé sur le poignet, s’il s’exerce une 
influence locale quelconque pour élever ou abaisser la 
pression du sang dans la radiale, la ligne d’ensemble 
s’élève ou s’abaisse d’une manière correspondante. 

Pour en citer un exemple, nous mentionnerons les 
effets de la pesanteur sur le cours du sang. — On sait 



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PHYSIOLOGIE. 



25 & 

que si un membre est mis dans une position déclive, la 
pression du sang s'élève dans les artères de ce membre, 
et que si on le lient élevé, la pression baisse dans ces vais- 
seaux. — Après avoir placé le spbygmographe sur la 
radiale et commence à enregistrer le pouls, tandis que le 
bras est placé horizontalement, si l’on élève subitement 
le membre, on voit, dans la seconde partie du tracé, que 
la ligne d’ensemble s’est abaissée, indiquant par là une 
diminution de la pression sanguine. 

Quand on abaisse le bras au-dessous de la position 
horizontale, l’elTet inverse se produit : dans ce cas, l’ac- 
croissement de la pression aiiérielle se traduit par une 
élévation du niveau de la ligne d’ensemble. 

Le tracé suivant démontre ce fait d’une manière évi- 
dente. 

la figure 59 correspond à une expérience dans la- 




Fig. 59. 



quelle le bras, tenu horizontalement d’abord de a en b, 
a été élevé pendant la seconde partie du tracé de c 
en (/. ' 

Si l’on cx[H!rinienlc en se servant du schéma, on peut 
reproduire le même phénomène. Sur la planche qui sup- 
porte l’appareil on articule un bras artificiel susceptible 
de prendre toutes les attitudes ; ce bras loge dans une gout- 
tière les tubes qui correspondent à son système artériel ; 
le sphygmographe est appliqué au {loint correspondant à 
l’artère radiale. — Si, pendant qu’on prend le tracé du 
pouls dans ces conditions, on fait varier l’attitude du bras. 



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• FORME DU POULS. 



255 



on voit se produire les effets que nous avons signalés tout 
à riieure dans rexpérionce faite sur le vivant. Il y a dans 
les deux cas similitude d’effet, comme il y avait similitude 
de cause. 

On peut de la même manière s’assurer des influences 
que les différentes attitudes du corps exercent sur la ten- 
sion artérielle, en laissant le bras immobile et en donnant 
aux autres parties du corps toutes les positions possibles. 
Ainsi, on voit cpie si l’on prend le pouls de la radiale 
gauche, la pression augmente (piand on élève le bras droit 
(Rg. 00). — Une infinité d’autres expériences peuvent se 




Fig. üU. 



faire pour prouver que tout obstacle au passage du sang 
dans un point quelconque du système artériel élève la 
pression du sang dans toutes les autres artères. Ainsi la 
compression des artères fémorales élève le niveau de la 
ligne d’ensemble du tracé de la radiale (voy. fig. 42). 
Dans toutes les expériences de ce genre, il faut immobi- 
liser avec grand scjin le bras sur lequel on expérimente, 
car un déplacement du poignet produirait une cause 
d’erreur. 

§ 74. — Lorsque la ligne d’ensemble est obtenue en 
joignant entre elles les parties inférieures de toutes les 
pulsations, elle correspond aux minima de la tension 
artérielle. Ici encore on ne saurait avoir une idée de la 
valeur absolue de ces minima, parce que le zéro de la 
graduation du tracé n’est pas connu, mais toute variation 
tjui survient à un moment donné dans les minima de la 



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25G 



PlIYSIOLOüIt. 



pression se traduit par im /ibaissoinent do la ligne d’en- 
semble qui cesse d’ôtre horizontale. 

Un abaissement du minimum d'une pulsation indùpic 
que récoulcnient du sang à travers les capillaires s’est 
fait d’une manière plus complète; or, comme la per- 
méabilité des artères ne change jamais d’une manière 
brus(iue, cet abaissement des minima n’arrive guère (pie 
dans le cas où la contraction du cœur se fait attendre 
plus longtemps ipic de coutume , et laisse à l’écoulement 
du sang à travers les capillaires plus de temps pour s’ac- 
complir. La ligure 54 représentait un cas de ce genre, 
üans la plupart des cas les deux ligues subissent des dé- 
viations parallèles. 

De toutes les influences ipii agis.sent sur la pres.sion 
du sang dans les artères et font varier la ligne d’en- 
semble du tracé , la plus intéressante à étudier est 
rintlucnce de la respiration. Cotte fonction, en effet, est 
intimement liée à la circulation, et iichaipie instant on 
la voit intervenir : la dyspnée, l’effort, la toux, le ho- 
quet, etc., de même que tes altérations pulmonaires, pro- 
dui.senl des ondulations de diverses formes dans la ligue 
d’ensemble du tracé du pouls; ces influences auront besoin 
d’ètre traitées dans un chapitre spécial pour recevoir tous 
les développements cpi’elles méritent. 



De la palaattan ea cUe-nu''Oic. 

a. Pcrio'le d'asœnsion. 

La période d’ascension du traa.^ correspond, comme 
on le sait, à l’afllux du sang dans le système artériel, sous 
rinfluence de la contraction du ventricule. Clle nous ex- 
prime, parsii forme, la manière dont le sang pénètre dans 



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FORME DU POULS. 257 

les artères, ce qui peut se faire d’une manière plus ou 
moins rapide. 

L’arriTée du .sang dans les artères élève la pression 
dans ces vaisseaux; plus ce sang y sera projeté avec rapi- 
dité, plus la période d'ascension de la pulsation sera ra- 
pide elle-même. Dans ces conditions, le tracé exprimera 
par une ascension verticale cette impulsion rapide des 
ondées sanguines. En effet, pendant le temps très court 
que la tension artérielle mettra à atteindre son maximum, 
le mouvement de la plaque sur laquelle s’écrit la pulsation 
sera sensiblement nul (1). 

Si l’ondée sanguine ne pénètre que lentement dans les 
artères, la pression du sang dans ces vaisseaux n’augmen- 
tera que d’une manière lente; l’afcefm'on sera donc obli- 
que, car, pendant qu’elle s’effectuera, la plaque qui reçoit 
le tracé cheminera d'une certaine quantité. De la combi- 
naison de ces deux mouvements perpendiculaires l’un à 
l’autre, résultera une ligne oblique (2) . 

La verticalité et l’obliquité ne sont pas les deux seules 
fonnes qui appartiennent à la période d’ascension de la 

(4 ) C'est BurlOQl dans le tracé du pouls pris sur les artères voisines 
du coeur que la forme de l’ascensioD du tracé fournit une indication Gdële 
de la manière dont le ventricule se contracte. A la radiale, U forme du 
pools arrive modifiée déjà par l’élasticité des parties du système artériel 
situées en avant du point observé. Toutefois le pouls radial n'en est 
pas moins le meilleur qu'on paisse choisir dans la majorité des cas, car 
il nous renseigne mieux que tout autre sur l'état anatomique ou physio- 
logique des vaisseaux artériels. 

(2) La projection de cette ascension sur la ligne des abscisses, au- 
trement dit la longueur qui se mesure sur cette ligne, à partir du début 
de l'ascension jusqu’au pied de la perpendiculaire abaissée du sommet 
de la pulsation, exprimera en temps la durée de l'ascension. On pourra 
donc comparer cette durée à celle de la pulsation tout entière ou de 
chacun de ses éléments. 



17 



‘258 



PUVSIULOGIË. 



pulsation ; on peut même dire que l'obliquité rectiligne 
n’existe presque jamais; on rencontre, le plus souvent, 
une courbe oblique. — Une courbe est l’expression d’un 
mouvement varié; elle indique que le rapport de la vitesse 
du mouvement du levier et de celui de la plaque change 
à chaque instant (1). Toute espèce de mouvement peut 
donc s’analyser avec une grande facilité, et il est facile 
de comparer, dans différents cas, la nature de l’afflux du 
sang dans les artères, autrement dit, le début de la systole 
des ventricules. 

L’ascension peut encore se faire d’une autre manière : 
elle peut être saccadée, c’est-à-dire brusque d’abord, puis 
lente. On prévoit déjà par quelle ligne se traduira un pa- 
reil mouvement ; ce sera une ligne d’abord verticale, puis 

(4) Prenons pour exemple un cas très simple. Soit (Tig. 61) a, l>, c, 
la forme de l'ascension dans une pulsation : on va voir 
que cette forme exprime ce que l'on appelle en phy- 
sique un mouvement accéléré, puis diminué. 

En étudiant ce qui se passe de a en b, on voit que la 
ligne est d’abord presque horizontale, c’est-à-dire que 
l'ascension est très faihie par rapport à la translation de la plaque ; 
puis cette ligne devient oblique, ce qui exprime que l'ascension devient 
plus sensible et que sa rapidité est égale à celle de la translation de la 
plaque, quand la ligne est inclinée à iS degrés. Bientôt l'ascension 
devient plus rapide et se rapproche de la verticalité qu’elle atteint 
presqueau point b. A ce moment, l'ascension était tellement rapide, que 
la translation était relativement nulle pendant la fin de cette première 
période. 

La deuxième période, b, c, nous montre le mouvement diminué. En effet, ^ 
la ligne, d'abord presque verticale, c'est-à-dire exprimant une ascension 
extrêmement rapide, devient de plus en plus oblique, ce qui veut dire 
que le mouvement ascensionnel faiblit et que la translation de la plaque 
devient relativement plus rapide; bientôt cette translation se mani- 
feste seule; l'ascension, à force de diminuer, est devenue sensiblement 
nulle, et la ligne est horizontale en c. 




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FUKME DU FOULS. 



259 



ubliquc(l), ou plutôt courbe, cooiine dans la figure ü!i. 
Celte forme du pouls ne s’observe guère à la radiale 
que dans les cas pathologiques : ainsi dans l’insuffi- 
sance aortique et dans certains anévrysmes de l’aorte. 
On a déjà vu que c’est la forme ordinaire du pouls de 
l’aorte chez le cheval, ce qui tient à la nature du mouve- 
ment systolique chez cet animal. Nous croyons inutile de 
donner plus d’explications sur les différentes formes que 
peut présenter la ligne d’ascension; la signification de 
chacune d’elles s'expliquera d’elle-môme quand nous au- 
rons indiqué les conditions dans lesquelles elles se pro- 
duisent. 

6. Ou sommet de lu pulsation. 

§ 75. — On pourrait croire que le sommet de la pulsa- 
tion est un point mathématique intermédiaire elitre l’a«- 
cension et la descente, et correspondant à ce moment très 
court où rafQux liesse de contre-balancer l’écoulement du 
sang. 11 n’en est pas ainsi , et nous allons voir qu’il faut., 
dans certains cas, assigner une étendue au sommet de la 
pulsation. 

Dans la figure 62, on voit que l’ascension est suivie d’un 




- tiK- (i:t. 



temps d’arrêt dans lequel le levier reste fixe dès qu’ü esl 
arrivé au sommet de sa source. Il y a, pour ainsi dire, équi- 

(4) Jamais on ne rencontre une ligne oblique d'abord, puis verticale. V 
Cela se conçoit facilement, car les ascensions saccadées tiennent à ce que 
le cœur, qui se contracte d'abord avec vitesse, trouve, é un moniem 
donné, une résistance subite dans les vaisseaux distendus. Nous nous 
expliquerons sur ce point. 



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260 



PHYSIOLOGIE. 



libre entre l’afflux et l’écoulement du sang. En effet, si 
l’afflux prédominait, le levier s’élèverait encore ; s’il s’ar- 
rêtait, comme l’écoulement à travers les capillaires a 
toujours lieu, le levier commencerait à descendre à partir 
du sommet de l’ascension. 11 faut donc, de toute néces- 
sité que, pendant la partie horizontale, l’afflux du sang 
et son écoulement se compensent d’une manière par- 
faite, et qu’à chaque instant il entre dans les artères une 
quantité de sang absolument égale à celle qui sort par 
les capillaires. Il est également évident que, dans ce type 
du pouls, la durée de la période systolique se prolonge 
jusqu’à la fin de la ligne horizontale qui constitue le 
sommet. — On verra que cette forme s’explique parfaite- 
ment par la nature de l'affection qui la produit le plus 
souvent : l’induration ou l’ossification sénile des artères. 

I Nous appelons plateau cette forme du sommet de la 
pulsation. Ce plateau n’est pas, en général, séparé des 
périodes d’ascension et de descente par des angles aussi 
vifs que ceux qui sont représentés précédemment ; le plus 
souvent, il est limité par des angles arrondis. 

Le plateau peut n’ètre pas horizontal, cela arrive toutes 
les fois que l’afflux et l’écoulement du sang artériel ne 
sont pas d’une égalité parfaite. Un plateau ascendant 
indique la prédominance de l’afflux sur l’écoulement; un 
plateau descendant indique que c’est l’écoulement qui 
prédomine. 

Le sommet peut être précédé d’une pointe très aiguë 




Fig. 63. 

(fig. 66} ; cette pointe est formée par un mouvement très 



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FORME DU POULS. 



26! 



brusque du levier qui monte et descend en repassant 
presque dans le même trait; ce mouvement est donc 
excessivement rapide. Il n’appartient pas toujours en 
propre à la pulsation, mais il peut être formé par la 
vitesse acquise du levier de l’appareil. Un pareil effet ne 
se produit que dans le cas où le levier est soulevé avec 
une rapidité extrême; aussi avons-nous tenu à conserver 
dans notre instrument un certain poids au levier, afin 
que cette projection puisse avoir lieu. En effet, c’est un 
excellent signe, très précieux pour le diagnostic de cer- 
taines maladies du cœur. Si l’on donnait trop de légèreté 
au levier, ce signe disparaîtrait, et l’on n’aurait plus dans 
l’ascension qu’une ligne verticale, ce qui s’observe dans 
un grand nombre de cas. 

La pointe que nous venons de décrire peut être le point 
culminant de la pulsation , mais aussi elle peut arriver 
avant le sommet, comme cela se voit dans le cas d’as- 




ü4. 



cension saccadée ; elle occupe alors la fin de la partie 
verticale, et y forme un petit crochet, comme dans la 
figure 64. 

• c. Période de descente de la pulsation. 



§ 76. — Dès que l’ondée chassée par le ventricule a 
pénétré dans les artères, les valvules sigmoïdes dé l'aorte 
se ferment derrière elle; à partir de ce moment, jusqu’à 
la pulsation suivante, la pression baisse dans le système 
artériel. C’est cette période qui se traduit dans le tracé 
par la descente de la pulsation. 



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PHYSIOLOGIE. 

Plus la pression baissera vite, plus la ligne de descente 
sera oblique ; on conçoit donc que la direction de cette 
ligne doit fournir des renseignements sur la facilité de 
l’écoulement du sang. Du reste, cette obliquité est inti- 
mement liée à l’amplitude ainsi qu’à la fréquence du 
pouls, puisque en définitive la ligne de descente joint le 
sommet d’une pulsation à la base de la pulsation sui- 
vante. 

Quant à la forme de cette ligne, elle nous fournira les 
renseignements les plus précieux. Cette forme est sus- 
ceptible d’un nombre considérable de variations : tantôt 
c’est une ligne oblique pure, tantôt c’est une courbe ana- 
li^ue à celle que nous avons signalée pour l’ascension. 
D’autres fois, elle est formée d’ondulations multiples, 
comme si une série de petites pulsations artérielles se 
produisaient pendant le repos du cœur. C’est en effet ce 
qui a lieu et ce qui constitue le phénomène du dicrotisme, 
sur lequel nous aurons à nous expliquer. Le phénomène 
du dicrotisme, qui n’est sensible au doigt que dans des cas 
très rares, et seulement quand il présente une extrême 
intensité, existe presque toujours à l’état rudimen- 
taire. De plus, le nombre de ces pulsations secondaires, 
au lieu d’être borné à une oudeux, peut s’élever à quatre 
ou cinq dans certains cas, de telle sorte que le mot de 
dicrotisme, pris dans le sens littéral, serait impropre, et 
qu’il y aurait avantage à y substituer le mot rebor^ü. 
semenl. 

La période de descente présente à son début un rebon- 
dissement d’une nature particulière qui tient immé- 
diatement à la clôture de valvules sigmoïdes de l’aorte ; 
ce phénomène, très apparent dans le pouls de l’aorte et 
de la carotide, s’éteint peu à peu dans les artères qui sont 



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FORME DU POUI-S. 



263 



plus éloignées du cœur. Cependant, dans certains cas, on 
l'observe jusque dans l’artère radiale. L’explication de 
ce phénomène trouvera sa place dans le chapitre suivant, 
où nous parlerons- de la cause du rebondissement ou 
dicrotisme du pouls. 

Les expériences que nous avons faites au moyen du 
schéma nous ont fourni la confirmation des idées que 
nous venons d’émettre relativement à la production des 
formes si variées qui peuvent exister dans chaque élé- 
ment d’une pulsation. Sans y insister plus longuement, 
il nous suffira de dire que l’ascension verticale se trouve 
dans les tracés toutes les fois qu’on donne de ta force 
aux impulsions ou que la pression du liquide dans les 
tubes est peu élevée. La forme courbe de l’ascension appa- 
raît au contraire, toutes les fois que l’impulsion est lente, 
et particulièrement lorsqu’on crée au niveau de l’orifice 
aortique un rétrécissement qui ne laisse arriver chaque 
ondée que d’une manière graduelle. Les différentes 
formes du sommet, les rebondissementsde la descente, etc. , 
s’observent paiement sur le schéma. Enfin le rebondis- 
sement produit par la clôture des valvules sigmoïdes se 
reproduit également dans ces expériences, et l’on peut 
même, en faisant varier la disposition de ces valvules, 
donner à cette ondulation des formes partictdières, aug- 
menter ou diminuer à volonté son intensité (voyez § 55). 



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CHAPITRÉ. XllI. 

I • 

DU POULS REBONDISSANT OU DlCaOTE. ' 

L« dicrolisme du pouls est un pliénoinène physiologique, on l'obsen’e 
presque chez tous les sujets ; seulement il n'est sensible au doigt que 
dans Im cas où il est extrêmement prononcé. — Le doigt peut con- 
fondre deux sortes de rebondissements bien différents, dont l'une se 
produit pendant la période d'ampliation du vaisseau, l’autre pendant 
sa période de retrait. 

Ganse du dicrotisme ; c'est un effet de la vitesse acquise de la colonne 
liquide contenue dans le vaisseau. — Expérience. De l’air poussé dans 
un tube y produit des pulsations , mais pas de dicrolisme. — De 
l'eau dans le même tube produit un dicrolisme. — Du mercure donne 
lieu à un dicrolisme encore plus prononcé. — Le dicrolisme, peu 
sensible dans l’aorte, se produit à un haut degré dans les grosses 
artères de la périphérie. — Démonstration directe de l'existence 
de mouvements alternatifs du sang dans les grosses artères. 

Des conditions qui font varier l'intensité du dicrolisme. — Influence de 
l’élasticité des artères. — Influence de l’état de la tension artérielle. 
— Influence du volume de l'ondée lancée par le ventricule sur l'in- 
tensité du dicrotisme. 

Des conditions qni font varier le nombre des rebondissements dans le 
pouls dicrote. 

§ 77. — Parmi les formes du pouls que le doigt peut 
sentir, l’une des plus intéressantes par sa valeur clinique 
est le pouls rebondissant ou dicrote. Les anciens auteurs 
nommaient encore cette forme du pouls bis ferions, parce 
que le doigt est en eflet frappé par deux battements suc- 
cessifs pour une seule contraction du cœur. 

Ce type du pouls auquel les cliniciens attachaient une 
grande importance, n’est point rare comme on le croyait, 
c’est au contraire une forme à peu près constante de la 



noglc' 



DU POULS BEBONDISSANT OU DICBOTE. 265 

pulsation artérielle pendant sa période de descente; mais 
. ce qui est rare, c’est que le rebondissement atteigne une 
intensité suflBsante pour être perçu par le toucher; cela 
n’arrive que dans certaines maladies, particulièrement 
dans celles qui revêtent la forme dite typhoïde. En dehors 
de ces cas, le rebondissement est trop faible et échappe à 
notre toucher, comme cela arrive pour la plupart des 
autres caractères que nous avons déjà décrits à propos de 
la forme du pouls. 

Une distinction importante que la palpation du pouls ne 
permet pas de faire consiste à déterminer si le rebondis- 
sement a lieu dans la période de diastole du vaisseau (as- 
cension de la pulsation), ou bien dans sa période de systole 
(descente). Bouillaud enseigne avec raison que, dans l’in- 
suflSsance aortique, le pouls est dicrote ; mais, dans cette 
affection , c’est à la période d’ascension qu’appartient le 
rebondissement ; ce phénomène est d’une tout autre na- 
ture que le rebondissement qui se produit dans la période 
de descente : c’est ce dernier qui constitue le dicrotisme 
proprement dit. 

Rien de plus facile, au moyen du sphygmographe, que 
de déterminer à laquelle des deux périodes appartient le 
rebondissement. Les types suivants (fig. 65 et 66) mon- 






trent la ditférence qui existe entre ces deux espèces de 
rebondissement du pouls. 



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PHYSlOLOTiIE. 



26 T) 



Dr la canac dn dlero(isinr< 

§ 78. — Comment sc produit ce phénomène? C’est là 
ce qu’il est important de déterminer, non-seulement au 
point de vue de la physiologie, mais surtout à celui de la 
clinique, et afin de mieux connaître quel est l’état circu- 
latoire dans les maladies qui présentent à un haut degré 
c«tte forme du pouls. 

Il y a longtemps que l’auscultation a prouvé que le cœur 
ne se contracte qu’une fois pour produire les deux batte- 
ments consécutifs du pouls dicrote. — Ce fait démontré, 
les physiologistes s’ingénièrent à trouver en dehoi-s du 
(MBur la cause d’une impulsion nouvelle ; ils crurent un 
instant la trouver dans une contraction des artères. Iji 
contractilité des artères est aujourd’hui bien démontrée : 
il était donc permis de supposer qu’une contraction de ces 
vaisseaux pouvait produire le phénomène du dicrotisme. 
Mais, d’abord, les contractions rhythmiques des artères 
n’ont jamais la fréquence des battements du cœur, elles 
ne sauraient donc produire, après chacun des battements 
de cet organe, une pulsation nouvelle. De plus, l’expé- 
rience suivante montre que le pouls dicrote se produit 
artificiellement sur un simple tube élastique, par consé- 
i|uent hors de toute influence de lacontractilité du vaisseau. 

Qu’on adapte le spbygmograpbe sur le tube qui, dans 
notre schéma, correspond à l’artère radiale (au point S’, 
fig. 19), et qu’on fasse marcher la circulation avec une 
tension artérielle peu élevée, on obtient un très beau spé- 
cimen de pouls dicrote. 

mmammm 



r „ ''«1 by 



Kig. t)7. 



CAUSE DU DICROTISME. 



267 



C’est qu’en effet le dicrotisme est un phénomène pure- 
ment physique. Il dépend d’une double cause : 1' de la 
vitesse acquise que prend la colonne liquide lancée dans 
les vaisseaux ; 2" de l’élasticité des vaisseaux qui fait osciller 
cette colonne liquide dans une direction alternativement i 
centrifuge et centripète. Nous allons essayer d’analyser le ^ 
phénomène d’une manière plus complète. / 



Supposons qu’au lieu d’un liquide pesant, nous ayons 
dans les tubes du schéma un fluide presque sans pesanteur, 
de l’air par exemple. Cet air, poussé dans les vaisseaux, 
ne sera animé d’aucune vitesse acquise dès que l’impul- 
sion aura cessé; il n’y aura jamais de dicrotisme, comme 
cela se voit figure 68. Mais, si nous remplaçons l’air par 
de l’eau, le dicrotisme apparaît. 




Kig. (ia. 



§ 79. — L’expérience suivante rendra plus saisissantes 
les conditions dans lesquelles se produit le rebondissement 
de la pulsation. Soit (fig. 69) un long tube de verre à 




Fig. 69. 



l’extrémité duquel sont adaptés en S et S' des tronçons de 
tubes de caoutchouc fermés à leurs extrémités; ce système 
de tubes est clos et ne contient que de l’air. Adaptons 
un sphygmographe à l’un des tubes de caoutchouc, soit 
en S', et pres.sons brusquement entre les doigts le tube S. 
Aussitftt le sphygmographe, qui traçait une ligne hori- 



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268 PHTSIOLXHilF,. 

zoiriale (fig. 70), indique, par une ascension verticale du 
tracé, que la tension vient de s’élever subitement; puis, à 




Kig. 7 U, 



partir de ce moment, il se remet à tracer une ligne hori- 
zontale. Si l’on cesse de comprimer le tronçon élastique S, 
le levier retombe à son niveau primitif, et y donne de 
nouveau une ligne horizontale jusqu’à ce que l’on com- 
prime encore le point S, et ainsi de suite. 

Conservons le même appareil, mais emplissons-le d’eau 
à la place d’air, et répétons l’expérience de la môme ma- 
nière, le tracé obtenu sera le suivant. 




rig. 71. 



C’est-à-dire qu’il y aura, à chaque fois que l’on com- 
primera ou qu’on relâchera l’un des tubes de caoutchouc, 
une série de rebondissements produits par les oscillations 
de la colonne liquide. Cette colonne, mise en mouvement 
de S en S’, prendra une vitesse acquise en vertu de la- 
quelle elle distendra l’extrémité du tube S'. Dès que cette 
vitesse sera éteinte, le retrait élastique du tronçon S' don- 
nera à la colonne liquide une impulsion nouvelle qui la 
ramènera en S. Mais cette colonne ne s’arrêtera pas au 
moment où la pression sera devenue égale en Set en S': 
la vitesse acquise dans ce trajet lui fera dépasser ce point 
et rendra la pression en S plus forte qu’en S'. Une nou- 



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CAUSE DU DICROTISME. * 



269 

velle oscillation en sens inverse se produira, et ainsi de 
suite, jusqu'à ce ({ue les résistances que le liquide éprouve 
à se mouvoir dans le tube éteignent ces oscillations d’une 
manière graduelle. Au lieu d’eau, remplissons l’appareil 
avec du mercure, les rebondissements prendront une in- 
tensité énorme (fig. 72) à cause de la densité considé- 
rable du liquide employé. 




r>g. 72. 



N'y a-t-il pas identité parfaite entre ce phénomène et 
une oscillation quelconque, celle d’un pendule, par 
exemple? De part et d’autre, c’est un corps pesant qu’une 
force tend à ramener à un état d'équilibre, et qui, en s'ap- 
prochant de ce point, prend une vitesse acquise qui tend 
à le lui faire dépasser (1). 

Jusqu'à présent, nous avons parlé des oscillations du 
liquide, abstraction faite de l’écoulement de celui-ci à 
travers les vaisseaux. L’appareil dont nous nous sommes 
servi était clos, de sorte que, lorsqu’on exerçait une com- 
pression à l’un des bouts du tube, l’autre extrémité .se 

(4) Vierordl avait peosé que les tracés fournis par notre instrument 
pouvaient être altérés par des vibrations propres au levier, et c'est à cette 
cause qu'il attribuait le dicrotisme que présentent la plupart de nos 
traces (voy. K. Vierordt, Grundrist der Physiologie des Ueiuchen, erste 
Lieferung, p. 98). Nous croyons qu'une pareille objection n’a plus besoin 
d’étre réfutée en présence des expériences que noos venons de rappor- 
ter, expériences dans lesquelles l'existence ou l'absence du dicrotisme 
tenait à la nature du fluide contenu dans les tubes, et non k la dispo- 
sition de l'appareil qui restait la même dans tous les cas. 



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270 



l'IlYSlULOUib. 



distendait; celle-ci, sauf les variations temporaires pro- 
duites par les oscillations, gardait indéflniment sa tension 
augmentée. Dans les phénomènes de la circulation du 
sang, il s’ajoute un élément de plus relativement au mou- 
vement du liquide, c’est l’écoulement de celui-ci par les 
voies capillaires. Pour imiter cette condition, il suffit d’é- 
tablir à l’extrémité du tube qui porte le sphygmographe 
un petit oi'iQce d’écoulement. Alors, en même temps que 
les oscillations auront lieu, la ligne de descente de la pul- 
sation se produira sous l’influence de l’écoulement du 
liquide, et l’on obtiendra la figure suivante : 




§ 80. — La disposition de l’appareil circulatoire per- 
met-elle d’expliquer les rebondissements du pouls par des 
oscillations de la colonne liquide semblables à celles dont 
nous avons démontré l’existence dans le tube représenté 
figure 69? Telle est la question que l’on doit se poser avant 
de pousser plus loin l’étude physiologique de ce phéno- 
mène. 

Pour prouver que ce sont bien des oscillations de la co- 
lonne liquide tout entière qui produisent les rebondisse- 
ments successifs accusés par le sphygmographe, nous 
avions employé un tube rigide dont les extrémités seules 
étaient élastiques ; dans de telles conditions, il n’y avait 
pas de doute possible sur la nature du mouvement qui se 
produisait, car il fallait, de toute nécessité, que la colonne 
liquide se mût tout d’une pièce dans la partie non élastique. 
Qu’arrivera-t-il si le tube est élastique dans son entier? 

L’expérience est facile à faire; elle montre que, dans 
du telles conditions, un obtient des rebondissements ideu- 



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CAUSE I)U mCRUTISME. 



271 



tiques avec ceux que uous connaissons déjà, saut' qu’ils soûl 
un peu moins brefs, car l’élasticité qui transforme le 
mouvement du liquide, comme nous l’avons déjà vu, 
tend sans cesse à éteindre les mouvements saccadés. La 
Ggure 7à montre les oscillations qui se produisent, si le 
tube est élastique dans toute sa longueur. 




Fig. 74. 



Si nous nous rapprochons davantage des conditions qui 
existent dans la circulation du sang, et si, pour cela, nous 
employons un système de tubes élastiques branchés sur 
un autre tube plus volumineux et élastique lui-méme, de 
manière à imiter la disposition de l’aorte et les princi- 
paux tracés artériels, comme cela se voit dans le schéma, 
uous obtenons encore le môme phénomène, c’est-à-dire 
qu’une série de t’ebondissements se produira après chaque 
pulsation. 

Le schéma permet de constater facilement l'existeuce 
du pouls rebondissant; on a pu le voir par la figure 67. 

Dans ces conditions, l’ondée lancée par le ventricule se 
porte vers la périphérie et, par suite de la vitesse acquise, 
abandonne les régions initiales de l’aorte pour distendre 
les extrémités du système artériel. Arrêtée en ce dernier 
point par l’étroitesse des artères i^ui lui fait obstacle, elle 
reflue vers l’origine de l’aorte; mais cette voie est fermée j 
par les valvules sigmo'ides. Nouvel obstacle, nouveau re* 
tlux,et par suite nouvelle ondulation (ou rebondissement). 



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272 



PHYSIOLOGIE. 



Ces oscillations alternetives se produisent jusqu’à ce qu'une 
contraction du ventricule vienne y mettre fin en produi- 
sant une pulsation nouvelle. 

Pour avoir une idée exacte de la manière dont se pro- 
duit l’oscillation qui constitue le dicrotisme, il faut com- 
parer la forme du pouls enregistré à la fois dans diffé- 
rentes artères. On a déjà vu que l’aorte fournit une 
pulsation d’une forme particulière dans laquelle le dicro- 
tisme est ordinairement peu prononcé. La figure 38, qui 
renferme à la fois le pouls aortique (ligue 2) et le pouls 
de l’artère fémorale (ligne 3) montre que, dans la fémo- 
rale, le pouls présente un dicrotisme beaucoup plus pro- 
noncé que dans l’aorte. 

Si l’on compare (fig. 75) le pouls de l’aorte (ligne su- 




Fig. 75. 



périeure) à celui de la faciale (ligue inférieure), on voit 
aussi que dans ce dernier vaisseau le dicrotisme est beau- 
coup plus prononcé. 

La conclusion qui ressort de ces deux faits est celle-ci : 
le phénomène d’oscillation qui constitue le dicrotisme se 
produit dans les artères de la périphérie. — On comprend 
qu’il en soit, ainsi du moment qu’il est prouvé que le 
phénomène du dicrotisme est produit par l’oscillation de 
la colonne liquide logée dans les artères. Cette oscillation, 
en efiet, exige, pour se produire, une impulsion rapide 



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CAUSE DU DICROTISHE. 



273 



du liquide el une masse assez grande mise en mouvement. 
Or, ces conditions sont d’autant mieux- réalisées qu’on a 
affaire à une artère plus longue el plus volumineuse; on 
peut s’en assurer sur le schéma en adaptant à celui-ci des 
tubes de différentes longueurs : les tubes les plus longs 
sont ceux dans lesquels le dicrotisme se produit au plus 
haut degré. 

§ 8f . — Si l’on veut une preuve de plus de la réalité 
de l’oscillation que nous avons ifécrite comme cause du 
pouls dicrole, on peut, au moyen de l’hémodromomètre 
enregistreur de Chauveau, démontrer l’existence du va- 
et-vient de la colonne sanguine. 

Expérience. — Sur un cheval dont le pouls présentait 
un dicrotisme très prononcé, sensible même dans l’artère 
carotide, on appliqua simultanément à ce vaisseau un 
sphygmograpbe et un hémodromomètre enregistreur, de 
manière à observer à la fois les changements qui se pas- 
saient dans la vitesse, et ceux qui survenaient dans la pres- 
sion du sang de cette artère. On obtint ainsi la figure 76, 




dans laquelle le tracé supérieur est fourni par la vitesse 
du sang et le tracé inférieur par la pulsation. 

Dans cette figure, nous avons établi pour chaque pul- 
ls 

« 



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PHYSIOLOGIE. 



274 

sation quatre points de repère en traçant les arcs de cercle 
que chacun des leviers eût décrits si l’instrument eût été 
arrête quatre fois pendant chaque pulsation. Ces repères 
servent à établir nettement le synchronisme des différents 
éléments de chacun des tracés. On connaît assez la ma- 
nière d’analyser les courbes graphiques, au point de vue 
du synchronisme, pour que nous n’ayons pas besoin de 
donner plus de détails à ce sujet. On voit sur ces Qgures : 
t” que le début de la pulsation coïncide avec la produc- 
tion d’un courant rapide centrifuge ; 2” que le sommet de 
la pulsation arrive à un moment où le courant centrifuge 
a déjà cessé; 3° qu’à l’instant où se produit la clôture des 
valvules sigmoïdes, il se fait dans la carotide un courant 
rétrograde, comme l’indique la position du tracé qui à 
ce moment est au-dessous du zéro ; 4° qu’après la clôture 
des valvules sigmoïdes il se fait un nouveau courant 
centrifuge qui constitue la pulsation secondaire (dicrote). 
Cette pulsation se fait sentir dans le tracé du pouls caro- 
tidien. — Enfln, on voit do nouveaux rebondissements 
moins prononcés et qui vont en s’éteignant, comme dans 
les expériences citées précédemment (§ 79). 

' Il est donc bien établi que la colonne sanguine oscille 
dans les artères, et que c’est à ces mouvements alternatifs 
qu’est due la production du pouls dicrote (1). 

(() Dans nos premières rechercTies sur la nature du pouls dirroto, 
nous avions admis un Tait que Beau nous avait fait remarquer : c'est que * 
le dicrotisme du pouls no so sent pas à l’arlère fémorale. Nous avons ' 
reconnu depuis, que si le dicrotisme échappe souvent au doigt qui 
explore celte artère, cela tient au défaut de sensibilité du toucher, car 
le sphygmographe révèle sur la fémorale un dicrotisme manifeste. En 
admellanl cOmino vraie 1a remarque de Beau sur l'absence du dicrotisme 
à l'artère fémorale, nous avions été conduit à assigner au mouvement du 
sang dans les artères une direction qui permit d'expliquer ce phéno- 



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VARIATIONS DU DICROTISME. 



275 



Dcm condiiions qui font Turier l'intenalté du dicrottame. 



§ 82. — Puisque le dicrotisme résulte de la pesanteur 
du liquide sanguin et de l’élasticité des artères, il n’y a 
plus lieu de s’étonner si c'est un phénomène normal dans 
la circulation du sang. Mais une autre question se pré- 
sente ; Quelles sont les influences qui fout varier l’inten- 
sité du dicrotisme et qui le rendent tantôt assez fort pour 
que le doigt le puisse sentir, tantôt assez faible pour <pic 
l’instrument le signale à peine ? 

Ce que nous avons dit fait déjà piévoir que les rebon- 
dissements seront d’autant plus forts que la pulsation pri- 
mitive sera plus brève. Eu effet, puisque la colonne san- 
guine se porte à la périphérie par suite d’une vitesse 
acquise, il faut donc qu’elle soit sortie du cœur avec assez 
de rapidité, sans quoi elle n’aurait que peu de tendance 
à s’élàncer vers la périphérie du corps. Or, rien de plus 
facile que de reconnaître, à l’inspection d'un tracé, si 
l’ondée sanguine a pénétré dans les artères d’une manière 
rapide ou lente ; on sait déjà comment cela se déduit de 
la forme de l’aicension du tracé. On peut donc prévoira 

mène. Nous avions donc supposé quo le courant sanguin, après avoir suivi 
la direction de l'aorte, allait, par les artères iliaques, distendre les vais- 
seaux des membres inférieurs ; qu 'ensuite il refluait vers l'origine de 
l'aorte et envoyait une seconde pulsation dans les vaisseaux de la tète 
et des membres: enfin, que le retour de la colonne liquide aux vaisseaux 
des membres inférieurs ne se faisait pas, parce que le mouvement 
s'éteignait avant d'avoir accompli ce double parcours. — Maintenant 
que l'existence du dicrotisme aux artères fémorales est démontrée, il 
n’y a pas lieu de croire, comme le professeur Duchelc (de Vienne) semble 
le supposer (voy. Meditini$che Jahrbitcher, I86i, p. 59], que notre 
théorie du dicrotisme produit par l'oscillation du sang dans les vaisseaux 
doive être abandonnée, il faut seulement conclnre que l'oscillation se 
propage jusque dans les artères des membres inférieurs. 



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PHYSIOLOGIE. 



276 

l’avance si une pulsation offre une ascension oblique , 
c’est-à-dire si l’arrivée du sang dans les artères ne se fait 
que d'une manière lente, qu’il n’y aura pas de dicrotisme 




Fig. 77. 



(fig. 77), tandis que si celte ascension est brusque, le 
dicrotisme sera très prononcé (fig. 78). 




Mais il faut ici faire une distinction capitale. La systole 
du ventricule et l’afflux du sang dans les artères ne sont 
pas seulement lents ou brusques, ils peuvent réunir ces 
deux caractères à la fois ; ils peuvent commencer brus- 
quement et finir d'une manière lente, comme cela se voit 
dans la figure Gh. 

Dans ce cas, la brusquerie du début ne produit pas de 
rebondissement, car celte première impulsion est immé- 
diatement suivie d’une autre plus prolongée et qui tend à 
pousser de nouveau le sang vers la périphérie au moment 
où il tendrait à en revenir. Ce que nous disons de la 
forme précédente s’applique également à celle dans la- 
quelle le sommet de la pulsation est formé par un plateau 
horizontal ou peu incliné, comme dans la figure 62. 

Dans ce cas, l'afflux du sang commence brusquement, 
mais il se prolonge sous forme d’un mouvement gra- 
duel et égal qui s’oppose au reflux centripète du sang 
artériel. 

Du reste, il est facile de se rendre compte, au moyen 
du schéma, de rinfluence qu’exerce le mouvement d’im- 



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VARIATIONS DU DICROTISHE. 



277 



pulsion (lu liquide sur l’existence ou l’absence du dicro- 
tisme. On fait paraître ou disparaître à volonté les rebon- 
dissements de la pulsation, suivant qu’on presse la boule 
de caoutcliouc d’une manière brusque ou lente. 

I Influence de 1 ulaeticité des vaisseaux sur l'intensilé du dicrotismo. 

§ 83. — L’influence qu’exerce l’élasticité plus ou moins 
grande des artères sur le rebondissement du pouls est 
encore une de celles que la théorie pouvait faire pré- 
voir. En effet, quand l’ondée sanguine animée d’une 
grande vitesse se porte dans les vaisseaux de la périphérie, 
si elle rencontre des parois dépourvues d’élasticité, sa force 
se détruit en grande partie contre cet obstacle, et il ne 
reste plus qu’une faible terrdance au reflux, parce que 
les vaisseaux se sont peu laissé dilater. Mais, si les artères 
sont très élastiques, elles cèdent à l’effort du sang, se lais- 
sent distendre par lui, puis, quand la vitesse acquise est 
épuisée, elles réagissent et produisent le reflux. — Cela 
peut se vérifier par les expériences faites sur le schéma. 
II suffit d’employer comparativement des tubes très élas- 
tiques et d’autres qui le soient très peu, et cela en donnant 
aux impulsions des intensités parfaitement semblables ; 
on voit alors que le dicrotisme est fort si les tubes sont 
très élastiques et faible s’ils le sont peu. 

La pathologie conflrmera encore ce principe en nous 
montrant que chez les vieillards dont les vaisseaux ont 
perdu leur élasticité, le dicrotisme est toujoui’s très peu 
sensible, tandis qu’il est très prononcé chez les jeunes 
sujets. Enfin nous verrons, à propos des formes patholo- 
giques du pouls, que les maladies dans lesquelles le dicro- 
tisme atteint son plus haut degré, 1a fièvre typhoïde par 
exemple, présentent une augmentation de l’élasticité 



278 



PHTSIOlOGre. 



artérielle, parce que la contractilité des artères, presque 
entièrement supprimée dans ces maladies, ne vient plus 
neutraliser, comme à l’état normal, une partie de l’élas- 
ticité de ces vaisseaux. 

I Inflaence de l'état de la tension artérielle sur l'intensité du dicrotisme. 

§ 84. — On connaît l’influence considérable que la 
tension artérielle exerce sur la manière dont se produit 
la systole du ventricule et par conséquent sur la vitesse 
plus ou moins grande avec laquelle le sang passe du cœur 
dans les artères. Nous avons dit également que la vitesse 
avec laquelle le sang est lancé dans les artères est la cause 
première du dicrotisme. 11 faut donc conclure que l’état 
de la tension artérielle exerce sur la forme du pouls une 
grande influence en donnant à la systole ventriculaire 
. une rapidité plus ou moins grande. — La faible tension 
I artérielle s’accompagnera d’un dicrotisme prononcé. — 
La forte tension artérielle sera caractérisée par un faible 
I dicrotisme. 

En outre, comme le système artériel, à mesure qu’il 
est plus distendu, devient de moins en moins extensible, 
l’abaissement de la tension artérielle, augmentant l’élas- 
ticité dos vaisseaux, sera encore, à ce nouveau point de 
vue, favorable à la production du dicrotisme. 

Nous allons énumérer les principales expériences qui 
démontrent cette influence de la tension artérielle sur la 
forme du pouls. 

a. La saignée fait, comme on le sait, baisser la tension 
artérielle. Les figures 40 et 41 représentent le pouls 
d’un homme qu’on avait jugé pléthorique et auquel on 
pratiqua une saignée d’environ 400 grammes. Le tracé 
40 est pris immédiatement avant l'émission sanguine ; 



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VARIATIONS DU DICROTISME. 279 

le tracé ki est obteuu immédiatement après qu’on eut 
pratiqué la saignée. 

Quoique la quantité de sang retirée au malade ait été 
peu considérable, on voyait déjà les effets de l’abaissement 
de la tension se produire chez cet homme. Le pouls pré- 
sentait non-seulement un dicrotisme plus prononcé, mais 
encore une amplitude et une fréquence un peu plus con- 
sidérables. (Des saignées pratiquées à des animaux nous 
ont donné les mêmes résultats dans un grand nombre 
d’expériences que nous avons faites avec le concours de 
Cbauveau.) 

b. La compression des artères fémorales dont nous nous 
sommes servi pour étudier la tension artérielle dans nos 
expériences relatives à la fréquence du pouls (voyez § 63) 
permet de constater que la forte tension agit aussi pour 
modifier la forme des pulsations. — Au moment où les 
fémorales sont comprimées et où par conséquent la ten- 
sion est forte, le dicrotisme est peu prononcé ; il le devient 
davantage aussitôt que la compression de ces vaisseaux a 
cessé et que la tension s’abaisse. Les influences des atti- 
tudes sont du même ordre : la station verticale, en faisant 
baisser 1a tension artérielle, favorise le dicrotisme. 

c. Lch intermittences du pouls fournissent encore un bon 
moyen d’étudier l’influence de la tension artérielle sur le 
dicrotisme. On sait qu’après une intermittence, la tension 
artérielle est plus basse qu’en temps ordinaire; cela se 
voit bien sur la figure suivante. 




Fig. 79. 

Or, la pulsation qui suit immédiatement l’intermit 



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280 



PHTSIOLOGIR. 



tence, c’est-à-dire qui se fait daos les conditions de ten- 
sion artérielle faible, présente toujours un dicrotisme plus 
prononcé que les pulsations précédentes et que celles qui 
la suivent. 

d. Les agetits qui font relâcher ou contracter les petits 
vaisseauo} et qui, en conséquence, modifient la tension 
artérielle, modifieront d’une manière correspondante la 
forme du pouls. Sous l’influence de la chaleur, en même 
temps que la tension baisse, le dicrotisme augmente. Le 
froid qui élève la tension fait diminuer le dicrotisme (§ 6à). 
Nous ne multiplierons pas davantage les expériences que 
l’on peut faire sur ce sujet; disons seulement que l’usage 
du schéma permet de contrôler la plupart de celles que 
nous venons de citer et qui avaient été faites sur le vivant. 

Influence que le volume de l'ondée lancée par le venlricula 
exerce sur l'intensité du dicrotisme. 

§85. — Le volume de l’ondée que le ventricule envoie 
dans les artères exerce aussi une grande influence sur la 
production du dicrotisme. Buisson qui a repris nos expé- 
riences signale, dans sa thèse inaugurale, les résultats 
qu’il a obtenus ; il conclut que la production du dicro- 
tisme est due le plus souvent au petit volume de l’ondée 
sangtiine envoyée à chaque systole du coeur. Mais les 
conditions de la circulation sont complexes dans les cas 
où les ondées ventriculaires ont peu de volume, de telle 
sorte que la production du dicrotisme est favorisée dans 
ces circonstances par diverses influences qui s’ajoutent les 
unes aux autres. — D’abord la tension artérielle est moindre 
si le cœur lance peu de sang, et cette condition est favo- 
rable à la production du dicrotisme, puisque les artères 
moins tendues ont plus d’élasticité. — Ensuite ces ondées 



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VARIATIONS DU DICROTISME. 



281 



peu volumineuses sont envoyées avec plus de vitesse et 
conséquemment dans les coiulitious favorables au dicro- 
tisme. 

Quelle que soit la cause dont l’influence prédomine 
pour produire ce phénomène, le fait que nous signalons 
est parfaitement démontrable; il suffit de prendre un 
tracé du pouls dans lequel se rencontrent des inégalités 
dans le volume des pulsations, et l’on verra que les plus 
petites d’entre elles sont celles dont le relwndissement est 
le plus prononci*. 




Fig. 80. 



Cette figure est obtenue dans un cas de maladie du 
coeur avec une grande irrégularité de battements. 

Des conditions qui font varier le nombre des rebondissements 
dans le pouls dicrole. 

§ 8G. — I.ÆS rebondissements mulliples qu’on a vus 
dans les figures 71 et 72 peuvent aussi se rencontrer dans 
le pouls de l’homme sain ou malade. Une condition indis- 
pensable pour qu’ils se produisent en grand nombre, c’est 
que le pouls soit peu fréquent ; autrement, la série des 
rebondissements serait interrompue, dès son début, par 
l’arrivée d’une pulsation nouvelle. 




Fig. 81. 



I.a figure 81 montre le pouls d’un homme qui avait cinq 



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PHTSIOLOGIE. 



S83 

rebondissements à chaque pulsation . Ce pouls était peu 
fréquent, puisqu’il n’avait que hS battements par minute, 
A côté de ce type, nous allons en montrer d’autres dans 
lesquels la fréquence des battements sera de plus en plus 
grande. Il en résultera une diminution proportionnelle 
dans le nombre des rebondissements. 

Le type offre une particularité singulière : le 




Fig. 82. 




rebondissement n’a pas le temps de s’achever avant l’ar- 
rivée d’une pulsation nouvelle; il en résulte une forme 
qu’on pourrait prendre pour un tracé écrit en sens inverse; 
mais cela tient simplement à ce que le phénomène du 
dicrotisme n’a pas le temps de s’accomplir entre deux 
pulsations consécutives. 

Un autre fait que nous devons signaler ici, c’est que 
l’amplitude des rebondissements n’est pas loujoui’s la 
même, et, de plus, que cette amplitude est à peu près con- 
stamment en raison inverse du nombre des rebondisse- 
ments. — Ainsi, en général, lorsque le pouls est rare, on 
aura dans le tracé des rebondissements nombreux, mais 



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VABIATIONS DU DICROTiaiE. 283 

faibles. Lors, au contraire, que le pouls sera fréquent, les 
rebondissements seront peu nombreux, mais très forts. 

Du rebondiggemenl produit par la clôture des valvules 
sigmoïdes de l'aorte, 

§ 87. — On a vu que dans les expériences faites sur 
le cheval le pouls de l’aorte présente constamment un 
léger rebondissement (c et c', Gg. 33), c’est l’effet de la 
clôture des valvules sigmoïdes. Ce rebondissement s’ob- 
serve également dans le pouls de la carotide du cheval. 
Chez l’homme, on en retrouve souvent des traces dans 
le pouls de la carotide; mais, à l’artère radiale, le pouls 
ne présente plus, en général, ce léger rebondissement qui 
s’est éteint sous l’influence de l’élasticité artérielle. Quel- 
ques formes du pouls semblent toutefois conserver les 
traces de cette clôture valvulaire. Il nous a paru que ce 
caractère appartient surtout au pouls de sujets qui ont 
la systole du ventricule très prolongée, ce qui se rencontre 
souvent chez les vieillards. 



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CHAPITRE XIV. 



INFLUENCE DE LA BESPIBATION SUB LE POULS. 

Opinions contradictoires émises par les physiologistes sur ce sujet; 
elles tiennent à la dilTérence des effets qui se produisent suivant la 
manière dont s'exécute la respiration. 

A. Influence des mouvements respiratoires sur la ligne d'ensemble du 
tracé, c'est-à-dire sur la pression moyenne du sang artériel. — Des 
différences qui se produisent selon que les mouvements respiratoires 
agissent avec plus d'intensité du côté du thorax ou du côté de l'abdo, 
men. 

D. Influence des mouvements respiratoires sur la fréquence du pouls. 

C Influence que l'effort d'expiration (la glotte étant fermée) exerce sur 
le pouls. — Influence que l'effort d'inspiration (la glotte fermée) exerce 
sur le pouls. 

D. Arrêt des battements de cœur sous l'influence de la respiration. 

§ 88. — Les effets mécaniqites de la respiration se Ira* 
duisent du cAté de l’appareil circulatoire par des phé- 
nomènes qui portent sur le système veineux et sur le 
système artériel. 

Les premiers ont été jusqu’ici les mieux étudiés et .sont 
les plus connus. On sait comment les mouvements thora- 
ciques, par leur action aspirante et foulante comparable 
au jeu d’un soufflet, font tantôt pénétrer le sang veineux 
dans le thorax et tantôt le refoulent dans les veines qu’on 
voit alors se gonfler sous la peau . C’est à ce mécanisme que 
se rattache la tendance à l'introduction de l’air dans les 
veines, pendant les opérations chirurgicales qui prtent 
sur la région du cou ou sur la racine des membres supé- 
rieurs. Bérard (t) a donné de ces phénomènes une excel- 
lente description. 

(f) Bérard, Cours tir phijsiulogir, l IV, p. C2. 



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INFLUENCE DE LA RESPIBATION SUR LE POULS. 285 

Une influence moins connue eslcelleque la respiration 
exerce sur la circulation artérielle. Bien que ce sujet ait 
été, principalement en Allemagne, étudié avec un grand 
soin, il est encore l’objet de nombreuses dissidences. 

Lorsque, sur un animal vivant, on introduit un mano- 
mètre dans une artère voisine du thorax, on voit que la 
colonne de mercure est animée de deux sortes de mouvC' 
ments : les uns, constitués par des oscillations petites et 
fréquent, es, correspondent aux battements du cœur; les 
autres, formés par des oscillations plus grandes et plus 
rares, dépendent de la respiration. 

Ludwig, qui imagina d’enregistrer les oscillations du 
manomètre (§ 51), obtint un tracé dans lequel ces deux 
ordres d’oscillations sont représentés. La figure suivante 
fait bien comprendre comment se combinent les deux 
influences du cœur et du poumon sur le mouvement du 
sang. 



Fig. .s:>. 

L’explication que Ludwig donna de ce phénomène était 
la suivante : — Les mouvements respiratoires exercent 
sur le système artériel une influence analogue à celle qui 
a été signalée pour les veines; de telle sorte que la ten* 
sion artérielle baisse par l’appel du sang qui se fait vers le 
thorax à chaque inspiration. Elle s’élève, au contraire, 
quand l’expiration tend à pousser le sang artériel vers les 
vaisseaux de la périphérie. 

En expérimentant, à l’aide de son sphygmographe, 
Vierordt arriva à la conclusion inverse et admit que c’est 




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2S6 



PHTSIOLOGU. 



dans rinspiration que le sang est poussé avec le pins de 
force vers la périphérie. 

Heinbrc^jt (i), dans des expériences faites sur les ani- 
maux, trousa que, si les niouvenients respiratoires sont 
amples et prolongés, l iuspiration s’accompagne d'abord 
d'un alaissement de la pression artérieile, puis d'uire ele- 
Tation de cette pression, tandis que, dans l'expiratioa, la 
pression du sang monte d'abord et s'abaisse a la fin. — On 
Tc*il donc que les opinions émises, relativement à l’action 
que la respiration exerce sur la circulation artérielle, sc 
cc*ntredisent entre elles d une manière à peu près com- 
plété. 

Nous avons essayé à notre tour d’etudier l'influence 
qu'exerce la respiration sur le j>ouls d'apa’s les iudica- 
tions du sphygmographe. Ce sujet méritait d'autant plus 
l'attetitioD que, dans un grand nombre de maladies où il 
existe de la dj'spuée, le tracé du pouls présente des carac- 
tères tout particuliers qui prennent une grande valeur 
lorsqu’on en comprend bien le mode de production. — 
Nous suivrons dans cette éludé la marche suivante. 

Nous examinerons : l’ l'influence que les mouvements 
respiratoires exercent sur la ligne d'ensemble du tracé, 
c’est-à-dire les variations quelle produit dans la tension 
artérielle qui s’élève ou s’abaisse ; 

2* Les changements que les mouvements respiratoires 
exercent sur la fréquence du pouls; 

3* Elnfin, les modifications que subit, sous ces influen- 
ces, la forme des pulsations. 

(I, Jahmbfrukt, 1860, p. tS5. 



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INFLUENCE DE I,\ RESPIRATION SUR LE POUI-S. 287 



A. Influence des mouvemenls respiratoires sur la ligne d'ensemble 

du tracé, c’est-à-dire sur la pression moyenne du sang artériel. 

§89. — Comme l’action aspirante et foulantequelethorax 
exerce sur le sang va toiijoiu’s en s’éteignant à mesure 
qu’on observe des vaisseaii.v plus éloignés de la poitrine, 
il en résulte que la pression du sang dans l’artère radiale 
est presque entièrement soustraite aux influences respi- 
ratoires, quand celles-ci n’ujnt qu’une énergie modérée. 
Ou peut s’en convaincre en examinant les tracés du pouls 
que nous avons déjà représentés. Dans la plupart d’entre 
eux, la ligne d’ensemble est sensiblement horizontale, ce 
qui prouve que la tension moyenne de l’artère radiale n’a 
pas varié d’une manière appréciable. — Mais si, au lieu 
de respirer normalement, on fait des mouvements d’in- 
spiration et d’expiration d’une grande amplitude, ou bien 
si l’on fait obstacle au libre passage de l’air dans les voies 
respiratoires, immédiatement la ligne d’ensemble du tracé 
devient onduleuse, c’est-à-dire que la pression moyenne 
du sang dans la radiale s’élève et s’abaisse indépendam- 
ment des variations qui tiennent aux contractions du 
cœur et qui constituent les pulsations. Les ondulations qui 
se produisent alors sont de môme nature que celles que la 
flgure 85 représente et que Ludwig a signalées le pre- 
mier. 

Si l'on veut déterminer à quel moment la tension 
s’élève, et savoir si c’est pendant l’expiration ou pendant 
l’inspiration, la question devient plus complexe, car les 
choses se passent différemment suivant la manière dont 
on respire. 

Lorsqu’on tient la bouche fermée et qu’on ferme éga- 
lement l’une des narines, de façon que l’air pénètre diflB- 



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288 PHYSIOLOGIE, 

cilemeiil dans les voies respiratoires et cpril on sorte avec 
une égale difficulté, on voit la ligne d'ensemble s'abaisser 
dans r inspiration et s’élever dans l’expiration (flg. 86). 




I Ig. KÜ 



Si l’on respire largement, la bouche ouverte, de façon 
que l’air passe et repasse librement à travers les voies 
respiratoires, on a reflet inverse : la ligne d'ensemble s’é~ 
lève dans l'inspiration et s’abaisse dans l'expiration, comme 
cela se voit sur la figure 87, 



Kig. H7. 

Comment ces deux manières de respirer produisent- 
elles des effets totalement opposés? C’est ce que nous 
allons chercher à interpréter d’après les notions physiolo- 
giques que l'on possède relativement au mécanisme de la 
respiration. 

§ 90. — Il est évident que les changements qui se pas- 
sent dans la tension des artères pendant les mouvements 
respiratoires tiennent à des variations dans la pression 
qu’éprouvent, à leur surface extérieure, l’aorte et les gros 
vaisseaux contenus dans le thorax et dans l'abdomen. 
Quand l’aorte est comprimée, le sang qu’elle contient est 
refoulé dans les artères de la périphérie où il élève la 
pression. Si l’on doutait de la réalité do ce fait, on 
pourrait facilement s’en convaincre par l’expérience sui- 
vante : 



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INKU i:\CE DE l.A KESriKATION SUR l.E POl l„S. t?89 

Exitéricnce. — l'ii sujet clcaiit couché sur le clos, on 
applique le sphygmographe à sa radiale et l’oii prend le 
tracé du pouls. Pendant cpie rinstrunient est en marche, 
si l’on coniprime rahdouien du sujet, aussitôt la ligne 
d'ensenihle du tracé s’élève : ce cjui indique que le sang 
de l’aorte a été relocdé dans les vaisseaux de la péri- 
phérie. Si l'on cesse la compression, le sang reflue dans 
l’aorte, et la ligne d’ensemble du tracé s’abaisse. 

I.a mémo chose doit donc se passer lorsque les mouve- 
ments respiratoires augmentent ou diminuent la pression 
autour de l’aorte, soit dans la poitrine, soit dans l’abdo- 
men. Mais les effets que la respiration produit du côté du 
thorax sont exactement inverses de ceux qui se passent 
dans l’abdomen. Quand la poitrine est le siège d’une a,s- 
piratiou, il existe dans rabdomen une compression, et 
I on va voir ([ue, suivant que ce; sont les influences tho- 
raciques, ou bien que ce sont les influences abdominales 
qui prédominent, les effets de la respiration sur le pouls 
sont tout à fait inverses. 

§ 91 . — Dans le thorax, l’agrandissement de la cavité au 
moment de l’inspiration donne naissance à un vide que 
l’air extérieur vient aussitôt combler en se précipitant dans 
les voies respiratoires. Si la pénétration de l’air est facile, 
l’aspiration est peu énergi([ue, parce que le vide est com- 
blé pour ainsi dire à mesure cpi’il se forme. Mais si la 
rentrée de l’air ne se fait que difficilement, l’aspiratior; 
thoracique devient beaucoup plus intense. C’est dans ces 
circonstances que l’on voit les espaces intercostaux s’af- 
faisser, les creux sus-claviculaires se déprimer, attestant 
l’énergie de l’aspiration intérieure. Dans ces conditions, 
le sang des artères de la périphérie reflue en partie dans 
l’aorte thoracique qui est dilatée comme le sont les vais- 

19 



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290 



niYSIüLOGlE. 



seaux au-dessous d’une ventouse. Aussi, devra-l-on voir 
baisser la pression moyenne dans les artères des membres ; 
c’est en effet ce qui a lieu. — Dans l’expiration, l’inverse 
se produit. L’air ne peut s’échapper assez vile sous l’in- 
fluence de la rétractilité du poumon ; les muscles expira- 
teui*s viennent seconder l'élasticité pulmonaire pour ex- 
pulser l’air au dehors. Alors, l’aorte thoracique, au lieu 
d’èlre dans un vide virtuel, comme cela arrive dans les 
conditions normales, se trouve au contraire comprimée à 
sa surface et chasse du sang dans les artères périphé- 
riques (1). 

En même temps que ces phénomènes se produisent 
dans le thorax, voyons ce qui a lieu dans l’abdomen. Lors- 
que, dans une inspiration , le diaphragme s’abaisse et 
agrandit la cage thoracique, il vient au contraire rétrécir 
la cavité abdominale; il déprime les viscères, et ceux-ci 
tendent à repous.ser en tous sens les parois du ventre qui 
se durcis-sent et accusent une pression intérieure augmen- 
tée. Dans l’expiration, le diaphragme remonte et les pa- 
rois abdominales cessent d’être aussi tendues. — Dendant 
ces alternatives de pression augmenlée et diminuée dans 
l’abdomen , l’aorte abdominale subit des pressions va- 
riables comme celles que nous venons de signaler pour 
l’aorte thoracique ; .seulement les variations sont de sens 
inverse. Au moment de l’inspiration, l’aorte est compri- 
mée et la pression augmente dans les artères qui en éma- 

(<) On conçoit que ces pliénomènes ne se produisent qu'à un faible 
de^rc quand la respiration est libre, car le vide intra-thoracique ou 
pleural n'est plus soumis qu'aux variations tenant au changement de la 
rctrautililé du poumon plus ou moins distendu ; tandis que, dans le cos 
d'obstacle au libre passage de l'air, le vido thoracique est inQuencé par 
la raréfaction et la condensation alternatives de l'air contenu dans le 
poumon . 



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INKLCtNCE DK I.\ RESPIRATION SLR I.K POULS. 291 

lient; au moincnl de l'expiration, il se fait un retlux du 
sang vers l'aorte qui est soumise à une pression moindre. 

Il n’est pas besoin d'insister plus longuement sur ce 
mécanisme pour faire remarquer que, dans l’état normal, 
les influences de la respiration sur le mouvement du sang 
artériel sont faibles, et que, de plus, les influences tliora- 
ciiiues et abdominales agissant en sens inverse les unes 
des autres, doivent se neutraliser en grande partie. Mais 
si nous sortons des conditions physiologiques de la respi- 
ration, nous pouvons faire prédominer l'une de ces 
actions sur l’autre; nous pouvons, par exemple, aug- 
menter les influences thoraciques toutes seules, ou bien 
les influences abdominales. .Xloi’s, les effets des mouve- 
ments respiratoires sur le cours du sang artériel devien- 
dront sensibles, même sur un vaisseau éloigné des centres 
comme l'artère radiale. 

Toute gène au passage de l’air à travei’s les voies respi- 
ratoires augmente les influences thoraciques et produit, ^ 
en conséquence, l'ascension de la ligne d’ensemble du ; 
tracé pendant l'expiration, sa descente pendant iinspira- 
tion. Cet effet s’observe lorsqu’on respire par une seule / 
narine. 

Toute gène à l'ampliation de rabdomen produira l’effet 
inverse : l'ascension de la ligne d'ensemble au moment de 
l'inspirati'jn , sa descente pendant l'expiration. Il suffit 
en général de tenir la bouche ouverte, et de faire 
des mouvements respiratoires d’une grande ampleur, 1 
pour voir les influences abdominales devenir prédomi- 
nantes. 

l>a connaissance des influences de la respiration sur le 
pouls est féconde en applications pour le diagnostic cli- 
nûiue. Ainsi, par l’examen du tracé de l’instrument, 



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202 



nnsioi.oGiF,. 



tandis t|iie la main, placée sur le thorax, explore le 
ihylhme de la respiration, on peut l'ecoiinaitre, dans un 
cas de dyspnée, cpiel est le siéjre do l'obstacle aux mou- 
vements respiratoires, et distinguer les cas où la dyspnée 
tient à ladilliculté de rintroduction de l’air dans les bron- 
ches, de ceux où elle est produite par rinipossibilité ou la 
gène des mouveiiieiitsdu diaphragme. 

9’2. — La toux est une expiration brusque précédée 
d’un effort avec occlusion de la glotte. Elle agit comme 
l’action respiratoire thoracique et fait brusquement monter 
la tension artérielle (fig. <S8). 




Kig. S8. 



§ 93. — Le ho([uet est une inspiration convulsive; d 
aspire dans la poitrine le sang artériel et fait brusi|uemenl 
baisser la tension dans les artères périphériques (fig. 89 ;. 




Fig. 8U. 



Ce que nous avons dit des inlluences respiratoires i;st 
sullisant |)our donner une idée de ce cpii .s<ï passe dans la 
plupart des maladies où la gène de la respiration agit sur 
le pouls. Ces premières notions font entrevoir le parti 
qu’on pourra tirer de ces études au point de vue pratique, 
surtout si l'on s’attache à enregistrer directement les mou- 
vements du thorax dans la respiration, et si.jMir une étude 
qu’on jxiurrait appeler la pneumoijraphie, on arrive à dé- 



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INFLUENCE DE I.A RESPIRATION SUR LE POULS. ‘293 

lenniiier les différents types (pie la dyspnée présente dans 
les maladies. Nous nous proposons de revenir ultérieure- 
ment sur cet intéressant sujet. 

B. Inllueiice des moiivemcnls respiratoires sur la fréquence du pouls. 

ji 9/i. — L’inspiration et l’expiration font varier la 
fréquence des battements du cœur, surtout lorsqu’il y a 
difficulté du passage de l’air dans les voies respiratoires. 
On voit, dans ces cas, la fréciuence des battements du 
cœur augmenter dans l’expiration et diminuer dans l’in- 
spiration. La figure 86 montre cet effet, que l’on retrou- 
vera plus prononcé dans la figure 9‘2. 

Nous pensons qu’on doit expliquer ces variations de la 
fréquence des battements du cieur par faction alternative- 
ment favorable tit défavorable que la pression intra-tho- 
racique exerce sur les .systoles du ventricule. Dans l'expi- 
ration, la pression est augmentée dans le thorax, ou tout 
au moins le vide qui y existe est diminué; dès loi’s le cœur 
a plus de facilité à .se contracter, puisqu'il est .secondé par 
une pression extérieure. — Dans f inspiration , le vide 
thoraciipie augmenté lutte plus ou moins énergiquement 
contre la systole ventriculaire. Or, nous avons montré (§ 60) 
comment te cœur règle le nombre de ses contractions sur 
les résistances qu’il doit surmonter. Il serait peu philoso- 
phique d'admettre que les pressions et les aspirations (pii 
s’exercent sur la surface extérieure du cœur n’influencent 
pas faction de cet organe, comme le font les varia- 
tions de la pression du sang qui agis.sent sur sa surface 
intérieure. C’est comme si l'on disait que les mouvements 
respiratoires qui sont entravés par les obstacles au libre 
pas.sage de l’air dans les bronches, ne le sont pas égale- 
ment par des forces appliciuces à fexterieur de la cage 




PHYSIOLOGIE. 



294 

thoracique, forces qui tendraient à comprimer la poitrine 
ou à la dilater. 

S’il suffit de mouvements respiratoires un peu amples 
pour produire des variations notables dans les caractères 
du pouls, ces variations seront encore bien plus accusi-es 
dans le cas d'effort d’inspiration ou d’expiration, c’est-à- 
dire lorsque la glotte fermée, empêchant absolument le 
passage de l’air, exagérera les aspirations et les compres- 
sions qui se protluisent dans le thorax. Nous allons étudier 
cet ordre d’influence de la respiration sur le pouls. 

InOnence de reffort eur lee caracierea du poule. 

§ 95. — L’effort, tel qu’on le comprend eu physiologie, 
consiste en une tendance énergique à l’expiration, tandis 
que la glotte fermée empêche cette expiration de se pro- 
duire. Dans ces conditions, les parois de l’abdomen se 
tendent fortement et soulèvent le diaphragme; en môme 
temps, les muscles expirateurs thoraciqut*s et abdominaux 
se contractent puissamment. Tout concourt donc, dans ci's 
circonstances, à comprimer le cœur et les vaisseaux con- 
tenus dans les cavités splanchniques. 11 en résulte des mo- 
difications de la circulation veineuse et de la circulation 
artérielle ; ce sont ces dernières seulement que nous avons 
à étudier. 

Expérience. — Qu’on ferme la glotte et qu’on fasse un 
violent effort, on voit aussitôt le tracé du sphygmographo 
s’élever (fig. 90) d’autant plus haut que l’effort est plus 
considérable, pour s’abaisser au moment où l’eflort est 
terminé, et se relever ensuite graduellement. 

Au lieu de fermer la glotte, on peut fermer les nai'in'es 
avec la main et adapter a la bouche un manomètre qui 
montre à quel degré s’élève la compression de l’air con- 



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INFLUENCE DE LA RESPIRATION SUR LE POULS. 295 

tenu dans le poumon pendant l’effort. Dans cette expé- 
rience, on obtient parfois une pression de 12 ù 1/t centi- 
mètres de mercure à l’intérieur des voies aériennes. 

On voit que les effets de l’effort ne sont, en définitive, 
que l’exagération de ceux que produit une expiration 
lorstjue l’issue de l'air à travers la glotte est gênée. Cela 
.s’accorde parfaitement avec la théorie que nous avons 
donnée précédemment, et qui montre que la compression 
de l’aorte élève la pression moyenne (et par conséquent la 
ligne d’ensemble du tracé) dans les artères périphériques, 
tandis que, lorsipie celte compression est supprimée, il 
se produit un reflux du sang vei's les cavités splanchni- 
ques et un abaissement de la tension artérielle (1). 

(I) Voici l'explicalion plus détaillée de ce qui sc passe du côté de la 
circulation artérielle pondant l'efTort : 



Au nooment où l'efTort commence, le pouls qui se produisait sur une 
ligne horizontale ab (fig. 90), c’est-à^iire sans intervention des influences 




Kig. 90. 



respiratoires, s’élève subitement de 0 en c ; arrivé à son summum, l'efTort 
a comprimé l'aorie intra-thoracique et intra-abdominale avec toute la 
force dont il est susceptible. Cetto pression extérieure, secondée par 
l'élasticité du vaisseau, a chassé vers les artères périphériques une 
partie du contenu de l'aorte et y a élevé la tension jusqu'au degré 
qu'indique le point e. Mais ces artères périphériques contenant du sang 
à une haute pression, donnent un débit plus rapide; de sorte que, sous 
l'influence de cette accélération de la circulation périphérique, l'aorte se 
vide de plus en plus et d'minne peu i peu de volume. En diminuant de 



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29G 



PHVSIOLOGIE. 



Mais les influences do l’effort sur le pouls ne se bornent 
pas à faire varier la li{»ne d’ensemble, c’est-à-dire la pres- 
sion moyenne du sang; dans les artères; elles font aussi 
changer la forme et la fréquence du pouls. 

§ 9G. — Le pouls, au moment où l’effort a élevé la 
tension de la radiale, devient fortement dicrote; jdus on 
maintient longtemps l’effort, plus ce dicrolisme devient 
prononcé. Cela peut s’explitjuer d’abord par la moindre 

volume, l'aorte perd de sa lensiou élastique, de telle sorte que l'inlluenre 
qui pousse le sang vers la périphérie faiblit graduellement. Le maximum 
de tension ne se maintient donc pas dans les artères émanées de l'aorte, 
mais il décroît peu à peu, à mesure que décroît la tension des parois do 
l'aorte, quoique l'efTort se maintienne le même et que la pression de 
l’air dans le poumon reste au même degré, comme on peut s'en assurer 
par l'emploi du manomètre. La figure 90 montre cette décroissance de 
la tension et fuit voir que, à partir du point r, la ligne d'ensemble du 
tracé va toujours on s'abaissant. 

Prenons la figure 9 1 . qui montre la sérii- des phénomènes à partir du 




Fig. 91. 



moment où l'effort, qui a duré un certain temps, va cesser tout d'un coup. 

De U en 6 l'etfort se continue, la tension est élevée dans la radiale, à 
cause do la compression de l'aorte. L'effort cesse au point b . Aussitôt, 
le sang des artères périphériques dans le.squelles la tension est forte 
retlue dans faorte qui, revenue sur elle-même et cessant d’être compri- 
mée, se trouve pour ainsi dire trop large, et, par suite de ce reflux subit, 
la tension baisse subitement dans la radiale. — Mais à partir de ce mo- 
ment, le cœur, continuant à battre, rétablit peu à peu l'état primitif de 
la tension artérielle, et l'on voit la ligne d'ensemble du tracé, d'abord 
tombée en c, s'élever |teu à peu pour reprendre son niveau normal en il. 



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INFLUENCE DE LA RESPIRATION SUR LE POULS. 297 

l’épkHioii (le l’aorte qui, en conséquence, devient plus 
élastique, et de plus, par le volume moindre dos ondées 
lancées par le ventricule (§ 85). Kn effet, pendant l’effort, 
la rentrée du sang dans la poitrine est entravée par la 
pression considérable cpii règne dans cette cavité. Dès 
lors, le sang veineux revient moins abondamment au 
cœur droit; celui-ci en envoie moins au poumon, et enfin 
il on revient moins du poumon au cœur gauche. De là 
doit nécessairement résulter un moindre volume des on- 
dées ventriculaires gauches. 

Cette idée est confirmée encore par cet autre fait, que, 
lorsqu’on a cessé l’effort, les pulsations continuent à élre 
trh petites pendant les premiers instants. En effet, pour 
que le ventricule reçoive du sang en abondance et puisse 
en envoyer des quantités considérables à chaque systole, 
il faut que le sang veineux qui rentre abondamment dans 
la poitrine au moment où l’effort ce.sse, ait le temps de 
traverser le cœur droit, le poumon et les veines pulmo- 
naires, de revenir enfin au cœur gauche et d’y couler 
assez abondamment pour fournir des ondées volumineuses. 
11 faut en général G à 7 pulsations pour que le sang ait ac- 
compli ce parcours, mais alors ^il est versé au cœur gauche 
plus abondamment que de coutume, à cause de l’accu- 
mulation qui s’est faite dans les veines; aussi l’on voit les 
pulsations devenir plus fortes et leur période systolique 
avoir ))lus de durée iprà l’état normal. 

§ 97. — Changements dans la fréquence du pouls. — 
Nous savons que, dans les circonstances ordinaires, la 
forte pression dans les artères correspond à un obstacle 
au cours du sang, et que, par suite, elle s’accompagne de 
ralentissement des battements du cœur (§ GO i. Dans l’ef- 
fort d’expiration, la pression est augmentée dans la radiale 



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298 



PHYSIOLOGIE. 



comme l’infliqiie la hauteur ilu tracé. Pourquoi n’y a-t-il 
pas diminution de la fréquence du pouls? Pourquoi cette 
fréquence est-elle, au contraire, augmentée? Nous allons 
voir que l’explication est toute naturelle, et que cette 
exception apparente est une confirmation nouvelle de la 
loi que nous avons indiquée. 

Icijl’augmentation de pression qui alieu dans les artères 
périphériques ne tient pas à ce que le sang éprouve un 
plus grand obstacle à son écoulement, mais elle provient 
d’une force nouvelle qui s'ajoute à la contraction cardiaque 
pour produire l’afflux dans les artères. Cette force, c’est 
la compression que subit l’aorte dans le thorax et l’ab- 
domen. 

Pourquoi cette compressioii de l’aorte ne fait-elle pas 
obstacle à l’afflux du sang poussé par le cœur? C’est que 
le cœur lui-mème est situé dans le milieu comprimé ; c’est 
qu’il est aidé dans sa contraction par la môme pression 
(|ui agit sur l’aorte, et que ces actions égales et contraires 
se neutralisent complètement, au point de vue de la force 
que le cœur doit dépenser. 

Si nous éliminons l’action de la pression extérieure 
agissant à la fois sur le cœur et sur les parties intra-lhora- 
ciques et intra-abdominales de l'appareil circulatoire, 
que reste-t-il? Une plus grande facilité du passage du 
sang dans les vaisseaux de la périphérie qui ne sont 
.soumis extérieurement qu’à la pression atmosphérique, 
tandis qu’a leur intérieur la pression est augmentée, et, 
par suite de cet écoulement plus facile, une fréquence 
plus grande des battements du cœur pendant l’effort (1). 

(I) Veut-on voir d'une manière très frappante l'induence de la ten- 
sion ariérielle sur la fréquence du pouls? Qu'on regarde (fig. 91 de 
c en d) la durée comparative de chacune des pulsations qui se sucré<lenl, 



DigitUL.Jb'. -;!gll 



INFLllKNCK DE LA RESPIRATION SUR LE POUI-S. 299 



C. Influence que IVlforl d'inspiralion (la glotte étant fermée) 
exerce sur le puuls. 

§ 98. — Ce qui vient (i’ôtre ilit des effets de l’effort 
proprement ilit, c’est-à-dire de la tendance à l’expiration 
lorstpie la glotte est fermée, fait prévoir que le pouls doit 
être, dans les conditions inverses, influencé d’une manière 
tout opposée, et qu’on devra trouver, en celte circon- 
stance, des modifications opposées de la ligne d’ensemble 
dn tracé, de la fréquence du pouls et de sa forme. I.a 
figure 92 montre le tracé du pouls dans un effort violent 
d’inspiration, la glotte étant fermée. 




Fig. 92. 

l’our préciser davantage la nature des différents pln'mo- 
mèiiesqui .se produisent, nous allons les reprendreun à un. 



1“ Influenre de l'elîorl d'inspiration sur la ligxic d'ensemble du tracé. 

.\u moment de l’inspiration, si la glotte est fermée, le 
vide intra-pleural devient plus grand que de coutume, 
car l’élasticité du poumon qui résiste à l’appel de la paroi 
costale n’est plus contre-balancée par une pression inté- 

el pendant lesquelles la tension artérielle se répare. On voit que chacune 
d'elles, appartenant à un degré de tension dilTérenl, possède, non-seu- 
lement une forme .-spéciale, mais aussi une durée spéciale, et que, dans 
les premières pulsations (au moment où la tension est faible], il existe 
une fréquence très grande qui diminue à vu» d'œil à mesure que la ten- 
sion s'élève. 



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300 



PHVSlOLor.lE. 



rieiire siiflisaiite. Ce vide appelle dans le thorax le sang du 
système artériel, et la tension baisse dans les artères péri- 
I phériques. La ligne d’ensemble du tracé doit donc s’ahais- 
I ser. C’est ce qui arrive en effet. 

2“ Inlluence de l'elTort d'inspiration sur la fréquence du pouls. 

Le cœur se trouvant dans un milieu raréfié, au lien 
d’èlre secondé comme tout à l'heure par une pression ex- 
térieure, devra, à chacune de ses contractions, luttt>r 
^ contre la force nouvelle (pii le sollicite à se dilater; ses 
I battements, éprouvant plus de résistance, seront néces- 
I sairement plus rares. 

La nature physique des effets que la respiration, avec ses 
différents modes, produit sur le pouls, sur sa forme et sur sa 
fréquence, ne nous semble pas contestable. Cependant, 
pour suivre jusqu'au liout notre méthode de contnMc par 
les expériences physiques, nous avons dû reproduire ar- 
tificiellement les effets de la respiration. Nous avons réussi 
à reproduire quelques-uns d’entre eux(l), et nous espé- 
rons, avec des instruments plus parfaits, les reproduire 
plus tard d’une manière plus complète. 

1), .Vrrêt des baltenienls du cœur sous rinduonco de la respiration. 

§ 9t). — Dans les expériences qui précèdent, lerhythme 
des battements du cœur est passivement modifié suivant 
que la pres.sion qui existe autour de cet oi'gane est aug- 
mentée ou diminuée par les mouvements respiratoires. On 
a cité (les expériences dans lesquelles l’arrêt complet des 
battements du ca;ur pouvait être produit par de violents 

Voy. les Coviptts rendus de la Société de biologie. 4SS9. Mé- 
moires, P 298. 



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ARRKT ni OOI'l R PAR LA RF.SPIR \ TIOA . .101 

efforts (le respiration. I.e cas du colonel Townslieiid est 
connu de tout le monde; il a été ratlaclié par les phy.sio- 
logistes il line influence nerveuse ipii agirait sur le cœur. 
Une pareille influence est d'autant mieux admissible, 
qu’on connaît aujourd'hui la singulière propriidc* du 
pneumogastrique dont la galvanisation produit l'arièt du 
cœur (voyez § COi. Chez certains sujels, une inspiration 
profonde produit un arrêt semblable. Chauveau peut à 
volonté produire ce phénomène, et nous avons recueilli 
sur lui le tract* suivant. 




Fig. 93. 



il faut être debout ou couché sur le dos pour réussir ii 
produire la suspen.sion des battements du cœur par nue 
inspiration profonde. Il nous a paru que dans l'attitude ' 
assise l'inspiration, limitée par la flexion des cuisses sur 
l'abdomeii, ne saurait être assez conqilète. — Que s’est-il 
passé pour produire cet arrêt? Tout porte à croire que la 
distension considérable du poumon dans cette circon- 
stance produit sur le pneumogastrique une excitation qui 
réagit sur le cœur à titre de mouvement réflexe. Ce n’est là, 
du reste, qu’une hypolbè.sc, mais elle semble appuyi’c par 
la similitude qui existe entre le tracé du pouls obtenu 
figure 93, et celui ipie fournit la galvanisation du pneumo- 
gastrique sur nu animal dont on enregistre les pulsations 
artérielles. 



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CHAPITRE XV 



C I n r, l II . A T 1 0 X C A P 1 1 . 1 . A I R E . 



Ail poinl de vue du inouvemeiU circiilaloire, ce i|ui raraclérise surtoul 
la fonction des capillaires, ce sont 1rs résistances considérables que 
le sang éprouve dans ces vaisseaux, et la variabilité de ces résistances 
sous l'inlluence de la contractililé vasculaire. 

rhénomenes physiques de la circulalion capillaire. — Nature des résis- 
tances au passage du sang. — Mouvements des globules. — Réparti- 
tion de la pression dans les artères, les capillaires et les veines; chan- 
geuienls que peut éprouver cette répartilion lorsque le diauiéire des 
vaissiaux vient à changer. 

Phénomènes vitaux de là circulation capillaire. — Contractililé de ces 
vaisseaux. — Appareil vaso moteur. — Tissu contractile des vais- 
seaux. — Nerfs vasculaires; leurs différentes origines et leurs diffé- 
rentes propriétés. 

Effet que produit sur les tissus l étal de contraction ou de relSchemenl 
des vais.seaux qui les Iraversenl. 

De la contractililé vasculaire considérée en elle-même, abstraction faite 
des influences nerveuses. — Lois qui président aux changements d'in- 
tensité do la contraction vasculaire. 

KTjwnenccs qui démontrent les faits suivants : — t" Une excitation mo- 
dérée portée sur un point des téguments y produit la contraction des 
vaisseaux. — 2" Une excitation trop forte épuise la contractilité des 
vaisseaux et amène leur relâchement. — 3" L'accoutumance aux ex- 
citations rend la contractililé vasculaire plus difficile à épuiser. — 
i” La pression que le sang e.xercc à l’intérieur des vaisseaux est un 
stimulus de la contractililé vasculaire. — .'î° La pression extérieure 
à laquelle un tissu est soumis modifie la force contractile de ses vais- 
seaux. — ■6’’ Les variations de la température exercent sur les vaisseaux 
une action particulière : le froid fait conlracler les vaisseaux, la cha- 
leur les fait relâcher. 



La cifculatioii capillaire est caraclérisée, au point de 
vue du mouvemenl du sang, par les résistances considé- 



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CIRCULATION CAPILLAIRE. 



303 



râbles que ce liquide y éprouve, et par la faculté que les 
petits vaisseaux possèdent de modifier spontanément leurs 
calibres, de manière à faire varier les résistances au- 
devant du sang. On sait déjà comment ces modifications 
de la circulation capillaire retentissent sur la pression du 
sang dans les artères et sur le cœur lui-môme ; l’objet de 
ce chapitre est d’étudier les variations de la circulation 
capillaire en elle-même et les changements qu’elles pro- 
duisent sur place, c'esl-k-dirc dans les organes que tra- 
versent ces petits vaisseaux. 

§ tOO. — Où commence et où finit le système capillaire? 
I>es anatomistes ont tranché cette question d'une manière 
arbitraire en attribuant aux artérioles et aux veinules un 
calibre minimum. Mais la physiologie ne saurait se con- 
lenter de ces limites; elle doit rattacher à un groupe 
commun tous les points du système vasculaire dans les- 
quels se produisent des phénomènes du même ordre. Les 
capillaires s’étendront donc pour nous jusqu’aux arté- 
rioles et aux veinules de petit calibre. En effet, dans tous 
ces vaisseaux se produisent des phénomènes semblables : 
un conflit plus intime du sang avec les tis.sus, un filtrage 
lent et régulier du liquide sanguin à travers des voies 
étroites où il éprouve de grandes résistances. Enfin, tous 
ces vaisseaux possèdent la propriété de modifier sponta- 
nément le cours du sang qui les traverse. 

L’emploi du microscope permet d’observer avec une 
facilité extrême les principaux phénomènes de la cir- 
culation capillaire. 11 suffit de placer sous l’objectif de 
l’instrument une membrane transparente et vasculaire 
d’un animal vivant, et l’on a sous les yeux le spectacle 
du mouvement du sang avec toutes les variations que 
lui impriment les influences physiques ou la contrac- 




rHV.SIOl.OGIli. 



30'! 

tilitft des parois vasculaires. Cependant, les premiers obser- 
vateui’s qui ont étudié à l’aide du microscope le cours du 
sang dans les petits vaisseaux se sont fait une idée très 
fausse des inilucnces qui président à ce mouvement. 
Presque tous, partant d’idées préconçues, croyaient voir 
dans la marche des globules l’expression de forces spé- 
ciales qu’on avait autiefois admises gratuitement. — 11 
n’existe en réalité qu'une seule force qui fasse progresser 
le sang dans les capillaires, c’est la pression du sang ; de 
même il n'y a (jn'une seule influence qui modifle l’effet 
de cette action inq)ulsive, c'est l’état de contraction plus 
ou moins prononcé do ces petits vaisseaux. 

Deux sortes de phénomènes devront être étudiés dans 
la circulation capillaire. En premier lieu, les phénomènes 
|thysiques, c’est-à-diue ceux qui se piaaluiraient si un 
liquide coulenant des globules coulait, sous une certaine 
pression, à travers des tubes inertes d’un petit calibre. 
Ensuite viendra l’étude de la propriété éminemment vitale 
(|u’on nomme contractilité vasculaire, et de ses effets sur 
le coui s du sang. 



l*liéiioiiièiie« pbÿiéiqiies dr la cirrulaUon capillaire. 

§ tôt . — léanatomie nous enseigne (|ue la capacité de 
l’arbre artériel va toujoui's en croissant dn cœur ii la péri- 
phérie, de telle sorte que les petites artères, dans leur 
ensemble, offriraient un diamètre bien supérieur à celui 
de l’aorte; les capillaires, si l’on additionnait leure cali- 
bres, donneraient une section bien plus grande encore. 
On pou ri ait donc sui)poser à priori que le sang qui .s’éloigne 
du cieur va rencontrer des résistances de plus en plus 
faibles, vu cet élargissement des voies circulatoires ; mais 



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i;iR(ui..vriON CAriiXAiut. 305 

lîi physiiiuc nous appreiul qu’il doit en ^tre autrement, à 
cause de rimniensc accroissement d(!s résistances (lu’iin 
liquide éprouve lorsqu’il traverse des tubes de très [telit 
calibre. Du reste, la preuve de ces résistances consi- 
dérables résulte directement de la haute pression que 
présente le sang dans les artères; on en trouve encore 
une preuve dans la difficulté (ju’on éprouve à pousser à 
travers les capillaires une injection même très fluide. 

Poiscuillc s'est attaché à démontrer 1a nature exacte 
de l’obstacle que le sang rencontre dans les capillaires. Il 
a piouvc ([ue ce ne sont pas dos flottements du liquide 
contre les parois des vaisseaux qui retardent le mouve- 
ment du sang, mais que ce lelard est l'elfet de la cohé- 
sion du liquide et de l’adhérence de sa couche extérieure 
aux parois vasculaires. Une expérience très saisissante, 
due à Poiseuille, démontre clairement la nature de ce 
phénomène. 

Si l’on examine au microscope un vaisseau de petit 
calibre, on voit, à sa partie centrale, un courant rapide 
dans lequel sont entraînés les globules sanguins. Sur les 
bords de ce courant est une couche transparente formée 
par du sérum immobile. Les globules ne peuvent s'en- 
gager dans cette couche extérieure, parce qu’ils sont 
entraînés par le courant rapide qui se produit près de 
l’axe du vaisseau. Mais aussitôt que l’on comprime le vais- 
seau et qu’on arrête le cours du sang, les globules 
s’épanchent dans 1a couche transparente du sérum qui 
disjiarait aussitôt. 

Le microscope démontre encore une autre sorte de 
résistance (pie présentent les capillaires du plus petit ca- 
libre. Leuwenhoeck , Spallaïuani, etc., ont vu que dans 
ces vaisseaux, les globules se déforment et s'allongent, 

2ü 



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306 



PHTSIOLOGIE. 



pieuve éviiliMile de la liilliculté (pi’ils éprouvent à tra- 
verser ces étroites filièi’es (1). 

Les résistances se répartissent sur toute la longueur du 
système capillairej elles éteignent graduellement la force 
impulsive (pie le sang avait reçue du cœur. C’est sous cette 
intluence (jue la pression qui vient du cœur décroît sans 
cesse des artères aux veines (i), et que, dans ces derniers 
vaisseaux, elle se trouve réduite à une impulsion extrê- 
mement faible qu’on appelle vis a tergo. 

11 est extrêmement important de bien connaître, au 

(4 ) Les observateurs sc sont complu à décrire les formes variées du 
mouvement que peuvent prendre les j^lobules sanguins. Trop souvent 
ils ont oublié que toutes les oscillations bizarres que ces globules exécu- 
tent leur sont transmises par le sérum incolore dans lequel ils flottent, et 
que nulle autre force que celle qui préside au courant de ce liquide ne 
saurait leur imprimer ces mouvements. 

(2) Voici comment se fait cette décroissance de pression dos arteres 
aux veines, et comment elle est modilice par les changements do calibre 
des vaisseaux. 

Bernouilli a indiqué la manière dont la pression décroît dans on tube 
quelconque sous l’inlluence d'une charge constante à l'orilico d'entrée ; 
pour cela, il branchait sur le tube principal d'autres petits conduits ver- 
ticaux qu'il nommait piezomèlrct et dans lesquels le niveau du liquide 
indiquait le degré de la pression. Cette méthode permet d'étudier dans 
un tube les changenvents de pression qui résultent des différences de 
calibre qu'il présente. — Nous avons montré (.limâtes des sciences iiulu- 
relles, 4' série, Zoologie, t. VIII) que si l'on substitue des manomètres 
compensateurs aux piézomètres, on peut voir que la moyenne de pression 
dans les tubes élastiques dans lesquels on produit des afHux intermittents 
se comporte suivant les mêmes lois, et que les formules de Bernouilli 
lui sont parfaitement applicables. 

On peut représenter graphiquement les variations de la hauteur des 
piézomètres et construire ainsi la courbe dos modifications de la pression 
dans le système vascylairo. On pourra trouver dans la thèse inaugurale 
de Moilin (*) une figure schématique qui exprime ces variations do 

(*) Moilin, thèse inangarale, 1858, dernière poge. 



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f.IRCUL.VTlON CAPILLAIRE. 



307 



point de vue physirpic, les variations que subit la pression 
du sang dans chaque point des voies circulatoires, suivant 
le degré d’étroitesse ou de rchlchement des voies capil- 
laires. C’est le seul moyen de se faire une idée exacte des 

pression; nous allons, par une figure analogue, faire comprendre ce qui 
SC passe quand les capillaires changent de diamètre. 




Soit un tube À, C, V, dans lequel on obsei \e trois diamètres dilTérenls 
correspondant au\ artères, aux capillaires et aux veines. Le courant se 
faisant de A en V, et la partie capillaire C étant à son maximum d'étroi- 
tesse, la tension sera très grande dans la partie du tube qui correspond 
aux artères ; dès lors, les niveaux piczomélriques des poinis correspon- 
dants SC tiendront sur la ligne T. Les résistances très considérables qui 
existent dans la partie capillaire C font décroître fortement la tension, 
comme l'indique la brusque descente de la ligne des niveaux piézomé- 
triques, et l'intensité des résislunces qui existent dans cette partie capil- 
laire réduit la tension veineuse à une très faible hauteur, comme on peut 
le voir en suivant toujours la ligne T, au niveau du tube V. Telle est la 
réparlilion de la pression dans l'appareil circulatoire; cette pression est 
forte dans tes artères, elle décroît rapidement dans les capillaires et 
devient très faible dans les veines. Voyons maintenant ce qui surviendra 
si le diamètic des vaisseaux capillaires varie par suitedu leur contractilité. 

Supposons que la partie capillaire se dilate, et, par suite, oppose 
moins de résistance au courant; aussitôt la ligne dos niveaux piézomé'- 
triques changera et prendra la position de la ligne ponctuée t dans 
laquelle on reconnaît une tendance au nivellement de la lension dans tout 
O système do conduits. Ainsi, la tension baissera dans le tube A (sys- 



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.“^08 



PIIVSIOI.OGIE. 



dian^omoiits qui survieimeiil dans la circulalion sous 
riiilluence delà propriété vitale nommée cotHraclilüé, par 
laquelle les capillaires peuvent d’eux-mômes modifier leur 
calibre. 

Phénomènes f|ul dépendent de la contractilité des vaisseaux 
capillaires. 



§102. — De même qu’il existe pour les mouvemeirtsde 
la vie de relation un appareil moteur très complexe formé 
de muscles animés par des nerfs, de même, pour produire 
les mouvements de la vie organique, il existe des appa- 

icmo arlériol), elle décroîtra moins vite dans la partie C (système capil- 
laire), et sera plus élevée dans la partie V (système veineux). — Si l'on 
examine la nouvelle ligne de niveau de la tension dans les capillaires, on 
voit qu elle coupe la précédente en un point c', à partir duquel elle est 
plus éiovée. Ce fait est important à constater, il nous montre en eiïel 
que, dans les capillaires, ceux de ces vaisseaux qui tiennent au système 
artériel se comportent tout autrement que ceux qui se rattachent au 
système veineux. Ici existe, relativement aux variations de la tension, 
ce même antagonisme qui a été signalé pour les artères et les veines. 
Lors donc que le relâchement des vaisseaux fera baisser la tension dans 
les artères et les capillaires artériels, il rélèvera simultanément dans les 
veines et les capillaires veineux. Cela explique comment, dans certains 
états congestifs, des tendances à l’hémorrhagie capillaire peuvent se pro- 
duire, quoique la tension artérielle soit plus faible que de coutume. 

Une dernière sorte d'influence peut encore modifier la répartition de 
la tension dans l'appareil circulatoire, c’est l’existence d'un obstacle au 
cours du sang veineux. Il se produit alors une stagnation générale sous 
rinfloence de laquelle la tension s’élève partout et tond à se niveler on 
vertu du principe d'egiililc de /iressioit dans les liquides communiquants 
et immobiles. C'est pour cela qu'après la ligature des veines, la tension 
s’élève dans ces vaisseaux à un degré qui pourra être celui de la tension 
artérielle, si le courant veineux est complètement arrêté. Ce nivellement 
de la tension cesse ans-itôt que l'obstacle est levé et que le sang entre 
en mouvement, car, dès lors, il retrouve dans les petits vaisseaux des 
résistances proportionnelles à sa vitesse. 



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CIRCLLATION CAPILLAIBF.. 



309 



rcils spéciaux d’une structure analogue. L’un de ces appa- 
reils moteurs les plus importants est celui qui préside aux 
changements de diamètre des vaisseaux; on le nomme 
appareil vaso-moteur. Un tissu contractile et des nerfs qui 
animent ce tissu, tels sont les éléments que nous allons 
.sommairement passer en revue (i). 

Le tissu contractile vasculaire se rattache aux muscles 
de la vie organique ; il forme autour des vaisseaux des cou- 
ches superposées dont les fibres dirigées en sens divers 
agissent, les unes dans le sens de l’axe qu’elles tendent à 
raccourcir, les autres dans le sens du diamètre qu’elles 
re.sserrent plus ou moins. Les capillaires les plus ténus ne 
possèdent pas ces fibres musculaires. Formésd’une tuniciue 
transparente, ils semblent dénuésde contractilité, mais ils 
sont élastiques et se dilatent plus ou moins, suivant que 
les vaisseaux qui les précèdent leur lais.sent arriver le sang 
avec une pression plus ou moins forte (2). Sur les capil- 
laires plus volumineux, on voit plusieurs couches de fibres 
contractiles; les plus gros en présentent jusqu’à trois. A 
mesure qu’on observe des vaisseaux d’un plus fort calibre, 
on voit apparaître en plus grande abondance du tissu 
élastique; celui-ci prédomine bientôt sur le tissu muscu- 
laire, de sorte que dans les gros.ses artère? il n’y a presque 
plus que du tissu élastique. 

Les veinules sont moins riches en fibres musculaires que 
les artérioles d’égal volume. Quant aux artères de diffé- 

(Q Nous avons déjà dit quelques mois de rapppareil vaso-mo- 
teur, S 39, à propos do la contractilité artérielle, niais il est iridi.spcn- 
sablo do fournir de nouveaux détails pour donner une idée môme som- 
maire de l'action propre des vaisseaux et de son rôle dans les pliénoinénos 
de la circulation périphérique. 

(î) llenle, Encycl. nnal., l. Vit, p. .'il. 




310 



PHYSIOLOGIE. 



ronls organes, elles présentent aussi des différences au 
point de vue de la ipiantité do libres contractiles qu’elles 
renfennenl. Les vaisseaux de la substance cérébrale, ceux 
de la inuellc et ctuix des glandes, sont plus pourvus que 
les autres de cet ordre de fibres. Cette disposition aiialo- 
niique concorde avec ce (pic la physiologie nous apprend 
de la grande variabilité de la circulation dans ces or- 
ganes. 

[ § 103. — Les nerfs ipii animent les vaisseaux et qui ont 

! reçu le nom de nerfs vaso-moleurs sont de deux ordres. 

: Les uns émanent du grand sympathique; on les voit 
j ramper sous forme de riches plexus sur toutes les artères 
do l’économie. F.æs autres se détachent des nerfs spi- 
naux ; cette seconde espèce de nerfs vaso-moteurs n'a 
encore été démontrée directement que dans les vaisseaux 
qui se rendent aux glandes. 

Henle et Stilling furent les premiers qui admirent une 
action du grand sympathique sur les vaisseaux ; ce der- 
nier physiologiste proposa de donner aux nerfs vasculaires 
sympathiques le nom de vaso-moteuis qui a été as.sez 
généralement accepté. Mais c’est à Cl. Bernard qu’appar- 
tient la gloire d’avoir déterminé, par une exiiérience sai- 
sissante, faction précise des filets sympathiques sur les 
tuniques vasculaires. Diuix mots suffisent pour rap|ieler 
cette célèbre expérience ipie tout le monde connaît. 

Sur un lapin blanc, on coupe le cordon du grand sym- 
pathique a la région cervicale. Quehiues instants aprè-s, 
l’oreille du C(^té qui correspond à la section est plus rouge 
et plus chaude que celle du côté sain; ses vaisseaux sont 
manifestement dilatés (1). Si l’on galvanise le boiitpéri- 

(1) Nous n'avons point à parler ici de l'influonce que le grand sym- 
pathique exerce sur la pupille et qui, d’après les derniers travaux de 



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CfRCULATION CAPILLAIBE. 



311 



phérique du nerf coupé, la rougeur et la chaleur qui 
s’étaient produites disparaissent pour faire place à la 
pâleur et au refroidissement ; à ce moment, les vaisseaux 
sont fortement contractés. L’action du grand sympathique 
sur les vaisseaux est donc assimilable à celle d’un nerf 
moteur quelconque sur le muscle qu’il anime ; sa section 
paralyse les vaisseaux qui se dilatent par la pression inté- 
rieuredu sang; son excitation fait contracter ces vaisseaux 
qui se rétrécissent. 

L’action des nerfs vaso-moteurs spinaux est connue 
depuis moins longtemps encore. Ludwig avait signalé, en 
1851, l’influence que la corde du tympan exerce sur la 
circulation de la glande sous-maxillaire et sur sa s<^cré- 
tion. Cl. Bernard, soumettant ce filet nerveux au procédé 
expérimental qu’il avait employé pour le grand .sympa- 
thique, reconnut que la section de la corde du tympan 
resserre les vaisseaux de la glande, tandis que la galvani- 
sation de ce nerf fait dilater ces mêmes vaisseaux. On voit, 
sons cette dernière influence, le sang revenir rutilant par 
les veines de la glande et s’élancer par jets saccadés, 
lorsque l’on fait une ouverture â ces veines. Cl. Bernard 
trouva pour d’autres glandes des filets analogues qui sem- 
blent, comme la corde du tympan, avoir une action anta- 
goniste du grand sympathique. 

Cette énumération rapide des deux ordres de nerfs 
vaso-moteurs, tout incomplète qu’elle est, suffit pour 
montrer que le système vasculaire peut, sous certaines 
influences nerveuses, se relâcher ou se contracter, de telle 
sorte qu’en définitive la vitesse du courant sanguin peut 
varier sous l’influence de ces différents nerfs. D’après la 

Cl. Bernard, dépendrait de Tilets sympailiiqiies ayant une origine dis- 
tincte de celle des nerfs vasrulaires'. 



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312 



riivsioi.ot:iE. 



plupart lies pliysinlojïislcs, il semble que ces iiilluences 
nerveuses sur la circulation se proiluisent le plus souvent 
sous forme d’actions réllexes. 

Eiïet que prwtuil sur les tissus l étal île contraction ou de relüchemenl 
des vaisseaux qui les traversent. 

§ U)/i. — Par suite de l’influence que l’état des vaisseaux 
exerce sur la rapidité du cours du sang à leur extérieur, 
il .se produit du côté des tissus dans lesquels rampent ces 
vaisseaux des modifications qui, <à elles setdcs, petivent 
faire connaître l’état de la circulation. I^a couleur, le 
volume et la température des organes varient suivant l’état 
de leurs vaisseaux. 

Plus les vaisseaux d’une région sont dilatés, plus cette 
région est rouge, tuméfiée et chaude. Réciproquement, 
la contraction des vaisseaux se traduit par la pâleur, la 
diminution de volume et l’abaissement de la température 
de celte région. Quelques détails sont nécessaires pour 
bien établir la valeur de ces caractères, afin qu’ils puis- 
sent servir de critérium de l’état de la circulation dans 
un grand nombre de circonstances. 

La coloration des tissus est plus ou moins rouge, sui- 
vant que le .sang qu’ils renferment est plus ou moins 
abondant ; c’est un fait tellement connu qu’il n’y a pas 
lieu d’insister longuement sur ce point. Rappelons seule- 
ment tpie la nuance rouge des tissus gorgés de sang n’est 
pas toujours la même, et que, suivant qu’elle est rutilante 
ou bleuâtre, elle indique que le sang renfermé dans les 
tissus y circule rapidement ou qu’il y est retenu par 
quelque obstacle situé du coté des veines. 

1.0 volume des organes doit néce.ssairemenl varier avec 
l’état de leurs vaisseaux. Kn effet, l’élément vasculaire 



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CIRCULATION CAPILLAIRE. 



313 



entre presque toujours pour une tr^s grande part dans 
leur structure; il ne faut donc pas s’étonner si la dilata- 
tion ou le resserrement d’un grand nombre de vaisseaux 
produit le gonflement ou l’amaigrissement de l’organe qui 
les renferme. Ces changements de volume peuvent donc 
renseigner utilement sur l’état d’anémie ou d’hypérémie 
d’un organe. La plupart des changements qui survien- 
nent d’une manière brusque dans le volume d’un organe 
sont dus à des changements dans l’état de ses vaisseaux. 
Ix‘s infiltrations liquides ou gazeuses qui peuvent produire 
des tuméfactions rapides se reconnaissent à des caractères 
particuliers; aussi, peut-on considérer les changements de 
volume des organes comme l’expression la plus fidèle des 
changements qui se produisent dans le calibre de leurs 
vaisseaux. 

I.a tempt-rature d’une partie renseigne aussi très utile- 
ment sur l’état de sa circulation capillaire; mais ici il n’y 
a plus un rapport exact entre l’état des vaisseaux et la tem- 
pérature. Le problème est complexe et mérite d’attirer 
spiVialement notre attention. Nous en parlerons avec dé- 
tail à propos de la physiologie pathologique des phéno- 
mènes fébriles et congestifs. 11 suffit de dire pour l'instant 
que la chaleur d’une partie s’élève en raison de la rapidité 
de sa circulation, toutes les fois que cette partie est habi- 
tuellement soumise à une cause de refroidissement qui lui 
donne une température normale inférieure à celle que 
présente le sang dans le cœur ; cette dernière se retrouve 
à peu près fixe, sauf de très légères variations, dans tous 
les viscères logés dans les cavités splanchniques. 

Ces efl'ets secondaires des changements ipii surviennent 
dans la circulation capillaire seront traités plus loin avec 
développement. 



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m 



PHYSIOLOGIE. 



De la rontractililé vasculaire considérée en elle-même, 
et des agents (lui rinduencent. 

§ 105. — Dans le système de la vie animale, les muscles 
n’ûbéissent pas seulement aux influences nerveuses, mais 
ils peuvent aussi réagir contre des excitations directement 
portées sur eux. Cette distinction de la contractilité mus- 
culaire i.solée de toute influence nerveuse a été fondée 
par Haller; elle a reçu de Cl. Bernard une démonstration 
éclatante lorsque ce physiologiste a prouvé que l’em- 
poisounement par le curare, détrui.sant toute action ner- 
veuse, laisse encore subsister la contractilité musculaire. 

Le tissu contractile des vaisseaux possède, lui aussi, 
cette irritabilité propre qui le fait entrer en jeu sans que 
les nerfs soient excités. Un grand nombre d’agents phy- 
siques ou chimiques, appliqués aux vaisseaux, produisent 
sur eux des effets bornés sensiblement aux jKiints où ils 
ont été portés, et variables suivant l’énergie ou la durée 
d’application de ces agents. De nombreuses expériences 
faites par différents physiologistes ont révélé quelques-unes 
des lois auxquelles est soumise la contractilité vasculaire. 

Ce que J. Hunter a dit de la contractilité des artères 
semble pouvoir .s’appliquer exactement à celle des vais- 
seaux capillaires, c'est-à-dire que, de part et d’autre, il 
existerait un état moyen de la contraction qui corres- 
pondrait au diamètre moyen de ces vaisseaux et à un 
('■tat circulatoire de rapidité moyeune ; toute augmen- 
tation et toute diminution de cette contraction produi- 
raient, dans la circulation sanguine, un ralentissement 
ou une accélération consécutive. Meule, rassemblant les 
résultats obtenus par diflérents physiologistes, signala 
quelques-uns des caractères île la contractilité des capil- 



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CIRCULATION CAPILLAIRE. 



315 



laires. H vil : 1“ que la contraction de ces vaisseaux, pa- 
reille à celle des muscles de la vie organique que le grand 
sympathique anime, ne se produit qu’un certain temps 
après que l’excitation a eu lieu, et que cette contraction 
persiste encore quelque temps quand l’excitation a cessé ; 
2“ ([uo la contraction vasculaire est suivie d’un relàche- 
ineiit secondaire qu’il appelle paralysie des vaisseaux (f). 
Thomson, Warlhon -Jones et d’autres auleiii-s ont vu que, 
si l’on fait agir sur les vaisseaux des agents chimiques, des 
solutions salines par exemple, suivant leur degré de con- 
, centration, ces solutions produiront des effets tout opposés : 
faibles, ces solutions feront contracter les vaisseaux; pins 
concentrées, elles en amèneront la dilatation. 

Pour rattacher ces faits à une théorie générale, il suffit 
de tenter un rapprochement entre la contractilité des 
muscles de la vie organique et celle, mieux connue, des 
muscles de la vie auimale. Ce parallèle conduit h. l’hypo- 
thèse d’un épuisement de la contractilité pour expliquer 
le relâchement qui suit la contraction prolongée des vais- 
seaux. 

Nous croyons que cette comparaison pont être poussée 
très loin et qu’elle peut conduire ii la détermination d’un 
grand nombre de lois relatives à la contractilité vascu- 
laire. Celle conviction nous a porté à faire certaines expé- 
riences que chacun peut riqx-ler soi -même et qui nous 
semblent prouver que la contractilité de la vie organique 
présente, en définitive, plus d’analogie que de diiréreiico 



(1) Renie, .^nn/omi« (/«mira/», trad. de Jourdan, l. U, p. 6i. — L'au- 
leur se fait, du reste, une fausse idée du rôle de la coniractilité des 
eapillaires : dune pari, il croit, avec Bichat, quelle exerce une aclion 
impulsive sur le sang; d’autre part, il admet que, dans les vaisseaux 
ililatés, le sang circule moins vite. 




316 PHYSIOLOGIt:. 

avec la conlractilit»’* des muscles de la vie animale. — 
L’agent que nous avons choisi pour servir de stimulus à 
la contractilité des artères est le Iraumalisme, c’est-à- 
dire la contusion à ses différents degrés. (Vest sur les tégu- 
ments que ce .stimulus a été appliqué; la coloration, le 
volume et la température des organes sur lesquels on ex- 
périmente servent à apprécier l’état de la circulation et, 
par suite, les modifications qui sont survenues dans le dia- 
mètre des vais.seaux. 

1° Une excitation modérée portée sur un point des téguments y produit 
la contraction des vaisseaux. 

§ 106. — Expérience. — Si l’on opère .sur le dos de la 
main, par exemple, et qu’on frotte un corps mousse sur 
la peau en traçant une ligne ; au bout de vingt ou trente 
secondes d’ordinaire, apparaît une raie pd/e sur le trajet 
de rinstruraent. Cette ligne est due à la contraction des 
vaisseaux touchés qui, moins perméables au sang, rendent 
la coloration des téguments plus pâle; elle persiste pen- 
dant un certain temps. Le retard de l’apparition de ce 
phénomène, sa persistance après que l’excitation a cessé, 
justifient l’opinion de Henle et le rattachent aux autres 
effets de la contractilité qui dépend du grand sympa- 
thique: à la contraction de l’intestin, par exemple. 

2” Une excitation trop forte épuise la contractilité des vaisseaux 
et amène leur relâchement. 

§ 107. — Expérience . — Dans les mêmes conditions que 
tout à l’heure, si l’instrtiment contondant a (ité appuyé 
avec plus de force, au lieu d’une ligne pâle, apparaît une 
ligne ronge qui nous semble due à la paralysie des vais- 
seaux. — Ceux-ci, ayant été trop excités, se laissent dis- 



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CIRClil.ATlON CAPIU-AIRE. 



317 



tciulrc par la pression sanguine. — Sur les ciMés tic la 
ligne rouge se voient deux lisérés blancs correspondant 
aux parties qui, situées en dehors du maximum d'action 
de rinslrument, n’ont été excitées (pie juste assez pour 
qu’elles puissent réagir. Ces faits se mttachent encore à 
l’opinion de Henle, et semblent démontrer l’épuisement de 
la contractilité vasculaire par une sorte de fatigue des 
muscles vasculaires. 

3” L'accoulumance aux excilalions rend la contracliliié vasculaire 
plus difficile à épuiser. 

§ 108. — Tout muscle habitué à un travail considérable 
acquiert une énergie plus grande. L’analogie conduit 
donc à supposer que, pour les vaisseaux aussi, la force 
contractile s’accroîtra si elle est souvent mise enjeu. Par 
conséquent, ce tissu contractile, devenu plus puissant, ré- 
sistera davantage aux excitants et s’épuisera moins vite. 
On peut s’eu convaincre en répétant les expériences pré- 
cédentes comparativement sur deux tissus, dont l’un est 
soumis d’une manière habituelle aux agents traumati- 
ques, et dont l’autre est abrité contre ces agents. 

Expérience. — Si l’on opère comparativement sur deux 
points des téguments, dont l’un (comme l’épigastre) est 
abrité par les vêtements contre les contacts extérieurs, 
et l’autre (comme la main) y est souvent exposé, on voit 
qu’en frottant dans les deux cas avec la môme force, on 
obtient à l’épigastre la ligne rouge, signe d’épuismnent de 
la contractilité, et à la main la ligne pâle, c’est-à-dire la 
contraction mise en jeu. Ce dernier fait prouve l’existence 
de Vaccoulumancc aux excitations traumatiques. 

.\ cette interprétation se rattache celle de beaucoup 
d'autres faits du même genre, .\insi, l’on peut expliquer 



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318 



PHYSIOl.OülK. 



[tar une plus gianclo puissanec de la coiilraclililé vascu- 
laire pourquoi le pied s’habitue aux marches forcées, la 
main au maniement de durs outils, etc., tandis que ces 
organes, aux premières marches ou aux premiers tra- 
vaux, se gonllaient, rougissaient et devenaient briHanls, 
signes évidents d’une circulation rapide lice au relùche- 
ment de leurs vaisseaux. (Voy. § 104.) 

I\ 4° Le froid et le chaud a|ipliqués aux li.ssus produisent sur la 

I contractilité dos vaisseaux une action opposée. 

§ loy. — Le froid fait contracter les vaisseaux, la cha- 
leur les relâche; de là résultent îles changements dans la 
mpidité de la circulation de ces tissus : le froid la ralentit, 
la chaleur l’accclèrc. 

Les faits qui prouvent cette action des changements de 
température sur la contractilité des vaisseaux sont trop 
connus pour que nous ayons besoin de les énumérer. Si- 
gnalons toutefois que chacun des effets produits sur les 
vaisseaux est suivi, eu général, d'un effet inverse qu’on 
a appelé réaction. Après la contraction que le froid a pro- 
duite, il est naturel d’expliquer par répuisement do la 
contractilité, le relâchement const'cntif; mais lorsque la 
chaleur a provoqué un relâchement, comment se produit- 
il une contraction vasculaire plus forte (pie de coutume? 
Ne peut-on pas supposer que le tissu contractile des vais- 
seaux, ayant cessé d’agir pendant un certain temps, a ac- 
quis par le rejios une force plus grande, force ‘pii sc tra- 
duit par une contraction plus énergique dès tpie la cause 
du relâchement a. cessé? C’est li une hypothèse sur la- 
quelle nous n’insistons pas. Du reste, la contraction se- 
condaire qui est consécutive à l’action de la chaleur, est 
bien moins marquée que le relâchement secondaire ijui 



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ClRCUr.ATION CAPILLAIRK. 



3t0 



se produit après l’action du froid et (pii rentre dans la 
théorie do Henle. 

Le froid et le chaud n’agissent pas seulement lors- 
qu’ils sont iipplicpiés ii l’extérieur des tissus, mais si la 
température du sang qui circule dans un vaisseau s’élève 
ou s’abaisse, elle fait varier aussitôt l’état des parois cl 
par conséquent le diamètre du vaisseau. 

Si l’on place dans le champ d’une forte loupe la mem- 
brane de l’aile d’une chauve-souris, on y voit une riche 
arborisation vasculaire. Si l’on applique un peu de glace 
sur un tronc artériel (reconnaissable à la direction cen- 
trifuge du courant sanguin qui le traverse), on voit que ce 
vaisseau se resserre, et do plus que les branches ipii en 
émanent diminuent notablement de diamètre. Le sang a 
été refroidi en traversant le vaisseau ipii était entouré de 
glace, et l'abaissement de la température de ce sang a 
provoipié la contraction des vaisseaux (pi’il a traversi's. — 
L'application de la chaleur sur un tronc artériel produit 
des effets inverses: en échaufTanl le sang de ce vaisseau, 
elle produit le relâchement des branches qui en émanent. 

On peut encore démontrer rinfluence des changements 
de la température du sang sur la contractilité vasculaire 
en injectant dans les veines d’un animal une certaine 
ipiantité d’eau chaude ou froide (t). — Une injection 
d’eau froide élève la tension artérielle, ce cpii prouve 
(voy. § /|0) qu’elle produit la contraction des petits vais- 
seaux. — Une injection d’eau chaude fait baisser la ten- 
sion artérielle, prouve qu’elle a produit le relâchement 
des vaisseaux. (On verra plus tard comment celte influence 
spéciale du froid et du chaud sur les vaisseaux a pour 

(1) Voyez Magendie, D«$ phémmènci physiques Je la vie, l. lit, 
p. 221 et 239. 



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320 . 



PHYSlOLOr.lE. 



consénuettcc la conservation de la leni|iéralnrc du sang 
dans les régions profondes.) 

I 'i" La pression quo.le sang exerce à l'iDlérieur des vaisseaux est un 
stimulus do la coniraclililc vasculaire. 

§1 10. — l^sinlluencesdela pesanteur viennent à cliaiiuc 
instant augmenter ou diminuer la pression sanguine à l'in- 
térieur des vaisseaux. Dès qu’un membre est placé dans la 
déclivité, il s’ajoute à la pression du sang de ses vaisseaux 
une surcharge qui, pour les parties les plus iléclives, est 
égale au poids d’une colonne sanguine très haute quel- 
(luefois. l.es vaisseaux tiiie cette surcharge tend à dilater 
résistent par leur contractilité propre à cet effort excen- 
trique. Or, dans cette lutte prolongée, ils acquièrent, par 
une accoutumance spéciale, une plus grande force contrac- 
tile. — Inversement, lorsqu’une région est placée dans 
l’élévation prolongée, elle perd une partie de la force 
contractile de ses vaisseaux, de sorte (jue, si elle est placée 
ensuite dans la déclivité, elle se laisse plus que de cou- 
tume gonfler, rougir et échauffer par une circulation 
plus rapide. — Quelques exemples suilironl pour prouver 
la réalité de celte iniluence des changements de la 
pression intérieure. 

Lorsque, après une nuit passée dans la position horizon- 
tale au lit, on se lève pour reprendre l’altitude verticale, 
on peut constater au bout d’un instant que la face est plus 
pâle qu’à tout autre moment de la journée, et que les 
pieds sont au contraire gontlés, de façon (ju'ils entrent 
avec assez de peine dans les chaussures. — Il sullil de 
quelques heures au plus pour que ré(juilibre de la circu- 
lation se rétablisse, ([ue les pieds soient moins gontlés et la 
face moins pâle. — Les vaisseaux ont donc acquis, .sous 



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CIRCULATION CAPILLAIRE. 



321 



l’influoiice des changements survenus dans la pression 
intérieure du sang, une force contractile différente qui 
s’adapte à cette pression intérieure augmentée ou dimi- 
nuée, de telle sorte que l’état circulatoire se fait bientôt 
dans des conditions normales. — Ces faits prouvent en- 
core qu’il suffit d’un temps très court pour que la force 
contractile des vaisseaux augmente ou diminue d’une 
manière notable, suivant qu’elle agit ou n’agit pas; en 
effet, quelques heures au plus sont suffisantes pour pro- 
duire des effets notables. 

Ixirsqu’une attitude a été gardée pendant un temps très 
long, les changements survenus du côté de la contractilité 
vasculaire sont beaucoup plus profonds. — Ainsi, lors- 
qu’un malade a été longtemps retenu au lit, pour une 
fracture par exemple, la première fois qu’il se lève, il 
est fort exposé à la syncope, c’est-à-dire à l’anémie du 
cerveau, et, d’autre part, il présente toujours un degré 
d’enflure des jambes très prononcé. Dans ces phéno- 
mènes, on ne saurait voir autre chose qu’une exagéra- 
tion des effets physiologiques que nous signalions tout à 
l’heure. 

•Autre exemple. — Dans le service du professeur Gerdy, 
les phlegmons étaient traités par l’élévation toutes les fois 
que celle-ci était possible. Or, nous avons vu maintes fois, 
lorsiiu’on cessait l’élévation, que le membre ramené dans 
la position horizontale, reprenait bien vite un volume, une 
coloration et une température exagérés, par l'effet du re- 
lâchement atonique de ses vaisseaux. Chez un homme, 
un panaris du pouce avait été traité par une élévation 
continue. Le bras, placé dans une position à peu près 
verticale, y avait été tenu pendant trois semaines consé- 
cutives. .Au bout de ce temps, le panaris n’était qu’enravé 

21 



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352 



PIIYSIOI.OCIK. 



clans sa niai clic, mais la position était devenue intolérable 
pour ce malade qui demanda à en être délivré. 11 y avait 
à peine quelques instants (pie le bras était replacé hori- 
zontalement (pie toute la main cl l’avant-bras étaient 
rouges et gonlU's; les doigts sains étaient devenus le sii'ge 
d’une tuméfaction considérable et même gênante pour la 
flexion. 

6" La pression exlcrieure ii laquelle un tissu est soumis modiBe la force 
conlraclile do ses vaisseaux. 



§ m. — Lorapi’une pression graduelle et égale est 
appliquée sur une certaine étendue des tissus, elle agit 
dans le même sens c[ue la contraction vasculaire : elle 
chasse le sang de ces tis.sus, les fait pâlir et les refroidit. 
La tunique contractile des vaisseaux se trouve donc sou- 
lagée d’autant dans sa lutte contre la pression sanguine 
intérieure; aussi subit-elle, à des degrés variables suivant 
l’intensité cl la durée de la pression extérieure, les mêmes 
modifications que nous avons signalées pour le cas où un 
membre est placé dans une altitude élevée. 

Si l'on plonge la main dans une cuve à mercure et 
qu’on l’y tienne pendant quelques minutes (1), aussitôt 
qu’on la relire, la main est extrêmement pâle, mais 
bientôt on la voit rougir et se gonfler d'uno manière très 
évidente. — Nous avons imaginé un appareil qui permet 
de soumettre (certaines parties isolément, la main ou le 
pied par exemple, à l’action de l’air comprimé. C’est 
l’effet inverse de celui de la ventouse de Junod. — Au 

( 1 ] Il est indispensable de chaulTer un peu le mercure de la cuve, sans 
quoi la conductibilité fort grande de ce métal pour le calorique amène- 
rait bien vite un rerroidij^emonl intolérable. 



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CIRCl'I-ATlON CAPILLAIRE. 32.3 

moyen de cet appareil, lorsque nous soumettons l’une 
de nos mains à une pression de 15 à 20 centimètres 
de mercure proloiig(*e pendant une dizaine de minutes, 
nous voyons que, pendant la compression, la main est 
pâle et amaigrie d’une manière étonnante, tandis que, dès 
que la pression a cessé, elle prend subitement, pour quel- 
ques instants, une coloration, une chaleur et un volume 
bien supérieurs à ceux de la main qui n’a pas été com- 
primée. — 11 nous semble que l’explication la plus natu- 
relle de ces faits est d’admettre que la contractilité des 
vaisseaux, réduite pendant un certain temps à l’inaction 
complète, s’est affaiblie temporairement. 

On pourrait montrer que la plupart des agents qui in- 
fluent sur la contractilité vasculaire se comportent d’une 
manière analogue à celle des autres agents dont nous 
avons parlé; mais nous ne pouvons nous étendre plus 
longuement sur ce point de la physiologie circulatoire, 
quelque digne d’intérêt qu’il nous paraisse. Du reste, 
nous aurons à revenir bien souvent sur la contractilité 
vasculaire dans la partie de ce travail qui traitera des 
applications à la pathologie. 

Nous voici arrivé au moment où les variations mor- 
bides de la circulation doivent être analysées ; cette 
tâche, nous l’espérons, sera rendue plus facile par les 
études physiologiques qui précèdent. — Nous laisserons 
de côté à peu près complètement la circulation vei- 
neuse. Son rôle qui , dans la physiologie circulatoire, 
se home à ramener au cœur le sang qui revient des 
organes, n’offre non plus pour le pathologiste qu’une im- 
portance secondaire. Les veines sont, comme les appelle 
J. Hunter, des vaisseaux passifs; les mouvements du 



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l’HVSlOLOr.lK. 



■m 

sang veineux nous semblent avoir beaucoup moins d’ini- 
portance que ceux qui se passent dans le cœur, les ar- 
tères et les capillaires. Ceux-ci, en effet, présentent des 
troubles notables dans presque toutes les maladies. 



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DEUXIEME l'AUTIE 



APPIilCATIOAiS Il* PATB0I.06IE DE EA CIRCXXATIOW 
VA8CXXA1BE ET CARDIAQUE. 



CHAPITRE \\\. 

INTRODUCTION. — MALADIES DE LA CIRCULATION CAPILI.AIRE I 
FIÈVRES, ALGIDITÉ, CONGESTIONS, ETC. . 



Les phénomènes morbides sont soumis aux mêmes lois que les phéno- 
mènes physiologiques. . — 11 n'y a pas de forces particulières pour 
produire les étais pathologiques. — Plan général de la deuxihn» 
partie. 

Des maladies de la circulation capillaire. — Leur symptôme principal 
consiste en changements survenus dans la température animale et 
dans la rapidité du mouvement du sang. — Importance qu'on a 
attachée a la chaleur animale dans les phénomènes de la vie. — Des 
doctrines médicales destinées à expliquer les variations de la tempé- 
rature dans les maladies ; inlluences fâcheuses des théories métaphy- 
siques. — Modifications pathologiques do la vitesse de la circulation. 
Toutes ces modifications s'expliquent simplement par les notions que 
fournit la physiologie expérimentale. 



En abordant l’étude pathologiiiiie do la circulation, 
nous n’entrons pas dans une voie nouvelle. La patho- 
logie, en effet, n’est pas soumise à des lois spéciales, car 
les maladies ne consistent qu'en un trouble souvent très 
léger dans l’harmonie des fonctions physiologiques. Ladoc- 
trine de Broussais, soupiise à quarante années d'pxamen, 



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32G APPUC.VTIO.NS A I A PA 1 llül.OGlK. 

a laissé après elle une grande idée qui conslilue toute une 
révolution médicale, c’est que la médecine est physiolo- 
gique, c’est-à-dire que dans les maladies n’interviennent 
pas de forces spéciales, mais seulement celles que la phy- 
siologie nous révèle. 

C’est donc toujours le flambeau de la physiologie qui 
va marcher devant nous; on verra quelle clarté il va 
jeter sur la sémiologie médicale. Qu’on ne lui demande 
pas encore de dissiper toutes les ténèbres, et qu’on n’ou- 
blie pas surtout (pie la physiologie expérimentale com- 
mence à peine de nos jours à être étudiée d’une manière 
méthodique. Ne serait-il pas injuste d’exiger dès aujour- 
d’hui qu’elle explique tous les faits dont tant de siècles 
d’observation nous ont révélé l’existence? 

Nous laisserons donc à la clinique l’étude de 1a plupart 
des symptômes généraux qui, dans les maladies de l’ap- 
pareil circulatoire, ne paraissent pas se rattacher directe- 
ment au mouvement du sang. Un jour viendra sans doute 
où la physiologie pourra rendre un conqite exact de ces 
altérations de la nutrition qui, du simple trouble fonc- 
tionnel, conduisent par gradation insensible jusqu’à la 
lésion anatomique. Les premiers passent faits dans cette 
voie : la pa</io/o</ie cellulaire nous promet déjà la solution 
de bien des questions de cet ordre. 

Parmi les phénomènes pathologiques, tous ne sont pas 
également complexes et diflicilcs à interpréter ; il en est 
au contraire de très simples : ce sont précisément ceux 
qui, par leur nature, se rattachent aux phénomènes 
connus de la physique. De môme que le système circula- 
toire peut être, comme on l’a vu, assez fidèlement repré- 
senté par un appareil hydraulique, de même aussi les 
phénomènes qui traduisent bon nombre de ses maladies 



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INTKODUaiOV 



3->7 

peuvent être iniilés artificiellemeiil par certaines altéra- 
tions produites dans cet appareil. Les lésions organiques 
du cœur, celles qui troublent le jeu de ses valvules, les 
altérations du système artériel qui cliangent la forme, le 
volume, l’élasticité de ces vaisseaux, peuvent être ainsi 
imitées, non-seulement au point de vue de la modifica- 
tion que subit le mouvement du sang, mais aussi avec 
tout rensemble des signes physiques qui les caractérisent. 
Souvent nous aurons occasion d’appuyer certaines asser- 
tions sur cette synthèse pathologique , et de reprodiiiro 
des phénomènes morbides, comme déjà nous avons re- 
produit les phénomènes physiologiques de la circulation 
du sang. 

Les parties les plus obscures de la pathologie de la cir- 
culation sont relatives aux maladies dans lesiiuclles la 
ronelion est le moins profondément troublée : de cet ordre 
sont les cas où l’acliou nerveuse s’exerce d’une manière 
anormale sur le cœur ou sur les vaisseaux. Cependant le 
l)roblème est plus simple (ju’on ne pourrait le supposer, 
car les forces vitales produisent en dernière aualy.se des 
eflets tout à fait physiques : un vai.s.seau, lorsi[u’il se 
relâche ou se contracte sous nue intluence nerveuse, faci- 
lite ou enticive le passage du sang; c’est à cela (pie se 
réduit son action sur la circulation. Ici se rencontre une 
grande ressemblance entre les phénomènes morbides et 
les variations physiologicpies de la circulation que nous 
connaissons déjà; on peut même dire, pour citer un 
exemple, que la transition entre l’accroissemeut phvsio- 
logique de la rapidité de la circulation et la fièvre propre- 
ment dite est diiiicile à manquer. 

Voici l’ordre que nous suivrons dans cette deuxième 



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3-28 



APrUC\Tl(I.NS A LA PATHOI.OGIE. 



partie. Comme la circulation capillaire vient fie nous 
occuper en dernier lieu, nous commencerons par étudier 
les troubles pathologiques de cette circulation, en donnant, 
chaque fois qu’ils seront nécessaires, des développements 
physiologiques pour faire mieux comprendre la significa- 
tion des phénomènes morbides. De cette manière, tout ce 
qui est relatif à la circulati()ii capillaire se trouvera rassem- 
blé de façon qu’on en puisse .saisir l’ensemble. — Vien- 
dront ensuite les lésions définitives des vaisseaux: d’abord, 
ces altérations presque physiologiques qu’éprouvent les 
artères sous l’influence d’un âge avancé, l’induration et 
l’ossification artérielle; plus loin, les oblitérations des ar- 
tères, les anévrysmes, etc. 

Dans l’étude des affections du cœur, nous séparerons 
les lésions des valvules qui apportent dans la fonction un 
trouble mécanique inhérent cà l’organe lui-même, et les 
modifications foncticînnclles qui, parfois, semblent liées 
à un changement de rinnervalion ou de la nutrition du 
cœur, tandis que, dans d’autres cas, elles semblent être 
un retentissement de lésions qui ont pris naissance dans la 
circulation périphérique. 

Une grande objection est faite de nos joura à l’étude 
des signes physiques dans les maladies du cœur ou des 
vaisseaux. Pour tout ce qui est relatif aux affections or- 
ganiques de l’appareil circulatoire, on fait un reproche 
aux tendances modernes, et l’on dit que la perfection 
qu’on cherche dans le diagnostic ne conduit qu’à la 
constatation de désordres tellement graves qu’ils sont 
au-dessus des ressources de la thérapeutique. On oppose 
aux médecins organiciens l’épigraphe célèbre (pie Corvi- 
sart écrivit en tète de son livre : 

lltTrel lalcri k'Ilmlit urmi^lo. 



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imhodl'ction. 



Qu'on nous permettre de ne point partager le décnn- 
ragemenl général. Tout le monde a vu des lésions orga- 
niques du cœur ou des vaisseaux persister pendant de 
longues années sans compromettre la vie des malades. 
Souvent, ces affections organiques, incurables par elles- 
mêmes, ne causent la mort qu’indirectement en amenant 
des maladies pulmonaires que l’art eût pu conjurer. 
Pour nous, noti e conviction est faite : nous croyons qu’en 
l’absence d’une thérapeutique directe contre les maladies 
du cœur, il existe une hygiène ellicace. En dehors des 
faits nombreux que la clinique nous révèle, le bon sens 
tout seul suflirait à prouver que si l’on sait à propos atté- 
nuer l’action trop énergique du cœur, ou diminuer les 
résistances que cet organe doit vaincre dans les cas où il 
est affaibli, on enraye tout au moins les progrès du mal 
si l’on n’en peut détruire la cause. 

Dans le diagnostic des maladies du cœur et des vais- 
seaux, il est un élément tellement important que nul ne 
saurait le négliger, quelle que soit la valeur des signes 
nouveaux qu’il puis.se apporter; nous voulons parler de 
l’auscultation. Tant de progrès nouveaux ont été accom- 
plis depuis Laennec, que l’auscultation, pratiquée de nos 
jours par un médecin exercé, peut, dans un grand nombre 
de cas, révéler la nature d’une affection organiipic dn 
cœur. ,\nssi nous ne saurions négliger dans le diagnostic 
cet élément important qui servira toujours de contrôle 
aux indications fournies par la forme du pouls. Nous ne 
pourrions avec quelque autorité présenter les tracés gra- 
phiques fournis par notre instrument, si le diagnostic 
auquel nous sommes arrivé n’était légitimé en quelque 
manière. Or, l’auscultation est le contrôle amiuel nous 
accoi'dons la plus grande valeur toutes les fois (jue 



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330 



APPLICATIONS A LA PATHOI.OCIE. 



l’examen cadavérique n’a pu confirmer le diagnostic 
porté. 

Toutefois, comme la valeur des renseignements fournis 
par l’auscultation est subordonnée à la théorie adoptée 
par le médecin qui ausculte, nous serons forcé de donner 
quelques détails sur l’auscultation du cœur à l’état patho- 
logique, sur la cause et la signification des bruits do souille 
cardiaques et artériels. 

La forme graphique du pouls tiendra pour nous une 
large jiarl parmi les moyens du diagnostic des allcctions 
circulatoires, ^■ûus n’avons pu par nous-niéme qu’ébau- 
cher cette étude qui réclame de longues et nombreuses 
recherches; il nous semble toutefois que, dans les résul- 
tats que nous présentons aujourd’hui, on peut entrevoir 
combien la rigueur du diagnostic médical est su.sceptible 
d’ôtre augmentée. 

Lorsque nous trouverons une maladie quelconque qui 
s’accompagne habituellement de troubles importants de la 
circulation, nous indiipierons ces troubles en essayant d’en 
déterminer la cause. Dans certains cas, à défaut de notions 
physiologiques précises, nous montrerons comment l’em- 
pirisme tout seul peut nous révéler des phénomènes im- 
portants que la physiologie viendra sans doute expli([uer 
plus tard. On verra comment certaines affections dites 
spécifiques donnent au pouls des caractères particuliers 
qui se produisent assez constamment pour qu’on puisse 
les ériger à l’état de sjmptômes importants, tout empi- 
rique que soit leur constatation. 

En dehors même de l'appareil circulatoire, il existe des 
affections qui réagissent assez sur le mouvement du sang 
pour pouvoir imprimer au pouls certains caractères im- 
portants. De cet ordre sont les affections de l’appareil res- 



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MALADIES DE LA CIRCILA 1 ION CAPILLAIRE. 



331 



piratoirc, les épancbcments abdominau.\, les convulsions 
diaphragmatiques, etc. Parmi ces maladies, celles qui 
afl'cclent les organes de la respiration pourront, avec 
avantage, être étudiées d’une manière plus directe : ainsi, 
il sera très important de déterminer avec précision la 
forme des mouvements respiratoires eux-mèmes, plutôt 
(jue d’observer les modifications qui surviennent dans le 
pouls sous l’influence des maladies du poumon. Mais en 
attendant que cette étude que nous avons à peine abordée 
puisse fournir des résultats assez précis, nous pensons qu’il 
ne faut pas négliger d’observer les modifications que le 
pouls reçoit dos différents types de la respiration, car la 
forme du tracé recueilli dans ces circonstances peut déjà 
donner des renseignements d’une grande valeur. 

DES MALADIES DE LA CIRCULATION CAPILLAIRE. 

§ 1 12. — Les maladies que nous aurons à décrire comme 
ayant leur point do départ dans les troubles de la circula- 
tion capillaire ont été rassemblées par tons les nosologistes 
dans des groupes assez voisins les uns des autres; ces 
groupes renferment des atleclions dont les unes sont géué- 
ralisi'‘es dans l'économie tout entière, tandis que d'autres 
se localisent dans un ou plusieurs organes. On y trouve 
la fièvre et l’algidité avec leurs différentes formes, les états 
congestifs et inflammatoires, les hémorrhagies sponta- 
nées, etc. Les découvertes de la science moderne sont 
venues Justifier un pareil groupement et montrer qu'il est 
très légitime, car l’élément principal do ces états morbi- 
des semble résider dans une altération du mouvement du 
sang. 

La couleur, le volume et la température des organes 




•'iû2 AI’PI.ICATIONS A I.A l’A lllOt.Or.lK. 

varient, comme on l’a vu § 104, toutes les fois que l’état 
circulatoire varie liii-méme. C’est principalement cet ordre 
de phénomènes qui ont attiré l’attention des médecins et 
(jui leur ont fait saisir une ressemblance symptoma- 
tique entre des affections souvent très diverses par leur 
siège ou leur cause. Mais si la médecine ancienne a com- 
pris vaguement l’analogie (jui existe entre ces dilïérentes 
affections , elle a été moins bien inspirée lorsqu’elle a 
cherché à saisir la nature véritable de chacune d’elles. 
Privée de notions physiologiques, elle fut réduite, pour 
expliquer les symptômes, à des hypothèses que trop sou- 
vent elle a prises pour des réalités. 

De tout temps, la chaleur animale a été considérée 
comme le phénomène vital par excellence; si l’on remonte 
aux temps les plus reculés, on trouve l'antique fable du 
feu dont Prométhée anima sa statue; si l’on redescend 
jusqu’aux théories médicales de nos joui"s, ou retrouve 
sous une autre forme la même idée : une combustion 
incessante produit de la chaleur chez les êtres vivants; k 
la mort, le foyer s’éteint et le cadavre se refroidit. — De 
l’hypothèse à la réalité, il n’y avait pas loin; Lavoisier a 
démontré l’existence de cette combustion depuis si long- 
temps soupçonnée. 

Mais l’esprit de système a toujours eu pour tendance 
de s’élancer hors des limites de ce qui est démontré; une 
logique peu sévère semble permise en médecine, dans 
celte science où, dit-on, l’exactitude mathématique e.st 
impossible. On partit donc de ce principe, que la chaleur 
se produit chez les être vivants, et l'on admit (pie cette 
chaleur est la manifestation directe de la force vitale. En 
voyant que dans certaines parties du corps la température 
s’élève ou s’abaisse, on conclut que dans ces parties la 



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M\I..\DU;S DE I.A CIRCULATION CAPILLAIRE. 333 
force vitale s’accroît ou diminue, de sorte que peu à peu 
la pathologie tout entière se réduisit à des accroissements 
ou des diminutions des forces, à des étals sthéniques et 
asthéniques, à des manifestations d'activité ou de passivité. 
Les noms changeaient, mais l’idée générale restait la 
mémo ; partout on retrouvait ce dualisme formé de deux 
entités : la force et la faiblesse déguisées sous des noms 
différents. Cependant la nature si mal déflnie de ces forces 
avec lesquelles on tendait à tout expliquer devait en- 
gendrer de longues discussions. .\ ceux qui admettaient 
des maladies par excès de force, d’autres répondaient en 
disant : que la force véritable consistant dans la santé, 
toute maladie est nécessairement l’elTet d’une faiblesse. 
C’est ainsi que la métaphysique se combattait elle-même, 
sans que la victoire pitt rester à aucun des partis. Aussi 
ces discussions ont-elles duré pendant des siècles avec une 
ardeur croissante presque jusqu’à notre époque. .Aujour- 
d’hui, de guerre lasse, on a renoncé à créer de prime 
saut un système médical; on se borne à l'observation 
clinique et à rexpérimentation physiologique qui seules 
peuvent conduire à ces généralisations (pie l’on avait ten- 
tées prématurément. 

La physiologie expérimentale est assez avancée pour 
qu’on puisse d(.*s à présent expliquer, en grande partie, la 
nature des troubles qui se manifestent dans la tempéra- 
ture animale et qui constituent le phénomène le plus sail- 
lant dans un grand nombre de maladies. La physiologie 
nous apprend que c’est à la circulation plus ou moins 
rapide du sang cpie tiennent les variations de la tempéra- 
ture des organes, et que cette rapidité du cours du sang 
est à son tour réglée ])ar une influence bien démontrée, 
celle de la contractilité vasculaire. 



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33i APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

Les autres phénomènes qui sont liés à des modifications 
du mouvement du sang étaient aussi impossibles à expli- 
quer que les variations de la température, à une époque 
où l'on ignorait l’existence de la circulation du sang, et 
cependant on voulait déjà leur assigner une cause. 
C’était toujours en imaginant des forces ou des pro- 
priétés particulières du cœur ou des vaisseaux qu’on 
faisait face à tontes les exigenciîs. Ces hypothèses transi- 
toires ont eu le grand malheur d’ètre trop facilement 
acceptées par les générations suivantes plus portées au 
respect des anciens qu’à la recherche toujours pénible de 
la vérité. De nos jours encore, lorsqu’un médecin perçoit 
sur une artère des battements d’une force insolite, et 
qu’il attribue ces pulsations exagérées à un surcroît de 
l’action du vaisseau, ne rétrograde-t-il pas sans s’en douter 
jusqu’à renfance de la médecine? N’évoque-t-il pas celte 
force pulsifique des artères que la découverte de Harvey 
eût dû pour jamais ensevelir dans l’oubli? 

Réduisons donc à de justes limites le respect des an- 
ciennes doctrines; rejetons l’existence de toutes les forces 
qu’on a admise gratuitement sans les définir et sans les 
localiser, et nous verrons que l’observation rigoureuse des 
faits conduit à des explications fort simples de phénomènes 
qui semblaient entourés de mystères. 

Puisque nous étudions en premier lieu les troubles de 
la circulation capillaire qui se caractérisent principale- 
ment par des modifications de la température animale, 
tels que les fièvres, les congestions, les inflammations; il 
faut tout d’abord bien établir le lien qui existe entre 
l’état de la circulation et celui de la température. Cette 
étude est aussi bien médicale que physiologique, nous ne 



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MALADIES DE LA CIRCULATION CAPILLAIRE. 535 

pouvions la scinder en deux parties. C’est par les modi- 
fications qui surviennent dans 1a température que nous 
commençons la sémiologie des maladies de la circulation 
capillaire, parce que c’est là le caractère le plus saillant 
de ces états morbides. En complétant l’analyse sympto- 
matique de chacune de ces maladies, nous montrerons 
comment les autres symptômes se rattachent naturelle- 
ment aux modifications survenues dans l’état de la circu- 
lation, et nous poui'rons alors reconstituer l’ensemble des 
phénomènes pathologiques en faisant ressortir le lien 
physiologique qui les unit. 



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CH API TUE XVII. 



DE I.\ CHALEUR ANIMALE DANS SES RAPPORTS AVEC 
LA CIRCULATION DU SANC. 

Trois phénomènes ont frappé les physiologiques : 1° Tout animal produit 
(le la chaleur. 2“ La température, des organes extérieurs s'élève ou 
s'abaisse sous certaines influences. 3° La chaleur centrale est sensi- 
blement fixe. 

A. De la production du la chaleur animale (théorie de Lavoisier). Quelques 
modifications y ont été apportées par les physiologistes modernes. 

B. Des causes de déperdition du la chaleur animale. — Rôle de la 
circulation pour compenser les causes de refroidissement dans les 
organes situés à la périphérie. — Interprétation des expériences dans 
lesquelles on fait varier la température d'un organe sous l'influence 
d'un trouble de la circulation. 

C. De la fixité presque parfaite de la température du sang dans les 
régions profondes. — Cause de celte fixité ; elle réside dans l'action 
spéciale du calorique sur la contractilité des vaisseaux. — Modo 
d'action de la contr.ictilité vasculaire pour produire l'uniformité de la 
température des centres dans les deux cas où cette température tend 
à varier : 4° quand la production de chaleur varie ; 2° quand la déper- 
dition de la chaleur varie par suite de changements dans la tempé- 
rature ambiante. 

L’oluile (Je la chaleur animale peut ôtre envisagt^e sous 
ilifl’érentes faces ; rune d’elles, jusqu’ici, a principalement 
attiré l’attention des physiologistes, c’est la partie relative 
à la production de celte chaleur. — Mais depuis les expé- 
riences de Cl. Bernard, un autre genre de phénomènes 
esl mis à l’ordre du jour : ce sont les variations curieuses 
que présente la température de certains organes qui 



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DE LA CHALEUR ANIMALE. 



387 



s'échauiTent ou se refroidissent suivant que l'on coupe ou 
qu’on excite les nerfs qui animent leurs vaisseaux. — 
EnGu, depuis longtemps, les physiologistes ont été frappés 
d’un phénomène curieux : la Qxité presque parfaite de la 
température dans les régions profondes du corps, fîxité 
qui contraste avec la variabilité de la température péri- 
phérique et dont on n’a pas encore donné d’explication 
satisfaisante. 

Jusqu’ici les éléments manquaient pour comprendre 
dans leur ensemble les rapports qui existent entre la pro- 
duction et la distribution de la chaleur dans l’économie. 
On n’avait pas bien saisi le rôle de la circulation du sang 
relativement à la répartition de cette chaleur. Aujour- 
d’hui que la science est riche de faits, il nous semble 
qu’on peut rattacher à une théorie fort simple tous les 
phénomènes relatifs k la chaleur animale. 

La température du corps étant presque toujours supé- 
rieure à celle du milieu dans lequel nous vivons, il 
s’ensuit que nous perdons sanscesse par les influences ex- 
térieures une certaine quantité de chaleur; il est donc né- 
cessaire qu’une production constante de calorique vienne 
réparer ces pertes, sans quoi la température humaine ne 
tarderait pas à se mettre en équilibre avec celle de l’at- 
mosphère. 

Cette production et cette déperdition constantes don- 
nent naissance à une rémlianie, c’est la quantité de cha- 
leur qu’un individu renferme à un moment donné. — 
Comment se fait la production de chaleur et comment la 
déperdition ? C’est k cela que se réduit toute la question 
de la chaleur animale. 



22 



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388 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



A. Sonreca de la chaleur animale. 

§ 1 13. — Lavoisier découvrit la source de la chaleur 
animale ; il montra que l’oxygène emprunté par la respi- 
ration à l’air ambiant est transformé par une sorte de 
combustion en acide carbonique et en eau. Ces actions 
chimiques donnent naissance à un dégagement de chaleur. 
Les expériences de calorimétrio les plus modernes, d’ac- 
cord avec celles de Lavoisier, sont venues apporter une 
nouvelle confirmation à cette théorie. Elles montrent que 
les quantités d’acide carbonique et d’eau produites en un 
temps donné par un animal rendent compte, avec une 
exactitude satisfaisante, de la quantité de chaleur qui s’est 
dégagée pendant ce même temps (l). 

Lavoisier était resté dans l’incertitude sur le siège précis 
de la production de la chaleur, il tendait à placer dans le 
poumon la combustion qui dégage le calorique. On sait 
aujourd’hui que c’est dans tous les organes que ce travail 
se produit. La preuve directe en est fournie par ce fait, 
que le sang veineux qui revient de tout le corps, celui 
du cœur droit par exemple, est plus chaud que le sang 
artériel pris dans le cœur gauche. Le sang qui traverse 
le poumon, au lieu de s’écbaufler, s’y refroidit au con- 
traire, ce qui s’explique facilement par l’évaporation. 

B. CAiumïs 1* 4éper4tU»n de la ehalenr animale. 

§ 1 1 û. — Supposons que la température du corps soit 
portée à un degré déCni, égal pour tous les points de 
l’économie; puis, qu’à ce moment les causes de refroidis- 

(4) Voyez, pour l'exposé complet de ces expériences, Gavarret, De la 
chaleur produite par tee étree vivante. Paris, 4865. 



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DE LA CHALEUR ANIMALE. 339 

sement agissent seules, cnmmu cela arriverait pour un 
cadavre qu’on aurait échaufTé dans un bain. — Sous l’in- 
fluence du refroidissement, il tendra à se faire une nou- 
velle répartition de la température, do telle sorte que les 
extrémités, mains, pieds, nez, oreilles, etc., deviendront 
plus froides que le reste du corps. En un mot, les por» 
lions qui présentent beaucoup de surface et peu de masse 
se refroidiront vite, tandis que les organes profonds, 
beaucoup plus abrités contre les jicrtes de la chaleur, 
conserveront longtemps leur température élevée (t). 

La production constante d’une certaine quantité de 
chaleur dans tous les points de l’économie ne saurait em- 
pêcher (pi’il n’y ait une très grande inégalité entre la 
tenqiérature des parties jirofondes et colle des parties 
périphériipies. Il arriverait m'-cessai renient deux choses: 
1* les régions profondes se refroidissant très peu, accu- 
muleraient en elles une très grande (piantitéde chaleur; 
2* les parties su|»erficielles, bien que produisant du calo- 
rique, en perdraient plus qu’elles n’en forment, et se 
refroidiraient en raison de l’abaissement de la tempéra- 
ture extérieure (2). 

(1) C'est ainsi qu'à la surface du globe, non seulement la chaleur va 
croissant à mesure qu’on descend vers la ^irofondeur de la terre ; mais 
cette croissance n'est pas la même, suivant qu'on la recherche dans la 
plaine ou sur les pics élevés. Les saillies du sol, rayonnant davantage, 
se refroidissent plus profondément ; ainsi, pour arriver à des couchea 
isothermes en plaine et en montagne, il faut creuser plus profondément 
dans ces derniers lieux. 

(2) Les causes de refroidissement sont nombreuses; elles ne se bor- 
nent pas au rayonnement que nous citions tout à l'heure. Tous les corps 
qoi noue enloureot empruntent à nos tiasos une quantité de chaleur 
d'autant plus grande, que ces corps ont une température plus basse et 
qu’ils sont meilleurs conducteurs de calorique. Si l'atmosphère qui nous 
entoure est agitée, elle enlèvera d'autant plus de calorique à notre corps. 



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APPUCATIONS A LA PATHOLOGIE. 



UO 

Bôle de la circulation, relativement au nivellement de la température 
dans les différentes parties du corps. 

§ H5. — Il est une fonction qui tend sans cesse à em- 
pêcher cette inégalité de température entre les parties 
superficielles et les parties profondes : cette fonction, 
c’est la circulation du sang. La circulation, en effet, vient 
sans cesse apporter aux parties superGcielles du sang 
chaud qui vient des régions centrales, en même temps 
qu’elle rapporte aux centres du sang qui s’est refroidi à la 
périphérie du corps. Cl. Bernard et Walferdin ont vu que 
le sang veineux qui revient des membres est plus froid 
que le sang des artères qui s’y rendent, tandis que pour 
les viscères splauchniques c’est l’inverse qui se produit (I). 

La circulation tend donc sans cesse à rétablir l’équi- 
libre de température que le refroidissement tend sans cesse 
à détruire. Ni l’une ni l’autre de ces influences antago- 
nistes ne s’exercent d’une manière complète, de telle sorte 

que le courant d'air sera plus rapide ; de même, dans le cas où le corps 
sera plongé dans un liquide à basse température, la vitesse du courant 
augmentera le refroidissement. En6n, l'évaporation qui se fait, soit par 
le poumon, soit à la surface des téguments, enlève à nos tissus une 
quantité de chaleur souvent très considérable. 

(1) En somme, pour que le sang du ventricule droit soit plus chaud 
que celui du ventricule gauche, il faut bien admettre que les veines qui 
rapportent un sang échauffé sont plus nombreuses ou plus larges que 
celles qui ramènent un sang refroidi. 

Cl. Bernard conclut très sagement que les différences de température 
que présente le sang veineux dans tel ou tel point de l'économie ne sau- 
raient rien faire préjuger sur le siège précis de la calorihcation, et que 
tout porte è croire qu'aucun tissu n'est étranger à la ])roduclion de la 
chaleur. Comme le sang veineux le plus froid est celui qui revient des 
extrémités, il est bien probable qu'il y ail eu du calorique formé dans ces 
tissus, seulement la déperdition de chaleur, très grande en ces points, a 
excédé la production, et, en somme, le sang s'est refroidi. 



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■DE LA CHALEUR ANIMALE. 



m 

que, d’un côté, l’inégalité de température augmente avec 
l’abaissement de la température ambiante ; de l’autre, le 
nivellement de la température des différents organes est 
d'autant plus parfait, que la circulation est plus rapide et 
vient plus complètement réparer les pertes qui se produi- 
sent en certains points. — Loi-s donc qu’on se tient dans 
un milieu d’une température de 20 degrés, par exemple, 
et qu’on cherche au thermomètre quelle est la tempéra- 
ture comparative de trois points du corps inégalement 
exposés au refroidissement, tels que la main, l’aisselle et 
l’urèthre, on voit que pour chacun de ces trois points la 
température est différente : la main est la plus froide, puis 
l’aisselle, puis l’urèthre, qui présente environ 37 degrés 
centigrades. Si alors on fait varier la température am- 
biante, on voit que tout abaissement de cette température 
refroidit beaucoup la main, refroidit moins l’aisselle et ne 
refroidit pas sensiblement l’urèthre. — Dans les mêmes 
conditions, si l’on accélère la circulation au moyen de la 
gymnastique, par exemple, on voit se produire sous cette 
influence une tendance au nivellement de la tempéra- 
ture : la main s’échauffant beauconp, l’aisselle moins 
que la main, et l’urèthre restant sensiblement au môme 
degré. 

J. Hunter signala des faits d’une très grande valeur re- 
lativement à la cause des changements qui peuvent sur- 
venir dans la température animale. — Il vit qn’une partie 
quelconque, lorsqu’elle devient chaude, par l’effet d’un 
phlegmon par exemple, ne peut s’échaufler au-dessus 
d’une certaine température. Ce maximum qu’elle ne sau- 
rait dépasser, est précisément la chaleur du sang dans les 
cavités centrales. — Hunter remarqua en outre qu’une 
partie profonde, possédant à l'état normal la température 



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APPUr.ATIONS A I.A PATIIOIOGIE. 



Sà2 

maxiimini dont nous venons de parler, ne saurait, par 
l’efTet d’une inllaniination, aeipuM ir une température plus 
élevée. Voici rexpérienco (prinstitua le célèbre physiolo- 
giste anglais. Après avoir pris an thermomètre latcmpé* 
rature du vagin d’une ànessc, il injecta dans cette cavité 
un lirpiide irritant, aPin d'y provanpier une intlammation 
violente; puis, (piand cette intlammation fut établie, il 
prit de nouveau 1a température du vagin : le thermomètre 
n’accusa pas de changement notable dans la chaleur de 
cette cavité. Hunter entreprit plusieurs fois de développer 
des inflammations dans les régions profondes, soit dans 
ré|)aisseur des grandes masses musculaires, soit dans les 
cavités naturelles, comme le rectum, soit dans l'intérieur 
du thorax ou do l’abdomen. Dans tous ces cas, la tempé- 
rature resta sensiblement la même, après comme avant la 
production de rinflammation (t). 

Hunter ne tira pas do ces faits la conclusion cpii nous 
semble la plus naturelle ; c’est-à-dire (pi’une partie péri- 
phéri(|ue qui s’échaulTe doit prescpie entièrement son éléva- 
tion de température à l’abord eontinuel d’une plus grande 
quantité de sang (pii vient ré|iarer les perles cpie le refroi- 
dissement tend à produire. Sans cela, il serait étrange de 
voir l'élévation de la température s’arrêter précisément 
au degré de chaleur du .sang tpie le coMir envoie aux or- 
ganes (2i. Les expériences faites sur rinflammation déve- 

(1) J. Hunter, Œuvres complètes (traducl.de Uichelot, t. lit, p. 879 
et auiv.). 

(2) Nous discuterons plus tard lu iguealion de savoir si une partie 
(X>ngestionnée no peut pas produire olle-mômo une plus grande quantité 
de chaleur; nous montrerons aus^i que dans la lievro la température 
s’élève dans les régions centrales; la chaleur du sang est alors plus grande 
que de coutume. Si donc ene indauiniation s'accompagne de fièvre, on 



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DE LA CHALEUR ANIMALE. S&3 

loppéo dans les cavités profondes viennent confirmer cette 
vue, en prouvant que tout organe qui possède normale- 
ment la température du sang, parce qu’il n’est pas exposé 
6U1 refroidissement, n’est pas susceiitible de s’échauffer 
sous l’influence d’une circulation plus rapide. 

Interprétation des expériences dans lesquelles on modifie la température 
d'un organe en modifiant sa circulation. 

§ 116. — Les détails qui précèdent vont rendre fort 
claire l’explication de certains changements de la tempé- 
rature qui surviennent lorsque la circulation est modifiée. 
Ces effets, signalés par les physiologistes, tiennent, les uns, 
à l’action des nerfs vaso-moteurs, les autres, à dos in- 
fluences mécaniques qui font varier la vitesse du courant 
sanguin. Nous allons les pas.ser en revue successivement. 

1* La section du nerf grand sympthique au cou, sur 
un lapin, échauffe l’oreille correspondante; la galvanisa- 
tion de ce môme nerf refroidit l'oreille. 

On connaît l’action du grand sympathique sur le dia- 
mètre des vaisseaux, et, par suite, sur la rapidité du cours 
du sang. C’est en modifiant la rapidité (1) de la circulation 
que les nerfs vaso-moteurs font varier la température de 
certaines parties (2). L’oreille du lapin, en raison de sa 

pourra trouver dans le point enflammé la température actuelle que pos- 
sède le sang dans les régions centrales, ce qui correspondra à une tem- 
pérature supérieure à celle du sang chez un sujet sain. 

(1) Le mot de rapidité a besoin d'élro défini; déjà, à propos de la 
physiologie des artères, nous avons établi la signification véritable que 
ce mot doit avoir (voy. § 39). La circulation d'un organe devient plus 
rapide lorsque, en un temps donné, il passe une plus grande quantité 
de sang à travers cet organe. 

(2) Brown-Séquard, le premier, a donné cotte explication des phéno- 
mènes découverts par Cl. Bernard, à une époque où ce dernier auteur 
admettait une influence immédiate des nerfs sur la calorification. 



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344 APPLICATIONS A J.A PATHOLOGIE. 

minceur et de sa grande surface, tend à perdre beaucoup 
de calorique. Dans le cas où le grand sympathique est 
coupé, cette chaleur qui se perd est compensée par celle 
que le sang apporte abondamment; dans le cas de galva- 
nisation de ce nerf, la circulation, devenue moins abon- 
dante, ne compense plus les effets du refroidissement. 

2° Plus la température ambiante est basse, plus est 
grande l’inégalité de chaleur des oreilles après la section 
du grand sympathique d’un côté. 

Cet effet tient à ce que la chaleur du sang apporté dans 
l’une des oreilles par une circulation plus rapide, y en- 
tretient un degré de température élevé dont l’autre 
oreille s’éloigne d’autant plus qu’elle est plus soumise au 
refroidissement. 

Si le refroidissement n’existait pas, les deux oreilles au- 
raient toutes deux la température du sang, de sorte que 
les effets de la section du grand sympathique ne se feraient 
pas sentir. — Cl. Bernard a vu en effet qu’après la sec- 
tion du grand sympathique, si l’on place le lapin dans 
une étuve, l’oreille du côté sain s’échauffe seule, de façon 
que les deux oreilles présentent bientôt la même tempé- 
rature, celle du sang dans les régions profondes. 

On doit rapprocher du fait précédent cet autre, signalé 
par Cl. Bernard et que des expérieuces de J. Hunter pou- 
vaient faire prévoir ; à savoir, que la section des ûlets 
splanchniques du grand sympathique ne produit pas d’é- 
chauffement des viscères. Ceux-ci, en effet, abrités contre 
le refroidissement, grâce à leur situation profonde, pos - 
sèdent sensiblement la chaleur propre du sang, quelle 
que soit la rapidité de leur circulation. 

3° Cl. Bernard a remarqué que si l’on coupe le grand 
sympathique au cou, il se produit souvent des effets 



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DE LA CHALEUR ANIMALE. 



S/|5 

croisés relativement à la température des oreilles, dont 
l’une s’échauffe tandis que l’autre se refroidit. — Ce fait, 
posé comme un desideratum des théories relatives à l’in- 
fluence des nerfs sur la chaleur animale, nous semble se 
rattacher très simplement aux effets déjà connus de la* 
rapidité du cours du sang sur la chaleur des organes. En 
effet, un tronc commun d’origine existe pour les deux 
carotides, chez le lapin ; la rapidité du courant sanguin 
qui résulte de la section du grand sympathique exercera 
une dérivation du sang d’un cété de la tète aux dépens 
de l’autre, ce dernier, devenant le siège d’une circulation 
moins abondante, devra donc se refroidir (1). 

k" Lorsqu’on lie l’aorte abdominale chez les animaux, 
on voit que le sang devient plus chaud au-dessus de la 
ligature. — Ce fait, qui a été signalé par Cl. Bernard, et 
qui n’avait pas reçu d’explication plausible, se rattache 
tout naturellement à ce que nous avons dit, § 115 : que 
certains organes dépensent plus de calorique par le rayon- 
nement qu’ils n’en produi.sent par eux-mêmes. Pour ces 
parties, le sang qui revient par les veines est plus froid 
que celui qui s’y rend par les artères; on peut donc dire 
qu’eii déflnitive le sang va s’y refroidir : supprimer la 

(I ) La dànonstratioD de cette théorie peot être donnée expérimenta- 
lemeot. Cela revient à prouver que des variations croisées de la tempé- 
rature des oreilles du lapin surviennent lorsqu'on fait varier mécanique- 
ment la vitesse du courant sanguin dans l’une des deux carotides. 

Expérimee . — Lorsqu'on place une ligature sur une des carotides, on 
peut constater que l'oreille correspondante se refroidit et que l'autre 
t'échauffe. Lors au contraire qu’on enlève celte ligature, en même temps 
que l'oreille correspondante s'échauffe, celle du cétéop|)osé se refroidit. 

Pour que ces variations de la température soient bien appréciables, il 
faut opérer par nn temps froid, et se servir d’un thermomètre très 
sensible. 




366 APPLICATIONS A LA PATdOLOGIE. ' 

circulation en ces points, c’est donc enlever à la ina^ 
sanguine une cause de refroidissement. Or, les membres 
inférieurs sont un des points d’où le &ng revient le plus 
refroidi : empêcher la circulation dans les membres infé- 
rieurs, c’est donc échauffer la masse du sang. 

A ce fait se rattache cet autre, que la température do 
sang s’élève par l’arrêt de la respiration, tandis qu’elle 
s’abaisse sous rinfluence d’une reàpiration fréquente. — 
U est démontré aujourd’hui que le sang des cavités droites 
du cœur est plus chaud que celui qui a traversé le poumon. 
Cet organe estdonc le siéged’uii refroidissement par suite 
de l’évaporation qui s’y produit. L’arrêt de la respiration, 
en supprimant cette source de refroidissement, échauffe 
la masse sanguine ; inversement, une respiration accélérée 
est une cause de refroidissement, puisqu’elle donne nais- 
sance à une évaporation plus abondante. 

§ 117. — Toutes les expériences dont il vient d’être 
question montrent que les lois physiques président à la 
répartition du calorique dans l’économie. Elles prouvent 
que la rapidité de la circulation produit ce double effet : 
de réchaufler les parties périphériques et de refroidir les 
parties profondes. Avant d’aller plus loin, il reste à savoir 
si la production du calorique n’augmente pas elle-même 
lorsque le mouvement du sang devient plus rapide, et 
lorsque, par conséijuent, le conflit de ce liquide avec le 
parenchyme des oi^anes devient plus fréquent. 

Une expérience de Cl. Bernard va nous montrer que, 
dans une partie congestionnée, réchauffement est produit 
à peu près tout entier par le calorique que le sang apporte 
en plus grande abondance, et que, s’il se produit sur 
place plus de chaleur que dans les organes sains, cette 



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DE LA CUALEUa ANIMALE. S&7 

augmentation dans la production de chaleur doit être 
extrêmement faible. 

Expérience. — La température étant la môme aux 
deux oreilles d’un chien, on coupe le grand sympathique 
à gauche ; l’oreille de ce côté présente bientôt un excès de 
h degrés sur la température de la droite. On enveloppe 
la lêle de l’animal d’un bonnet de ouale, de manière à 
diminuer la déperdition de la chaleur. Une heure et 
demie après, on trouve la température de la veine jugu- 
laira du côté de la section plus élevée de 1 degré que celle 
du côté opposé ; cet excès de température diminue gra* 
duellement par réchautTemeut de l’oreille saine; il s’ar- 
rête enfin à 0",25. — Voici les chiffres exacts : 



Veine jugulaire droite 38* 

Veine jugulaire gauche 38°, 36 

Sang artériel 38° 



Dans cette expérience, il y a eu évidemment augmen- 
tation dans la production de chaleur, puisque, du côté 
où le grand sympathique a été coupé, le sang veineux est 
plus chaud que le sang artériel. Mais cet excès n’est que 
de 0",25, ce tpii représente une quantité bien minime 
relativement aux écarts de température qui peuvent se 
produire lorsqu’on ne s’oppose pas au refroidissement. 
Dans ces cas, l’élévation de la température est donc à peu 
près tout entière produite pur du calorique apporté par 
le sang. 

C. De In flxllé preaqne pnrfatle de la tempe rata re dana le* 
ré(len* profeade*| canaes de ecUe Sxlté. 

§ lis. — Lorsqu’on voit les parties superficielles du 
corps passer d’un instant à l’autre par des alternatives 
d’échaufiement et de refroidissement, on s’étonne de 



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3&8 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

trouver, au contraire, la température des parties pro- 
fondes sensiblement fixe ; celte température oscille d’or- 
dinaire entre ÛO et ùl degrés (1). 

Cependant, tout indique que la production de la cha- 
leur animale subit des variations très-grandes ; et d’autre 
part il est évident que les causes extérieures de la déper- 
dition du calorique varient elles-mêmes à chaque instant 
avec la température du milieu ambiant, avec l'épaisseur 
des vêtements, etc. 

Dans les conditions de la physique une source quel- 
conque de chaleur, soumise à de pareilles variations dans 
la production du calorique et dans l’intensité des déper- 

(1) La fixilé de la température des régions profondes n'est cependant 
pas absolue. Cette température peut varier dans certaines limites, si l'on 
compare la chaleur du sang des deux animaux d'espèces différentes. 
Cl. Bernard et Walferdin (*) ont trouvé que, chez le chien, la chaleur du 
sang est un peu moindre que chez le mouton. En outre, pour chacune de 
ces espèces animales, ces physiologistes ont observé des différences 
individuelles qui pouvaient aller à I degré centigrade. — Martins (**] a 
vu que, sous l'influence de l'abstinence ou de l'alimentation, la tempé- 
rature intérieure des oiseaux palmipèdes pouvait s'élever ou s'abaisser 
sensiblement. — A côté de ces variations qui résultent d'un change- 
ment dans la production de la chaleur, il en est d'autres qui tiennent 
à l'inOnence de la température ambiante. Davy et, plus récemment, 
Brown-Séquard (***) ont vu que, si l'on passe d'un climat froid dans un 
autre plus chaud, la température intérieure s'élève. Un écart de 24 de- 
grés dans la température ambiante a produit une différence de plus de 
I degré centigrade dans la température prise sous la langue. 

Il est donc bien établi que la température centrale est susceptible de 
variations. On verra plus loin comment ces variations mêmes produisent 
dans l'état circulatoire des changements qui s'opposent à ce que l'élé- 
vation on rabaissement de la température du sang dépasse certaines 
limites. 

(*) Ufoia tur lt$ propr. phytioL «I les aller, pathol. des liquides de Vorga- 
nüme, t. I, p. 112. 

(**) Journal de la physiologie, 1858, 1. 1, p. 27. 

Journal de la physiologie, 1859, t. Il, p. 549. 



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DE L\ CHALEUR ANIMALE. 3tl9 

ditions, ne saurait donner naissance à une température 
uniforme en un point, à moins qu’un régulateur n’inter- 
vienne pour contre-balancer toutes ces causes perturbantes. 
Cet appareil régulateur devra parer à deux nécessité. 
D’une part, quand la production de calorique augmentera, 
il devra faciliter la déperdition afm de maintenir fixe le 
degré de chaleur intérieur. Réciproquement, si la pro- 
duction de chaleur faiblit, il devra diminuer la déper- 
dition pour obtenir cette même fixité. — Que ce soient, 
au contraire, les influences extérieures qui tendent à 
détruire l’équilibre de température, il faudra, dans un 
milieu froid, que l’appareil régulateur crée un obstacle 
à la déperdition ; dans un milieu chaud, il devra la faci- 
liter. 

Cet appareil régulateur existe dans l’économie ; il obéit 
directement aux moindres changements dans la tempé- 
rature, de manière à lutter sans cesse contre les influences 
de tout genre qui tendent à élever ou à abaisser la cha- 
leur intérieure. C’est encore la contractilité vasculaire 
qui joue ce rôle important. On a vu déjà comment cette 
propriété peut être considérée comme le régulateur de 
la vitesse de la circulation ; c’est à ce même titre qu’elle 
règle la température intérieure. 

La chaleur et le froid sont deux agents qui influen- 
cent la circulation d’une façon tout opposée. Le froid 
appliqué sur un tissu en resserre les vaisseaux et y ra- 
lentit le cours du sang; la chaleur relâche ces vaisseaux et 
accélère la circulation. On a vu également, § 109, que ce 
n’est pas seulement loi'squ’on les applique à l'extérieur 
que la chaleur et le froid produisent ces variations de 
l’état circulatoire, mais que si le sang qui traverse des 
vaisseaux est échauffé ou refroidi, son contact produira 



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3&0 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



également, suivant le cas, une dilatation ou un resserre- 
ment de leurs tuniques. Or, c’est cet effet immédiat des 
plus légers changements do la température sur l’état des 
vaisseaux qui va nous rendre compte de la fixité à peu 
près complète de la chaleur centrale. Nous examinerons 
tour à tour les cas dans lesquels il y a tendance à l’ac- 
croissement ou à la diminutiou dans la production de la 
chaleur intérieure, et ceux dans lesquels c’est le milieu 
ambiant qui tend à faire varier la température (1). 

< " COJ. — La produclion de chaleur varie. 

§t 19. — Âprèsringestion des aliments, lorsquele travail 
de la digestion a déjà introduit dans le sang de nouveaux 
matériaux pour la nutrilion et la calorification , on voit 
survenir un état particulier de la circulation qui s’accélère 
dans son ensemble. La face et les extrémités s’échauffent 
sensiblement par suite du courant plus rapide du sang. 
— Qu’en résulte-t-il? c'est que ces parties périphériques 
très exposées au refroidissement, recevant une quantité 

(1) La disposition anatomique des vaisseaux des téguments, dans cer- 
taines parties, montre qu'il peut se faire en ces points une circulation 
très rapide dont l'elTet nécessaire sera une grande perte de calorique. 
Sucquet (*) a découvert dans les membres et dans la léie un appareil 
vasculaire d'une disposition spéciale : de riches anastomoses font com- 
muniquer les artères des extrémités avec les veines superficielles. Cel 
habile anatomiste considère ces voies larges, à travers lesquelles le sang 
peut passer facilement des artères dans les veines, comme formant un 
circuit de dérivation par lequel s'écoule le tiop-plein des vaisseaux. On 
doit conclure, en présence d'une pareille disposition anatomique, que, 
dans les cas où le roléchement do ct-s voies dérivatives y produira un 
courant plus rapide, ce renouvellement incessant d'une grande quantité 
de sang dans des vaisseaux très superficiels amènera une grande déper- 
dition de chaleur. 

(*) Ve la circulation du sang dans les meml/res cl dans la télé, chet 
l’hosnme. Pari», 1860. 



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DE U CHALEUR iKUlALE. 35^ 

plus grande de sang, vont perdre par le rayonnement une 
plus grande quantité de chaleur (1). Çet effet du refroi- 
dissement tend donc à pallier les effets de la production 
plus abondante de calorique qui se fait à ce moment sous 
l’influence des aliments absorbés. — Inversement, après 
une diète même peu prolongée, la face et les extrémités 
pâlissent et se refroidissent, preuve que leurs vaisseau:| 
contractés laissent le sang circuler moins vite. L'effet de 
ce ralentissement de la circulation périphérique est qu’une 
moindre quantité de sang va se refroidir aux extrémités. 
Ici la déperdition diminue parceque la production diminue 
elle- même. 

Quant à la cause immédiate de la variation de l'état cir- 
culatoire, elle nous semble résider dans l’action qu’exerce 
sur les vaisseaux une variation même très-légère de la 
température du sang qui les travei’se (2). Dès que ce sang 
s’échauffe , il fait relâcher les vaisseaux et produit ainsi 
une source de déperdition du calorique. Dès que le sang 
se refroidit, il amène une contraction vasculaire qui dimi- 
nue l'intensité du refroidissement. 

Une preuve plus directe peut se tirer de l’influence des 
boissons chaudes ou froides : les premières accélèrent la 
circulation, les secondes la ralentissent. 

Enfin, la nature des aliments influe sur l’état des vais- 



(1) Il faut bien to pcnélrer de ce fait que plut une partie périphérique 
s'échauffe, plus elle perd de calorique. En conséquence, l'élévation de 
température des extrémités, sous l'influence d'une circulation plus abon- 
dante, est une cause d'abaissemeol de la température centrale. — 
Snelleo a remarqué que les lapins auxquels on a coupé le grand sympa- 
thique ne résistent pas à un abaissement un peu considérable de la tem- 
pérature ambiante, tandis que d'autres lapins non opérés supportent très 
bien ce même milieu. 

(2) On a TD, dans le § 1 1 8, que cette variation existe réellement. 



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352 APPLlCATIOî^S A LA PATHOLOGIE. 

seaux. Les aliments qu’on a appelés combustibles ou res- 
piratoires, ceux qui, par leur composition chimique, sont 
susceptibles de produire une grande quantité de chaleur, 
sont aussi des stimulants de la circulation. 

Dans les cas d'inanition qui ont été étudiés par les phy- 
siologistes, l’abaissement de la température des extrémités 
se produit d’abord, ce qui indique que la contraction des 
vaisseaux lutte pendant un certain temps contre la ten- 
dance au refroidissement qui résulte de l’arrôt de la pro- 
duction de chaleur. 

Ces quelques exemples montrent comment la contrac- 
tilité vasculaire agit pour la conservation d’un état fixe 
de la température intérieure, dans les cas où c’est la pro- 
duction de chaleur qui varie. Voyons ce qui arrive quand 
le milieu ambiant s’échauffe ou se refroidit. 

cat. — La température ambiante s'élève ou s'abaisse. 

§ 120. — Étant donné un certain état dans la production 
de la chaleur, la déperdition se règle sous l’influence même 
du calorique produit, ainsi qu’on l’a vu dans le paragraphe 
précédent, et maintient la température intérieure à un 
degré fixe. C’est là ce qui se pa.sse dans un milieu à tem- 
pérature constante : il se produit une sorte d’équilibre 
entre la production et la dépense du calorique. — Sup- 
posons que soudain l’air ambiant subisse un refroidisse- 
ment, aussitôt la déperdition de la chaleur du sang qui 
circule à la périphérie va tendre à s’accroître, mais 
aussitôt aussi une contraction énergique des vaisseaux de 
la périphérie va se produire et, diminuant la masse du 
sang qui traverse ces points, ramènera la déperdition au 
degré primitif (1). 

(i) Celle lutte (|p la ronlrartiliié vasculaire contre les causes des va- 



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DE LA CHALEUR ANIMALE. .353 

Supposons donc un individu chez lequel la production 
de chaleur soit compensée par la déperdition. Qu’il se 
produise une élévation de la température ambiante, aussitôt 
l’état circulatoire se modifie. Les extrémités sont le siège 
d’un courant sanguin plus rapide; et la rapidité même de 
cette circulation devient une cause de perte de calorique, 
car si le rayonnement est plus faible, il agit sur une plus 
grande masse de sang, ce qui rétablit le rapport primitif 
entre la production de chaleur et la déperdition (t). 

Les vêtements agissent de la même manière que la 
température du milieu dans lequel on se trouve placé : 
scion qu’ils sont plus ou moins épais, ils s'opposent plus 
ou moins au rayonnement, d’où résulte une circulation 
plus ou moins rapide, suivant le cas. 

Il e.st curieux d’observer les effets qui se produisent 
dans la circulation sous l’influence des vêtements, lorsque 
ceu.x-ci ne couvrent qu’un point limité de la surface du 
corps, — Si la température du sang, selon qu’elle s’élève 
ou qu’elle s’abaisse, produit secondairement le relâche- 
ment ou la contraction des vaisseaux de la périphérie, il 
s'ensuit que si, par une application locale de vêtements, 
on diminue en un point l’intensité du refroidissement, il 



riations de la tempéralure animale, ne saorait se prolonger pendant un 
temps bien long. Dans un bain froid, par exemple, il arrive bientôt 
un moment où la sensation du froid devient insupportable. Il est vrai- 
semblable qu’à ce moment la température du sang commence à s'abaisser, 
malgré la continuation du spasme vasculaire. 

(l ) C'est dans une conversation avec le professeur Donders que nous 
avons puisé celle idée que la contractilité iirlérielle a pour elTet de 
limiter la déperdition de la chaleur animale, lorsque le corps est plongé 
dans un milieu froid. Celte conception nous a paru susceptible d'étre 
étendue aux diverses influences qui tendent à faire varier la chaleur 
animale, ainsi que nous croyons le prouver dans ce chapitre. 

23 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOOIE. 



35 & 

devra s’élablir en d’autres points une rapidité plus grande 
de la circulation, ce qui ramènera la dépense du calorique 
au degré nécessaire. Autrement dit, le sang perdant une des 
voies par lesquelles il se refroidissait, tendra à s’échauffer, 
et, par sa chaleur plus grande, relâchera les vaisseaux, 
môme dans les points qui ne sont pas abrités par les vê- 
tements. 

On peut apporter de nombreux exemples à l’appui de 
cette idée. Si, par un temps froid, on est peu vêtu, les 
extrémités sont froides et pâles; leur circulation esttrès- 
ralenlie par la contraction des vaisseaux; les mains nues 
permettent facilement de constater cet état de la circula- 
tion. — Que l’on continue à rester dans le même milieu, les 
mains toujours nues, mais que l’on couvre le reste du corps 
de vêtements chauds, aussitôt la circulation devient ra- 
pide, et les mains elles-mêmes qui restent cependant sou- 
mises àla môme température ambiante deviennent rouges, 
chaudes, turgescentes. — Gela ne prouve-t-il pas qu’une 
influence de cause interne a agi sur les vaisseaux des 
mains? Cette influence, c’est la température plus élevée du 
sang qui les traverse. 

On connaît ce fait curieux signalé par W. Edwards et 
Gentil, à savoir, que l’immei'sion d’une main dans l’eau 
froide produit le refroidissement de l’autre main. Pour 
W. Edwards, c’est le refroidissement de la masse du sang 
qui a produit l’abaissement de la température dans la 
main qui n’a pas été immergée. Browii-Séquard et Tho- 
luzan ont constaté le même fait, mais ils ont cru qu’il 
fallait l’attribuer à une contraction des vaisseaux de la 
main non immergée. Pour ces auleure, cette contraction 
SC produit sous forme de mouvement réflexe. 

L’objection faite par Brown-Séquard et Tholoean à la 



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DE LA CHALEUR ANIMALE. 356 

théorie d’Edwards, est la suivante : on ne trouve dans la 
température de la bouche qu’un abaissement d’un demi- 
degré, tandis que la main non immergée peut se refroidir 
de 5 ou 6 degrés. 

C’est une preuve, en effet, que l’abaissement de la tem- 
pérature de cette main n’est pas due tout entier à la 
soustraction d’une certaine quantité de chaleur à la masse 
sanguine, car, dans ce cas, la bouche se fût refroidie 
comme la main. Il faut donc admettre une contraction 
vasculaire pour produire ce refroidissement qui, dès lors, 
est identique avec celui <|ui résulterait de la galvanisation 
du grand sympathique. Mais il nous semble qu’on n’est 
pas suilisammeul autorisé à considérer comme un phéno- 
mène réflexe ce spasme vasculaire, et qu’il est plus légi- 
time d’en voir la cause dans un léger refroidissement do 
la masse du sang. 

Cette action du froid sur la contractilité des vaiss^ux 
n’est |K)inl une hypothèse; .sa réalité a été sufGsamment 
démontrée, § 109. Une fois produite, la contraction des 
vaisseaux delà main non immergée amène dans celte main 
un refroidissement considérable; mais aussi, diminuant la 
quantité du sang qui la traverse, elle diminue simultané- 
ment la perte de chaleur que le sang y eût éprouvée par 
suite du rayonnement, si la circulation eût conservé sa 
rapidité normale. — On sait ([ue des dfets inverses de 
ceux dont nous venons de parler se produisent si l’on 
plonge une main dans de l’eau très-chaude. 



3‘ c<i«. — La température ambiante dépa«e celle du -ang. 

Dans de telles couditions, les sources de déperdition de 
chaleur dont nous avons parlé sont supprimées; le corps 



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356 



APrUCATIONS A I.A PATUOLOGIi:. 



tendrait au contraire, en se mettant en équilibre de tempé- 
rature avec le milieu ambiant, à s’échauffer d’autant plus 
vite que la circulation périphérique serait plus rapide. Mais 
une cause énergique de refroidissement intervient : c’est 
la transpiration et l’évaporation qu’elle amène à la surface 
du corps. 

Delaroche et Berger ont vu que si l’on place dans une 
étuve sèche des grenouilles, des éponges mouillées et des 
alcarazas, ces trois objets .se comportent à peu près de la 
même manière : leur température reste au-dessous de 
celle du milieu ambiant. À égale température, plus l’air 
est sec et plus il se renouvelle, plus aussi l’évaporation fait 
baisser la température des alcarazas et des grenouilles 
au-dessous de la température ambiante. — Dans une 
étuve humide, l’évaporation est très-diminuée, aussi la 
môme élévation de température ambiante est supportée 
beaucoup moins longtemps par un animal. — Knfin, dans 
l’eau chauffée à Û5 degrés, réchauffement du corps est 
tellement rapide, qu’on ne peut prolonger la durée de ce 
bain au delà de quelques minutes. 

Ainsi, dans ces conditions de milieu ambiant excessi- 
vement chaud, la circulation n’agit plus d’une manière 
aussi directe pour maintenir la fixité de la température 
centrale; c’est la transpiration et son évaporation qui 
produisent cet effet. Mais on sait que toutes les sécré- 
tions sont sous la dépendance de l’état de la circulation 
des glandes qui les produisent. Ainsi, quoiqu’on ne con- 
naisse pas encore les modifications de l’état circulatoire 
dans les glandes sudoripares au moment où la sueur se 
sécrète abondamment, tout porte à croire qu’il existe, 
pour cette sécrétion comme pour toutes les autres, une 
influence directe de la circulation qui réglerait par consé- 



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I 



DE I,A CHALEUR ANIMALE. 357 



qiient l’évaporation cutanée et le refroidissement qui en 
résulte. 

En résumé, c’est par l’intermédiaire de la contractilité 
des vais.scaux que la chaleur du sang règle elle-môme sa 
dépense d’après sa production. Cela explique pourquoi la 
température centrale ne peut varier que dans certaines 
limites, puisque chacun de ses écarts produit dans la cir- 
culation un changement qui ramène la température du 
sang à son degré normal. 










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CHAPITRE XVIIl. 



DE L\ FIÈVRE. 



Étymologie da mot fièvre, — Dee types différents ont été choisis par 
les auteurs anciens et par les modernes pour caractériser la lièvre ; 
nous prendrons pour type l'état fébrile qui s'accompagne de chaleur. 

I ' Des phénomènes qui, dans la fièvre, se produisent à la périphérie du 
corps. — A. Chaleur de la peau. — B. Rougeur dos téguments. — 
C. Bouffissure des extrémités. — Tous ces phénomènes sont des effets 
directs du relâchement des petits vaisseaux. 

8° Phénomènes qui se passent du céië des artères et du cœur. — 
A. Accroissement de la force du pouls. — B. Augmentation de fa 
fréquence des battements du cœur. — Ces phénomènes sont des effets 
secondaires du relâchement des vaisseaux . 

La cause prochaine des phénomènes qui caractérisent la fièvre est donc 
le relâchement vasculaire. 

De la forme du pouls dans la fièvre. 



Le nom de fièvre qui vient du latin fervere (s’tjchauffer), 
celui de pyrexie qui dérive du grec irts (feu), montrent 
que c’est l’élévation de la température qui, aux premiers 
âges de la médecine, avait été considérée comme le phé- 
nomène caractéristique de l’état fébrile. Mais les nosolo- 
gistes modernes, attachant plus d’importance à l’entité 
morbide qu’à la corrélation des phénomènes, ont cru de- 
voir prendre pour type de la fièvre une affection com- 
plexe qui présente, à titre de stades successifs, des 
états tout à fait contraires, si l’on en juge par l’opposition 
qui existe entre les symptômes. L’accès de fièvre inter- 
mittente qui, dans la pathologie moderne, représenterait 



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UE L.\ FIÈVRE. . 359 

la fièvre franche, se compose de trois stades que les au> 
teiirs décrivent ainsi (1) : 

a 1* Stade de froid. — Faiblesse, courbature, malaise 
général, céphalalgie, inaptitude au mouvement, pâleur 
de la face et des extrémités, frissons erratiques ou par- 
tiels, froid très-vif, tremblement, pouls petit, fréquent, 
irrégulier. La respiration offre les mêmes caractères: 
soif, anorexie, parfois nausées et vomissements. 

» 2” Stade de chaleur. — Bientôt au froid succèdent des 
bouflées de chaleur; la peau se colore, s’injecte; sa tem- 
pérature paraît s’élever ; cependant la peau reste chaude 
et sèche; le mouvement de rétraction qui s’était mani- 
festé dans les tissus, et semblait avoir diminué le volume 
des parties, est remplacé par une turgescence et un mou- 
vement inverse; le pouls devient plus régulier, dur et 
plein; la respiration est accélérée et plus large; 

» 3° Stade de sueur. — Enfin, une légère moiteur, qui 
se change bientôt en une sueur abondante, se n'qMiiul sur 
toute la surface du corps, puis se dissipe, et la peau re- 
prend sa température naturelle; eu même temps, le pouls 
perd de sa fréquence, et les autres fonctions reviennent à 
l’état normal. » 

On comprend qu’une pareille définition de la fièvre 
ne saurait se prêter à une analyse physiologiijue des phé- 
nomènes, puisqu’elle renferme trois états presque entiè- 
rement opposés entre eux. Chacun de ces stades devra 
donc être étudié séparément, quitte à reconstituer plus 
tard l’accès fébrile avec ses trois phases, afin de recher- 
cher leur lien physiologique. 

§ 121. — Nous reviendrons aux définitions anciennes 

(I) Compendium de médecine pratique, t. IV, p. 5. 




860 APPLICATIONS A LA PATUOLOGIE. 

de la fièvre avec augmentation de chaleur. S’il est vrai que 
cet état ne soit qu’un stade dans l’accès de fièvre palustre, 
on le trouve souvent isolé dans d’autres fièvres; lui seul 
constitue la manifestation vraiment constante de l’état 
fébrile. — Disons donc avec Galien : « Febris est inmli 
caloris declinatio ad slntum qui prœter naluram sit, pul~ 
sibus quoqtie vehementioribus ac crebrioribus reddilis. » 

Si nous empruntons à l’ancienne médecine sa définition 
de la fièvre, c’est parce que cette définition n’exprime 
que l’ensemble des faits observés, et qu’elle est dégagée de 
toute interprétation théorique; nous ne voulons deman~ 
der qu’à la physiologie l’explication des phénomènes que 
la clinique a constatés. 

Nous avons assez longuement insisté sur le rôle de la 
contractilité vasculaire relativement aux changements 
qui surviennent dans ta température animale; nous 
avons montré (§ 60) comment cette contractilité, réglant 
le cours du sang, modifie la tension artérielle, et, par 
suite, la force du pouls et même la fréquence des batte- 
ments du cœur. On ne s’étonnera donc pas si nous an- 
nonçons maintenant que les phénomènes qui caractéri- 
sent l’état fébrile sont tous des effets plus ou moins directs 
du relâchement des vaisseaux (1). Pour démontrer ce 
premier fait, nous partagerons les phénomènes fébriles en 
deux groupes: 

f Ceux qui se passent du côté des tissus : A, chaleur; 
B, rougeur; C, gonflement; 

2° Ceux qui ont pour siège les artères et le cœur : 

(I) Nous no chercherons pas & expliquer certains phénomènes acces- 
soires de l étal rébrilo : le malaise, la céphalalgie, l'inappétence, etc.: 
nous nous bornerons à l'étude des modiGcalions qui surviennent dans 
l'état circulaloirc. 



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DE LA FIÈVRE. 



361 



A, force plus grande du pouls; B, fréquence exagérée des 
battements du cœur. 



1° Phénomènes qui se passent à la périphérie du corps. 



§ 122. — A. Chaleur dans la fièvre. — Lorsqu’on touche 
la main d’un fébricitant, on la trouve brûlante, et l’on 
n’hésiterait pas, d’après le témoignage des sens, à dé- 
clarer qu’elle est beaucoup plus chaude qu’à l’état normal. 
Mais si, pour plus de rigueur dans l’expérimentation, on 
emploie le thermomètre pour évaluer l’accroissement de 
chaleur, l’instrument signale ordinairement à peine quel- 
ques degrés de plus qu’à l’état normal. En somme, dans 
les fièvres les plus intenses, on trouve seulement Sou 
k degrés d’augmentation dans la température. 

Cette discordance entre les renseignements fournis par 
le toucher et les indications du thermomètre tient, en 
grande partie, à ce que la main et l’instrument ne sont 
pas appliqués aux mêmes régions du corps. On explore 
par le toucher les régions superficielles, la main, les té- 
guments des membres ou de la face du malade, tandis 
qu’on applique le thermomètre, tantôt sous l’aisselle, 
tantôt dans les cavités naturelles où la température pré- 
sente une fixité bien plus grande. 

L’élévation de la température sous l’influence do la 
fièvre consiste bien plutôt en un nivellement de la 
température dans les différents points de l’économie, 
qu’en un échauffement absolu. 11 se produit, sous l’in- 
fluence de la fièvre, un effet analogue à celui dont nous 
avons parlé § 1 15, effet tout physiologique qui se rattachait 
à la rapidité plus grande du mouvement du sang. La 
chaleur fébrile est assimilable à celle qu’on produit dans 



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36*2 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

un organe par la section des nerfs du grand sympathique; 
seulement, le phénomène de dilatation des vaisseaux étant 
pour ainsi dire généralisé dans toute l’économie, réchauf- 
fement qui en résulte se généralise également pour toutes 
les régions superficielles du corps. 

Mais nous venons de dire que le thermomètre, lors- 
qu’on le plonge dans les cavités profondes, accuse une 
élévation réelle de température qui, toute faible qu’elle 
est, n’en mérite pas moins d’attirer l’attention. La niasse 
du sang s’est donc échaulTéede quelques degrés. Peut-on 
expliquer ce phénomène par la plus grande rapidité du 
cours du sang? 

On se rappelle l’expérience de Cl. Bernard, que nous 
avons rapportée § 117, et par laquelle il est prouvé que la 
section du grand sympathique n’échauffe pas seulement 
l’oreille du lapin par un renouvellement plus rapide du 
sang qui la traverse, mais qu’elle amène aussi la produc- 
tion d’une quantité de chaleur un peu plus grande qu’à 
l’état normal. 

Il est naturel d’admettre que chez le fébricitant, 1a ra- 
pidité du mouvement circulatoire produira non-seule- 
ment le nivellement de la température dont nous avons 
parlé, mais aussi un accroissement dans la production de 
la chaleur. 

Quelque léger que soit cet accroissement dans la 
production de chaleur sous l’influence de la fièvre, on 
comprendra facilement qu'il puisse élever la température 
centrale d’une manière appréciable, si l’on tient compte 
des obstacles qu’on apporte à la déperdition du calorique 
chez les fébricitants. — La rapidité delà circulation péri- 
phérique refroidirait probablement bien vite l’homme 
qui a la fièvre, si une plus grande sensibilité au froid ne 



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DE LA FIEVRE. 



36S 



portait le malade a se couvrir de vêtements (1); de plus, 
les idées qui dirigent la thérapeutique des fièvres foiUqu’en 
général on dépasse les exigences du malade, et que lors 
même qu’il désire un peu de fraîcheur on lui impose 
un supplément de couvertures, sans compter les boissons 
chaudes et l’atmosphère chaude de la pièce dans laquelle 
on le tient renfermé. Ajoutons à cela que la peau du 
fébricitant est sèche, de sorte qu’elle n’a plus, dans la 
sécrétion et l’évaporation de la sueur, l’une des sources 
ordinaires de la déperdition du calorique dans les milieux 
à température élevée. 

En résumé, la chaleur augmentée dans la fièvre porto 
principalement sur la périphérie du corps, ce qui prouve 
qu’elle consiste surtout en uii nivellement de la tempéra- 
ture sous l’influence d’un mouvement plus rapide du sang. 
Toutefois, il existe aussi dans la fièvre uue légère aug- 
mentation de la chaleur centrale, ce qui peut s’explit|uer 
par une augmentation légère de la production de chaleur 
quand la circulation s’accélère, mais ce qui peut tenir eu 
gramle partie à la suppression presque complète des 
causes de refroidissement chez les malades. 

§ 1 2â. — h. Delà rougeur des téguments dans la fièvre. 
— La coloration rouge des tégumeuts étant due à la plus 

(4 ) Oo a appelé lubjective la sensalion de froid que nerlains malades 
éprouvent pendant la fièvre, au moment où leur peau est chaude au 
toucher, et où la circulation générale est accélérée. Cette distinction 
est importante, car l'ensemble des symptémes est ici tout opposé à 
celui que nous décrirons s propos du stade de froid réel ou d'algidité. 
On a dit aussi que dans le frisson des fièvres il n'y a qu'une sensation 
subjective de froid ; il nous semble que cette proposition n'est pas sou- 
tenable dans la majorité des cas, et qu'il y a ici une erreur tenant à 
l’application vicieuse du thermomètre dans l'évaluation des températures. 
Nous discuterons cette question dans le chapitre suivant. 



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304 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

grande quantité de sang qu’ils renferment, et cette quan- 
tité de sang dépendant du diamètre des vaisseaux san- 
guins, il est tout naturel d’expliquer par le relâchement 
des artères la rougeur de la peau qui survient ordinaire- 
ment dans la fièvre. La rougeur fébrile est parfaitement 
assimilable à celle qui survient dans les congestions des 
organes, et à celle qui succède à la section du grand sym- 
pathique chez les animaux; seulement, elle s’étend à un 
plus grand nombre de tissus à la fois. 

Toutes les affections fébriles ne présentent cependant 
pas une coloration très-prononcée des téguments; ceux- 
ci peuvent être le siège d’une circulation moins rapide que 
celle des parties profondes; cela résulte de l’indépendance 
des appareils vasculaires superficiels et profonds dans les 
membres et dans la face, indépendance que Sucquet a 
démontrée (voy. § H8). On peut donc concevoir que les 
vaisseaux profonds se relâchent, tandis que les téguments 
restent pâles par suite de la contraction des vaisseaux 
superficiels. — Enfin, la teinte rutilante des tissus dans la 
fièvre montre bien que la rougeur n’est pas due à la stase 
d’une plus grande quantité de sang, mais que ce liquide, 
plus abondant que de coutume dans les parties superfi- 
cielles, y circule en même temps plus vite. Il en résulte 
que ce sang n’a pour ainsi dire pas le temps de devenir 
veineux pendant son parcours; aussi, lorsqu’on saigne un 
fébricitant, trouve-t-on, en général, le sang fort rouge et 
presque artériel. La stase sanguine se caractérise, au 
contraire, par une coloration foncée et bleuâtre des té- 
guments, ainsi que par la teinte très-foncée du sang vei- 
neux. 

§ 124. — C. Gonflement des extrémités dans la fièvre. 
— Le gonflement d’un organe dont les vaisseaux sont 



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DE LA FIÈVRE. 



3G5 



relâchés est facile à comprendre, quand on réfléchit à 
l’immense quantité de vaisseaux qui entrent dans la com- 
position de presque tous les tissus. Qu’on suppose dans un 
organe quelconque, une légère augmentation de volume 
de tous ses vaisseaux, il en résultera nécessairement une 
tuméfaction de l’oi^ane tout entier. Mais dans la fièvre, 
en admettant, ce qui est possible, que tous les vaisseaux 
soient relâchés, il ne s’ensuivra pas cependant un gon- 
flement de tous les organes, car cela nécessiterait une 
augmentation de la masse du sang tout entière. Le gon- 
flement sera donc partiel ; or, c’est à la superflcie du 
corps qu’il se localisera. La raison de ce phénomène est 
bien simple : le sang distendra de préférence les vaisseaux 
les plus dilatables. Or, ce sont précisément ceux de la 
superflcie du corps qui lui offriront le moins de résis- 
tance, car dans les régions profondes, le sang ne rencon- 
tre pas seulement, comme obstacle à la dilatation des 
vaisseaux, la contraction de leurs parois, mais encore la 
pression qu’exercent autour d’eux les tissus environnants. 
Pour un égal relâchement des tuniipics contractiles, les 
vaisseaux superficiels devront donc se dilater plus que les 
vaisseaux profonds; c’est pour cette raison que le fébrici- 
tant a la face et les extrémités turgescentes. Cette fausse 
bonne mine dure autant que la lièvre ellc-môme; elle fait 
place à l’amaigrissement des traits et à l’émaciatiou des 
extrémités, aussitôt que les autres phénomènes fébriles 
ont disparu et que les vaisseaux ont repris leur calibre 
normal. 



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366 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



8'’ Phénomènes qui se passent dn côté du cœur et des artères 
dans la fièvre. 

§ 125. — A. Fréquence plus grande des battements du 
cœur. — Dans le cliapitre X, où nous avons indiqué les 
causes qui font varier la fréquence des battenients du 
cœur dans les conditions physiologiques, on a vu que la 
tension artérielle, suivant qu’elle s’élève ou s’abaisse, ra- 
lentit on accélère les battements du cœur, et que cette 
tension artérielle étant elle-même subordonnée à l’état 
de contrai-tion ou de relâchement des petits vaisseaux, il 
s’ensuit qu’en définitive c’est dans la contractilité vascu- 
laire qu’il faut voir le régulateur de la fréquence des bat- 
tements du cœur. L’accélération des battements du cœur 
dans la Qèvre vient, de même que les phénomènes pré- 
cédemment décrits, se rattacher, à titre d’effet secondaire, 
au relâchement des vaisseaux. Cette accélération du pouls 
est plus ou moins grande, suivant que la chaleur fébrile est 
plus ou moins grande elle-même; aussi, dans le courant 
d’une fièvre, les médecins se règlent-ils sur l’augmentation 
ou la diminution du chiffre du pouls, lorscju’ils veulent 
apprécier les changements survenus dans l'état du malade. 

Boerhaave a dit : « Quidquid de febre novit medicus, 
id vero omne velocitate pulsuurn sola cognoscitur, » 

Toutefois, les auteui’s modernes ont reconnu que cette 
loi serait trop générale ; les restrictions qu’ils ont posées à 
la signification du pouls plus ou moins fréquent dans les 
fièvres s’aceordent avec ce que les exjiériences physiolo- 
giques que nous connaissons déjà peuvent faire prévoir. Il 
suffit, en effet, que la circulation cutanée s’accélère pour 
produire un échauffement notable de la peau; et cepen- 
dant, ainsi limitée, l’accélération circulatoire pourrait 



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DE LA nÉTRB. 



867 



bien ne faire pas assez baisser la tension artérielle pour 
amener une augmentation considérable de la fréquence 
du pouls. Nous n’insisterons pas davantage sur cette 
hypothèse, car nous n’en avons pas vérifié l’exactitude. 

§ 1 26. — B. De la force du pouls dans la fièvre. — 
L’augmentation de la force du pouls est aussi habituelle 
dans la fièvre que l’augmentation de la fréquence des 
pulsations; tons les auteurs l’ont signalée dans la défini- 
tion de la fièvre. — La physiologie nous montre que deux 
causes existent chez le fébricitant pour produire celte 
force plus grande du pouls : d’une part, l'abaissement de 
la tension artérielle (1), dont l’influence a été démontrée, 
§ 67, et, d’autre part, l’augmentation du volume des 
artères (voy. § 66). Il est facile de constater cette aug- 
mentation du calibre des vaisseaux par le toucher , chez 
les sujets qui n’ont pas un embonpoint assez prononcé 
pour mas(iuer le volume des artères, largeur plus 
grande des artères est un effet du relâchement de leurs 
tuniques; il est identique avec celui qui se produit après 
la section du grand sympathique chez les animaux. 

Ou voit, par ce qui précède, que tous les traits sail- 
lants par lesquels les médecins ont caractérisé l’état fé- 
brile avec chaleur peuvent rigoureusement être rattachés 
à une tnodifîcation survenue dans la contractilité des 
vais.seaux. Un relâchement vasculaire, lorsqu’il se pro- 
duit dans l’économie tout entière, suffit pour entraîner à 



(4) Un grand nombre des cberanx qoi sont abaltas dans lee écoles 
vélérinaircs sont aueints d'atfeclions du pied. Quelquefois ces affections 
sont aigues et accompagnées d’un état général fébrile. Dans les expé- 
riences que nous avons faites avec Chauveau, nous avons pu constater 
plusieurs fois, à l'aide du manomètre, que les chevaux qui ont la Oèvre 
présentent une tension artérielle plus faible qu'à l'état normal. 



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3ü8 APPLICATIONS A LA PATIIOLOGIK. 

sa suite tout le cortéjçe des symptômes fébriles. — 11 est 
vrai que l’ensemble des phénomènes de la fièvre pourrait 
tout aussi bien se produire si la force du cœur augmen- 
tait de façon à pousser le sang avec plus d’énergie que 
de coutume, et si cet organe, en môme temps, précipi- 
tait le nombre de ses battements. Cet accroissement do 
l’action cardiaque a été supposé par beaucoup d’auteurs; 
Boerhaave l’a exprimé de la manière suivante (1) : « La 
» fièvre consiste dans une contraction plus rapide du 
» cœur irrité par une cause morbifique. Cette cause con- 
» siste dans un influx trop considérable des fluides ner- 
» veux et cérébelleux sur les muscles, et du sang sur les 
B parois des vaisseaux et des cavités du cœur, b Sans nous 
préoccuper de ce qu’il y a de vague et d’obscur dans les 
influences qui, d’après Boerhaave, agiraient sur le cœur, 
voyons si quelque chose prouve que l’action de cet organe 
soit réellement augmentée. 

Assurément, l’hypothèse que nous voulons combattre 
est cellqqui vient instinctivement à l’esprit en présence de 
cet ensemble de symptômes qui annoncent un mouvement 
plus rapide du sang, mais l’expérimentation vient bientôt 
modifier cette première vue. — Si l'on se reporte à l’ex- 
périence relatée § 65, et dans laquelle, en faisant courir 
un cheval au gulo[i, nous avons produit tous les phéno- 
mènes circulatoires qui se rencontrent dans la fièvre, on 
verra que, dans ce cas également, un surcroît d’action 
du cœur était l'hypothèse qui se présentait la première à 
l’esprit. Et cependant nous avons pu nous convaincre, par 
l’application d’un manomètre aux artères de ce cheval, 
qu’un surcroît d’action du cœur était inadmissible, puis- 

(1) Aphor. 574, t. II, in-4«. Paris, 1771. 



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DE I..V riKVHE. 



369 



que lii Icnsioii artérielle était plus busse après la course 
qu’avaul. Si le sang circulait plus vile, ce u’élait pas alors 
sous riiifluencc d’une pression plus forte, c’était par l’effet 
de résistances diminuées dans les petits vaisseaux relâchés. 
— Le même abaissement de tension s'est rencontré égale- 
ment chez des animaux atteints de. fièvre traumatique. 
Nous regrettons que le temps nous ail manqué jusqu’ici 
pour entreprendre sur les animaux une siiric d’expériences 
consistant à provoquer chez eux une fièvre violente, et a 
comparer la pression luanométrique avant et après l’ap- 
parition de l’état fébrile. Ce n’est que par ce moyen qu’on 
pourra juger définitivement si, dans tous les cas, la fièvre 
est produite par l’atonie vasculaire, et s’il n’existe pas 
quelques espèces de lièvres dues à raccrotsseiuenl de l’ac- 
tion du cœur. 



Hé la forme du poiila dana la Bèrre. 

— A défaut de mesuies manométriques impossi- 
bles à obtenir sur l'homme, on peut, d’après lu foriiîe gra- 
phique du pouls, conclure à l’étal de la tension artérielle 
dans la fièvre. On verra que cette forme du pouls .semble 
indiquer une pression très faible dans les vaisseaux, car 
elleest, dans certainscas, idenliqueavcc la forme (ju’on ob- 
lientaprès l’exercice musculaire, casdans lequel l’existence 
d’une faible pression a été directement prouvée (§ 65). 

Ia figure 95 représente le pouls d’un malade qui, sous 




Fig. 95. 



riiifiuence d'une coxalgie aiguë, avait tous les soirs un 
accès de fièvre avec chaleur. 

24 



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370 



APPMCATIONS A I.A PATIIOt.OGIE. 



Le tracé du pouls, pris dans la matinée, était celui qui 
est représenté figure 96. 






Fig. !)6. 

Or, si l’on compare les figures ci-dessus à la figure 47, 
qui indique les variations du pouls sous l’influence do 
l’exercice musculaire, on voit tout do suite que le pouls 
de l’accès de fièvre ressemble beaucoup au pouls enre- 
gistré après 1a gymnastique, c’est-à-dire an pouls do la 
faible tension artérielle. N’est-ce pas une forte présomp- 
tion pour faire admettre que, chez le malade dont nous 
venons de parler, il y avait également, pendant la fièvre, 
une tension artérielle faible (1) ? 



(1) Chez le sujet dont il est Ici question, il n'y avait pas apyrexie 
complète le matin, au moment où a été recueilli le tracé, figure 90 ; 
l'étal fébrile était, il est vrai, infiniment moins prononcé que pendant 
l'exacerbation vespérale, mais la fréquence du pouls excédait encore le 
chiffre normal. Dans les fièvres intermittentes, l'état d'apyrexie semble 
au contraire s'accompagner de tension plus forte et de pouls pins rare 
que chez les sujets sains. 



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CHAPITRE XIX. 



Dli l’aI.GIDITÉ. 



Élymologic. — Il y a dillércnlcs sortes d’algidité ; nous prendrons pour 
type celle dos lièvres pernicieuses. 

Los symptômes qui caractérisent l'algidito sont tout à fait opposés à 
ceu-v qu'on observe dans la fièvro; ils tiennent à une cause tout 
opposée: à la contraction des petits vaisseaux. — Le refroidissement, 
la pôleur et l'amaigrissement des extrémités, la faiblesse et la rareté 
du pouls sont des effets de la contraction vasculaire. 

Des différentes formes de l'algidité. — L'algidité résulte toujours d un 
excès de la force contractile des vaisseaux sur la tension artérielle; 
mais cet excès no tient pas .seulement à une augmentation réelle de 
la force contractile des vaisseaux ; il peut résulter d'un abaissement 
primitif de la tension artérielle. Dans ce cas, la fréquence du pools 
est augmentée. 

Ordre de succession dos stades do froid et de cbaleur dans les maladies ; 

causes qui déterminent cet ordre constant. 

Des caractères que présente le tracé du pouls dans l'algidité. 

§ 128. — Le mol altjiditéide nlgidus, froid) .s’applique 
it im ensemltle de symptômes opposés à ceux de la fièvre : 
les extrémités sont froides, la peau décolorée, les traits 
amaigris, la face grippée comme celle d’uii cadavre. Les 
doigts sont (lueliiuefois si effilés, ciue les bagues tombent 
d’elles- mêmes. Le pouls est petit, parfois irrégulier; sa 
l'n''queuce est tantôt plus grande tiu’à l’état normal et tantôt 
diminnée. 

I)ans cette description de l’étal algide, on trouve des 
symptômes à peu près complètement opposés à ceux de 
la fièvre qui s’aeeoinpagne île cbalciir, si l’on excepte la 
IVétinencc du (touls, ipii peut être plus grande (|u’à l’état 



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372 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



normal. Nous nionlrerons plus lard que ce qu’il y a de 
contradicloire dans celte fréipieiice, taiilôt augmentée'el 
tantôt diminuée, peut s'expliquer par la différence des 
causes qui peuvent donner naissance à l’état algide, ('.elle 
même différence dans la cause de l'algidité produit en- 
core des modifications dans l’état de la température. 11 
est donc indispensable d'étudier isolément les différentes 
variétés de cet étal morbide. 

Nous commencerons par un type bien défini; l’algidité 
qu’on observe dans les lièvres pernicieuses. « Dans cet 
» état, le pouls se ralentit, les lèvres et la langue pâlissent 
» et se décolorent. L’abaissement de la température 
» s’effectue des extrémités au centre : les pieds, les mains, 
« la face se refroidissent; la peau est aussi froide que le 
» marbre; la langue est pâle, blanche, humide, froide, 
» ainsi que l’air chassé de la poitrine. La chaleur se ré- 
» fugie dans l'abdomen et ne se dissipe qu’en dernier 
» lieu ; le pouls se ralentit, devient rare, fuit sous le doigt 
» et disparaît (I). » 

De même que l’ensemble dos symptômes est ici l'in- 
verse de ceux do la lièvre, de même la physiologie va noiLs 
montrer qu’une cause tout oppo.sée, c’est-à-dire une vio- 
lente contraction vasculaire, produit les phénomènes que 
nous venons d’énumérer. 

Do la lempéralurc iJanâ l'algidiio. 

§ 120. — C’est par les extrémités que le refroid is.scmeiit 
commence, et il est de moins en moins fort à mesure (pi'oii 
obsene une région plus rapprochée des centres. — N’est- 

(l) Compemlitim de mcdechie pratique, l. V, p, 337. 



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DE I.’aLGIDITÉ. 



373 

ce pas là nue simililiide parfaite avec les effets que pro- 
duit la contraction vasculaire, lorsqu’on galvanise le grand 
sympathique, par exemple? Mais ici, l’évaluation de la 
température a donné lieu aux mômes dissidences que 
pour la fièvre. La main et le thermomètre se contre- 
disaient l’un l’autre, de .sorte que bien des auteurs ont 
considéré comme une illusion du toucher la sensation de 
froid glacial qu’on éprouve en palpant les extrémités d’un 
malade en état algide. Dans ces cas, également, le dés- 
accord tenait à ce que la main et le thermomètre n’ex- 
ploraient pas tes mômes régions. — Les extrémités sont 
froides, môme pour le thermomètre, mais les régions plus 
centrales, la bouche pu l’aisselle, échappant aux causes 
de refroidissement , n’indiquaient aucun abaissement de 
température (voy. § 114). Bien plus, dans un grand 
nombre de cas, la température de ces régions a été plus 
élevée (pi’à l’état normal. 

Gavarret^l) cite plusieui-s observations de ce genre. La 
température, prise sous l’aisselle, donnait les différences 
suivante.s, selon qu’on l’observait pendant l’apyrexie ou 
pendant le stade de froid; voici quelques-unes de ces 
observations : 

Apyrexie’ . . . 36* Frisson. . . . .10* 



Id 36* Id 38» 

Id 36%5 Id 40» 



Comment expliquer celte élévation de la température 
centrale sous l’influence d’une contraction vasculaire? — 
Si l’on se reporte à l'expérience relatée §110, dans la- 
quelle Cl. Bernard vit la température du sang s’élever 

(l) Recherches sur la température du corps dans les fièvres intermit- 
trnles [1‘ RTpérinice, 4 1 juillet 1839). 



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37/j APPUCATIONS A I.A PATHOLOGIE. 

après la ligature de l’aorte sur un rhicn, on reconnaîtra 
que dans les deux cas une môme cause paraît avoir pro- 
duit l’élévation de la température. Chez le chien ipii avait 
l'aorte liée, le sang n’allait plus se refroidir dans les 
extrémités inférieures; de là provenait son échaiiflement. 
Chez le malade algide, la circulation de la périphérie est 
enrayée, le sang ne va donc plus se refroidir à la surface 
du corps; de là un échaulfement de la masse sanguine, et 
conséquemment des régions profondes (1). 



De la pâleur des tégumonls dans l'algidilc. 

§ l.'îO. — Cette pâleur est une conséquence de la 
moindre quantité de sang contenue dans les vaisseaux ; 
elle correspond à la pâleur des tissus dont on galvanise le 

( I ) DoiUon attribuer à la contraction vasculaire toutes les variations 
<|ui surviennent dans la température centrale ou périphérique chez les 
sujets qui sont en état d’algidilé? Ainsi, par exemple, sur un malade 
qui a le frisson et dont la peau est froide, lorsqu'on trouve une éléva- 
tion do la température prise sous l'aisselle, faut-il attribuer cette éléva- 
tion de température à l'effet du spasme vasculaire et à son action con- 
servatrice de la chaleur centrale, ou bien no s'est-il pas joint à cette 
action une augmentation dans la production de la chaleur? Le ineiliour 
moyen, pour juger cette question, serait d'évaluer la quantité d'acide 
carbonique exhalé par le poumon, en même temps qu'on observerait l'état 
de la température. Cela permettrait sans doute de faire la part des 
changements survenus dans la protluction de la chaleur et des change- 
ments qui ne portent que sur la répartition du i alorique dans l'éco- 
nomie. Ces deux sortes d'observations n’ont pus encore été conduites 
d’une manière parallèle sur un mémo malade. Toutefois les recherches 
qui ont été faites relativement à la proportion d'acide carbonique expiré 
dans les dilférentes maladies nous apprennent que dans la majorité des 
cas, c'est dans l'état de fièvre avec chaleur que la production d'acide 
carbonique est son maximum ; de sorte que la production de la chaleur, 
qui suit dans ses variations celles de l'exhalation de l'acide carbonique, 
semble aiigmonlor avec la rapidité du mouvement circulatoire. 



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S75 



DE l’aLGIDITÉ. 

grand syrapalhique. Ajoutons que, dans la plupart des 
cas, cette pâleur s’accornpagned’une légère teinte bleuâtre 
des tissus. Le ralcntisseiuent du cours du sang dans les 
vaisseaux resserrés explique cæUc coloration; en effet, 
le sang qui passe lentement des artères dans les veines 
doit prendre à un haut degré le caractère et la couleur du 
sang veineux. Il se produit ici l’effet inverse de ce qui 
arrive dans la fièvre; on sait que, dans ce dernier cas, 
le sang conserve sa coloration rutilante jusque dans les 
veines. 

De l'atnaigrisaeinent subit qui se produit sous l'influence de l'algidité. 

§ 131 . — 11 est inutile d’insister longuement sur ce phé- 
nomène dont la cause est trop évidente. Puisque les vais- 
seaux relâchés outre mesure produisent dans la flèvre Ja 
turgescence des tis,sus, le spasme vasculaire devait néces- 
sairement produire l’effet inverse. C’est alors que le globe 
oculaire s’enfonce subitement dans l'orbite, parce qu’il 
n’est plus soutenu par le riche lacis de vaisseaux qui oc- 
cupe le fond de la cavité orbitaire; alors au.ssi la peau des 
mains, des pieds et de la face devient trop large pour les 
parties qu’elle contient, on y peut former des plis qui ne 
s’effacent que lentement; c’est ce qu’on apivelle perte 
d’éla.sticité de la peau. 

Nous allons passer à l’examen des phénomènes qui se 
passent du côté des artères et du cœur. 

Diminution de la force et de la fréquence du poul^; dans l'algidité. 

§13*2. — Une tension artérielle plus forte que de 
coutunut est la conséquence nécessaire du spasme des 
vaisseaux. Or, cette tension suffit pour diminuer la foiTe 
du pouls (voy. § 67). jouions que les artères elles- 



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376 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



mômes participent îi la contraction , et nous aurons une 
raison de plus pour expliquer raffaiblissemeiil du pouls 
(voy. § 66). C’est pour cela que dans l'état aljçide le 
pouls devient le plus souvent insensible à la radiale, et 
qu’il faut, pour le sentir, explorer un vaisseau d’un plus 
gros volume. 

§ 133. — La diminution de la fréquence des batte- 
ments du pouls est encore un effet secondaire de la ten- 
sion augmentée (voy. § 60). L’ensemble des phénomènes 
circulatoires est donc bien complètement invei'se dans 
l'état de Gèvre et dans celui d'algidité. Mais qu’on n’oubliu 
pas que nous ne décrivons qu’un type bien défini de l’état 
algide, celui dans lequel la contraction des vaisseaux sem- 
ble être le phénomène essentiel, celui qui a déhulé et 
entraîné après lui toute la série des effets que nous venons 
de passer en revue. 

Dfs dilTérenles formes de l'algidilé. 

§ 134. — On doit rattacherii l’algidité un grand nombre 
de troublesde la circulation qui peuvent tenir àdes causes 
très différentes, mais (pii présentent tous les signes exté- 
rieursque nous avonsdécrits plus haut : ainsi, l’actioi! d'un 
bain froid trop prolongé, le vomissement provoqué par 
certaint^s substances, le mal de mer, le choléra dans sa 
première période, une hémorrhagie brusque et très alxm- 
dante. Toutes ces causes amènent le refroidissement des 
extrémités, leur pâleur, leur amaigrissement cl même la 
petitesse du pouls; mais souvent la fréquence du pouls ne 
subit pas la modification profonde que nous signalions 
tout à l’heure, ce ralentissement qui fait que l’algidité 
des fièvres pernicieuses présente une opposition complète 
avec le stade de chaleur de ces mémos fièvres. — Ouel- 



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m; i.’ai'gtdité. 



377 



qiies mois sont nécessaires pour faire saisir les différences 
principales que présentenl ces diverses formes de l’algi- 
dilé. 

Sous l’influence d’un bain froid, il se produit, comme 
on le sait, une contraction des vaisseaux, en vertu de 
l’action spéciale (pie le froid exerce sur la contractilité 
vasculaire. — Cette contraction n»te à un degré modéré 
si rimpression du froid n’est pas trop forte, ou si elle ne 
se prolonge pas trop longtemps; mais si sou action est 
trop énergique, une pâleur générale se manifeste surtout 
le corps, la cyanose survient souvent, les ongles et les 
lèvres sont bleus, b's traits amaigris, le pouls est petit et 
ralenti. L’ensemble des phénomènes est donc celui qu’on 
rencontre dans l’état algide des fièvres pernicieuses, la 
cause seule est différente. Quant à la température, elle a 
subi un abaissement réel, puisque le contact de l’eau 
froide a dâ soustraire, à l’économie une grande quaiitit(’( 
de calorique. Nous n’avons pu appliquer le thermomètre 
dans l’observation des cas de ce genre (jue le hasard nous 
a fait rencontrer, mais la main nous permit de constater 
un refroidissement notable de l’aisselle et de la cavitt* 
buccale. Ici donc l’algidité ne s’accompagne pas d’i'dé- 
vation de la température centrale, mais bien de refroi- 
dissement général du corps; seulement ce refroidissement 
est d'autant plus sensible qu’on explore dos parties plus 
superficielles. 

Le vomissement amène l’algidité. On peut dire (pie cet 
effet est général, et que tout individu qui, sons nue in- 
fluence quelcompie, est pris de nausties, pâlit subitement, 
(ju’il a les mains froides, le pouls ralenti et plus faible (pie 
do coutume; il présente, en un mot, tous les signes de la 
contraction vasculaire. Mais, dans cet état de la circula- 



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378 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE, 

tion, il peut exister des dej;rés très variés. En général, 
plus la durée et l’intensité de l’état nauséeux sont consi- 
dérables, plus l’algidité est prononcée. L’ingestion de cer- 
taines substances, et particulièrement du tartre stibié, 
peut produire une algidité aussi complète que celle 
du choléra, ce qui a fait donner à cette intoxication le 
nom de choléra stibié. Les différentes plantes de la fa- 
mille des solanées possèdent la propriété nauséeuse et 
amènent également l’état algide. 

Enfin, le mal de mer, en môme temps qu’il amène des 
vomissements et des nausiies d’une durée considérable, 
produit l’état algide avec tous les caractères que nous con- 
nai.ssons. 

Quelquefois, pendant les efforts du vomissement, il se 
produit dans l’état de la circulation des changements qui 
sont les conséquences mécaniiiues de l’effort et ne durent 
pas plus que lui. Ainsi, la face se congestionne parfois 
sous l’influence de la stase du .sang veineux; les batte- 
ments du coeur se précipitent pendant ces mômes efforts, 
mais bientôt après ils reprennent la lenteur qui est le ca- 
ractère ordinaire de l’algidiüi. La recherclie de la tem- 
{x'M'ature à l’aide du thermomètre, dans les régions 
profondes, serait indispensable pour déterminer si le re- 
froidissement qui accompagne l’acte do vomir est dû tout 
entier à la contraction vasculaire, ou si la production de 
la chaleur subit quelque diminution. Nous penchons vers 
la première hypothèse, mais il est indispensable de faire 
des recherches expérimentales .sur ce sujet. 

J. Hunter (1) avait été frappé de cette coïncidence de 
l’abaissement de la température avec le vomissement. Il 

(I) Jjor. cit., t. III, p. 377. 



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DF. I.’aI.GIDIT^. 



â79 



t;ii avait tiré celle conclusion que le siège de la calorifica- 
tion niside firobablemenl dans l’estoniac. Aujourd’hui ([ue 
l'action du grand sympathique sur les vaisseaux, l’esloraac 
et les intestins est hien démontrée, il serait permis de l'aire 
une hypothèse plus vraisemblable, et d’admettre dans ces 
cas une synergie d’action dos difléreuts plexus du grand 
sympathique. Cne contraction simultanée de tous les 
muscles animés par ce nerf suffirait pour expliquer à lu 
fois les vomi.ssements, les contractions intestinales et les 
phénomènes qui surviennent du cètté de la circulation. 
Mais, ici encore, nous ne vonlons pas livrer à l’hyiiothèsc 
ce que rexpérimentation devra élucider. 

Dans le choléra (période algide), des phénomènes du 
même genre se présentent, lai contraction vasculaire .sem- 
ble jouer un grand rùle dans la production de celte algi- 
dilé, mais un élément nouveau et d’une grande impor- 
tances’}' ajoute : nous voulons parler de la diminution de 
la masse sanguine. 

' C’est avec grande raison (pi'on a appelé hémorrhagie 
séreuse la perte considérable de lii|uide qui se fait par les 
selles et les vouussements dans le choléra. (ÀHte diminution 
de la ma.sse du sang doit produire le même effet qu’on 
obtient sur un animal par d’abondantes saignées, c’est-à- 
dire rabaissement do la tension artérielle et l’accélération 
du pouls. Aussi, dans le choléra, voil-on le plus souvent 
le pouls prendre une grande fréquence pendant l’état 
algide, la production de la chaleur est considérablement 
diminuée. Doyère (1) a fait voir que l’acide carbonique 
expiré diminue d’une manière énorme. Aussi le refroidis- 



(1) Mémoire sur la re$piration et la chaleur humaiue dans le cho- 
léra. Paris, 1863. 



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380 



APPUCATIONS A I.A PATIIOLOCIE. 



sement se propage-t-il rapidement jusqu’aux parties pro- 
fondes, mais, dans ces derniers points, il est toujours peu 
prononcé comparativement à celui qu’on observe dans les 
rt'gions superficielles. 

L’hémorrhagie produit l’algidité en vertu de la double 
cause que nous venons de signaler pour le choléra. La 
contraction des vais.seaux existe bien réellement , ainsi 
que l’a démontré J. Hunter (voy. § 39), mais elle ne suffit 
pas pour maintenir la pression du sang à son degré nor- 
mal, car la diminution de la masse sanguine, effet de 
l’hémorrhagie, abaisse sans cesse cette pression. De là 
résulte une accéléi’ation des battements du cœur, ce qui 
semble, au premier abord, en contradiction avec les au- 
tres phénomènes de l’algidité, tandis que cela rentre 
parfaitement dans les lois ordinaires. 

Knfin, dans presque tous les genres de mort, au mo- 
ment où le coeur cesse d’envoyer du sang dans les artères, 
les vaisseaux reviennent sur eux-mêmes, soit par une 
contraction active, soit par leur simple tonicité. Aussitôt 
apparaît l’enseudde des signes extérieurs du spasme vas- 
culaire : p:\leur et amaigrissement subit de la face et des 
extrémités, etc. — Si l’on comprime l’artère principîile 
d’un membre en évitant de comprimer les veines, les 
mêmes phénomènes se produisent d’une manière locale, 
ils se bornent aux tissus qui ont expulsé le sang qu’ils 
renfermaient et n’en reçoivent plus de nouveau. 

On voit, par ce qui précède, (pie l’état algide peut tenir 
à un grand nombre de causes différentes. Dans tous les 
cas, il a pour cause immédiate un excès de la force con- 
tractile des vai.sseaux sur la pression du sang à leur inté- 
rieur. Cela peut tenir, soit à l’augmentation d’énergie de 
la contraclion vasculaire, .soit à la diminution primitive 



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DE LALltimiÉ. 



381 



do la prossiou du sang, el, dans ce cas, c’est surtout une 
diminution de la masse sanguine qui fait baisser la tension 
artérielle. 

Ordre de «ucceMlon de* «(ndca de froid et de ehalrnr dans 

les maladies : eanse qnl détermine cet ordre constant. 

§ 135. — L’aperçu que nous venons de donner sur la 
physiologie médicale de la fièvre et de l’algidité conduit 
nécessairement à envisager ces deux états morbides sous 
un jour nouveau ; il conduit à chercher l'unité de cause 
pour des effets multiples, et montre que les lois de la 
physiologie, loin d’ètrc détruites dans les maladies, y ré- 
gissent, au contraire, renchaîneineiit des symptômes. 
Mais qu’on ne s’y méprenne pas; nous n’avons voulu que 
signaler 1a route (pi’on ilevra suivre dans des recherches 
ultérieures si l’on veut prendre pour guide la physiologie 
et l’expérimentation. Loin de nous la prélention de tout 
expliquer dès aujourd'hui par les notions physiologiques 
acquises; nous avons déjà confessé leur insuffisance. Pour 
ne signaler qu’une dos lacunes principales, nous rappel- 
lerons que lacau.se de la sueur abondante qui succède au 
stade de fièvre est encore à déterminer; on ne connait pas 
mieux les conditions qui rendent la peau .sèche pendant le 
.second stade des fièvres intermillentes, ni celles qui pro- 
duisent une sueur froide peudant l'algidité. Cependant, 
rnalgi’é ce qu’elles ont encore d’incomplet et d’insulli- 
sant, les explications fouruies par la physiologie nous 
semblent infiniment plus satisfaisantes pour l’esprit que 
celles dont on était forcé de se contenter jusqu’ici. 

Avant de (piitter ce sujet, nous allons essayer de mon- 
trer que la nature des causes qui [uoduisent l’algidité el 
la fièvre, ainsi que l’ordre constant de la succession de 



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382 



APIM.IC.VTIONS A I.A l'A l'nOI.OlilE. 



CCS lieux états ojiposés, vieiinenl encore conlirmer les o|u- 
nions que nous avons émises sur leur cause prochaine, et 
sur le rôle iniporlant qu’y joue la contractilité vasculaire. 

Si tous les tissus de réconomie possédaient ces nerfs 
spinaux antagonistes du grand sympathique, dont l'exis- 
tence a été déuiuntrée dans les glandes, la fièvre et l’algi- 
dite pourraient tenir chacune à deux causes différentes. 
Ainsi, la fièvre pourrait être produite par la paralysie du 
grand sympathique, nerf de contraction, ou par l’excita- 
tion des nerfs de relâchement. L’algidité pourrait être due, 
soit à faction énergique du grand sympathique, soit à la 
paralysie de ses nerfs antagonistes. Mais l’existence de ce 
dernier ordre de nerfs semble Ixirnéc à des points limités 
de l’économie; c’est donc au grand sympathique et à la 
contractilité vasculaire directement influencée que l'on 
doit rapporter les phénomènes ijui nous occupent. — - Or, 
quel est, dans ces deux stades successifs, celui qui cories- 
l>und à l’nc/îon des nerfs et du tissu contractile? C’est, 
évidemment, le stade d’algidité. Cette conclusion est tout 
il fait finversc de ce qu'on avait admis autrefois, puisque, 
dans l’esprit des nosologistes, falgidité correspondait à 
Vaslhénie. Nous ne nous attacherons pas k réfuter les 
erreurs anciennes sur ce sujet, mais nous voulons mon- 
trer que, du moment que l’on est conduit à considérer 
l’algidité comme un état actif, il devient tout naturel 
d’expliquer le stade de fièvre qui lui succède par l’épui- 
sement des nerfs et de l’élémetit contractile des vais- 
seaux. Ainsi, les idées de Henle relatives k l’épuisement 
de la contractilité vasculaire après son action trop éner- 
giipic (voy. § 39) trouvent une large application ii la 
pathologie, puisqu’elles expli(pient lasuccession constante 
des deux stades opposés. — Le système niusailaii c de la 



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DE l’aLGIDITK. 



383 



vin nrgani([iio présente iloiic une grande analogie avec 
celui de la vie animale, puisque, dans rnn comuic dans 
l’autre, l’action amène la fatigue et répuisenient. On 
comprend après cela pourquoi le stade de froid com- 
mence toujours la s<irie des phénomènes toutes les fois 
que les deux stades existent dans une maladie : on peut 
même dire qu’il n’existe pas d’état algide qui ne soit 
suivi de fièvre (t), et cela quelles que soient les condi- 
tions dans lesquelles cette algidité s’est produite. Si l’on 
prolonge trop la durée d’un bain froid, et qu’on arrive à 
l’état algide, au bout d’un certain temps il surviendra de 
la fièvre. Après les vomissements que provoque le mal de 
mer, après ceux que produisent certains poisons ou cer- 
tains médicaments, si l’état algide a été très prononcé, on 
voit encore survenir un état fébrile. 

Dans les fièvres intermittentes, le choléra, la fièvre 
jaune, etc., la môme explication rend compte de la 
succession des deu.x stades; en voyant se produire celui 
d’algidité, on peut annoncer l’état fébrile qu’on appe- 
lait autrefois la réaction. 11 n’est pas ju.squ’aux variations 
légères de la circulation capillaire qui ne présentent ôette 
alternance remarquable : ainsi, lorsqu’une colère ou une 
frayeur violente fait pâlir un individu, on peut être certain 
(pi’il rougira bientôt, c’est-à-dire qu’après un resserre- 
ment violent, les vaisseaux se relâcheront. 

Cependant il n’est pas nécessaire que les vaisseaux 

(() Quelquefois la morl survient pend;int le stade d’algidilé, dans les 
ficvres pernicieuses et dans le choléra, par exemple. Or, dans colle 
dernière maladie, Doyère a signalé un réchiUifTemcnl du sujet aux appro- 
rlics de la mort. Ne serait-il pas naturel d'expliquer ce phénomène |iar 
la résoluüon do la coniraclililo organique des vaisseaux î (à) serait l'ana- 
logue do la résolution qui survient pour les muscles de la vie animale. 



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384 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

passent par l'état de contraction énergique jxiur arriver à 
celui de relâchement par épuisement. S’il nous était per- 
mis de hasarder une hypothèse, nous dirions : (pie, dans 
certains cas, l’action des nerfs vaso-moteurs paraît s’é- 
puiser sous rinfluence d’une cause dont le siège est en 
dehors du système vasculaire. Ainsi, après un exercice 
musculaire très-violent, une marche forcée, par exemple, 
011 voit survenir d’emblée uu étal fébrile sans algidilé 
préalable. Une violente douleur produit le même effet; 
les veilles prolongées peuvent, à un certain degré, pro- 
duire un effet analogue. Toutes ces influences, lors même 
qu’elles lie donnent pas naissance à une fièvre véritable, 
produisent tout au moins un état de la circulation ana- 
logue à celui ([ui existe dans la fièvi-c; elles rendent la 
peau chaude, les vaisseaux relâchés, le pouls plus fort et 
plus fréquent que de coutume. — On est, jusqu’à un cer- 
tain point, autorisé à admettre que dans le système ner- 
veux il existe une solidarité des différentes parties, de 
telle sorte que l’action nerveuse puisse être dérivée vere 
un point aux dépens de tous les autres, et qu’une dépense 
locale de ce qu’on appelle Vin/liix nerveux amène un 
épuisement général. 

Faut-il admettre avec Heiile que les actions sur le sys- 
tème vaso-moteur se produisent le plus souvent d’une ma- 
nière réflexe ? Jusqu’ici nous n’avons que peu d’éléments 
pour trancher la question ; cependant une expérience de 
(’.l. Bernard est venue éclairer à ce sujet la nature de la 
lièvre traumatique. — Voici celte expérience. Si l’on coupe 
les nerfs mixtes qui se rendent à la patte d’un chien, les 
lésions traumatiques ou la présence d’un corps étranger 
dans les tissus de celte patte produisent des phénomènes 
d'iiillammalion locale, mais ne donnent pas naissance à la 



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DE l’algidité. 385 

fièvre Iraumalique, qui se développerait si le nerf était 
intact. 

Que doit-on conclure de ce fait ? Faut-il considérer le 
relâchement vasculaire qui constitue la fièvre comme 
un phénomène réflexe succédant à uue impression 
centripète que conduiraient les nerfs mixtes? Doit-on, 
au contraire admettre que la douleur qui résulte d’une 
lésion traumatique est uue cause d’épuisement nerveux, 
et que la section des nerfs mixtes, en supprimant cette 
douleur, empêche la fièvre de se produire? Jusqu’ici 
on ne saurait résoudre cette question ; mais, dans l’une 
ou l’autre hypothèse, l’expérience de Cl. Bernard semble 
susceptible d’applications importantes à la chirurgie. 

Ou se demande, en présence de ce fait, s’il ne serait 
pas possible, à la suite d’une lésion traumatique, de 
suspendre les fonctions des nerfs qui se rendent à la 
pai tie malade, non plus en les coupant, mais au moyeu 
d’une compression ou d’une électrisation localisée. Ne 
pourrait-on pas, dans ces cas, éviter, ou tout au moins 
diminuer la lièvre traumaticiue, et réduire à des phéno- 
mènes plus ou moins locaux le résultat des grandes opé- 
rations chirurgicales? 

Des caraelèrea qae présente le traeé dn pouls dans l’algldllé. 

§ 136. — Ou vient de voir que dans l’algidité, comme 
dans la fièvre, c'est un trouble de la circulation capillaire 
qui constitue 1e phénomène primitif à la suite duipiel se 
produisent tous les autres à titre d’effets secondaires. Dans 
certains cas, cependant, il pourrait se faire que l’action 
du cœur, primitivement diminuée ou augmentée, pro- 
duise les mêmes effets que la contraction ou le relâche- 
ment vasculaire ; mais, ainsi que nous l’avons dit, tout 

•25 



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386 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

porte à croire] que ces cas sont exceptionnels. La cir- 
culation sera donc modifiée dans les états morbides qui 
nous occupent, de la même manière que dans les condi- 
tions physiologiques qui produisent la contraction ou le 
relâchement des vaisseaux. Deux états opposés s’observe- 
ront relativement à la tension artérielle : il y aura une 
forte tension dans l’algidité et une faible tension dans la 
fièvre. On connaît assez l’iiitluence que la tension forte 
ou faible exerce sur les caractères du pouls, pour que 
nous n’ayons plus à y revenir avec détail. Nous nous 
bornerons à présenter trois types du pouls pris dans 
l’algidité. 




Fig’, 97. — Mal de mer. 




Fig. 98. — Élal de nausée. 




Fig. 99. — Après un vumissemenl. 



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CliÂPlTllE XX. 



DE LA FORME DL POULS DANS LES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE 
FIÈVRES. — DE LA CONGESTION. — DE l’iNFLAMMATION. 



Do la forme du pouls dans les différentes espèces de fièvres. — Du pouls 
dans l'état typhoïde ; du pouls dans les différentes périodes de la 
fièvre typhoïde. — Du pouls dans les fièvres éruptives. 

De la congestion. — Théories diverses émises sur sa nature; elle s'ex- 
plique par le relâchement des parois vasculaires. — Rôle du système 
nerveux dans les congestions. 

De l'inflammation. — Confusions qui ont été faites relativement à la 
valeur de ce mut. — Explication des principaux phénomènes de 
l'inflammation par un changement survenu dans la contractilité 
vasculaire: marche dos inflammations ; conditions qui empêchent ou 
favorisent la production de l'inflammatiun ; étranglement des tissus 
enflammés ; Icndanco des inflammations à la guérison spontanée. 



§ 137. — Si l’on quitte le point de vue physiologique 
dans l’élude de la fièvre, pour s’attacher à l’observation 
clinique des différentes espèces de fièvres, on trouve 
encore dans la forme du pouls un des éléments les plus 
imporlanls de la sémiologie. Nul doute que l’emploi du 
sphygmographe ne permette d’apprécier, relativement à 
la Forme des pulsations, dos nuances délicates tpii échap- 
pent au doigt. 

Pour qu’une pareille étude puisse fournir d’utiles résul- 
tats, il faudra i[ue le tracé du pouls .soit recueilli, pour 
chacune des affections fébriles, non pas seulement à des 
intervalles plus ou moins longs, mais chaque jour au moins 
une fois, pendant toute la durée de la maladie. Dans ces 



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388 API’UCATIONS A LA PATHOLOGIE. 

conditions seulement, on pourra saisir les modiücalions 
qu’éprouve graduellement la forme du pouls k mesure 
que l’état circulatoire se modifie lui-niéme. Le tracé 
du pouls prend des caractères spéciaux suivant que la 
maladie tend k la guérison ou k la terminaison funeste; 
il varie aussi dans le cours d’une môme maladie, sous 
l’influence de ces états qu’on appelle les crises. Est-il be- 
soin de dire (jne l’action de la plupart des médicaments 
fait également changer la forme du tracé, ce qui vient 
encore ajouter k l’iHude du pouls des complications nou- 
velles. 

Nous avons recueilli un grand nombre de tracés du 
pouls dans les maladies fébriles, mais l’impossibilité où 
nous étions de nous livrer k l'étude méthodique et pro- 
longée dont nous venons de signaler la nécessité, fait que 
toutes nos expériences sur ce point sont, pour ainsi dire, 
non avenues. De plus, certaines espèces de lièvres ne 
peuvent être observées que dansdes localités particulières: 
ainsi les lièvres paludéennes, la fièvre jaune, etc. Il faut 
donc attendre que des médecins placés dans des condi- 
tions favorables nous fournissent sur ce sujet les docu- 
ments qui font défaut. — Quant aux affections fébriles qui 
régnent dans nos pays, si nous ne pouvons présenter un 
tableau complet des formes du pouls aux différentes 
époques de ces maladies, nous aurons k signaler cependant 
quelques faits qui nous ont paru dignes d’intérêt. 

Forme du pouls dans l'état typhoïde. 

§ 1.38. — Il ne faudrait pas croire que la maladie spéciale 
qui a reçu le nom de fièvre typhoïde présente une forme du 
pouls qui lui soit exclusive. Â côté de cette maladie, dont 



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DU POULS DANS LES FIÈVRES. 



389 



le caractère anatomique consiste en une altération des 
plaques de Poyer, les pathologistes on ont groupé d’autres 
qui, sous le nom lYélat typlioide, présentent des phéno- 
mènes généraux assez analogues à ceux de la fièvre ty- 
phoïde proprement dite. Certaines pneumonies, les érysi- 
pèles graves, l’infection purulente, certaines formes de la 
fièvre puerpérale, etc., présentent le faciès, l’abatte- 
ment des forces musculaires, le délire qu’on observe dans 
la fièvre typhoïde; comme elle aussi, ces maladies pré- 
sentent, du côté de la circulation, des troubles particu- 
liers. C’est sans doute pour cette raison que la forme du 
pouls est très analogue dans ces différentes affections, 
ainsi qu’on en pourra juger par les tracés suivants. 

La figure 100 représente le pouls dans une fièvre 
typhoïde franche, arrivée au douzième jour 




Kig. lOU. — Fièvre lyphoïcie. 



I.a figure 101 est recueillie sur un malade atteint de 




Fig. 101. — Pneumonie ivphoïde. 



pneumonie typhoïde. — L’existence de crachats rouillés, 
de souffle et de râle crépitant avait établi le diagnostic 
de la pneumonie; en même temps, il existait du gargouil- 
lement dans la fosse iliaque droite, de la diarrhée, une 
grande prostration ; il y avait eu, au début de la maladie, 
des épistaxis; mais le ventre ne présentait pas de taches 
rosées lenticulaires. 



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390 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

(igurc 102 est prise sur un homme amputé des deux 






Fig. 102. — Infection purulente. 

jambes; un frisson violent avait existé quelques heures 
avant notre examen, ce qui avait fait admettre chez ce 
malade un début d’infection purulente, (’e diagnostic se 
confirma. 

I.k'i figure 103 correspond à un cas de fièvre puerpé- 




Fig. — Fièvre puerpérale. 



raie, avec des^signes de phlébite utérine probable, l’état 
typhoïde était très prononcé. 

La figure 10/i est le pouls d’une malade atteinte (l’éry- 




sipèle de la tète, accompagné de délire et de prostration. 

On voit, par la ressemblance que ces différents tracés 
présentent entre eux, que le pouls pos.sède à peu près les 
mêmes caractères dans toutes les maladies qui s’accompa- 
gnent d’état typhoïde. Quelques différences existent, il est 
vrai, dans la forme du dicrotisme, dans son intensité et 
dans l’amplitude du tracé; mais ces différences sont trop 
faibles et nous ont paru trop peu constantes jwur qu’on 
puisse les utiliser comme éléments de diagnostic. La prin- 
cipale conclusion qu’on doive tirer de l'examen de ces 
tracés si analogues entre eux, c’est que, chez ces différents 



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DU POULS DANS LES FIEVRES. 



391 



malades, il existait dans l’état de la circulation des ana- 
logies très grandes, comme il s’en trouvait du reste du 
côté des autres fonctions. Une telle ressemblance dans 
les symptômes semble justifier l’emploi de médications 
analogues dans le traitement de ces différentes maladies. 



Du pouls aux dilTérentes (lériodes de la dèvre typhoïde. 



§ lô9, — Le tracé que nous avons reproduit figure 100 
ne saurait être pris comme type absolu du pouls dans la 
fièvre typhoïde, car du commencement à la fin de cette 
maladie, l’état de la circulation présente des changements 
nombreux auxquels correspondent autant de changements 
dans la forme du pouls. Nous rassemblons ici plusieurs 
tracés recueillis sur le même malade à différents inter- 
valles. 




Fig. 10.5. 




Fig. 106. 




Fig. 107. 





■ t v'-s ' 




Fig. lOS. 



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392 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 




Fig. 110. 



modiflcalion la plus frappante, c’est la multiplicité 
des rebondissements de chaque pulsation au moment où 
le pouls devient plus rare. 

Il n’y a cependant pas un rapport absolu entre la fré- 
quence du pouls et la forme que présente chaque pulsa- 
tion. On voit, dans certains cas, un léger rebondissement 
qui se produit entre deux autres; c’est une sorte de 
petite ondulation qui s’insinue entre deux ondulations 
plus fortes, ainsi que cela se voit nettement sur la 
figure 110. Cette petite ondulation peut n’avoir qu’une 
existence très courte : tantôt elle disparaît et tantôt elle 
grandit. Dans ce dernier cas, elle peut acquérir le volume 
des ondulations entre lesquelles elle a pris naissance ; il 
se produit alors une pulsation à triple rebondi-ssement, 
comme cela se voit, figure 109. De patientes recherches 
pourront seules faire connaître la valeur pronostique do 
chacun de ces changements qui surviennent dans la forme 
du pouls. Nous n’avons jusqu’ici rencontré les types qui 
sont représentés, figures 109 et 110, que dans des cas 
qui se terminaient par la guérison ; mais nous ne sau- 
rions rien affirmer au sujet de leur valeur. 

Du pouls dans les 6èvres éruptives. 

§ lüO. — Il existe en général une différence très grande 



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nu POULS PANS LES nÈVRES. 



395 



entre la forme du pouls qu’on rencontre dans les flèvres 
éruptives et celle qu’on observe dans les autres maladies 
fébriles. Quelques tracés vont faire voir cette différence 
d'une manière très nette. 




Fig. m. — Scarlatine. 




Fij. 112. — Rougeole. 




Fig. 113 Variole confluente. 



Fig. 114. — Variotoïde. 



Fig. 1 15. — Variole confluente. 



On voit par les figures ci-dessus que les caractères de 
la faible tension manquent presque entièrement, lors 
môme que la fièvre est très prononcée. 1.A fréquence du 
pouls est souvent très grande ; elle allait à t kO pulsations 
chez le malade qui a fourni le tracé figure 115. La peau 
était chaude et colorée, et cependant le pouls présentait 
l’un des caractères principaux de la forte tension,. c’est-à- 
dire l’absence de dicrotisme. Il semblerait que, dans les 
cas de ce genre, la force d’impulsion du cœur soit aug- 
mentée, puisque, contrairement à ce qui se passe dans les 



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394 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

conditions ordinaires, cel organe exécute un grand nombre 
de battements, malgré raugmenlation des résistances que 
la forte tension artérielle crée devant lui. Dans cette hy- 
pothèse, il y aurait donc une différence capitale entre les 
fièvres éruptives et les autres états fébriles. On sait que, 
dans les fièvres ordinaires, l’accroissement de la fréquence 
du pouls est secondaire ; il tient au relâchement des vais- 
seaux et à la faible tension artérielle. Dans les fièvres 
éruptives, au contraire, le cœur serait primitivement 
excité, et son surcroît d’énergie entraînerait les autres 
phénomènes fébriles. Il faudrait toutefois de nouvelles 
preuves pour qu’on fût autorisé h, affirmer que, dans les 
fièvres éruptives, il existe une augmentation de l’activité 
du cœur. 

Nous n’insistons pas davantage sur les caractères que 
présente le pouls dans les différentes fièvres; ce sujet ré- 
clame des recherches spéciales. 

DE LA CONGESTION. 

§141. — La congestion, appelée aussi hypérémie, est une 
fièvre locale, c’est-à-dire une augmentation de la quantité 
du sang qui circule dans un organe ou dans une région. 
Il était indispensable de rapprocher cette affection de la 
fièvre proprement dite, puisqu’elle n’en diffère que par 
la moindre étendue des parties dans lesquelles la circula- 
tion est modifiée. — Avant que l’on connût l’action véri- 
table de la contractilité vasculaire sur la circulation de 
chaque organe, il était impossible d’assigner leur véri- 
table cause aux phénomènes congestifs : aussi , dans la 
plupart des auteurs, même dans les plus modernes, trouve- 
t-on sur la cause des congestions des hypothèses inadmis- 



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DE LA CONGESTLON. 



395 



sibles aujourd’hui. Les découvertes des physiologistes rela- 
tivement aux nerfs vaso-moleurs ne permettent plus de 
conserver en médecine los idées d’activité locale, de vita- 
lité augmentée dans une partie qui se congestionne. 11 
faut bannir du langage médical les expressions de raftus 
sanguin, d'appel du sang vers les organes, etc., parce que 
le sang n’a pas en lui de tendance à prendre une direction 
spéciale, parce que les organes ne sauraient exercer cette 
aspiration, cette espèce de succion qui serait nécessaire 
pour qu’ils attirent à eux le sang des autres parties. — Deux 
forces dont l’existence est bien démontrée, la preision du 
sang et la contractilité vasculaire, suffisent pour expliquer 
tous les états possibles de la circulation dans chaque point 
de l’économie. La congestion s’explique naturellement par 
relâchement des vaisseaux de la partie malade (1). 

Les phénomènes qui caractérisent la congestion dans 
un organe sont : la rougeur, la chaleur, le gonflement, 
c’est-à-dire les effets directs du relâchement vasculaire, 
ainsi que nous l’avons prouvé à propos de la fièvre. Les 
artères afférentes d’une partie congestionnée battent ordi- 
nairement avec plus de force que de coutume. Cela résulte 
du relâchement de leurs tuniques et de l’augmentation 
consécutive de leur diathètre (voy. § 66). Il n’est donc 
rien, dans les symptômes de la congestion, qui ne s’ex- 
plique d’une manière très simple et très satisfaisante 
par la diminution de la force contractile des vaisseaux. 
Qu’on accepte donc franchement les conséquences qui 
découlent des expériences physiologiques, et que l’on ne 



(1 ) Nous croyons devoir séparer de la congestion la turgescence qui 
se produit mécaniquement, 'par suite de la stase sanguine, dans les 
points où existe un obstacle à la circulation veineuse. 



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396 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



croie pas manquer de respect aux anciens en faisant sortir 
un progrès des découvertes modernes. 

Les premières expériences de Cl. Bernard sur le grand 
sympathique datent déjà de douze ans, et cependant c’est 
à peine si les publications médicales les plus récentes en 
ont été influencées. Il semble qu’en France la médecine 
accepte moins facilement que partout ailleurs les décou- 
vertes de la physiologie, et, tandis que chez nos voisins 
l'expérimentation est prise pour guide dans les études mé- 
dicales, il se fait chez nous un retour à des doctrines méta- 
physiques qui ont pourtant bien prouvé leur stérilité. 
Peut-être aussi les physiologistes ont-ils, par un excès de 
réserve, arrêté les applications de leurs découvertes. On a vu 
J. Hunter (1) reculer devant les conséquences de ses pro- 
pres expériences sur la contractilité des artères, et se ran- 
ger aux opinions médicales anciennes, relativement à la 
nature de l’inflammation. Do nos jours, Cl. Bernard (*2), 
par un respect semblable de la tradition , a combattu les 
théories qui se basaient en partie sur ses propres expé- 
riences, et qui, suivant les idées de Henle, expliquaient la 
congestion par la paralysie des vaisseaux. C’est à peine 
si notre savant physiologiste se laisse entraîner aujour- 
d’hui par le courant d’idées qu’il a provoqué. 

Quelques difficultés apparentes, ou plutôt quelques 
complicalionssont survenues depuis la découverte des filets 
vaso-moteurs des glandes, filets dont l’excitation amène 
l’augmentation du calibre des vaisseaux. Schiff, dont les 
beaux travaux ont tant contribué à enrichir la physiologie 
sur ce point, a cherché à ramener aux idées anciennes de 

(1) Loe. cit., p. 31 i et suiv. 

(2) Uçoni mr la phyi. fl la palhol. ilu fysl^me ncrreuT, 1858, l. II, 
p. 507 et suiv. 



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DE LA CONGESTION. 



397 



la dilatation active des vaisseaux et de l’aspiration du sang 
par les organes. — En voyant que l’excitation d’un nerf 
augmente le calibre des vaisseaux, le savant physiologiste 
de Berne a cru devoir admettre qu’un tel effet ne pouvait 
se produire que par la contraction de quelques fibres di- 
latatrices. Aucune des fibres qui fout partie des parois 
vasculaires ne pouvant exercer une pareille action, l’au- 
teur suppose que ces fibres existeraient en dehors des 
vaisseaux; il admet que, s’insérant d’un côté aux parois 
vasculaires pour aller se fixer aux tissus environnants, ces 
fibres, par leur contraction, augmenteraient le diamètre 
des vaisseaux. 

Cette accumulation d'hypothèses n’était cependant pas 
nécessaire; elle n’avait pour but que de rejeter l’existence 
de nerfs dont l’action consisterait à faire relâcher des 
muscles. Or, les nerfs de cet ordre semblent exister bien 
réellement. Le pneumogastrique, d’après les expériences 
de Weber, serait pour le cœur un nerf de relâchement ; 
il produirait une action paralysante active, de telle sorte 
que, lorsqu’on excite ce nerf, le cœur reste en relâche- 
ment, et se gonfle parce qu’il reçoit du sang par les veines 
et n’en expulse plus par les artères. Si l’on admet pour le 
cœur un nerf qui fasse relâcher les parois mu.sculaires de 
cet organe, pourquoi rejetterait-on l’existence de nerfs 
analogues qui fassent relâcher les vaisseaux ? — Outre 
qu’elle est inutile, l’hypothèse qui suppose des fibres dila- 
tatrices en dehors des vaisseaux a contre elle l’anatomie 
elle-même. Non-seulement on n’a jamais vu de fibres de 
cette nature dans aucun tissu, mais le raisonnement in- 
dique que de telles fibres ne sauraient avoir d’action 
dans la plupart des régions. Dans une membrane, par 
exemple, si de telles fibres existaient, elles ne pourraient 



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598 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



exercer leur traction que suivant un plan, et dès lors 
tendraient à transformer les vaisseaux en tubes aplatis, 
dont la section se réduirait à une sorte de fente étroite 
qui laisserait passer moins de sang qu’à l’état normal. 
Dans les tissus d’une consistance molle, des übres de ce 
genre ne trouveraient pas, en dehors des vaisseaux, un 
point d’appui solide pour produire la dilatation qu’on 
leur attribue. 

§ 142. — 11 faut donc nécessairement admettre que 
certaines inlluences nerveuses amènent le relâchement des 
vaisseaux et produisent la congestion. Ce phénomène est 
une manifestation très ordinaire des affections nerveuses; 
on voit fréquemment des congestions de la face, des batte- 
ments des artères des tempes ou de celles du tronc cœliaque 
chez les hystériques et chez les hypochondriaques (1). 

(4) Du cülé de l'iRtestin se passent dos phénomènes qui présentent 
une grande analogie avec ceux qui ont pour siège l'appareil vasculaire. 
Le gonflement de l'estomac et le ballonnement du ventre semblent être 
bien souvent la conséquence d'un relâchement des tuniques de l'intestin 
et de l'estomac, bien plutôt que d'une sécrétion gazeuse exagérée. Il doit 
nécessairement exister une lutte continuelle entre la tension des gaz 
qui remplissent l'intestin et la contractilité des tuniques intestinales. 
Lorsque l'intestin se contracte, les gaz qu'il renferme sont comprimés ; 
s'il se relâche, l'expansion des guz le distend et lui fait prendre un 
volume considérable. 

Lorsqu'on lie une anse d'intestin à ses deux extrémités, on («ut con- 
stater des variations notables do son volume, si l'on galvanise ou si l'on 
coupe les fllets du grand sympathique qui se rendent â cette anse. Or, 
dans les cas ou l'on voit cette anse se gonfler, dira-t-on qu'il existe dans 
scs tuniques des fibres dilatatrices? N'est-il pas évident, au con- 
traire, que toutes les variations de volume de l'intestin tiennent a la lutte 
do la force expansive des gaz intérieurs contre une force contractile qui 
est susceptible de s'accroître ou do diminuer. Le même antagonisme existe 
dans les vaisseaux entre la pression intérieure du sang et la contractilité 
des parois ; les variations de volume de cos vaisseaux tiennent aux varia- 
tions do la contraction vasculaire. 



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DE l’iNFI.AMMATION. 



399 



Si l’on admet ces conclusions, et si l’on considère les 
phénomènes congestifs comme l’expression d’un trouble 
nerveux, on reconnaîtra qu’il n'est pas indifférent d’ac- 
cepter la théorie physiologique ou de conserver les idées 
anciennes. Dans l’hypothèse d’une force inhérente au 
sang, force eu vertu de laquelle ce liquide se précipitait 
dans une région pour y causer parfois de graves désor- 
dres, c’est au sang lui-môme que s’attaquait la thérapeu- 
tique. On admettait, le plus souvent, l’existence d’une 
sorte do pléthore; par suite, on pratiquait des émissions 
sanguines. Dans bien des cas, au contraire, les conges- 
tions semblent être un effet de l’anémie, ou du moins 
coïncident avec elle. 

DE l’inflammation. 

§ 143. — Le nom d'inflammation a été créé sous l’em- 
pire des idées dont nous avons tant parlé, et qui consis- 
taient à admettre, dans certaines affections, une produc- 
tion exagérée de chaleur. Ce nom, aujourd’hui suranné, 
mais qui restera encore longtemps dans le langage médi- 
cal, désigne un état morbide complexe qu’on ne doit pas 
confondre avec les phénomènes presque entièrement ner- 
veux qui constituent les fièvres ou les congestions. — 
L’inflammation est un état congestif avec quelque chose 
de plus : la coagulation du sang, la stase de ce liquide, 
l’exsudation de produits plastiques en dehors des vais- 
seaux, etc. Les recherches histologiques modernes ont 
attiré l’attention d’une manière spéciale sur les altéra- 
tions que subissent les tissus enflammés. Virchow (1) con- 
sidère rintlammation comme essentiellement produite par 

(I) Pathologie cellulaire. 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



m 

une altération des cellules qui constituent la trame orga- 
nique ; il relègue au second plan les troubles que subit la 
circulation dans les parties entlainmées. Cependant, si l’on 
se reporte aux ancienues définitions, on voit que la modi- 
fication de l’état circulatoire avait été considérée par les 
médecins d’autrefois comme le phénomène important 
dans rinflammation. Les caractères attribués à cet état 
morbide étaient les suivants : la rougeur, la chaleur et le 
gonflement. On a vu précédemment que tous ces carac- 
tères se rattachent à l’élat congestif. Aussi nous parait- 
il qu’on doit conserver à l’étal circulatoire le rôle impor- 
tant dans rinflammation, et considérer les altérations 
CAjllulaires comme une conséquence du trouble circula- 
toire. Cette manière de voir semble ressortir naturelle- 
ment de la nature des causes qui produisent rinllamma- 
tion et des moyens qui servent à la combattre. 

Lorsqu’un agent quelconque appliqué aux tissus y dé- 
veloppe un étal congestif, il suffit de prolonger la durée 
d’application de cet agent, ou d’en augmenter l’intensité, 
pour dépasser l’élat de congestion simple, et produire une 
inflammation véritable. Le traumatisme, l’action de la 
chaleur, celle des agents chimiques, peuvent ainsi pro- 
duire, suivant leur intensité d’action, soit un état con- 
gestif, soit un état inflammatoire. — D’autre part, si l’on 
cherche à se rendre compte de l’action des moyens théra- 
peutiques qui combattent efficacement l’inflammation, 
on reconnaît bien vile qu’ils n’ont d’autres clTets que de 
supprimer la rapidité trop grande du cours du sang, 
autrement dit la congestion dans la partie enflammée. 
L’élévation des régions malades, la compression exercée 
sur elles, agissent dans ce sens. 11 en est de même de l’ac- 
lion des divers topiques employés dans les mêmes circon- 



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DE l,’lXFI,AMMATION. 401 

stances : le froid (]ui produit, au moins pour (pjekpie 
temps, de si bons effets dans les inflammations superfi- 
cielles, n’esl-il pas un aü;ent (jui fait contracter les vais- 
seaux et qui combat ainsi directement la cause de IVlat 
congestif? Si l’on passait en revue les différentes substances 
médicamenteuses (pii sont les plus efficaces, on veiTail 
ipie CO sont des stimulants de la contractilité vasculaire, 
et (|ue, si leur action pouvait être graduée à volonté 
suivant les besoins, on combattrait l’inflammation avec 
un suect*s complet. Telle ('tait l’opmion de J. Hunter-, il 
Ta uetlement formulée en disant : « qu’un agent qui 
jiosséderait la propriété de faire contracter les vaisseaux 
serait probablement le s|iécifique de l’inflammation. ■ 
C’est en déviant le mot d’inflammation de son sens 
primitif, qu’on est arrivé à considérer comme inflamma- 
toires des altérations d’organes dans lesquels on ne dii- 
couvre pas de vais.seaux. Cette généralisation abusive nous 
a dotés d’une pathologie pour laquelle tout organe malade 
serait enflamme, toute lésion cadavérique serait le résultat 
d’une inflammation aiguë ou chronique, üir tel abus de 
langage conduira nécessairement à rejeter comme vide 
de sens un nom sous leciuel on comprend tant de lésions 
différentes. Tous les médecins, heureusement, ne se sont 
pas laissé entraîner à cette confusion regrettable ; la plu- 
|>art des auteurs ont compris que si l’on conserve la déno- 
mination ancienne, il faut conserver aussi le sens qu’on 
lui attachait autrefois. L’inflammation doit donc être con- 
sidérée comme le dernier terme delà congestion. Dans 
une série de phases ipii s'enchaînent comme le font la 
congestion simple, les stases, les exsudations, les altéra- 
tions cellulaires, la suppuration, etc., il y a une fusion 
de chacun de ces états dans une autre, sans transition 

26 



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40*2 Al-PI.ICATIONS A LA PATHOl.Or.lE . 

brusque, de sorte que toute limite tranchée serait artifi- 
cielle. Le phénomène qui domine tous les autres est le 
trouble circulatoire dont la cause consiste en un relâche- 
ment vasculaire. Sans vouloir négliger les altérations se- 
condaires que présentent les tissus, sans chercher à dimi- 
nuer l’importance des travaux relatifs à ces lésions, nous 
pensons que c’est en étudiant les troubles qui se produi- 
sent dans l’état circulatoire qu’on arrive le mieux à com- 
prendre l’influence de certaines causes pour produire 
l’inflammation, à expliquer les tendances de cette maladie 
à se propager ou à s’éteindre, et enfin, à saisir le mode 
d’action des agents thérapeutiques. — Quelques mots 
seulement pour développer cette idée. 

Explication dca principanx phénomCnca de l'Inflammallan 
par l’^lat de la eontractlUté raacnlalre. 

§ 144. — En considérant l’état inflammatoire comme 
l’effet d’un relâchement des vaisseaux, on se rend compte 
de la plupart des phénomènes saillants qui ont frappé l’at- 
tention des cliniciens. Nous ne parlerons pas des trois ca- 
ractères principaux : la chaleur, la rougeur et le gonfle- 
ment des tissus; leurexplication est celle qui aété donnécà 
propos de la fièvre et de la congestion. Mais la douleur qui 
se rencontre presque partout où l’inflammation existe ne 
semble-t-elle pas intimement liée à l’état circulatoire? Ne la 
voit-on pas, le plus souvent, redoubler à chaque pulsation 
artérielle, c’est-à-dire au moment où la pression plus 
grande du sang vient augmenter encore la tui^escence 
de l’oi^ane malade et les tiraillements douloureux qui en 
résultent? Ne voit-on pas cette douleur diminuer et même 
disparaître, lorsqu’on diminue la turgescence congestive 



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DE L INFLAMMATION. 



/io;^ 

fie l'organe malarle, soit par l'élévation, soit par une com- 
pression bien également répartie, soit par l’application du 
froid? 

— Dans la marche d’nne inflammation, des phé- 
nomènes dont la cause semblait autrefois entourée de mys- 
tère, s’expliquent de 1a manière la plus simple. — .\insi, à 
proposde la tendance des phlegmons à se porter vers l’ex- 
térieur, en cheminant de proche en proche, des parties 
profondes à la surface cutanée , on n’hésita pas à créer 
une force spéciale qui attirerait l’inflammation à la sur- 
face du corps, comme la plumule des végétaux est attirée 
îi la surface du sol. Kn quoi avait- on rendu ce phéno- 
mène plus intelligible? 

Lorsi]ue l’on considère la congestion intiammatoire 
comme produite sousrinfluenccde la pression excentrique 
du sang qui dilate les vaisseaux dont les parois sont relâ- 
chées, on comprend ([ue le degré de pression que les tissus 
environnants exercent autour do ces vaisseaux, influera 
beaucoup sur le diamètio qu’ils pourront acquérir. L’in- 
flammation ,so développera donc [»lus facilement du côté 
où la pression extérieure sera le moins forte. Dans un 
membre, par exemple, les tissus sous-cutanés ne sont 
comprimés que par l’élasticité de la peau; les tissus, plus 
profondément situés, sont soumis de plus à la compres- 
sion des couches aponévrotiques ; plus profondément 
encore , à ces causes de compression s’ajoute celle 
qu’exerce le système musculaire. Lors donc qu’un foyer 
phlegmoneux occupe l’épaisseur d’un membre, c’est du 
côté de la surface cutanée que la pression extérieure est le 
moins forte, et que, par conséquent, les vaisseaux céderont 
le plus complètement à la pression intérieure du sang. 

La même cause explique aussi pourquoi des corps élran- 



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^104 APPLIC.U'IO.Nh A LA PATllOLOUlË. 

gei’s, des balles, par exemple, en cheminant dans nos 
tissus, n’y produisent d’inflaimnation vive (jue Iors<iu’elles 
arrivent près de la suiTace cutanée, c’est-à-dire dans les 
points où la pression excentrique du sang n’est plus con- 
tre-balancée par celle de nombreuses couches de tissus 
environnants. 

§ 14(). — C’est ici le lieu de parler des conditions dans 
lesquelles se produit un mode de guérison particulier à la 
suite des opi*rations chirurgicales: la réunion pur première 
intenlion. — Pour que celte réunion se produise, il faut, 
ainsi que l'a signalé J. Hunter, que riutlammalion ne sur- 
vienne pas. Or , si nous n’a\ ons pas é lé entraîné par une idée 
préconçue dans robscrvation des faits que nous avons eus 
maintes fois sous les yeux , il nous semble que la pression 
que les surfaces incisées subissent, après que la coapta- 
tion des lèvres de la plaie a été faite, joue un grand rôle 
pour favoriser la réunion par première intention. Quel- 
que soin que l’on ail pris pour nettoyer la surface de 
la plaie et pour empêcher (ju’il ne se fit un suintement 
sanguin après la coaptation, nous avons vu l’inflamma- 
tion et la suppuration se produire lorsque des lambeaux 
cutanés trop lâches ne comprimaient, pas assez la surface 
incisée. Celte production de la suppuration , nous 
l'avons vue survenir particulièrement après l'ablation 
des tumeurs volumineuses, toutes les fois que les tégu- 
ments avaient été conservés dans toute leur étendue. 
Souvent, au contraire, après une excision do la peau, 
comme on en pratique pour les tumeui’s du sein (jui adhè- 
rent aux téguments, nous avons vu cette réunion se pro- 
duire; les portions restantes de la glande mammaire 
étaient alors fortement comprimées par des téguments à 
peine suffisants pour les recouvrir. 



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DE l’inflammation. 405 

Tous les chirurgiens ont signalé la tendance remar- 
quable que les incisions pratiquées sur la face et le crâne 
ont à se réunir par première intention ; les autoplasties 
surtout semblent jouir de ce privilège. Ne serait-il pas 
possible que cette heureuse tendance des plaies de la tète, 
tendance qu’on a attribuée à la nature spéciale des tissus 
de cette région, fût un effet de la condition anatomique 
toute seule, l^es tissus incisés se trouvent, après la réunion 
rie la plaie, comprimés entre des surfaces osseuses et 1a 
peau, qui doit presque toujours être fortement tendue 
pour effectuer la coaptation. Dans les points, au contraire, 
où les téguments sont lâches, comme aux paupières, on 
sait combien les phlegmons ont de tendance à se pro- 
duire. — Nous signalons’ H l’attention des chirurgiens ces 
réflexions que des considérations tirées de 1a physiologie 
nous ont inspirées et dont l’expérience pourra seule éta- 
blir l’exactitude et l’utilité pratique. 

g 147.— I.Æ phénomène connu sous le nom iV étrangle- 
ment d’an tissu enflammé s’explique très bien par les notions 
que nous possétlons sur la pression du sang dans les diffé- 
rents vaisseaux. — On a vu (§ 1 ) que le siège du plus grand 
obstacle au cours du sang réside dans les petits vaisseaux, 
ce qui donne aux artères une tension beaucoup plus grande 
que celle des veines. Lorsque la contractilité des vaisseaux 
d’un organe est diminuée ou détruite, ce sera également 
du côté des artères que la force expansive aura l’inten- 
sité la plus grande. Or, si les tissus enflammés sont con- 
finés dans un espace que limitent des plans résistants, 
l’ampliation des artérioles ne pourra se faire sans produire 
une compression des vaisseaux veineuxqui cesseront d’ètre 
perméables. Le sang artériel se sera ainsi fermé à lui- 
même la voie de retour, ce qui pourra amener la morti- 



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40G APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

fication îles tissus étranglés. — Cette interprétation méca- 
nique du phénomène de rélranglement inflammatoire est 
du reste justifiée par la nature tout à fait mécanique du 
moyen thérapeutique qui réussit le mieux; nous voulons 
parler du débridement de la gaine fibreuse. 

§ 1 48, — Les phénomènes dont nous venons d’indiquer 
la cause se rattachent aux influences physiques qui agis- 
sent sur la circulation. L’étude de la contractilité vascu- 
laire conduit à expliquer un autre ordre de phénomènes; 
ainsi l’action de certaines influences pour produire ou 
pour combattre l’inflammation, et même la tendance à la 
guérison spontanée que les inflammations présentent d’or- 
dinaire au bout d’un certain temps. 

Cl. Bernard a montré le rôle -des nerfs vaso-moteurs 
dans la production de l’inflammation ; il a pu faire naiti'e, 
sur des .chiens, des pleurésies et des phlegmasies viscé- 
rales, en coupant des filets splanchniques du grand 
sympathique. Snellen a vu que si la section du grand 
sympathique cervical, chez le lapin, ne produit pas une 
vérîtahle inflammation des tissus auxquels ce nerf se dis- 
tribue, cette section, du moins, prédisposera beaucoup 
les tissus à s’euflaminer, pour peu qu’une légère influente 
vienne .s’ajouter à la paralysie vasculaire. C’est l’expéri- 
mentation physiologique qui nous apprendra comment les 
nerfs vaso-moteurs peuvent, suivant le cas, transmettre 
aux vaisseaux les effets d’excitations directes ou réflexes; 
comment ils peuvent amener, tantôt la contraction, tantôt 
ie relâchement des tuniques vasculaires. Il y a là un vaste 
sujet à explorer; nous ne possédons encore, relativement 
à ces phénomènes, que les premières notions, mais la 
physiologie a réalisé un grand progrès en éclairant la voie 
dans laquelle l'expérimentation devra marcher désormais. 



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I>E l/lNFLAHHATION. llOl 

De môme pour la thérapeutique de l’inflammation, la 
physiologie nous montre ([u’une direction nouvelle peut 
être suivie. A la place des émissions sanguines qui com- 
battent les phlegmasies locales en épuisant l’économie 
tout entière, elle tend à substituer, autant que possible, 
les moyens locaux. Outre les traitements qui .sont depuis 
longtemps en usage, comme la compression, l’élévation, 
les applications froides, etc., peut-être aurons-nous bientôt 
des moyens d’agir localement sur certains plexus du grand 
sympathique, et de combattre directement l’inflammation 
dans sa cause, c’est-à-dire dans le trouble nerveux qui lui 
a donné naissance. 

Pénétrons plus loin dans l’analyse des phénomènes pa- 
thologiques, et voyons s’il ne serait pas possible d’expli- 
quer, par les lois physiologiques connues, la tendance que 
les inflammations ont à guérir au bout d’un certain temps. 
Quand on a dit que la nature médicatrice se chaîne de ce 
travail réparateur, ou bien encore, lorsqu’on a répondu 
que les forces du malade prennent le dessus et que la ma- 
ladie est vaincue, on n’a rien expliqué. Cependant, ce 
sont des raisonnements de ce genre que l’on rencontre à 
chaque instant en médecine. — Si la physiologie ne nous 
donne pas une explication complète de la tendance des 
phlegmons à la guérison, ell(^ nous montre du moins com- 
ment certains changements survenus dans l’innervation 
peuvent amener cette tendance à guérir. 

On a vu (§ 108] qu’un tissu soumis {tendant quelque 
temps à une cause de congestion ou d’inflammation ac- 
(juiert, {tar l’elTet de \’ accoutumance, une résistance plus 
grande aux agents extérieurs : au traumatisme, par 
exemple. Il faut bien supposer que, dans ces conditions, 
la contractilité des viiisseaux de l’organe est devenue plus 



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&08 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

(liflicile à épuisor. — Ne peut-on pas admettre que, dans 
une partie eiiflaniraée, il arrive au bout d’un certain temps 
une plus grande résistauce des vaisseaux aux causes qui 
les faisaient relâcher d’abord, et que ces vaisseaux, re- 
prenant graduellement leur calibre, fassent cesser peu à 
peu l’état phlegmasique. Cette interprétation n’a pour 
but que de montrer combien les phénomèues morbides se 
rapprochent de ceux que l’on rencontre à l'étal pliysiolo' 
gique. 

Un fait cité par Jos. Lister vient appuyer cette ma- 
nière de voir. — Une suture serrée, pratiquée sur la 
peau d’un malade, avait donné naissance à une rougeur 
qui persistait depuis plus dc^ trois jours. Dès qu’on eut 
enlevé les épingles, la rougeur fit place à une pâleur de 
la peau. — Ce fait nous semble devoir s’interpréter de la 
manière suivante. Les tissus, traversés par les épingles et 
soumis ainsi à une cause d’épuisement traumatique de la 
contractilité de leurs vaisseaux, ont acquis, par l’accoutu- 
mance, une force contractile plus grande qu’à l’état nor- 
mal. 11 en est résulté, au moment où l’inlluonce trauma- 
ticpie a été supprimée, une contractiou des vaisseaux plus 
forte qu’à l’état normal, d’où suivit la pâleur des tégu- 
ments dans ces points. La cessation brusque de la cause 
d’inflammation ost venue ici mettre en évidence l’accrois- 
sement de la force contractile des vaisseaux; mais ne 
peut-on pas admettre, dans le cas môme où la cause 
d’inflammation eût persisté, que la force contractile des 
vaisseaux, continuant à augmenter graduellement, eill 
fini par être suffisante pour lutter d'un manière efficace 
contre la cause traumatique? 

Nous bornerons ici ce court apcîrçu des applications de 
la physiologie aux troubles morbides de la circulation ea- 



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DE l’inflammation. 



Û09 

pillaire. L’cavenir, nous l’espérons, montrera la fécondité 
de celte voie dans hu[uelle nous n’avons pu qu’essayer 
timidement quelques pas. 



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CHAPITRE XXI. 



ALTÉnATION SÉNILE DES ARTÈRES. — OBI.ITÉRATIONS 
ARTÉRIELLES. 



Allération sénile des artères. — Cel état des vaisseaux amène, è titre 
de lésions secondaires : I ° l'hypertrophie du ventricule gauche ; 
S° la dilatation des artères, et particulièrement de la crosse do l'aorte 
et des troncs qui en émanent. — Troubles fonctionnels qui résultent 
des lésions ci-dessus indiquées. 

Diagnostic de l'altération sénile des artères d'après la forme du pouls. 
— Forme graphique du pouls sénile , cause de ses principaux carac- 
tères. 

Oblitérations artérielles. — Changements immédiats qui surviennent 
dans la circulation de l'artère au-dessous du point oblitéré. 
Changements ultérieurs qui amènent le rétablissement du cours du sang 
dans r.irtëre oblitérée. — a. Dilatation dos collatérales; sa cause; 
rapidité avec laquelle elle se produit. — h. Direction du nouveau 
courant sanguin ; influences qui la déterminent. 

Caractère du pouls dans le cas d'oblitération artérielle. — Transfor- 
mation que subit la forme du pouls lorsque le sang n'arrive è l'artère 
que par des anastomoses de petit volume. — Retour graduel du pouls 
à sa forme normale à mesure que les anastomoses s'élargissent. 

ALTÉRATION .SÉNILE DES ARTÈRES. 

§ \ 49. — Rien n’est plus fréquent que de rencontrer chez 
les vieillards les artères ossifiées, ou tout au moins indu- 
rées; on peut dire que celte altération constitue l’état nor- 
mal chez les sujets d'un âge avancé. Une pareille dégéné- 
rescence des vaisseaux, si elle n’entraîne pas parelle-mènie 
des troubles bien importants de la circulation, constitue 
tout au moins une prédisposition à certaines maladies 



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ALTÉRATION SÉNILE DES ARTÈRES. /iH 

graves. L'hémorrhagie cérébrale, l’une des causes de 
mort les plus fréquentes chez les vieillards, semble inti- 
mement liée à cette dégénérescence vasculaire. La rup- 
ture des gros vaisseaux, certaines affections organiques 
du cœur, sont encore des conséquences de l’altération 
sénile du système artériel. Nous essayerons, en premier 
lieu , de montrer quel lien rattache les unes aux autres 
ces différentes lésions dont l’altération vasculaire semble 
être le point de départ, — EnGn, comme il est très im- 
portant de reconnaître l’existence de ces dégénérescences 
vasculaires qui se manifestent parfois chez des sujets 
d’un âge peu avancé, et comme le diagnostic est, le plus 
souvent, impossible par les moyens ordinaires, nous indi- 
querons les caractères du pouls qui permettent, en l’ab- 
sence d’autres signes, de reconnaître que le système arté- 
riel a subi l’altération dite sénile. 



L'altération sénile îles artères amène l'hyperlrophie du ventricule 
gauche du cœur. 

§ 150.— Nous avons montré (§ 38) comment l’élasticité 
des artères favorise l’action du cœur et nécessite, de la 
part de cet organe, moins de force pour envoyer son on- 
dée sanguine à chacune de ses contractions. —Or, l’alté- 
ration sénile des artères consiste surtout en une perte 
de l’élasticité de ces vaisseaux. Ceux-ci deviennent beau- 
coup moins extensibles que ceux des jeunes sujets, et cela, 
avant même qu'il se soit produit dans les parois artérielles 
ces dépôts calcaires qu’on a appelés ossiOcations. — La 
diminution plus ou moins grande de l’élasticité artérielle 
crée donc néce.ssairement au devant du cœur un obstacle 
qui rend ses contractions plus pénibles. 



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\PPLiCAT10NS A LA PATHOLOGIE. 



4i2 

En vertu d’une loi pathogénique bien connue (1), le 
le cœur devra s’hypertrophier lorsque les artères sont 
ossifiées, au môme titre que lorsiju’il existe un rétrécisse- 
ment à l’orifice aortique. C’est, en efiet, ce qui arrive; 
aussi, presque tous les vieillards ont-ils le ventricule gauche 
hypertrophié. 

Plasieurs auteurs avaient depuis longtemps signalé 
cette coïncidence de l’hypertrophie du cœur avec l’ossi- 
fication artérielle, mais l’enchaînement de ces lésions 
n’avait pas été défini. Andral (2), en signalant cette coïn- 
cidence, laisse, sans la résoudre, la question de savoir si 
c’est l'hypertrophie du cœur qui a fait dégénérer les 
artères, ou si c’est 1a lésion artérielle qui a entraîné l’hy- 
l>ertrophie du cœur. Herpin (3) admet que l'ossification 
artérielle est primitive; il cherche à l’expliquer en disant 
(|ue « l’élasticité artérielle, caute d'impulsion du sang, 

» é'tant supprimée, le cœur doit y suppléer, et cela en 
» vertu d’une solidarité entre les différents points du sys- 
» tème circulatoire. » 

Il nous semble qu’en expliquant l’hypertrophie du cœur, 
dans ces cas, par l’existence d’un plus grand o})stacle à 
l’eilort systoli(jue du venlricide, on rentre mieux dans les 
idées généralement reçues relativement aux causes de 
l'hypertrophie, que si l’on admet, sans la définir, une sdi- 
darité des différentes parties de l’appareil circulatoire. 

(1) Pour nous conforuier à l'usage, nous appelons loi palliogL‘nii|iie 
celle qui préside au développement de l'hypertrophie du cœur, quand 
cet organe rencontre devant lui dos résistances particulières. Noua de- 
vons toutefois faire remarquer que cette loi n'est autre que la loi physio- 
logique en vertu de laquelle tout muscle acquiert j)lus de force et (dus 
de volume sous l'influence d'un travail (dus considérable. 

(2) Clinique mnlicnie, t. I, p. 62. 

(3) liullel, de lu Soc. nmil., t. XII, p. 49. 



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ALTKR.VTION SÉNILE DES ARTÈRES. 



413 

Lorsque nous publiâmes pour la première fois (l) oetlc 
tliéorie relativement à l’action do l’ossification artérielle 
comme cause d’hyj)ertrophie du cœur, nous y avions été 
conduit par nos expériences physiques sur le rôle de l’élas- 
ticité des vaisseaux, et nous ne connaissions pas alors les 
travaux dans lesquels cette coïncidence avait été signalée. 
Nous fûmes heureux de rencoutrei’ cette première confir- 
mation de nos prévisions. En recherchant ensuite dans les 
Bulletins de la Société anatomique les cas d’hypertrophie 
du cœur et ceux d’ossification aortique, nous trouvâmes 
un assez grand nombre de cas dans lesquels cette coïnci- 
dence était signalée (2). Enfin, depuis que notre attention 
est dirigée de ce côté, nous avons recherché, toutes les 
fois (jue l’occasion s’en est présentée, si rossiflcalion 
des artères s’accompagnait d’hypertrophie du ventricule 
gauche; cette coïncidence n’a jamais fait défaut, non- 
seulement chez les vieillards, mais encore chez les sujets 
atteints prématurément de la dégénérescence artérielle. 

L'aitôralion sénile dos arléres s'acconipugne de dilatation de ces 
vaisseaux. 

§ 151. — Tout le monde sait que les artères sont en 
général ti ès volumineu.ses chez les vieillards; elles forment 
de gros cordous qu’on sent rouler sous le doigt à travers 
les parties molles. Cette dilatation des artères périphé- 
riques est encore surpassée par la dilatation de l’aorte, 
surtout au niveau de la crosse, au point d’où émergent le 
tronc bracliiü-céphalique et la carotide gauche. 



()) Gazette méiiicale de Paris, 1838. 

(2) Nous avons rassemblé ces indiralions dans noire thèse inaugu- 
rale, p. II). Paris, 1859. 



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/|Î4 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

Il est naturel do chercher la cause de cette dilatation 
dans raugmentaliou de la force impulsive du ceeiir. Dans 
ce cas, la dilatation artérielle serait un effet secondaire de 
l’hypertrophie du ventricule gauche que la rigidité des 
artères a produite; c’est ainsi que ces lésions oi’ganiquessc 
rattacheraient naturellement les unes aux autres. — Ce qui 
prouve manifestement que la pression intérieure du sang 
est la cause immédiate de la dilatation des artères, c’est 
que les points les plus dilatés sont précisément ceux contre 
lesquels le sang fait le plus grand effoil. Ainsi, la crosse de 
l’aorte se gonfle en ampoule du côté de sa convexité, 
c’est-à-dire dans la direction du courant sanguin produit 
par la contraction ventriculaire. Cette ampoule acquiert 
souvent un volume considérable et peut se rompre comme 
un anévrysme; c’est toujours du côté de la convexité (jue 
celle rupture se produit. — La direction du courant san- 
guin explique aussi pourquoi les carotides et les sous-cla- 
vières sont en général très dilatées, tandis ipie les artères 
iliaques le sont très peu , lorsqu’il existe une ossification 
artérielle. 

Troubles fonctionnels produits par l'altération sénile des artères. 

§ 152. — Kn môme tenijis que ces altérations anafo- 
iniques,el sous leur influence, l’ossification artérielle pro- 
duit dans la fonction circulatoire des trouhles qu’il est im- 
porfant de signaler. — On a vu (§ l\0) que l’un des effets 
de félaslicité artérielle est de transformer faction saccadée 
du cœur en une force plus uniforme : la tension artérielle. 
En d’autres termes, l’élasticité des artères fait qu’au mo- 
ment où le ventricule agit, la pression du sang dans les 
arfères s’élève moins haut qu’elle ne ferait dans des vais- 
seaux rigides, tandis qu’au inonienl où le cœur n’agit pas, 



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ALTÉRATION SKNlLt DES ARTÈRES. ftl5 

elle em|)éche cette pression de tomber k zéro. Les écarts 
entre les niaxima et les minima de la pression du sang 
augmenteront donc k mesure que l’élasticité des artères 
diminuera. Qu’on ajoute k cette circonstance que le cœur 
est hypertrophié, et par conséquent plus puissant, et l’on 
comprendra pourquoi les artères des vieillards présentent 
des pulsations si fortes, et pourquoi ces vaisseaux, rendus 
plus friables par l’altération sénile, sont si exposés k se 
rompre et k produire des hémorrhagies. 

Diagnoslic de l'allératiOD sénile des artères d'après la forme du pouls. 

§ 153. — Les accidents redoutables auxquels expose 
l'altération sénile des artères rendent très important le 
diagnostic de cette lésion. Il est assurément très facile de 
reconnaître l'ossiGcation, (|uand on sent les artères rouler 
sous la peau, formant des cordons durs, moniliformes, 
incompressibles par suite des dépôts calcaires qui les 
incrustent. Mais ces caractères manquent très souvent; 
les -artères de la périphérie peuvent conserver k peu 
près leur souplesse normale, tandis que l’aorte et les gros 
troncs artériels sont presque entièrement ossifiés. 11 est 
donc très important de posséder d’autres caractères qui 
puissent faire reconnaître l’existence de cet état des vais- 
seaux. — La forme du pouls nous fournira cet élément 
de diagnostic, car elle est influencée k un haut degré par 
les changements qui surviennent dans l’élasticité arté- 
rielle. 

Plus les artères .sont élastiques, plus elles transforment 
le mouvement imprimé au sang par la systole ventricu- 
laire, et plus la forme du pouls s’éloigne de celle qui repré- 
senterait le tracé de cette systole. Lora, au contraire, que 
l’élasticité artérielle disparait, le pouls doit conserver da- 



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416 APPI.ICATIONS A I.A PATHOLOGIE. 

vantagc sa forme primitive, celle de la systole du ventri- 
cule. Iæ fijîure 1 16 va rendre plus sensible celte analogie 
qui peut exister entre le traa; de la contraction ventri- 
culaire et celui de la pulsation artérielle. 




Fip. llli. 



Au premier coup d’œil, on reconnaît, dans les deux 
pulsations que reiirésente cette figure, les éléments princi- 
paux qui constituent toute pulsation artérielle (voy. § 72), 
à savoir : l’aieerMion, qui est saccadée; le sommet, qui 
présente un plateau horizontal, et la descente, qui est for- 
mée par une ligne oblique. — A la place de cette ligne de 
descente formée par un trait plein, si l’on substitue les 
lignes ponctuées (|ui se voient dans la figure H6, on 
obtient exactement le tracé de deux systoles du ventricule 
gauche semblables à celles que nous avons recueillies sur 
le cœur du cheval (voy. fig. 33, ligue 1). — Or, on a vu 
(§ 53), à propos du pouls aortique^ que lors même que le 
tracé de la pulsation présente de grandes ressemblances 
avec celui de la systole ventriculaire, ces ressemblances 
ne peuvent exister que pendant la systole du ventricule; 
car, dès ipie celui-ci est en relâchement, .sa pression 
tombe a zéro, tandis que, dans l’artère, la clôture des 
valvules sigmoïdes maintient la pression à un degré élevé 
(|ui décroît peu à peu par le fait de l’écoulement du .sang 
à travers les capillaires. 

On va voir que le pouls sénile présente les caractères 
que nous avons indiiiués dans la figure 116, en les exa- 



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ALTKUATION SÉNILE DES ARTERES. 



417 

gérant, et que, jusque dans rarière radiale des vieillards, 
on renconlre entre la forme du pouls et celle de la systole 
ventriculaire celte ressemblance qu’on ne trouve guère, à 
l’état normal, que pour le pouls de l’aorte ; ressemblance 
qui se perd graduellement, sous l’influence de l’élasticité 
artérielle, à mesure qu’on e.\plore le pouls d’une artère 
plus éloignée du cœur. 

Nous ras.semblons ici quelques tracés recueillis sur des 
sujets de l’un et de l’autre sexe, tous d’un âge fort avancé. 
Chez ces vieillards, il existait des signes manifestes d’os- 
siGcation artérielle; chez eux, les battements de cœur ne 
présentaient rien d’anormal à l’auscultation, de sorte 
qu’on doit rapporter exclusivement à raltéralion des 
artères la forme spéciale que présente le pouls. 



Hoïues (asile de Bicftre). 




Kig. l'jll. — 85 ans. 

27 



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&18 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIK. 




Kig. 121. — H7 aiis. 



Fkmiies (asile de la Salpétrière ef hospice de la Rochefoucauld). 




Kig. 122. — 85 ans. 





On voit, par rexamcn do ces tracés, que les principaux 
caractères du pouls sénile sont les suivants. 

1“ Grande amplitude du tracé, ce qui s'explique par 
les raisons suivantes : hypertrophie ventriculaire, gros 
volume de l’artère, transformation moindre do l’impul- 
sion cardiaque par suite d’une moindre élasticité. 

2* Ascension brusque , quelquefois saccadée , c’est-à- 
dire ressemblance entre le début de la pulsation et le dé- 
but de la systole ventriculaire. Cette ressemblance tient à 
ce que l’élasticité artérielle qui transforme le mouvement 



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ALTÉHVIION SÉNILK UES ARTERES. ^19 

du sang du centre à la périphérie n’existe plus à un degré 
suffisant pour pj-oduire cet effet. 

ü" Le sommet de la pulsation est formé par un plalfiau 
horizontal oa ascendant. — C’est un nouveau trait de res- 
semblance de la pulsation artérielle avec la systole ven- 
triculaire. La durée de cette systole est quelquefois très- 
grande chez les vieillards, ce qui se traduit par une grande 
longueur de ce plateau. 

4* La courbe retombe brusquement après le plateau sys- 
tolique. — Ce caractère n'est pas constant, mais quand il 
existe, il est important, car il prouve que le reflux léger 
qui accompagne la clôture des valvules sigmoïdes suffit 
pour faire baisser la tension que l’élasticité artérielle ne 
maintient plus suffisamment. ' 

5* La ligne de descente est en général dépourvue de 
rebondissements. — Cette absence presque absolue du di- 
crotisrae chez les vieillards indique encore la perte de l’é- 
lasticité de leurs vaisseaux; on a vu, en effet (§ 83) que 
cette élasticité est indispensable pour la production du 
dicrotisme. C’est là un des meilleurs signes de l'altération 
sénile des artères. 




rig. i2ü. 



§ 154. — 11 est facile de reconnaître les caractères de 
l’ossiflcatiou artérielle dans le tracé fig. 126. Cette figure 
roprésenle le pouls d’un homme qui n’avait cependant 
que cinquante -deux ans. Ce sujet succomba à une 
hémorrhagie cérébrale; à l’autopsie, on trouva l'aorte 
ossifiée à un très haut degré ; les carotides et les artères 
cérébrales étaient incrustées de dépôts calcaires. 



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Ii'20 APPUrATlOSS A l.A PATHOI-OfilE. 

Chez les sujets d’un fige avaiicd, ou rencontre quel- 
quefois des irrégularités dans le rhjihme des battements 
du cœur, et cela sans que l’auscultation puisse faire sup- 
poser l’existence d’une lésion valvulaire. Dans certains 
cas, l’irrégularité n’est pas absolue, car on voit revenir 
de temps en temps des groupes de pulsations inégales 
entre elles, mais qui reproduisent le môme rhythme 
d’une façon périodique. 




Fig. 127. 



La figure 127 est recueillie sur un vieillard chez 
lequel on observait le rhythme suivant. Une suspension 
des battements du cœur était suivie de trois pulsations 
ordinaires, puis d’une petite pulsation après laquelle reve- 
nait un battement normal. Une nouvelle suspension arri- 
vait, et ainsi de suite indéfiniment. Ces irrégularités 
périodiques changent souvent plusieui's fois dans une 
journée; on les voit quelquefois paraître et disparaître 
à des intervalles très couils. 

Un type très fréquent est celui dans lequel on trouve 
deux pulsations consécutives, l’une grande, l’autre petite, 
puis une suspension après laquelle se reproduisent de 
nouveau deux pulsations (fig. 128). La grande pulsation 




Fig. 128. 

précède toujours la petite; on conçoit qu’il doive en être 





ALTh'RATrON SÉNILE DES ARTÉBES. 421 

aiosi, puisque la pulsation qui suit une suspension, se 
faisant pendant la faible tension artérielle, doit avoir 
une force plus grande (voy. ^ 68). — La figure 128 a 
été recueillie sur une femme de la Salpôtriére, âgée 
de soixante-seize ans. L’auscultation faisait croire à 
l’existence d'un dédoublement des deux bruits du cœur. 
— Le tracé du pouls montre qu’il existait bien réellement 
ici deux' contractions du ventricule se suivant de très prés- 
ide doigt éprouvait la sensation que donne le pouls dicrote, 
et faisait croire que le nombre des pulsations n’était que 
de 35 par minute, tandis qu'il était en réalité de 70. 

Comme la perte de l’élasticité des artères arrive, en 
général, d’une manière très-lente, on trouve des vestiges 
de la forme sénile du pouls à une époque encore peu 
avancée de la vie. C’est dans l’existence d’un plateau, ou 
tout au moins dans l’obtusion du sommet de la courbe, 
ainsi que dans la diminution du dicrotisme, que consiste 
le principal caractère du début de l’altération des vais- 
seaux. Il est rare qu’avec un peu d’habitude (1) on no 
reconnaisse pas, à ce signe, le pouls d’un individu qui a 
dépassé* l’i\ge de cinquante ans. 

Certains formes du pouls (|ui existent chez de jeunes 
sujets peuvent imiter, jusqu’à un certain point, le pouls 
s(';nile. Ainsi, le pouls de la forte tension artérielle : celui 
qu’on obtient parfois aprt*s l’administration d’une douche 
froide, ou bien celui qui se produit lorsque l’on com- 
prime les artères fémorales (voy. fig, 42). Il devait en 
être ainsi, puisque la forte tension des artères diminue 
l’élasticité de ces vaisseaux. Cette ressemblance nesau- 

(4) C'est en comparant souvent entre eux les tracés de difléreuts 
sujets qu'on arrive à saisir ces caraclércs que le langage est impuissant 
à décrire. 



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h'i'2 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

rait, du reste, donner lieu à une méprise, car il est facile 
de reconnaître s’il existe chez un sujet les conditions qui 
produisent une forte tension artérielle. 

OBLITÉRATION ARTÉBIEI.LE. 

§ 155. — Lorsqu’une artère est oblitérée par un caillotjqui 
la remplit, par une ligature, ou par une compression qui 
accole ses parois l’une à l’autre, le cours normal du sang 
s’arrête à son intérieur ; la portion du vaisseau située au- 
dessous du point oblitéré revient sur elle-même en vertu 
de son élasticité, et, dans certaines limites, se vide du 
sang qu’elle contenait. Si le doigt explore cette portion 
du vaisseau, il n’y perç4)it plus de battements. 

(^pendant le sang ne sort pas complètement de la par- 
tie du vaisseau située au-dessous du point oblitéré, car si 
l’on ouvre l'artère en ce point, un courant rétrograde 
s’établit et donne lieu à une hémorrhagie. De légères sac- 
cades se manifestent dans le jet du sang qui s'écoule, ce 
qui prouve qu’un vestige de pulsation doit encore exister 
dans ce point de l’artère, quoique le doigt ne puisse pas 
le percevoir. — Tout le monde connaît le mécanisme de 
cette circulation rétrograde : c’est par les anastomoses 
collatérales 'que le sang arrive dans le tronçon inférieur 
de l’artère. Plus ces voies collatérales sont étroites, plus 
la pression est faible dans l’artère au-dessous de l’obstacle, 
et plus aussi les pulsations y sont éteintes. 

Au bout d’un certain temps, ta circulation se rétablit 
dans l’artère, c’est-à-dire que celle-ci reçoit, par ses 
anastomoses avec les vaisseaux voisins, assez de sang pour 
fournir à la circulation des organes auxquels elle se 
disti-ihue. Alors le pouls reparaît dans l’artère, et l’on 



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OBUTÉBATION ABTÉRIELLK. 42S 

voit cesser les troubles fonctionnels qui avaient pu se pro- 
duire immédiatement après l’oblitération du vaisseau, 
troubles qui consistent d’ordinaire en paralysie de diffé- 
rentes natures , en pâleur et en refroidissement des 
organes qui ne recevaient plus de sang. — Comment et 
pourquoi le sang s’est-il frayé une voie nouvelle? C’est ce 
que nous examinerons en premier lieu. 

11 ne faut pas chercher en dehors des causes physiques 
l’influence qui rétablit le cours (hi sang à travers les voies 
collatérales. Ces voies se dilatent graduellement, parce 
que la pression 'du sang à leur intérieur devient plus 
forte, et cette augmentation de la pression sanguine est 
un eflot direct de l’oblitération de l’artère. 

Quant à la direction nouvelle du courant sanguin qui 
semble se frayer la route la plus courte pour arriver au- 
dessous de l’obstacle dans l’artère oblitérée, on verra quelle 
est également la conséquence des changements qui sont 
survenus dans la pression du sang^ 

a. Dilatation des collatérales. 

§ 156. — Toutes les fois qu’un vaisseau donne nais- 
sance à plusieurs branches, lorsriu’on ferme l’une d’elles, 
cet obstacle partiel au cours du sang elève la pression 
dans les autres branches ( 1 ). Celles-ci, soumises à une 
pression intérieure plus forte que de coutume, se dilate- 
ront graduellement. C’est pour cela qu’un certain temps 
après la ligature du tronc principal d’un membre, on 
trouve que des branches de second ou de troisième ordre 
sont devenues des artères volumineuses à travers les- 
quelles la circulation se rétablit. La dilatation des colla- 

(4) Voyez l'expérience décrite § 116. 



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624 APPLICATIONS A I A PATHOLOC.IK . 

téralestcnd immédiatement à se produire dés (|ii’il existe 
un obstacle au cours normal du sang; on ven-aque cette 
dilatation s’effectue en général beaucoup plus rapidement 
qu’on ne pourrait le soupçonner. 

Il est évident que c’est par les anastomoses que se trans- 
mettent les pulsations rudimentaires qu’on rencontre dans 
une artère au-dessous d’une ligature. 11 est également 
évident que ces pulsations deviendront d’autant plus fortes 
que les anastomoses se dilateront davantage (t). Si donc, 
au moyen d’un appareil très-sensible, on peut recueillir 
le tracé de ces pulsations, toute augmentation de l’am- 
plitude de ce tracé indiquera un accroissement du calibre 
des collatérales. 

Expérience. — On adapte un spbygmographe à la caro- 
tide d’un cheval; l’instrument donne le tracé du pouls 
dans les conditions normales, ce qui fournit la figure 129. 



Ki(ç. I2it. 

On lie la carotide en amont de l'instrument; le pouls, 
insensible au toucher, se traduit cependant dans le tracé 
par une ondulation légère {fig. 130). 



Fig. 130. 

(I) L'expéricnco de Cl. Bernard sur la circulation dans les glandes 
donne une preuve de ce fait, en montrant que le sang veineux de ces 
glandes s'écoule avec des saccades d’autant plus fortes, qu’on produit 
une plus grande dilatalinn de« capillaires (voyez § 4 03). 




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OBUTÉRATION ARTÉRIELLE. 



A ‘25 

Cinq minutes après, on prend de nouveau le tracé du 
pouls et on le trouve notablement plus marqué (fig. 131). 




Fig. 131. 

Un autre tracé, pris au bout de cinq minutes, donna 
la figure 132. 




Fig. 132. 



Au bout de ce temps, comme le sang s’était coagulé 
dans l’appareil, on arrêta l'expérience. C’était assez pour 
prouver qu’en dix minutes il s’était produit une dilata- 
tion notable des art»;res collatérales, puisque la force du 
|M>uls récurrent avait plus que doublé dans cet espace 
do temps. 

Nous avons pu constater directement la dilatation des 
collatérales sur un cheval auquel on avait lié les deux 
carotides. Vingt-quatre heures après cette ligature, on 
voulut pratiquer la trachéotomie sur cet animal; une 
hémorrhagie considérable se fit par les artères qui sont 
situées entre les anneaux de la trachée. Ces vaisseaux, qui, 
dans les conditions normales, ne donnent pas de sang, 
s’étaient dilatés à tel point, qu’il fallut appliquer sur 
chacun d’eux une ligature. 

b. InHuencos qui déterminent la direction du nouveau courant sanguin 
après la ligature d'une artère. 

• § 157. — Lorsque le cours du sang se rétablit par les 
collatérales, après la ligature d’une artère, c’est par le 



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/|26 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

plus court chemin possible que se produit ce rétablisse- 
ment. Si c’est à la racine d’un membre qu’une ligature 
a été faite, des artères qui, normalement, ont un très 
petit calibre, se dilatent graduellement ; on sent des pul- 
sations se produire Là où il n’en existe pas à l’état nor- 
mal, et, si l'on a occasion de faire l’autopsie du malade 
au bout d’un certain temps, on trouve des collatérales 
importantes qui ramènent le sang dans l’artère oblitérée, 
à peu de distance au-dessous du point où la ligature a 
été posée. 

1^ nouvelle direction du sang peut s’expliquer d’une 
manière très-simple, par les seules influences physiques 
(|ui font varier la pression à l’intérieur des vaisseaux et 
en amènent la dilatation. 

Soit (fig. t33) un tronc artériel, T, qui se divise en deux 




Fig. 133. 



branches; des communications multiples existent entre 
ces branches : ce sont les collatérales c et c\ et des 
anastomoses terminales plus ou moins nombreuses. 

Lorsque la circulation se fait librement par les deux 
branches, le courant qui va de l’une à l’autre par les col- 
latérales est de direction indifférente : c’est-à-dire qu’il 
obéit aux légères variations de pression qui peuvent 
survenir dans l’une ou l’autre des artères communi- 
cantes; dans tous les cas, le sang se porte de la pression 
la plus forte à la |tlus faible. 



Dkjiîi.j'wi by CïiKi^k 

J 




OBLITÉRATION ARTÉRIELLB. &27 

Si l’on applique une ligature sur l’une des deux bran- 
ches, au point /, par exemple, il va se produire, dans le 
mouvement du sang, un certain nombre de changements 
que nous allons analyser. 

1° La pression intérieure s’élèvera dans la branche 
restée libre, et s’abaissera dans l’autre, au-dessous de la 
ligature. 

2° Les collatérales c et c', ainsi que les anastomoses 
terminales qui réunissent les deux artères, seront traver- 
sées par un courant à direction constante qui ira de la 
branche perméable à la branche oblitérée, c’est-à-dire 
de la tension la plus forte à la tension la plus faible. 

3° Les différentes anastomoses qui réunissent ces deux 
branches seront traversées par des courants d’inégale in- 
tensité, car la pression du sang n’est pas la même aux 
points dont chacune d’elles émerge du vaisseau resté 
libre. — En effet, la pression du .sang dans les artères 
va toujours en décroissant du centre à la périphérie 
(voy. § 43) ; elle sera donc plus grande à l'émei^ence 
de la collatérale c que dans le point d’où se détache la 
collatérale c’. Au niveau des capillaires terminaux, la 
pression sera plus faible encore. 11 suit de là que parmi 
les diverses branches anastomotiques, celle qui, à égal 
calibre, donnera passage au courant le plus rapide, et 
qui présentera la pression intérieure la plus forte, sera 
l’anastomose c, c’est-à-dire la plus rapprochée du point 
où la ligature a été posée. Ce sera donc cette branche 
qui devra se dilater le plus. 

Aussitôt que la collatérale c aura augmenté de calibre, 
une partie du sang de la branche perméable passant par 
cette première collatérale, la pression bai.ssera de plus en 
plus dans les branches ana.stomotiques, dont l’émergence 



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/l*28 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

se fait plus bas. La tendance à la dilatation de ces der- 
nières branches ira donc toujours en diminuatit, tandis 
que pour la collatérale c, elle ira en augmentant avec 
l’augmentation de la surface pariétale do cette artère. 

Enfln, les changements de calibre des vaisseaux ana- 
stomotiques s’arrêteront, lorsque leurs diamètres seront 
devenus suffisants pour laisser passer le courant sanguin 
sans créer au-devant de lui plus d’obstacles qu’il n’en 
existe à l’état normal, et, par conséquent, au moment où 
la pre.ssion du sang en amont de la ligature sera revenue 
à son degré normal. 

Des ouxJifîcalions du pouls, chez l'homme, lorsqu’il existe une oblilé- 
ralion artérielle. 

§ 158. — Nous avons indiqué (§ 69) comment le pouls 
se modifie dans une artère, en amont du point oblitéré, 
et comment la pulsation gagne en amplitude, bien que 
le niveau plus élevé du tracé indique une tension aug- 
mentée dans le vaisseau. Les modifications que présente 
le pouls au-dessous de l’obstacle sont beaucoup plus im- 
portantes à connaître, car elles indiquent si le cours du 
sang se rétablit à travers les anastomoses, et elles per- 
mettent de suivre pas à pas les progrès du rétablissement 
de la circulation. 

On a vu (§156) que ce rétablissement se fait avec une 
grande rapidité dans la carotide du cheval, puisque, au 
liout de dix minutes, le pouls avait repris une force assez 
grande et commençait à présenter, dans sa forme, les 
principaux éléments d’une pulsation normale. Mais il ne 
faudrait pas s’attendre à trouver sur toutes les artères 
liées un retour aussi rapide de la pulsation. Chez le che- 
val, en effet, les doux carotides communiquent , près de 



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OBLITÉRATION ARTÉRIELLE. Û29 

la base du crâne, par un riche plexus anastomotique, à 
traverslequel le sangpasse facilement d’un côté à l’autre; 
mais, lorsque sur riiommo on lie un tronc artériel volu- 
mineux, ou bien lorsque ce tronc est oblitéré par un 
caillot qui le ferme complètement, il arrive souvent que 
les anastomoses sont insuffisantes pour rétablir la circu- 
lation. Le malade est alors exposé à une gangrène des 
organes auxquels le sang n’arrive plus en quantité suf- 
fisante. C’est pour cela qu’en pareille circonstance , 
le médecin explore avec grand soin le vaisseau obli- 
téré , et cherche chaque jour si quelque pulsation 
légère ne lui annoncera pas que le cours du sang se 
rétablit. 

La faiblesse et la forme particulière des pulsations ré- 
currentes qui peuvent exister dans ce cas font, eu géné- 
ral, que le doigt ne peut les sentir qu’assez longtemps 
après l’obstruction du vaisseau, et souvent à une époque 
où le retour de la chaleur, de la coloration et de la sen- 
sibilité dans les tissus annoncent déjà que le danger de 
gangrène est conjuré. 

Il serait important, comme on va le voir, de substituer 
le sphygmograpbe à l’emploi du doigt dans la recherche 
du pouls récurrent, car dans bien des cas où le doigt 
ne perçoit pas la pulsation, rinsirumeut la révèle très 
nettement. Nous allons en donner des e,xemples. 

La figure 134 est recueillie sur la radiale droite d’un 




Fig. 134. 



malade qui , à la suite d’une uilection organique du 
cœur, avait eu une embolie de l’artère humérale. La 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOC.IK. 



430 

figure 135 représente le pouls de la radiale gauche du 
môme malade. 




Kig. 135. 



Le pouls du côté droit ne se sentait pas au toucher ; 
nous avons expliqué (§ 70), à pro[K)s de ce même cas, 
que la forme particulière de la pulsation était la cause de 
cette illusion de la sensibilité tactile. L’embolie datait de 
plus d’un mois avant notre examen ; il y avait eu des 
menaces sérieuses de gangrène. 

Sur un malade auquel on avait pratiqué, pour un ané> 
vrysme, la ligature de l’artère humérale, nous pûmes 
assister aux différentes phases de la dilatation des bran- 
ches anastomotiques. 

Le premier examen ne fut fait que huit jours après la 
ligature ; à ce moment, le doigt ne sentait pas le pouls de 
la radiale droite (côté opéré;. Le sphygmographe donnait 
de ce côté le tracé figure 137. La figure 136 représente 
le pouls du côté sain. 




Kig. 137. 



Onze jours après la ligature, le trace- du pouls avait plus 



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OBLITÉRATION ARTÉRIELLE. Û31 

d’amplitude 138J. Dix-sept jours après la ligature, 




Fig. 138. 



l’amplitude était plus grande encore (fig. 139). A celte 
époque, nous perdîmes ce malade de vue. 




Fig. 139. 



Si les collatérales sont très- volumineuses, le pouls peut 
se sentir môme au doigt, immédiatement après la liga- 
turée. C’est ce qui arrive pour le cas où l’artère radiale a 
été liée : le cours du sang sc rétablit si largement par les 
arcades palmaires, que le pouls reste sensible au tou- 
cher. De môme, eu comprimant l’artère radiale au poi- 
gnet , on continue à sentir le pouls récurrent, quoique le 
vaisseau soit parfaitement imperméable au courant direct 
du sang. 

Dans un cas de ligature de la radiale à l’avant-bras, 
nous avons obtenu les tracés suivants pour le pouls du 
malade pris à droite et à gauche. 

La figure lùO est recueillie du côté de la ligature; la 



;V..A 



Fig. HO. 



figure t/il du côté sain. Il est vrai que nous n’avons pu 






Fig. 141. 



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i32 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

voir ce sujet que trois semaines environ après la ligature, 
mais tout porte à croire que ce rétablissement si parfait 
du pouls s’était fait de bonne heure, à cause delà lai^^eur 
des voies anastomotiques. 

Tout incomplètes que soient ces études sur les carac- 
tères du pouls dans les cas d’oblitération artérielle, nous 
avons cru devoir les exposer, aGn d’attirer l’attention des 
praticiens sur cet important sujet. Le temps nous a man- 
qué pour recueillir d’une manière méthodique les tracés 
du pouls après la ligature des diGérentes artères, de fa- 
1,'on à comparer la forme de ces tracés obtenus à des inter- 
valles successifs. Ce sera le seul moyen d’obtenir d’utiles 
éléments jwur établir le pronostic, après les opérations 
chirurgicales dans lesquelles l’artère principale d’un 
membre aura été liée. 



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CHAPITRE XXIK 



U’ 



DES ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. 

Les anévrysmes modificnl les caractères du pouls de diflérenles maniérés. 

— Nous distinguerons deux cas principaux : 

I “ L'anévrysme siège sur une artère ; 2" il siège sur l'aorte. 

•Anévrysme des artères, — Caractères du pouls au-dessous de la tumeur. 

— Reproduction schématique des effets de l'anévrysme sur le pouls. 

— a. Changement que l'anévrysme produit dans la force du pouls. 
6. Changement dans la forme du pouls. 

Exemples de pulsations modifiées par les anévrysmes. — Du pouls dans 
la phlébartérie et l'anévrysme artério-veineux. 

Caractères du pouls recueilli sur une tumeur anévrysmale. — Influence 
do la compression d'une tumeur anévrysmale sur la forme du pouls 
au-dessous de la tumeur. 

§ 159. — « Un anévrysme est une tumeur circonscrite 
» pleine de sang lit|uide ou concrété , communiquant 
» directement avec le canal d’une artère, et limité par une 
» membrane qui jxtrte le nom de sac, » 

Telle est la définition la plus générale de l'anévrysme, 
d’après Rroca (1 ). Dans les traités de cliirtirgie, on signale 
de nombreuses variétés d’anévrysmes, suivant la position 
de la tumeur, suivant la nature de ses parois et les condi- 
tions dans lestiuelles la maladie s’est développtie. Ces dis- 
tinctions, qui peuvent avoir en pratique une grande im- 
portance, au point de vue du pronostic ou du procédé 
ojxratoire (jue nécessite chaque espèce d'anévrysme, ne 
nous occuperons pas, car il ne s’agit pour nous que d’étu- 

(I) Des anévrysmes cl de leur trailemenl. Paris, 1856. 

28 



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434 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

clier les modifications que l’anévrysme imprime au mou- 
vement du sang dans les vaisseaux qu’il intéresse : or cetlc 
influence est à peu près la même, quelle que soit la nature 
de l’anévrysme. Le siège de la tumeur, son volume par 
rapport à celui du vaisseau avec lequel elle communique, 
la plus ou moins grande élasticité de scs parois, telles sont 
les conditions qui modifient surtout le mouvement du sang, 
et c’est sur elles, par conséquent, que nous insisterons tout 
particulièrement. 

Le diagnostic des anévrysmes s’appuie sur différents 
ordres de signes que nous serons forcé de séparer pour 
leur étude. Les bruits qui se produisent dans l’intérieur 
de ces tumeurs seront indiqués plus loin ; nous les rap- 
procherons des signes que fournit l’anseultation dans les 
maladies du cœur. Il ne .sera question ici que des chan- 
gements qui surviennent dans le mouvement du sang, 
changements qui se traduisent par la nature des batte- 
ments qu’on observe dans l’artère au-dessous de la tumeur, 
ou bien par les alternatives d’expansion et de resserre- 
ment de la tumeur elle-même. L’anévrysme artério-vei- 
neux ne sera pas séparé des autres, car il présente, dans 
la majorité des cas, des signes très analogues à ceux de 
l’anévrysme ordinaire. 

La distinction la plus importante pour nous portera sur 
le siège do l’anévrysme dans tel ou tel point du système 
artériel. Deux cas devront être examinés séparément : 

r Le cas où l’ancvrysme siège sur une ai lère des mem- 
bres, de telle sorte qu’on puisse observer le jiouls au- 
dessous de la tumeur, sur le vaisseau môme qu’elle inté- 
resse. 

2" Le cas où l’anévrysme siège sur l’aorte. 



Oinitbffd C^ oqle 




DES ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. 435 

ANÉVRYSMES DES ARTERES. 

CaraeUres da ponla au'.desaoua de la tumeur. 



§ lüO. — C’est un raitconnu depuis longteiupsque l’exis- 
tenco des inodifîcations du pouls au-dessous des tumeurs 
anévrysmales; toutefois les diflcrents changements que 
présentent les pulsations a’ont pas tous été remarqués dès 
le princijMî. Harvey (1) signala Y affaiblissement du pouls 
au-dessous des anévrysmes; Hodgson (2) fit la même re- 
marque, et tous les chirurgiens admettent aujourd’hui que 
cet affaiblissement du pouls existe dans la plupart des cas. 
Jusqu’aux travaux de Broca, ou n’avait pas reconnu la 
véritable cause de ce phénomène. Suivant cet auteur, la 
diminution de la force du pouls serait un effet de l’expan- 
sibilité de la tumeur. On verra que nos expériences con- 
firment celte opinion. L’anévrysme artério-veineux pos- 
sède également celte pro|)iiété d’affaiblir le pouls au- 
dessous de lui ; William Hunter a signale ce fait dont nous 
aurons à rapporter également plusieurs exemples. 

En même temps qu’elle est plus faible au-dessous de 
l’anévrysme, la pulsalion présente aussi un retard dans 
certains cas. Suivant Valleix (3), ce phénomène serait 
assez inconstant, puistpi’on ne l'aurait observé que trois 
fois sur onze malades; mais l’imperfection des moyens 
employés pour apprécier ce retard ne permet pas d’aflir- 
mer qu’il n’ait pas existé souvent sans qu’on l’ait reconnu. 

(l) Disserl. de circulai, sanguinfi, t. Il, p. 215. 

(î) Maladies dei arliret el des veines, faris, <819; irad. du Bréchet, 
t. r, p. 105. 

(3) Guide da médecin praticien, t. Il, p. 52. 



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430 APPUCATIONS A l,A PATHOLOGIE. 

La cause de ce phénomène serait, pour la plupart des 
auteurs, l’existence, dans la poche anévrysmale, de cail- 
lots qui font obstacle à la transmission du pouls. Telle est 
du moins l’opinion de E. H. Weber (1), ainsi qu’on en 
peut juger par ce passage : 

« Hinc causa repetenda est ob quam pulsus nonnunquam 
» in arterià tumore aneurysmatico intercepté cum pulsii 
» cordis aliarumve arteriarum haud synchronicum depre- 
» henditur.Coagulum nempe in sacco aneurysmatico, aul 
» spatium sacci aneurysmatici non omni eâ parte a san- 
» guinorepletum impedimenta propagationi pulsuumesse 
» possunt. » 

Nous montrerons tout à l’heure que c’est encore à 
l’élasticité de la poche qu’il faut attribuer l’existence de 
ce retard du pouls. 

Enfin, cette môme élasticité de l’anévrysme produit 
encore un changement remarquable dans la forme du 
pouls : ce caractère ne pouvait guère être reconnu qu’au 
moyen do l'appareil enregistreur. 

Le meilleur moyen de faire bien comprendre la nature 
de ces effets de l’anévrysme, est de montrer d’abord com- 
ment ils peuvent être reproduits au moyen de l’appareil 
schématique qui a déjà servi à la démonstration des prin- 
cipaux phénomènes physiologiques du mouvement du 
sang. 

Reproduclion schématique des eflets de l'anévrysme sur le pouls. 

§ 16t . — Nous avons déjà décrit (§ à8) l'appareil qui 
nous a servi à reproduire les principaux phénomènes de 
la circulation cardiaque et artérielle; nous le reprodui- 

(I) i)e pultu, resorptione et laclu. 



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DES ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. /|37 

sons tie nouveau (fig. ili'2). Une disposition particulière 
du tube S qui représente l’artère principale du membre 
supérieur droit , 
permet d’étudier 
les effets mécani- 
(|ues de l'anévrys- 
me. — .\près s’étre 
détaché du tronc 
bracbio - céj)b«li - 
que, ce tube se re- 
courbe, puis se di- 
vise en deux bran- 
ches : l’une, cc , 
conserve partout le 
diamètre primitit ; 
l’autre, dd, porte 
sur .son trajet une 
ampoule élastique 
volumineuse qui 
représente l’ané- 
vrysme. Les deux 
branches se réunis- 
sent ensuite en un 
tronc commun qui 
s(! continue jus- 
qu’en S. 11 existe , . , ■ . 

Ai ‘■'K- 

donc deux voies 

pour le passage du sang : l'une à travers le vaisseau cc, 
dans les conditions de la circulation normale ; l’autre, par 
le vaisseau dt/,qui porte un anévrysme. En appliquant deux 
pinces aux deux extrémités de l'un de ces tubes de déri- 
vation, on force le courant à passer par l’autre. On peut 




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\PPI.1CATI0XS A I.A PATHOl.OGIR. 



/|38 

donc à volonté obtenir sur le tube S le pouls normal, ou 
bien le pouls modifié par l’anévrysme. — Voici les tracés 
qu’on recueille dans ces conditions : 

1" expérience. — On ferme le tube dd et l’on obtient, 
en appliquant un sphygmographe (1) au point S, le pouls 
qui corresjKmd h l’état sain (fig. iftS). 




Fig. a a. 



f 

2' expérience. — On transporte au point cc les pinces 
qui fermaient la branche anévrysmatiqne, et l’on obtient 
la figure 144, qui représente le pouls au-dessous de 
l’anévrysme. 




Fig. 1AA. 



Avant d’analyser ces deux tracés et de signaler la cause 
des différences qu’ils présentent, nous voulons montrer 
la parfaite ressemblance de ce pouls anévrysmal artificiel 
avec celui que l’on observe dans le cas de véritable ané- 
vrysme. 

Ia‘s deux trac<!s qui précèdent sont recueillis sur un 

Fig. 145. — C4lé sain. 

homme qui portait au pli du coude un anévrysme volu- 
mineux de l’artère humérale. La figure 145 est prise du 

(I) Pour appliquer le spbygmograplie sur une arlére du schéma, nous 



{U 



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DES ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. Ü39 

cùlé sain, la figure 1Û6 du côté de l’anévrj’sme. — Le 
doigt ne sentait aucun battement à la radiale du côté 




Fig. 146. — Côté de l’anévrysme. 



malade. — I.Æ pouls, du côté sain, présente les caractères 
normaux ; il indique une tension artérielle assez forte. 

Nous allons examiner successivement les deux modifi- 
cations principales que le pouls subit lorsipi’il existe un 
anévrysme ; n, changements dans la force; 6, change- 
ments dans la forme de la pulsation. 

(I. Des changemonls produits dans la force du pouls par les anévrysmes, 

§ 162. — Il est bien évident que les anévrysmes mo- 
difient les caractères dn pouls par une influence toute 
mécanique, puisque l’appareil schématique peut repro- 
duire ces mêmes modifications. 

D’autre part, la théorie qui supposait que l’anévrysme 
modifie la force du pouls par les caillots qu’il renferme 
est renversée par l’expérience ci-dessus, puisque l’am- 
poule élastique qui, dans le schéma, représente l’ané- 
vrysme, ne renferme que du liquide. Reste donc l’élasti- 
cité de l’ampoule pour expliquer la modification du 
pouls, à moins que la seule existence d’une dilatation du 
vaisseau ne puisse donner lieu à cet affaiblissement de la 
pulsation. Celte dernière influence peut être éliminée, car 



nous servons d'une pièce do bois cylindritiue du volume de l'avanl-bras 
«l creusée d'une gnultière peu profonde dans laquelle on loge le vaisseau. 
On applique le sphygmographe comme au puignel d'un malade, en ayant 
soin que la plaque du ressort repose exactement sur le tube. 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



liflO 

l’expérience suivante montre bien qu’une ampoule non 
élastique ne saurait donner lieu à aucune modification du 
pouls. 

Expérience. — Si , à la place de l’ampoule élastique 
qui, dans le schéma (fig. I^i2), c.st située sur le trajet du 
tube ild, nous substituons une ampoule de verre d’un 
volume égal, le pouls n’est aucunement modifié. — Mais 
si , dans l’ampoule de verre , nous introduisons une 
certaine quantité d’air, aussitôt se produit dans la forme 
du pouls un changement semblalde à celui que nous 
avons obtenu au moyen d’une poche élastique, et qui est 
représenté figure Ifiù. 

(>ela prouve bien que la pré.sence d’une ampoule ne 
peut, à elle seule, exercer aucune influence sur le pouls, 
mais que l’élasticité de cette ampoule est la cause néces- 
saire des changements qui sont produits par l’anévrysme. 
En effet, l’ampoule de verre est inextensible, et tant 
qu’elle est remplie par un liquide incompressible, elle 
ne laisse échapper de ce liipiide qu’à la condition d’en 
recevoir une quantité égale; mais aussitôt que cette am- 
poule contient nue certaine quantité d’air, cet air, étant 
compressible, pennet à rainpoule de loger une certaine 
quantité de liquide pendant les maxiina de la pression 
artérielle, liquide qu’elle laissera échapper ensuite pen- 
dant que le cœur sera en repos. 

En définitive, l’élasticité d’une poche antnTysmale agit 
sur le mouvement du sang qui traverse le vaisseau avec le- 
quel elle communique, comme l’élasticité de l’arbre arté- 
riel tout entier agit elle-même pour transformer l’impul- 
sion saccadée du cœur en un mouvement plus uniforme. 
La poche anévrysmale produit sur une artère une trans- 
formation du mouvement du sang identique aveccellequi 



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DBS ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. Ùü 

se produit à l’état iiornial aux dernières limites de l'arbre 
artériel, dans ces points où les pulsations sont supprimées 
et remplacées par une pression uniforme et un courant 
continu. , 

La pression du sang dans un anévrysme doit donc être 
une moyenne exacte entre les maxima et les minima do la 
pression qu’on observe dans une artère saine. — Pour 
en acquérir la preuve, il sulfit de mettre en communica- 
tion avec l’anévrysme un manomètre compensateur sem- 
blable à celui que nous avons décrit § i3, (d représenté 
figure lü. On voit alors que les deux colonnes de l’in- 
strument se tiennent toutes deux immobiles au même 
niveau ; tonies deux , en effet, indiquent la pression 
moyenne du liquide dans la poche où les variations rhyth- 
miques qui constituent le pouls n’existent plus. — Cela 
n’est vrai que pour les cas où l’anévrysme est assez élas- 
tique pour transformer totalement les maxima et les mi- 
nima de pression en leur moyenne exacte. Dans les cas 
où la poche anévi-ysmale n’est pas assez élastique, celte 
transformation n’est pas complète, de sorte que la colonne 
oscillante exécute encore quelques mouvements. On peut 
se rendre compte de ce phénomène en employant succes- 
sivement, dans les expériences faites sur le schéma, des 
poches de caoutchouc d’épaisseurs différentes; ou bien, 
en se servant de l'ampoule de verre, on obtient des trans- 
formations du pouls plus ou moins parfaites, suivant qu’on 
introduit dans celle ampoule des quantités d’air plus ou 
moins grandes. 

Il est donc bien prouvé que ces changements d’inten- 
sité du pouls sont dus tout entiers à l’élasticité de la poche 
anévrysmale qui ramène plus ou moins la pression du 
sang à un degré moyen et uniforme, comme cela arrive 



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642 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

au niveau des vaisseaux capillaires dans les conditions 
normales. 

b. Des diangements que l'anévrysme produit dans la forme du pouls 
pris au-dessous de la tumeur. 

§ 1C3. — Iæs figures obtenues à l’aide du schéma, de 
même tpie cellesquc nousavons recueilliessurdes malades 
atteints d’anévrysme, .s'accordent pour prouver (pie la 
forme du pouls est profondément modifiée lorsque l’ané- 
vn’sme présenle une grande élasticité. La transformation 
que subit alors le mouvement du sang, éteignant la saccade 
(jui existe normalement dans le cours de ce liquide, trans- 
forme l’expansion brusque du vaisseau eu une expansion 
plus lento en même temps qu’elle est plus faible. On voit 
quelquefois cette transformation si complète , que la 
période d’ascension du tracé devient aussi longue que la 
période de descente : les figures 144 et 146 présentent 
des exemples de ce phtmomène. Cette forme que prend la 
pulsation est une des causes qui rendent plus faible la sen- 
sation que le doigt éprouve en explorant l'artère (voyez 
^ 57); elle explique aussi en partie le retard que nous 
avons signalé précédemment. Ln effet, le moment où une 
pulsation quelconque est le plus sensible au doigt est celui 
où la pression arrive à son maximum pour diminuer en- 
suite. 11 y a là un cbangenient d’état <pie le toucher per- 
çoit plus nettement que tous les autres éléments de la 
pulsation. Si donc le maximum d’intensité de la pression, 
autrement dit le sommet de la pulsation, est retardé par 
le changement survenu dans la forme du pouls, il s’en- 
■suit, pour le toucher, un retard apparent qui s’ajoute au 
retard réel qui peut exister. 

Le degré de dilatabilité de la poche anévrysmale règle. 



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DKS ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. 443 

avons-nous dit, l’intensité des changements qui survien- 
nent dans la forme du pouls. Or, une tumeur quelconque 
est, à égale élasticité de, ses parois, d'autant pins dilatable 
qu’elle offre une plus grande capacité ; par conséquent, 
toutes choses égales, plus un anévrysme est volumineux, 
plus il transforme la pulsation. — Mais, dans certains cas, 
les anévrysmes sont remplis à leur intérieur de couches 
fibrineuses qui diminuent leur élasticité; il s’ensuit que 
le volume extérieur de la tumeur ne saurait eu rien faire 
préjuger du degré de transformation que le pouls devra 
subir. Au contraire, étant donnée la forme du pouls, on 
peut voir si la transformation (pii a été produite pai' 
ranévrysme est en rapport avec le volume delà tumeur; 
dans le cas contraire, on doit croire que le sac de l’ané- 
vrysme est formé de tissus rigides, ou ipi’il est doublé d'nn 
revêtement fibrineux qui diminue .son élasticité. 

Exemples de pulsations modifiées par les anévrysmes. 

§ 164. — Nous allons ju.stifier ce qui vient d'être dit 
précédemment, en montrant quelques types de pouls 
recueillis sur des artères anévrysmatiques. On y verra 
nettement l’action transformatrice produite par ces 
tumeurs. 

1" caf. — Anévrysme du tronc brachio-céphalique. 




Fig. tl7. — Railiale gauche. 




Fig. 148. — Radiale droite. 



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APPUCATIONS A I.A PATHOLOGIE. 



htih • 

Iæ pouls est fortement modifié du côté droit, c’est-à- 
dire au-dessous de la tumeur. L’amplitude de la pulsa- 
tion est sensihlemeut dimiuuét.*, sa forme a subi la modi- 
fication ordinaire, c’est-à-dire l’augmentation de durée 
de la période d’expansion du vaisseau et la suppression 
des dilférentes saccades de la pulsation (1 ) . 

5' eus. — Anévrysme lie l'arléro poplitée du côté droit. 




l'ig. 119. — ^Tiliiale |iustcricure gauche. 




Fig. 1.'>U. — Tibiale postérieure droite. 



§1G5. — Ici encore, la transformation du pouls existait 

(I) Ce malade était à Bicêlre, dans le service de M. Broca, qui nous 
pria de l'examiner. Ce savant chirurgien penchait à admettre l'existence 
d'un an6vry.smo du tronc brachio-céphalique et à pratiquer la ligature 
par la méthode de Brnsdor. Toutefois comme il existait une luxation de 
la clavicule et une perforation du sternum, et comme, d'autre part, le 
malade avait été considéré par les médecins qui l'avaient envoyé à Bicétre 
comme atteint d'anévrysme de l'aorte, il était permis do concevoir des 
doutes sur le véritable siège de la tumeur. — Le iracé du pouls nous 
fit porter le môme diagnostic que M. Broca ; nous nous basions sur co 
fait, que dans les anévrysmes de l'aorte, le pouls n'est pas, en général, 
aussi complètement ramené à une courbe simple (on verra plus loin 
cbmbien les tracés d'anévrysme de l'aorte que nous avons eu l'occasion 
de recueillir dilTéront de celui que représente la figure 1 50). — L'opé- 
ration fut pratiquée avec succès, et comme le malade est mort depuis 
cette époque à la suite d'une gangrène du poumon, on put s'assurer à 
l'autopsie que l'anévrysme était bien réellometit situé sur le tronc 
brachio-céphalique. — L'observation a été relatée dans la Oasetle des 
liOi>Uaux, 1802. 



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DES ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. Ù45 

à un haut degré avec ses caractères ordinaires. — Ce 
malade offrait une particularité : c’est l’intensité des pul- 
sations à la tibiale postérieure du côté sain (fig. 149). 
Cela s’expliquait par l’existence d’une insuffisance aor- 
tique concomitante, que la forme du pouls radial (fig.151) 
nous fit soupçonner au premier abord et que l’au.sculta- 
lion confirma. 




Fig. lül. — Pouls radial. 



L’autopsie démontra plus tard l’existence de cette 
insuffisance aortique. — On verra plus loin quels sont 
les caractères du pouls dans cette affection. 

3' MS. — Anévrysme poplité volumineux, 

§ 166. — Le pouls était insensible au toucher; l’instru- 
ment accuse à un très haut degré la modification de 




Fig. t5‘2. — Tibiale postcrieuret cOlé sain. 




Fig. l.*>3. — Côté de l’anévrysme. 



sa forme (lig. 153). Un fait curieux à signaler ici, c’est 
que rinffuence de la respiration, très considérable du 
côté sain, où elle se traduit par une ondulation de la 
ligne d’ensemble du tracé (fig. 152), est nulle du coté de 
l’anévrysme. Dans plusieurs cas d’anévrysme poplité, nous 
avons trouvé du côté sain de pareilles ondulations. Cela 



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4/l6 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

s’expliiiue par la dyspnée (jui se produit lorsiiu'on fait 
coucher le malade à plat ventre, afln de prendre le tracé 
du pouls de la tibiale postérieure. — Dans des cas douteux, 
lorsipie le pouls du côté sain est faible et que l’effet de 
l’anévrysme ne produit pas une différence bien tranchée 
entre les deux tracés, on pourrait, on faisant tousser 1e 
malade, obtenir dans le tracé des secousses (voy. § 92) 
(jui, très prononcées du côté sain, le seraient moins du 
côté de l’anévrysme. 



Dii pouls clans la |>lilcl)arlérie el l'anévrysme arlério- veineux. 



§ 167. — Ce qu’on a vu de l’influence d’une tumeur 
anévrysmale sur les caractères du pouls devait faire pré- 
voir qu’une simple communication artério-veineuse 
(phlébarlérie) doit modifier d’une manière analogue la 
pulsation prise au-dessous d’elle. En effet, une partie du 
sang qui est poussé dans l’artère, à chaque systole du 
ventricule, se trouve dérivée dans la veine communi-^ 
cante. C’est donc une cause de diminution de la force 
du pouls; on peut s’en convaincre pur l’exemple suivant : 
Ces figures sont recueillies sur un malade atteint de 
pblébartérie de la sous-clavière. — Iæ pouls du côté sain 
(tig. 15Û) est assez insolite dans la forme; il ressemble à 




celui que nous décrirons plus tard comme appartenant 
d’ordinaire à la colique de plomb. Rien cependant, chez 
ce malade, n’indiquait une pareille affection. — Le 
pouls, du côté malade (fifi. 155), est assurément beau- 



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DES ANÉVRYSMES DES ARTÈRES. 447 

coup moins luoililié (jue ceux dont nous avons donné 
précédemment des exemples. Cela s’explique naturelle- 




Fig. 155, — Cùlü (le la piic’barlehe. 



ment par une moindre dérivation du sang que dans 
les cas d’anévrysme. L’ouverture latérale qui fuit com- 
muniquer l’artère avec la veine ne saurait donner passage 
il une grande (luantité de liquide. Dans les cas précédem- 
ment cités, au contraire, le sang trouve, dans une poche 
volumineuse, assez d’espace pour se loger en grande 
quantité pendant la systole ventriculaire, ce qui doit 
produire une grande diminution dans la pression latérale 
au-dessous de la tumeur. 

Lors, au contraire, que la communication artério- 
veineuse se fait par rintermédiaire d’une vaste poche 
{anévrysme arlério-veineu.r propicment dit;, le pouls est 
transformé do la môme manière que par un anévrysme 
ordinaire, ainsi qu’on peut le voir par les ligures 156 
et 157. 




Fig. 157. — Côté do rn''i*vryfme. 



Ces figures ont été recueillies sur les artères tibiales 
jKislérieures, dans un cas d’anévrysme poplité artério- 
veineux présentant une tumeur très volumineuse. 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



hhS 



Oea cAractèrca du poiiln recoellli siir nne tani€Br 
anévrjantalc. 

§ 168. — Lorsqu’on presse sur une tumeur anévrys- 
male qui présente une large surface, on sent que l’ex- 
pansion (le la tumeur produit un soulèvement énergique 
de la main qui la comprime. On sait déjà quelle est la 
cause de ce phénomène qui contraste d’une manière 
étrange avec la faiblesse des battements artériels. On a 
vu, eu effet {§ 66), que la force d’expansion d’un vais- 
seau croît avec la surface de ses parois. Or, dans un 
anévrysme ijui présente une surface pariétale énorme par 
rapport à celle du vaisseau sur lequel il est implanté, il 
est naturel que la force expansive soit énormément aug- 
mentée. Ici se produit le môme phénomène que dans la 
presse hydraulique de Pascal, qui multiplie la pression 
du liquide par la surface sur laquelle elle agit. 11 ne faut 
donc pas s’étonner des effets mécaniques puissants que 
produisent les anévrysmes : ceux-ci peuvent courber les 
os, briser les articulations, perforer les surfaces osseuses 
par la pression énergique et constante (pi’ils exercent 
contre elles. 

Un excellent moyen de se rendre compte de cette force 
expansive des anévrysmes consiste à saisir à pleine main 
l’ampoule qui, dans le schéma, est située sur le trajet du 
tube ild'i ou sent aloi's (pie les doigts soûl écartt-s avec 
une puissance d’autant plus grande (iiie rampoule élas- 
tique est plus volumineuse. 

§ 169. — Lorsqu’on applique le spbygmograpbe sur 
uu anévrysme, on obtient un tracé d'une amplitude 
énorme. Eu général, ce tracé ne saurait être contenu 



Digilt 



DES ANÉVRYSMES DES ARTERES. /|ft9 

dans la largeur du papier employé dans les expériences 
ordinaires. Il faut alors, pour diminuer son amplitude, 
appliquer l'instruinent sur les bords de la tumeur, dans 
les points où l’intensité des battements est beaucoup plus 
faible. 

Nous représentons ici trois tracés obtenus dans ces 
conditions. 




La Ggurc 1^8 est recueillie sur un anévrysme de l’ar- 
tère poplitée dont il a été «piestion § 1()4. 




Eig. IJ'J. 



La Ggure 159 est obtenue sur l’anévrysme du tronc 
bracbio-céphaliqiie (§ 1 54). On voit que la forme du tracé 
rappelle celle du pouls de l’aorte tel qu’il est représenté 
§ 53 et § 58, il propos des expériences faites sur le 
cheval (i). 







(t) Il ne faudrait pas, en pareille circonstance, que l'analogie du 
tracé recueilli sur l'anévrysme avec le(pou1s de l'aorte fit croire i 

29 



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450 APPMC\TIOMS A I.A PATHOLOGIE. 

Enfin la Tigure 160 est prise sur l’anévrysme poplité 
artério-veineux (§ 167). Un bandage do caoutchouc 
appliqué sur la tumeur avait be.aucoup diminué son 
élasticité. 

On s’étonne, au premier abord, de voir l’amplitude du 
tracé graphique si grande, lorsciu’on sait qu’un manomètre 
mis en rapport avec la cavité de l’anévrysme donne des 
pulsations plus petites que de coutume. Il est Facile cepen- 
dant de comprendre la cause de cette contradiction appa- 
rente entre les indications de ces deux instruments. 

Le manomètre, on le sait, donne, l’expression absolue 
des variations qui surviennent dans la pression du liquide 
aveclequel il communique. Quelleque soit la capacité d’un 
réservoir avec lequel on le mot en rapport, la hauteur de 
la colonne de mercure sera la même, si la char^ qui 
presse sur le liquide est la même. — Le sphyginographc, 
au contraire, exprimant par l’amplitude de son tracé l’in- 
tensité du travail mécanique produit par la pression du 
sang, donnera une amplitude proportionnelle à la surface 
soulevée sur laquelle il repose. On a déjà vu, §66, que 
le volume de l’artère qu’on explore influe sur l’amplitude 
du tracé du pouls, et qu’une artère volumineuse, agissant 
sur le ressort de l’appareil par une large surface, produit 
un soulèvement considérable, tandis qu’un petit vaisseau 
exploré chez le mémo sujet donnera des pulsations d’une 
faible amplitude. Il est donc naturel de conclure que si 
l’instrument est appliqué sur un anévrysme, toute la sur- 
face du ressort se trouvera soumise à la force expansive 

l'existence d'un anévrysme de l'aorte clle-mémo. Les expériences faites 
sur le schéma nous ont montré que toute ampoule élastique, lorsqu'elle 
n'est séparée do l'aorte que par un tronc de peu do longueur, conserve 
les caractères du pouls aortique. 



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DGS ANGVBYSHBS DES ARTERES. llôl 

d6 ia tumeur, et que le soulèvement de ce ressort sera très 
énergique, lors même que les changements de pression 
qui surviennent dans la tumeur seront peu considé- 
rables. 

Ce caractère du pouls recueilli sur une tumeur ané- 
vrysmale est un excellent moyen de diagnostic, toutes les 
fois qu’on hésite à décider si une tumeur qui présente des 
battements est un anévrysme, ou si c’est une tumeur so- 
lide reposant sur une artère et animée d’un simple soulè- 
vement. Dans le premier cas, le sphygmographe donne un 
tracé d'une grande amplitude ; dans le second, il ne donne 
pas de pulsation , ou tout au moins des pulsations plus 
faibles que sur une artère ordinaire. Une tumeur solide, 
eu effet, n’est qu’un obstacte interposé entre l’artère et 
l’instrument; elle ne fait que diminuer l’intensité de la 
pulsation de cette artère. 

§ 170. — Enfin, il est un autre caractère important 
des anévrysmes, c'est que, si l’on comprime une tumeur 
anévrysmale, on produit dans la pression artérielle une 
élévation brusque, et, par suite, une élévation daus le tracé 
du pouls. Lorsqu’on relâche cette tumeur, on produit un 
reflux du sang de l’artère dans la poche, et un abaissement 
de la tension artérielle, ce qui se traduit par une chute 
dans le tracé. Ces phénomènes sont importants pour le 
diagnostic d’un anévrysme dans le cas où règne l’incerti- 
tude dont nous avons parlé. Une tumeur solide qui repose 
sur une artère ne peut produire, lorsqu’on la comprime, 
qu’une oblitération de cette artère et un arrêt du pouls 
avec abaissement de la ligne d’ensemble du tracé ; lors- 
qu’on cesse la compression de cette tumeur, le pouls repa- 
raît et la ligne d’ensemble se relève. On voit que les effets 
produits sont tout à fait différents dans l’un et dans l’autre 



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/lô2 ArPUCilTiONS A LA PATHOLOGIE. 

pas. Nous ne pouvons fournir ici de tracés recueillis dans ces 
conditions sur les anévrysmes des artères, car l'idée d’agir 
sur la tension artérielle en comprimant une tumeur ané- 
vrysmale ne nous est venue que tout récemment, à pro- 
pos d’un anévrysme de l’aorte. Nous aurons à en parler 
plus loin. 



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CHAPITRE XXin. 



ANÉVBYSMES DE l’ AORTE. — TUMEURS VASCULAIRES 
PDLSATIVES. 



Anévrysmes de Taorte. Lear action sur le pools diflére de celle des 
anévrysmes artériels. — Modi&cation de la force du pools. — Cbao- 
gemeot d'intensité do dicrotisme; cause de ce phénomène; expérienoe 
schématique. — Effets que produisent sur le pools la compression 
et le relâchement de la tumeur anévrysmale. 

De l'existence du pouls différent aux deux radiales, dans le cas d'ané* 
vrysme de l'aorte. — Importance de ce signe. 

Des tumeurs vasculaires pulsaiives. Caractères graphiques de leurs 
battements. — Battements recueillis sur les fontanelles. 



Des asé Triâmes de Taorle. 

§ 171. — Les anévrysmes de l’aorte agissent sur le 
pouls d’une manière toute différente de celle que l’on 
connaît déjà. Ici la tumeur n’est plus située directement 
sur te trajet du vaisseau qu’on explore; l’action de l’ané- 
vrysme ne se fera donc pas sentir d'une manière exclu- 
sive sur un vaisseau , mais elle influencera plus ou moins 
le pouls de toutes les artères du corps. On a cité des cas 
d’anévrysmes de l’origine de l’aorte à la suite desquels le 
pouls avait disparu dans toutes les artères à la fois(l); 
nous n’avons jamais rencontré de cas de ce genre. Chez 
tous les malades atteints d’anévrysme de l’aorte que nous 
avons eu l’occasiun d’examiner, le pouls n’était que mo- 
difié dans sa forme ; encore cette modification portait-elle 



(I) Moniteur det Sôpitaus, <867, n° 74, p, 3S8, 



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k^tx APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

principalement sur certaines artères, ce qui donnait un 
pouls différent aux deux radiale. 

La raison qui fait qu’un anévrysme de l’aorte produit 
presque toujours peu de diminution dans la force du 
pouls nous semble être la suivante : presque toujours le 
volume de la tumeur anévrysmale est faible, relativement 
au volume de l’aorte. C’est-à-dire que si l’on observe sur 
l’artère fémorale une tumeur du volume du poing, ce 
qui n’est pas rare, il faudrait , pour que le rapport fût 
conservé, que les anévrysmes de l’aorte remplissent toute 
la cavité thoracique. Lors donc qu’une tumeur anévrys- 
male est développée sur le trajet de l’aorte, elle ne 
détourne, en général, qu’une quantité de sang peu consi- 
dérable relativement à celle qui suit son cours dans la 
direction ordinaire ; la transformation du pouls devra donc 
en être d’autant moindre. ,, 

Quelquefois les anévrysmes de l’aorte ont des parois très 
épaisses et peu élastiques; c’est une nouvelle raison pour 
que l’action traifôfonaatrice qu’ils exercent sur le pouls 
soit peu prononcée.— En outre, les anévrysmes aortiques 
sont presque toujours des tumeurs développées en de^rs 
du vaisseau et communiquant plus ou moins laigement 
avec lui; cette situation de la poche anévrysmale eu de- 
hors du courant sanguin est bien moins favorable à la 
transformation du pouls que la dispoation dans laquelle 
l’anévrysme forme, sur le trajet du vaisseau, une ampoule 
que le sang est forcé de traverser tout entière. 

Souvent il arrive qu’une tumeur anévrysmale de 
l’aorte comprime un des troncs artériels qui émanent de 
ce vaisseau; il survient alors, au-dessous du point com- 
primé, une modification du pouls qui ne dépend plus du 
volume ni de l'élasticité dé la tumeur, mais qui tient 



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DES ANÉVRYSMES DE 1,’aORTE. A55 

à l'obstacle mécanique apporté au cours du sang. 

Si les anévrysmes de l’aorte ne produisent pas, eu 
général, l’extinction du pouls que l’on observe au*dessous 
des anévrysmes des artères, ils n’en ont pas moins une 
influence considérable sur les caractères du tracé. Tantôt 
c’est à l’une des radiales que les pulsations sont le plus 
influencées, tantôt c’est à l’autre. Quelquefois les tracés 
graphiques recueillis sur les deux radiales présentent une 
similitude presque parfaite, d’autres fois les différences 
les plus bizarres se produisent. Que l’on jette un coup 
d’œil sur les différents types qui sont représentés (p. Û61), 
et l’on n’aura encore qu’une faible idée des variations 
nombreuse.s qui se rencontrent au lit du malade. 

§ 17‘2. — Une telle complication effraye au premier 
abord;, mais si l’on est bien convaincu de ce fait, (jue des 
causes physiques peuvent seules intervenir dans ces cir- 
constances pour changer les caractères du pouls, on se l'as- 
sure, etl’on prévoitque ce qui fait aujourd’hui laconfusion 
fera un jour la précision du diagnostic. Toutes les varia- 
tions que subit le pouls devront s’expliquer par les con- 
ditions anatomiques dans lesquelles se trouve la tumeur : 
son volume , son élasticité, sa position par rapport aux 
troncs artériels qui émanent de l’aorte, le diamètre de 
son orifice de communication, la direction de cet orifice 
par rapport au courant sanguin qui s’échappe du cœur; 
toutes ces influences s’ajoutent, se combinent de mille 
manières. L’action de chacune de ces variétés anatomi- 
ques devra être étudiée d’une manière expérimentale. Ce 
sera assurément une étude longue et difficile; mais nous 
espérons montrer qu’elle est réalisable au moyen de l’ap- 
pareil schématique dont nous nous sommes servi tant de 
fois déjà avec succès. 



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456 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIK. 

Pour tenler cette reproduction synthétique des formes 
du pouls observées sur les malades, il faut d’abord con- 
naître exactement quelles sont les conditions anatomiques 
de la tumeur anévrysmale qui a produit telle variété dé- 
terminée du pouls. Il faut donc se borner aux cas dans 
lesquels l’autopsie du malade a été faite à une époque 
assez rapprochée de l’examen du pouls pour qu’on ne 
puisse pas admettre que des modifications très grandes se 
soient produites dans l'état anatomique de l’anévrysme. 
A ces premières difficultés il s’en ajoute encore d’autres : 
presque toujours, après l’autopsie, les coupes nombreuses 
qui ont été faites à la tumeur, afin d’en étudier le con- 
tenu et d’examiner la nature des parois, ne permettent 
plus de mesurer exactement le degré d’élasticité et la 
capacité réelle de la poche anévrysmale. Dès lors une no- 
tion incomplète des conditions anatomiques qui existaient 
dans le cas observé entraînera nécessairement une repro- 
duction imparfaite des phénomènes qui s’y rattachaient. 

Entravé par toutes les difficultés que nous venons de 
signaler, nous n’avons pu qu’ébaucher cette étude ; nous 
indiquerons toutefois le résultat de nos expériences syn- 
thétiques, à propos de quelques-unes des formes qui vont 
être représentées. 

Pour classer autant que possible d'une manière métho- 
dique les différentes modifications du pouls qui peuvent 
se présenter, voici dans quel ordre nous les décrirons : 
a. Modifications que le pouls éprouve dans sa force. 
— b. ModiGcations dans l’intensité du rebondissement 
{dicrotisme). — c. Effets que produisent sur le pouls la 
compression et le relâchement de la tumeur. — d. De 
la production du pouls différent aux deux radiales. - v 



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DES ANÉVRYSMES DK l/ AORTE. 



457 



a. ModiRcalions que le pouls éprouve dans sa force. 

§ 173. — Il faut bien admettre qu’une tumeur ané- 
vrysmale de l’aorte, si elle est volumineuse et très élas- 
tique, peut produire une diminution de la force du pouls, 
quoique nous n’en ayons pas encore rencontré d’exemple 
sur les malades. Le cas que nous avons cité et dans lequel 
une tumeur anévrysmale avait supprimé le pouls dans 
toutes les artères, ne saurait être expliqué autrement que 
par une transformation de la pression variable du sang 
dans les artères en une pression constante ou à peu près 
(voy. § 162). Il est évident, en effet, que, dans ce cas, 
la circulation continuait à se produire, puisque la vie 
persista plusieurs j airs après cette suppression du pouls. 

Un cas de suppression presque complète du pouls à 
l’une des radiales par un anévrysme de l’aorte a été pu- 
blié en Hollande. Le docteur Brondgeest nous a fait l’hon- 
neur de contrôler les recherches que nous avions faites au 
moyen du sphygmographe; on trouve dans son travail (1) 
les flgures suivantes. 




Fig. 162. 



L’auteur les attribue à un anévrysme de l’aorte ou 
d’une des grosses artères de la poitrine. Il nous semble que 
celte dernière hypothèse est seule admissible, et comme 

(4) Btilràge sur Kenninin der ArUrienpuUet. 



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458 ArPUCATlONS A LA PATIlOLÜtiiB. 

la transformation du pouls porte exclusivement sur les 
artères du bras gauche, c’est donc la sous-clavière gauche 
qui devait être le siège de l’anévrysme. 

Ce cas est à rapprocher de celui que nous avons repré- 
senté figures 147 et 148, et dans lequel il existait un ané- 
vrysme du tronc brachio-céphalique gvec modification du 
pouls à la radiale droite. 

b. Modifications de l'intensité du rebondissement (dicrotisme).. 

§ 174. — lia figure 1(33 est recueillie sur un malade 




Fig. 1C3. 



qui présentait les signes stéthoscopiques de l’insuffisance 
aortique. On verra plus loin que la forme du pouls dans 
cette dernière maladie est tellement différente de celle qui 
est représentée ici, que nous ne pûmes hésiter un instantà 
rejeter l’existence d’une lésion des valvules de l’aorte. — 
L autopsie montra qu’il y avait un de ces anévrysmes que 
Laennec a décrits sous le nom de düséqmrUs. L’ouverture 
de l’anévrysme était dans le cul-de-sac d’une des valvules 
sigmoïdes. 

Nous dirons plus tard à quoi tient cette similitude des 
signes fournis par l'auscultation dans des maladies si dif- 
férentes. Nous chercherons seulement ici la cause du sin- 
gulier rebondissement qui occupe la deuxième partie de 
chaque pulsation. 

La première explication qui nous vint à l’esprit fut la 
suivante. — Lorsque l’ondée lancée par le cœur a produit 
l’élévation de la pression dans toutes les artères, il se fait 



Digi' 




DES ANÉVHVSMES DE l’aORTE. 459 

un reflux du sang vers le cœur, ce qui produit la clôture 
des valvules sigmoïdes. Ce reflux, borné à l’état normal 
par la clôture valvulaire, trouvait ici une voie ouverte par 
laquelle il pouvait s’elfectuer : l’ouverture de l’anévrysme 
étant située dans le cul-de-sac d’une valvule sigmoïde. De 
là un abaissement énorme de la tension artérielle aussitôt 
après le sommet de la pulsation. Mais bientôt après, la 
tumeur anévrysmale réagissait par son élasticité et en- 
voyait dans les artères une nouvelle ondée centrifuge 
beaucoup plus faible que celle que le cœur avait poussée. 
Cette nouvelle ondée produisait la petite pulsation que l’on 
voit sur la figure 163. 

Pour contrôler colle théorie, nous fîmes l’expérience 
suivante. — Sur l'origine de l’aorte, dans l’appareil sché- 
matique, nous adaptâmes une ampoule élastique dans la- 
quelle pût se faire le reflux du liquide après chaque im- 
pulsion donnée par le ventricule. Voici les tracés que 
fournit le sphygmographe avant et après l’application de 
l’ampoule anévrysmale : 




Fig. I6â . — PouU sur 1« icbénui Fig. 165. — Pouls sur le scbémi 
sans anévrysme. avec anévrysme. 



Assurément, il existe de grandes différences entre le 
tracé fourni par l’anévrysme factice et celui qu’on voit 
figure 163. On doit toutefois reconnaître que le fait do- 
minant que nous voulions vérifier s’est bien reproduit, et 
qu’une seconde ondulation, précédée d’un abaissement 
bruaque de la pression sanguine, existe dans les deux 
tracés 163 et 165. 



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APPIIOATIONS A LA PATHOLOGIE. 



m 

c. ECTetô que produisent sur le pouls la compression et le rel&cheaieal 
de la tumeur. 

§ 175. — Nous n’avions pas songé, dans nos pi'emières 
observations, à rechercher quelle influence exerce sur le 
pouls la compression d’une tumeur anévrysmale. Ce n’est 
que dans le dernier cas d’anévrysme soumis à notre exa- 
men que nous fîmes cette ex|)érience. 

La tumeur est comprimée pendant la première moitié 
du tracé fig 166), puis elle est relâchée brusquement. 
Rien de plus facile que de comprendre la cause des mo- 
dificalions qui se sont produites dans la forme du pouls. 




Fig. 166 . 



Eu comprimant ranévi 7 sme, on expulse une partie de 
son contenu dans les artères, et l’on y élève la tension , 
d’où le niveau plus élevé du tracé. Quand la compression 
cesse, la tension artérielle s'abaisse par suite du reflux du 
sang dans la poche. — Notons ici que l'amplitude du pouls 
est également très modiGée; elle faiblit quand la tension 
est forte, par suite de la compression de l’anévrysme; elle 
augmente dès que la tension est plus faible (voy. § 67, 
l’influence de la tension arlerielle sur la force du pouls). 
J Cette modification que produit la compres.sion des 
tumeurs anévrysmales pourra rendre de grands services 
dans le diagnostic, lorsqu’une tumeur soulevée par les 
battements d’une artère simulera un anévrysme véri- 
table. — La compression d'une tumeur solide ne peut 
agir qu’en comprimant l’artère sous-jacente, de sorte 




DigH 




DES ANEVRYSMES DE L AORTE. /|61 

qu’en faisant diminuer la force du pouls, elle produira 
l’abaissement du niveau du tracé. Lorsqu'on cessera 
cette compression, si les pulsations prennent de la force, 
on verra en même temps s’élever le niveau du tracé. — 
11 y a donc opposition entre les effets que peut produire 
la compression d’un anévrvsmc et ceux qui résultent de 
la compression d’une tumeur solide reposant sur une 
artère. 

tl. De l’exialence du poul$ differeni au.i deux radiales, dans le cas 
d'anévrysme de l'aorle. 

§ 176. — Ce signe est indiqué par tous les auteurs 
comme l’un des plus importants pour le diagnostic des 
anévrysmes. Nous allons en présenter quelques exemples 
bien tranchés. — Il ne faut pas, dans ces tracés, se préoc- 
cuper delà forme particulière du pouls; dans les types qui 
sont représentés ci-dessous, nous croyons qu’on doit ad- 
mettre en môme temps que l’anévrysme l’existence d’une 
maladie de l’orifice aortique (insuffisance des valvules 
sigmoïdes). 

Les figures 161 et 162 nous ont déjïi présenté des types 
de pouls différents aux deux radiales; en voici quelques 
autres. ' 




Fig. 167. — Radiale gauche (1'' cas). 




Fig. 168. — Radiale droile (1" cas). 



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462 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 




Fig. 169. — Radiale gauche (2’ cas). 




Kig. 170. — Radiale droite (2' cas}. 



l'v I V 



Fig. 171. — Radiale gauche (3° cas). 




Fig. 172. — Radiale droite (3' cas). 




Fig. 173. — Radiale gauche ^4' casi. 




Dans les tracés figures 173 et 174, la différence du 
pouls aux deux radiales est très peu sensible; elle se 
borne à une inégalité dans l’intensité du dicrotisme qui 
est plus faible à gauche. 

Dans la plupart des cas précédents, le doigt avait 
grand’-peine à sentir cette différence du pouls aux deux 
radiales, sauf dans le cas représenté figures 167 et 168. 



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DES TUMEURS VASCULAIRES PULSATIVBS. 

On conçoit que l’emploi du spbygmo; 2 ;rapbe puisse être 
d’une grande utilité lorsque la différence des caractères 
des pulsations d’une radicale à l’autre est peu tranchée. 

Comme l’autopsie des malades qui ont fourni ces tracés 
n’a pas été faite, nous ne pouvons déterminer à quelle 
cause tient la différence du pouls aux deux radiales. Cette 
différence est-elle due à la position de l’orifice de l’ané- 
vrysme avant ou après l’émergence de tel ou tel vaiæeau? 
Tient-elle à une compression directe exercée par la 
tumeur sur l’une des sous-clavières? C'est ce qu’il est 
jusqu’ici impossible de déterminer. 

Quoi qu’il en soit, l’existence du pouls différent aux 
deux radiales est un signe précieux pouf le diagnostic des 
anévrysmes, surtout dans certains cas dont il sera ques- 
tion à propos de l’insuiTisance aortique. 



D«s tumcHra vaaculnirea pnliuiit*ra. 



§ 177. — On adonné ce nomades tumeurs érectiles dans 
lesquelles les vaisseaux artériels sont assez volumineux et 
assez abondants pour y produire un mouvement d’expan- 
sion plus ou moins prononcé, synchrone au pouls des 
artères. Des tumeurs vasculaires pulsatives se rencontrent 
aussi dans le cancer bématode du tissu osseux. Dans ces 
deux sortes d’affections, le mouvement d’expansion est 
produit évidemment par l’addition des battements de 
toutes les artérioles qui font partie de la tumeur. On voit 
dans la âgure 175 un exemple de ces pulsations recueilli 
sur un fongus bématode du tibia. 




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APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



Od peut supposer que la forme du pouls ne sera pas 
toujours la même dans les différents cas de tumeurs érec- 
tiles; en effet, suivant que les vaisseaux qui fournissent 
les battements seront plus ou moins volumineux, ils 
devront présenter des pulsations plus ou moins semblables 
à celles des grosses artères. En un mot, la transformation 
du pouls sera plus ou moins parfaite, suivant le diamètre 
de ces vaisseaux. — Si ce n’est là qu’une conjecture ; du 
moins présente-t-elle une grande probabilité, d’après ce 
que l’on sait de la régularisation de plus en plus parfaite 
de la pression artérielle dans les vaisseaux de calibre dé- 
croissants. 11 sera donc intéressant de rechercher la forme 
de ces battements dans différents cas de tumeurs vascu- 
laires pulsatives (1). 

(1 ) Des moDvements très analogoes à ceux des tamears vascalaires 
sont ceux que présente le cerveau lorsque la paroi crânienne est per* 
orée par un fongus de la dure-mère , ou chez l’enfant , lorsque les 
fontanelles ne sont pas encore ossifiées. Le professeur Duchek de 
Vienne), qui a publié un travail sur les applications de notre instru- 
ment ;*), a donné une figure qui repré>ente les battements des fonta- 
nelles chez un enfant de dix ans ; nous reproduisons (fig. 176) ce tracé 
curicu't. 



Fig. 17«. 

On voit que deux ordres distincts de courbes se produisent dans 
celte figure. Les unes tiennent aux influences de la respiration et aux 
changements quelle amène dans la pression u liquide céphalo-rachi- 
dien; elles portent exclusivement sur l.t hgnr d'emembl' du tracé. Les 
autres correspondent aux pulsations artérielles; cellns-ci présentent 
à un haut degré la transformation particulière aux anévrt suies et aux 
tumeurs érectiles. N'est-il pas naturel, en effet, que le cerveau secom- 

C) Œsicneich. med. JahrV., 1802, p. 09. 



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DES TIMEL’RS VASCUI.AIRES PI I.SATIVES. A05 

Pour compléter l’exposition des moyens de diagnostic 
des anévrysmes, il sera indispensable d’indiquer les signes 
que fournit l’auscultation de ces tumeurs. Mais, comme 
les bruits qui se passent dans tes anévrysmes ont la même 
cause que ceux qu’on observe dans les affections des ori- 
fices du cœur et dans certains états de la circulation arté- 
rielle, nous allons étudier dans un chapitre unique les 
bruits cardiaques et vasculaires. 



perte ici comme une véritable tumeur érectile ? L'expansion du riche 
réseau artériel qui le pénètre doit, à chaque systole do cœur, augmenter 
le volume du cerveau ; celui-ci, enveloppé de tous côtés par le liquide 
céphalo-rachidien, augmentera la pression de ce liquide au niveau des 
fontanelles et produira des pulsations dont le caractère est celui des 
battements présentés par les tumeurs érectiles. 



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CHAPITRE XXIV. 



DES BRUITS DE SOUFFLE QUI SE PASSENT DANS l’aPPABEIL 
CIRCULATOIRE. 



Les bruits de foufllo sont un des principaux éléments du diagnostic 
dans les maladies de l'appareil circulatoire. — Distinction entre la 
cause immédiate des bruits de soufüe et les conditions physiques dans 
lesquelles ils se produisent. — Reproduction schématique des bruits 
de souffle. 

Des dilîérentes conditions qui donnent naissance à un bruit de souffle 
dans l'appareil circulatoire : 

1' Souffle produit par la compression d'une artère. — Expériences. — 
Reproduction schématique do ce phénomène. — Influence de 1 état 
de la circulation capillaire sur la production de ces bruits. — In- 
fluence de certaines maladies sur la production des bruits de souffle. 

— Rapports entre la forcé du pouls et l'intensitc du bruit de souffle. 
2° Des bruits do souffle qui se proiluisont dans les cas ou il existe une 

communication anormale entre une artère et une veine (phlébartérie). 

— Reproduction schématique de ces bruits. — Souffles qui se pas- 
sent dans les tumeurs vasculaires. 

3" Souffles qui se produisent à l'orifice aortique du ventricule dans les 
cas de faible tension artérielle ; cause de ces bruits ; expériences. 

§ 178. — L’auscultation appliqtice à rappareil circu- 
latoire y fait entendre plusieurs sortes de bruits ; les uns 
normaux, ceux du cœur que l'on connaît déjà; les autres 
pathologiques. Parmi ces derniers, tous n’ont pas la même 
importance ; ce sont les bruits de sovfjle qui présentent le 
plus d’utilité dans le diagnostic, c’est d’eux que nous nous 
occuperons exclusivement. — ^ous n’insisterons donc pas 
sur la nature et la signification clinique du bruit do choc 
que l’on entend sur les grosses artères, bruit qui est très 
intense, toutes les fois que le pouls pré.sente une expan- 



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DES BRUITS DE SOUFFLE VASCULAIRES. Û67 

sion brusque et puissante. Le type du pouls représenté 
figure 25 s’accompagnait, à l’auscultation, d’un bruit de 
choc que l’on entendait jusque sur l’artère radiale. Ce 
bruit est produit manifestement par la tension brusque et 
violente des artères, il est analogue à celui que l’on ob- 
tient par l’insufllation brusque d’une poche membraneuse. 
— On entend quelquefois, à la base du cou, des bruits 
musicaux bien timbrés, modulés quelquefois, bruits qui 
tiennent, ainsi que l’a démontré Chauveau, à la vibration 
des valvules veineuses qui forment en quelque sorte des 
anches vibrant sous l’action du liquide sanguin. 

Le bruil de souffle proprement dit est assez bien défini 
par le nom qu’il porte; il imite celui que produit l’air en 
s’échappant par un orifice étroit. Souvent, le bruit de 
souflle présente une certaine rudesse qui le fait ressem- 
bler à celui de la râpe ou de la scie ; ces variétés sont dues, 
ainsi qu’on le verra, à ce que les vibrations des enve- 
loppes solides s’ajoutent à celles du liquide sanguin et les 
renforcent. Un frémissement sensible au toucher existe 
dans ces cas; on lui adonné les noms de thrill, de fré- 
missement cataire, etc. 

Quelle est la cause qui produit les bruits de souffle? 
Dans quelles conditions les rencontre-t-on chez l’homme? 
Telles sont les deux questions, l’une théorique, l’autre 
pratique, qu’il s’agit de résoudre. 

La cause physique des bruits de souffle est encore au- 
jourd'hui le sujet de vives discussions entre les physio- 
logistes; heureusement ce point de la question est le 
moins important en pratiipie. L’essentiel est de savoir 
dans quelles circonstances un bruit de souffle a lieu. Sur 
ce sujet, les physiologistes ont émis diverses opinions; 
nous avons pris part au débat, et, d’après la nature des 



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Û68 APPLICATIONS A LA PATHOl.üGIE. 

objections dont plusieurs étaient à notre adresse, il nous 
semble et nous espérons montrer que c'est plutôt un 
malentendu qu’une véritable divergenee d’opinions qui 
complique aujourd’hui cette question. — Personne jus- 
qu’ici n'a donné la démonstration réellement seientiGque 
de la cause des bruits de souille, mais on a du moins 
renversé des hypothèses erronées (1) qui régnaient sur 
ce sujet ; du reste, on s’accorde mieux sur les conditions 
physiques qui donnent naissance à ce bruit. Voici ces 
conditions. 

1° Il faut, pour qu'il y ait bruit de souffle, qu’un cou- 
rant sanguin rapide se produise dans un point de l’appa- 
reil vasculaire. 

2" Pour que ce courant rapide se produise, il faut, en 
général, que le liquide passe d'une partie étroite dans une 
autre plus large (2), et que, dans cette partie large, il 
rencontre une pression inférieure à celle qui existait au- 
dessus du rétrécissement, sans quoi ce liquide n’aurait au- 
cune tendance à se précipiter dans le point dilaté. Nous 
insistons sur la nécessité de ce brusque changement de 
pression au point où se produit le hruit de souffle. 



(4) Une opinion presque généralement admise était que les bruits de 
sounio tiennent au frotlemenl du sang contre les parois des vaisseaux 
dans les points rétrécis. Les travaux do Poiseuille, dont nous avons 
parlé (§ 1 0 1 ), établissent que do pareils frottements ne sauraient exister. 
Do plus, Chauveau a démontré directement, par des expériences, que 
les rugosités qui peuvent exister à l'intérieur d'un tube no sauraient 
produire un bruit do souffle. 

(3) Weber seul dit avoir obtenu des bruits de souffle au moyen de 
tutier d'un calibre uniforme dans lesquels il faisait passer un courant do 
liquide avec unetrès grandevilcsse. — Lorsqu'il existe un rétrécissement, 
le bruit se produit au point où le liquide passe do la partie rétrécie dans 
celle qui est large. 



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DES BRUTS DE SOUFTXE VASCLLAIRES. i(j9 

§ 179. — G)mmenl agit le courant de liquide pour don- 
ner naissance au bruit de souffle? Cette question no nous 
paraît point encore susceptible d’une solution satisfaisante. 
Les conditions d’existence du bruit sont, comme nous 
l’avons dit, mieux connues que sa cause immédiate. Faut-il 
admettre, avec Chauveau, que le bruit de souffle est iden- 
tique avec celui que produit une veine fluide qui s’échappe 
par un orifice étroit? Faut-il, avec Hcynsius, considérer 
le bruit de souffle comme un effet de mouvements trans- 
mis au liquide par le courant qui le traverse, à une sorte 
de tourbillon ou de remous? 

11 existe des vibrations du liquide dans les cas où il se 
produit un bruit de souffle, c'est un fait bien démontré. 
Une des meilleures preuves qu’on en puisse donner, 
c’est que le doigt, appliqué sur les points de l’appareil 
circulatoire dans lesquels un bruit de souffle existe, per- 
çoit un frémissement très sensible. Si le souffle présente 
la rudesse qui lui a fait donner les noms de bruits de 
râpe ou de scie, la transmission des vibrations du liquide 
aux tissus environnants devient encore plus prononcée. 
Il semble que la cause la plus générale des bruits de râpe 
'soit la vibration des lèvres de l’orifice à travers lequel se 
fait le courant; on rencontre, en effet, cette forme du 
bruit de souffle principalement dans les cas d’affection 
des orifices du cœur, et surtout lorsque ces orifices sont 
déchiquetés. Du reste, ces vibrations, nées à l’orifice que 
le courant traverse, se transmettent aux parties environ- 
nantes, à des distances plus ou moins grandes. 

Reproduction sctiéoialiqoc des bruits de sourde. 

§ 180. — Voici une expérience facile à faire aq moyen 



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470 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

du schéma, et qui semble prouver que les bruits de souffle 
tiennent moins à la vibration do la veine fluide elle-même 
qu’aux mouvements transmis par elle aux liquides et aux 
solides environnants. 

1” expérience. — Soit (fig. 177) une éprouvette do 
verre mince, fermée par un bouchon à 
deux tubulures. Une des artères du 
schéma a se termine par un ajutage lé- 
gèrement rétréci qui traverse à frotte- 
ment l’une des tubulures, et s’élève dans 
l’ampoule. L’autre tubulure est traversée 
par uu autre tube qui ne fait pas de 
saillie dans l’éprouvette et se continue 
inférieurement avec une des veines v du 
schéma; celle-ci se 'déverse dans l’enton- 
noir collecteur dont on connaît l’usage. 
— Si l’on fait fonctionner l’appareil , 
un jet de liquide (veine fluide) s’élance avec vitesse 
par le tube a, s’élève jusqu’au sommet de l’éprouvette, et 
coule le long des bords jusqu’à la partie inférieure, d’où 
le liquide s’échappe par la veine v. La veine liquide est 
mince et transparente. 

Si l’on applique l’oreille sur l’éprouvette, on entend 
une légère crépitation qui tient au choc du liquide contre 
les parois du verre, mais cela ne ressemble en rien à un 
bruit de souffle. 

!2'' empérience. — Si l’on relire légèrement le tube a 
eu le faisant glisser à travers le bouchon, de façon que 
l’extrémité de l’ajutage soit au-de.ssous du niveau du 
liquide, comme cela se voit (fig. 178), ou voit aussitôt 
que la masse du liquide vibre tout entière sous l’influence 
du jet qui la traverse; ce jet lui-même devient gros et 



Fig. 177. 



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DES BRUITS DE SOUFFLE VASCULMHES. A71 

rugueux; il entraîne avec lui une partie du liquide de 
l’éprouvette. 

Dans ces conditions, l’auscultation fait entendre un 
bruit de soufQe très fort, semblable à celui 
qu’on rencontre dans un anévrysme volu* 
milieux ; en même temps on perçoit , 
malgré la rigidité des parois du verre, une 
vibration analogue à celle qui accompagne 
les bruits de soufïlo dans les différents 
points de l’appareil circulatoire. 

Les deux expériences précédentes nous 
paraissent démontrer que le bruit de 
souffle lient plutôt à la vibration transmise 
au liquide par le courant qui le traverse 
qu’aux vibrations de la veine fluide elle- 
même. Mais, nous le répétons, ce n’est là qu’une ques- 
tion secondaire au point de vue pratique; l’essentiel est 
de déterminer les conditions dans lesquelles un bruit de 
souille se produit. Nous avons cherché à résoudre ce pro- 
blème par des expériences faites pour la plupart sur le 
schéma et que nous décrirons plus loin. Chacune de ces 
expériences sera exposée à litre de re|H‘oduction synthé- 
tique d’une des formes do bruit de souffle qu’on observe 
dans l’appareil circulatoire. 

Résumé. — Voici les conditions dans lesquelles un 
bruit de souffle se produit dans les expériences physiques. 
— 11 faut que le liquide forme un courant rapide, ce qui 
nécessite ordinairement qu’un point dilaté succède à un 
point rétréci , et ce qui exige toujours que le liquide , 
poussé par une pression forte, rencontre devant lui une 
pression plus faible. 

Voyons comment ces conditions se trouvent réalisées 




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472 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

dans les cas où des bruits de souille se produisent dans 
l’appareil circulatoire. Ces cas sont les suivants : 

1° La compression d’un vaisseau artériel ou veineux. 
2' La communication anormale d’une artère avec une 
veine (phlébartérie). 

3° L’abaissement général de la tension artérielle (ce 
qui produit un souffle à l’orifice aortique). 

4' La présence d’un anévrysme sur le trajet d’un vais- 
seau. 

5° La lésion des orifices valvulaires du cœur, ou la 
communication anormale do ses cavités entre elles. 



SouRle prorinit par la compreanlon d'nne artère. 



§ 181. — Expérience . — Lorsqu’on applique le stéthos- 
cope sur un gros tronc artériel, sur la fémorale, par 
exemple, de manière à l’oblitérer entièrement, si au bout 
d’un instant on diminue la compression, de façon à livrer 
un étroit passage au sang, un bruit de souffle des plus 
intenses se produit aussitôt, et va diminuant d’intensité 
pour disparaître bientôt. Ce bruit, d’abord continu, à 
renforcements, devient vers la fin intermittent, et ne se 
produit plus qu’au moment des pulsations artérielles. 

Ce phénomène peut s’observer sur un sujet quelconque; 
il n’exige aucune des altérations du sang qu’on rencontre 
chez les chlorotiques ou les anémiques. Si, au lieu du 
stéthoscope, on se sert du doigt pour comprimer l’artère, 
on sent le liquide s’échapper en frémissant sous le doigt, 
quand on diminue la pression. Tous ceux qui ont pratiqué 
la compression des artères, dans les opérations chirurgi- 
cales, ont senti ce frémissement du sang qui se produit 
lorsque le vaisseau ii'cst plus exactement oblitéré. Dans 



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DES BRUITS DE SOUFFLE VASCULAIRES. /|7.i 

CCS cas, le doigt perçoit, sous forme de fromissenienl, ce 
que tout à l’heure l’oreille entendait comme bruit de 
souille. 

Voici ce qui s’est passé. Pendant que l’artère était com- 
plètement oblitérée, la pression a baissé considérable- 
ment au-dessous du point comprimé; le sang, contenu 
dans cette partie du vaisseau, s’est en grande partie écoulé 
à travers les capillaires. Au moment où l’on ouvre un 
étroit passage au sang retenu au-dessus de l’obstacle, il se 
précipite avec rapidité dans ta partie du vaisseau où il 
trouve une pression très-faible, et, par conséquent, peu 
de résistance ; de là résulte la vibration sonore ou bruit 
de souffle. Mais, par suite de cette arrivée du sang dans 
le vaisseau qui était presque vide, la tension augmente à 
son intérieur, de sorte que le bruit ne se produit plus que 
dans les moments où la systole du ventricule élève consi- 
dérablement la pression au-dessus de l’obstacle, c’est-à- 
dire au moment du pouls artériel. Alors seulement l'iné- 
galité de pression en amont et en aval de l’obstacle est 
suffisante pour produire le bruit. Enfin, bientôt on n’en- 
tend plus le bruit môme au moment du pouls artériel, 
parce que la pression s’est élevée assez haut, dans la partie 
inférieure du vais,seau, popr qu'il n’y ait plus jamais l’iné- 
galité suffisante pour la production du bruit (1). 

§ 182. — Si l’on applique le stéthoscope sur la caro- 
tide, on peut obtenir les mômes résultats; mais cela est 
moins facile sur les sujets sains. Il faut, pour que les 



(I) On pourrait, avec une certaine compression do l'artère, ni trop 
forte ni trop faible, produire un bruit intermittent durant indéfiniment, 
mais l'expérience est difficile à faire sur Tarière fémorale. En général, 
quand on agit sur ce vaisseau , on n’eniend 1e bruit quo pendant quel- 
ques secondes après qu'on a relâché le vaisseau. 



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474 APPUCATIONS A LA PATHOLOGIE. 

bruits se produisent aisément, que certaines circonstances 
donnent à la circulation capillaire une rapidité très grande, 
c’est-à-dire maintiennent la tension à un degré peu élevé 
au-dessous du point rétréci. 

Pour bien mettre en relief l’influence du diamètre des 
capillaires et du cours plus ou moins rapide du sang à 
leur intérieur, voici l’expérience que l’on peut faire. 

1" expérience. — Sur le schéma qui nous a servi dans 

toutes les expériences pré- 
cédentes, prenons un des 
tubes qui ramènent le 
liquide dans l’entonnoir 
au moyen d’un ajutage 
d’écoulement e (fig. 179); 
nous aurons là un tube 
qui correspondra à l’une 
desartère.s carotides : l’a- 
j litage étroit qui le ter- 
mine sera l’analogue des 
voies capillaires qui éta- 
blissent lacommunication 
entre les branches de la 
carotide et le système veineux. Comprimons le tube 
entre les mors d’une pince qui est adhérente au pavillon 
d’nn stéthoscope, et faisons fonctionner l’appareil. — Si 
nous auscultons le stéthoscope, nous entendons un bruit 
de souffle qui se produit à chaque nouvelle impulsion du 
liquide. 

2' expérienee . — Sans rien changer à la pression exercée 
par la pince, rétrécissons l’orifice d'écoulement e : immé- 
diatement le bruit change, devient plus faible, plus bref, 
et disparaît tout à fait, si l’ajutage d’écoulement est très 




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DES BRUITS DE SOUI’FLB VASCULAIRES. 475 

étroit. Agrandissons au contraire l’orifice d’écoulement e, 
le bruit deviendra plus fort, plus prolongé, et finira par 
présenter le type continu, à renforcements rhjitlimiques. 

Or, tous ces changements dans la forcent la durée des 
bruits de soiiflle se sont produits sans qu’il y ait rien do 
changé dans l’étroib.'sse du tube, au point où le souffle se 
forme. C’est toujours le même rétrécissement produit par 
la pression des mors de la pince; mais, ce qui a varié, 
c’est l’état de la tension au-dessous de cet obstacle. — 
Quand l'ajutage e était étroit, la tension en amont et en 
aval du stéthoscope étant presque la même, le bruit no 
se produisait pas. — Quand l’ajutage d’écoulement était 
largo, la tension entre le stétlioscope et l’orifice e était 
très faible, tellement que le courant qui se faisait à tra- 
vers le point rétréci avait toujours assez de rapidité pour 
produire le souftle; celui-ci prenait donc le type continu* 
seulement il se renforçait à chaque systole du cœur, 
qui, élevant la tension artérielle, accroissait en même 
temps la vite.sse du courant. 

On peut donc, sur le trajet d’un vaisseau artériel (l), 
produire tous les types possibles de bruit de souffle, de- 
puis le bruit léger et intermittent, jusfiu’au souffle in- 
tense et continu présentant des renforcements (•2). 

(1) Si l’on comprime une veine avec le stéthoscope, on obtient une 
élévation de la pression dans la partie de la veine située au-dessus de 
l'obstacle qu'on vient d'opposer au mouvement du sang. De plus, ii 
chaque inspiration, l'appel du sang qui se fait du côté du thorax produit 
l'abaissement de la pression au-dessous du point comprimé. Il y a donc 
ici, comme dans les expériences précédentes, les conditions d’existence 
des bruits de souflle. 

(2] Il était utile d’insister sur ce fait, parce que plusieurs auteurs ont 
admis quo le bruit continu ne saurait exister dans les artères; on a même 
considéré cette sorte de bruit comme caractéristique de l'anévrysme 
artério-veineux. 



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470 A PPUC AXIONS A LA PATHOLOGIE. 

Les renforcements que produit la systole ventriculaire 
peuvent avoir eux-mêmes des types différents : tantôt ils 
sont simples, tantôt ils sont redoublés, c’est-à-dire qu’ils 
présentent à l’auscultation les mômes caractères que le 
pouls offre au doigt. Le souffle double correspond au 
pouls dicrote; il coïncide avec lui, et tient à la même 
cause. (Voy. le chap. XIII, relativement à la cause du 
pouls dicrote.) 

Influence de certaines maladies sur la production des bruits de souffle. 

§ 183. — Comment agissent certains états pathologi- 
ques pour produire les bruits de souffle des artères? 

Ces états, qui sont la chlorose, l’anémie et la fièvre 
(comme Beau l’a signalé), ne produisent pas, à propre- 
ment parler, les bruits de souffle, mais ils en rendent la 
production plus facile, lorsque le stéthoscope est appuyé 
sur la carotide. On sait que, dans ces maladies, la tension 
artérielle est faible; ce qui tient à l’écoulement plus fa- 
cile du sang à travers les capillaires, soit parce que ce 
sang est plus fluide que de coutume, soit parce que les 
vaisseaux relâchés lui livrent un plus large passage. Dans 
ces deux cas, l’écoulement facile du sang à travers les 
capillaires fait que la tension artérielle s'abaisse rapide- 
ment au-dessous du point comprimé, ce qui constitue une 
^condition très -favorable à la production du bruit. 

§184. — L’énergie de la pulsation artérielle est encore 
une condition favorable à l’existence des bruits de souffle, 
puisqu’elle est produite par des accroissements considé- 
rables de la pression artérielle , au-dessus du stéthos- 
cope, à chaque systole du ventricule gauche. On trouve, 
en effet, un souffle d’autant plus intense, que les pulsa- 
tions sont plus fortes. 



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ni-S BRUITS DE .SOUFFI.E VASCUL.MRES. 477 

Nous avons pu constater ce fait dans un cas où, pen- 
dant plusieurs jours, nous avions, à chaque battement du 
pouls, un bruit de soutBe carotidien, qui se traduisait par 
un bourdonnement d’oreille intermittent et rhythmé 
comme le pouls artériel. 

Si nous faisions alors un effort violent, nous remar- 
quions, du côté du bruit desouflle, les mêmes variations 
que le sphygmographe décèle, en pareil cas, du côté du 
pouls. On voit, en se reportant à la figure 91, que le 
pouls diminue d’amplitude pendant que l’effort se pro- 
longe, et qu’après la cessation de l’effort, il reprend gra- 
duellement sa force, et acquiert une grande amplitude. 
Le souffle que nous entendions alors avait absolument les 
mêmes caractères. 11 faiblissait graduellement pendant 
l’effort, disparaissait à la fin de celui-ci, puis reparaissait 
eu augmentant d’énergie au moment où le pouls prenait 
sa plus grande amplitude. 

0es bniiCa fie «onflle qui me prodaiaent dans les emm oih II 
existe uae eoaimanicatlon BDormale eatre nae artère et 
UBc vclae (phlébartèrle). 

§ 185. — On sait que la pression du sang dans les ar- 
tères excède de beaucoup la pression veineuse; cette iné- 
galité a été signalée et expliquée dans le chapitre I". 
Si , à la suite d’une blessure qui intéresse à la fois une 
artère et une veine, il se fait une communication entre 
ces deux vaisseaux, le sang de l’artère se précipite dans la 
veine avec une grande facilité, et, par conséquent, avec 
une grande vitesse; on trouve donc ici les conditions né- 
cessaires il la production du bruit de souffle. — Ce bruit 
existe en effet, mais ce n’est pas tout : comme la pression 
artérielle excède toujours la pression veineuse, il s’ensuit 



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/»78 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

que le bruit sera continu, car il y aura sans cesse un 
courant sanguin allant de l’artère à la veine. Ce courant 
présentera des renforcements à chacune des systoles du 
ventricule, parce qu’alors l’inégalité de tension entre les 
artères et les veines sera plus grande. 

E.rpérience. — On peut imiter artiflciellement ces 
conditions dans le schéma. Soit (fig. 180) une artère a 
terminée parmi orifice d’écoulement étroite, représentant 




Fig. 18(1. 

l’obstacle que les capillaires offrent au cours du sang. 
L’orifice c s’ouvre dans un autre tube v qui correspond à 
une veine et se déverse librement dans l’entonnoir. Au 
pointe existe une comimmication entre l’artère et la veine- 
Ce point sera le siège d’un courant continu qui ira de 
l’artère k la veine; il présentera un bruit de souffle con- 
tinu et une vibration qui se ti ansmettra k la paroi du tube. 
Celle vibration correspond k ce qu’on a décrit sous le 
nom de l/iri/l dans les anévrysmes artério-veineux, et qui 
a été donné comme pathognomonique de ces affections. 

§ 18G. — Certaines tumeurs vasculaires présentent des 
bruits de souffle dont la cause n’est autre que la commu- 
nication anormale des artères avec les veines. Dans les 
conditions ordinaires, cette communication se fait par des 
voies étroites, k travers lesipiellcs la tension décroît peu k 
peu et la vites.se du courant diminue graduellement des 
artères aux veines; ici, au contraire, de larges et courtes 
anastomoses réunissent ces deux ordres do vaisseaux : il 



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DES BRUITS DE SOUFFLE VASCULAIRES. Ù79 

se fera donc des courants rapides allant de la plus forte 
pression vers la plus faible, c’est-à-dire des artères aux 
veines. Comme la tension artérielle, môme dans les cas 
où elle est à son minimum, est supérieure à la tension 
veineuse, il s’ensuit que le courant rapide et le bruit qui 
l'accompagne seront continus; seulement il y aura des 
renforcements dans l’intensité du souille, à chaque ondée 
nouvelle que le sang enverra dans les artères. 

ün thrill, ou frémissement sensible au loucher, existe 
en général dans ces tumeurs; il résulte de la transmission 
des vibrations du sang aux parois vasculaires. minceur 
des tuniques veineuses est une condition favorable à cette 
transmission, ainsi que Weber l’a démontré. 



d« souffle qui me prodnlseul A roriSee aortique du 
ventricule V dans les cas de faible tension artérielle. 

§ 187 — Dans les dilTércntes théories émises relative- 
ment à la cause des bruits de souffle, il était fort difficile 
d’expliquer pounpioi, cliez les anémiques, il se produit 
un souille à l’oritice aortique au moment de la systole ven- 
triculaire. — Certains auteurs, partant de celte idée que 
c’est le frottement du liquide contre l’orifice artériel qui 
produit le bruit de souffle, ont supposé que, dans la chlo- 
rose et ranéniie, il existe une sorte de pléthore aqueuse, 
c’est-à-dire que si le chiffre des globules est diminué, 
cette diminution est compensée par une augmentation du 
sérum , et que, en déQnitive, la masse du sang chez les 
anémiques est plus grande qu’à l’état normal. Dès lors 
les ondées sanguines lancées par le ventricule étaient plus 
volumineuses qu’à l'état normal, et conséquemment l’ori- 
fice aortiipie, laissant passer le sang en plus grande abon- 
dance, était le siège de frottements exagérés qui don- 



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/l80 APPLICATIONS A IA PATHOLOGIE. 

liaient naissance au bruit de souffle. Nous savons déjà ce 
qu’on doit penser de la réalité de ces frottements, niais une 
objection plus grave s’élève contre cette théorie; la voici : 

On peut comprendre à la rigueur que la masse du sang, 
après une hémorrhagie, se répare au moyen de l’absorp- 
tion des boissons et qu’elle puisse dépasser son état nor- 
mal; mais cela ne peut arriver qu’au bout d’un certain 
temps et après l’ingestion de boissons copieuses. Si l’on 
saigne un animal, et si, séance tenante, on voit apparaître 
le bruit de souffle, on ne saurait admettre que ce bruit 
tienne à un accroissement de la niasse du sang. Or, c’est 
ce qui arrive. Dès qu’un animal a perdu par hémorrhagie 
une grande quantité de sang, on peut constater au mano- 
mètre que la tension artérielle s’est fort abaissée, et en 
même temps un bruit de souffle apparaît, si l’on ausculte 
le cœur. Ce n’est donc pas la pléthore aqueuse, mais la 
diminution absolue de la niasse du .sang qui a produit ce 
bruit. 

Du moment qu’il est bien démontré que l’état de la 
tension dans les points du système artériel situés au-des- 
sous du rétrécissement joue un grand rôle dans la pro- 
duction des bruits de souffle, il n’est plus néces.saire de 
recourir à des hypothèses; tout va .s’expliquer naturelle- 
nient. 

L’orifice aortique du ventricule gauche présente un 
rétrécissement à travei’s lequel une veine fluide peut se 
former pour pénétrer dans l’aorte. A l’état normal , la 
tension artérielle est trop forte pour que ce courant de 
liquide ait la vitesse sulfisante pour vibrer. Mais si , par 
le fait de l’hémorrhagie, la tension baisse dans les artères, 
il arrivera un moment où le sang se précipitera avec assez 
de vitesse à travers l’orifice aortique pour que le bruit de 



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DES BREITS DE SOUFKLE VASCULAIRE. 481 

souffle se produise. — Cet abaissement do la tension au- 
quel nous attribuons le rôle de condition principale du 
bruit de souffle n’est point hypothétique, il est démontré 
par toutes les expériences hémométriques, depuis Haies 
jusqu’aux physiologistes modernes. Enfin, l’inlluence de 
l’abaissement de la tension sur la rapidité avec laquelle 
l’ondée ventriculaire est lancée dans l’aorte a été égale- 
ment mise en évidence par tous les faits que nous avons 
rapportés précédemment, relativement au pouls artériel 
et aux changements qu’il éprouve suivant l’état de la ten- 
sion dans les vaisseaux. 

Si l’hémorrhagie produit un bruit de souffle au ccpur 
par le seul fait de l’abaissement de la tension, toute autre 
cause qui fera baisser la tension artérielle devra également 
produire un bruit de souffle semblable : c’est ce cpn‘ arrive 
en effet. — La fièvre dans laquelle les vaisseaux relâchés 
produisent un abaissement de la tension artérielle pro- 
duit souvent des souffles de cette sorte. L’exercice mus- 
culaire violent, qui fait aussi baisser la tension artérielle 
(voy. § 65), produit quelquefois des bruits de .souffle au 
cœur chez des sujets qui n'en présentent pas en temps 
ordinaire, et, en tout cas, augmente l’intensité des souffles 
s’il en existait auparavant. 

Enfin, nous avons vu un souffle d’une force extrême 
se produire chez un sujet qui mourait empoisonné par 
l’opium. Quelques instants avant la mort, le souffle était 
à .son maximum d’intensité, et avec lui existaient tous les 
signes d’une tension artérielle très-faible : rougeur géné- 
rale et chaleur des téguments; force et fréquence du 
pouls; volume extrême et mollesse des artères, etc. 

Conclusion. — De tout ce qui précède, il résulte que 
les bruits de souffle, que l’anémie, la chlorose et la fièvre 

31 




482 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

produisent au niveau de l’orifice aortique, sont dus à 
l’abaissement de la tension artérielle et à la vitesse plus 
grande avec laquelle s’accomplit la systole du ventri- 
cule. 



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CHAPITRE XXV. 



DES BRUITS DE SOUFFLE QUI SE PASSENT DANS l’aPPAREIL 
CIRCULATOIRE (sUITe). 

i° Des bruits de souffle daos les anévrysmes. — Leur reproduction 
schématique ; importance de l'élasticité de la poche anévrysmale pour 
la production des bruits ^ expériences. — Des bruits de souffle dans 
l’anévrysme artério-veineux. — Reproduction schématique de ces 
bruits avec tous leurs caractères et avec les modifications que leur 
impriment les changements d'attitude. 

6° Des bruits de souffle daos les maladies du cœur. — Classification 
de ces bruits d'après l'instant auquel ils se produisent à chaque révo- 
lution cardiaque, d'après leur siège et leurs caractères particuliers. 

D«« bral<« 4e eoalIBe dmae lea aBévryuiiea. 

§ 188. — Les conditions que nous connaissons déjà se 
rencontrent dans les anévrysmes, et rendent compte de 
la production des bruits de souffle de différents caractères 
tpi’on rencontre sur ces tumeurs. 

Expériences. — Lorsqu’une ampoule est placée sur le 
trajet d’un tube, et qu’un courant rapide de liquide la 
traverse, ainsi que cela peut se faire au moyen du schéma, 
on entend un bruit de souffle, si l’on ausculte cette am- 
poule. Mais le plus souvent, lorsqu’on se sert d’une am- 
poule inerte, de verre, par exemple, il ne se produit pas 
de bruit (1). — Si l’on remplace alors l’ampoule de verre 

(I) Dana un précédent travail, nous avions été conduit à nier l’aiig- 
tence de bruit de souffle dans les ampoules de verre, mais Chauveau 
nous a fait entendre des bruits de souffle dans ces conditions. Il faut bien 
admettre, du reste, que le verre possède une certaine élasticité, sans 
quoi l'incompressibilité dos liquides ne permettrait pas la production de 
vibrations dans une ampoule absolument rigide. 



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484 APPLICXTIONS A I.A PATHOLOCtE. 

par une autre de caoutchouc, de môme forme et de même 
volume, un bruit très fort se produit sans qu’on ait modifié 
la force des impulsions du liquide dans la circulation du 
schéma. 

Comment expliquer cette action favorable de l’élasticité 
de la poche pour la production des bruits de souffle? — 
On va voir qu’elle tient à un accroissement de la vitesse 
avec la(iuolle le liquide afflue dans l'ampoule à chaque 
systole ventriculaire, lorsque cette ampoule est élastique. 

Pour (lu’im courant rapide se produise en un point du 
système circulatoire, il faut qu’en ce point la force im- 
pulsive augmente, ou que les résistances diminuent. Or, 
nous avons dit que rien n’a été changé dans l’intensité de 
la force impulsive, c’est donc une diminution dans la 
résistance qui s’est produite. On sait déjà que dans un 
réservoir élastique les liquides pénètrent avec une grande 
facilité, parce que les parois se laissent distendre, et 
créent peu d’obstacle à l’afflux. Cette proposition a été 
longuement démontrée (§ 87), à propos de l’élasticité 
artérielle, et de son rôle pour diminuer les résistances au 
devant du cœur. Dans l’anévrysme, la même chose se 
produit. .\u moment de la pulsation artérielle, (juand la 
pression auguieiite dans l’artère, le sang se précipite dans 
la poche anévrysmale avec une grande rapidité, si cette 
poche est élastique. Si, au contraire, elle est inextensible, 
la progresion du sang ne sera p;is plus rapide que si le 
vaisseau avait conservé son calibre dans toute son éten- 
due; car l'ampoule, au lieu de céder devant l’afflux du 
liquide, n’en recevra qu’à la condition qu’il s’en écoule 
une égale quantité par l’ouverture de sortie. 

L’élasticité de l’ampoule produira donc à l’orifice 
d’entrée de l’anévrysme une transition bruscjue entre la 



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BRUITS DE SOUKFl.E DANS UES ANÉVRYSMES. /l85 

tension forte du vaisseau : au moment des maxima), et 
la tension plus faible qui existe dans la poche anévrys- 
male. — Nous avons eu la démonstration manométrique 
de cette iné{i;alité de tension. Dans l’expérience § 162, 
on a vu que le manomètre appliqué sur l’artère donne des 
oscillations, tandis que sur la poche, il signale une pression 
moyenne sensiblement fixe. — Cette moyenne étant né- 
cessairement inférieure aux maxima de la pression arté- 
rielle, il en résulte, à chacun de ces maxima, un courant 
rapide de l’artère dans la poche anévrysmale, et consé- 
cutivement un bruit de souftle. 

Certains anévrysmes présentent, à chaque révolution 
du cœur, un double bruit, ce qui doit faire supposer que, 
deux fois de suite, le courant pénètre avec rapidité dans la 
[welie, ou bien que le passage du liipiide de la poche dans 
le vai.sseau donne à son tour naissance à un bruit. — La 
première de ces hypothèses nous semble ta plus admis- 
sible, attendu que le double bruit de souffle s’obtient sur 
le schéma d’une manière d’autant plus nette, que le di- 
crotisme du pouls est plus prononcé. — Toutefois cer- 
tains anévrysmes de l’aorte pourraient bien donner nais- 
sance nu deuxième bruit de souflle par le reflux du sang 
de la poche dans l’artère ; car, sur l'aorle, le dicrotisme 
nous a toujours paru trop peu prononcé (voy. les fig. 33 
et /|3) pour expliquer une double pénétration du sang 
dans l’anévrysme. 

§ 189. — Si l’élasticité de ta poche favorise la pénétra- 
tion du liquide à son intérieur, et, par conséquent, la 
production du bruit de souffle, il en résulte que suivant 
qu’on augmentera ou que l’on diminuera l’élasticité d'un 
anévrysme, on fera varier l’intensité du bruit. — Or, c’est 
ce qui arrive en effet. 



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486 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

Expérience. — Prenons, dans le schéma, une am- 
poule de caoutchouc qui donne naissance à un bruit de 
souffle, et embrassons dans la main cette ampoule, de 
manière à diminuer son élasticité ; aussitôt l’intensité 
du souffle diminue en même temps que l’expansion de 
l’ampoule. — C’est pour cette raison que l’on obtient, en 
général, une diminution notable du bruit de souffle des 
anévrysmes par l’application d’un bandage compressif 
autour de la tumeur. 

Une autre expérience du môme genre peut rendre 
service dans le diagnostic des anévrysmes douteux. Si 
l’on comprime une tumeur anévrysmale, on supprime le 
bruit quelquefois d’une manière complète, parce que le 
sang ne pénètre plus dans la poche, où il rencontre une 
pression supérieure à celle qui existe dans le vaisseau 
afférent. Qu’on cesse la compression , aussitôt un bruit 
extrêmement fort se fait entendre, parce que la poche, 
en partie vidée, est devenue trop large et présente des 
parois flasques et par conséquent très dilatables. Ce bruit 
faiblit et revient à sa force primitive dès que la tumeur 
a repris son volume normal. 

On remarque, d'après ce qui précède, que la produc- 
tion d’un bruit de souffle intense exige les mômes con- 
ditions que la modification du pouls par l’anévrysme, 
c’est-cà-dire une grande élasticité de la poche; de soiie 
que ce qui a été dit des influences qui font varier la 
transformation du pouls s’applique également aux varia- 
tions d’intensité du bruit de souffle. — Réciproquement, 
on peut prévoir que si un anévrysme modifie le pouls à 
un faible degré, on pourra, en le comprimant puis en le 
relâchant, lui donner, pour un instant, une action trans- 
formatrice plus prononcée qui durera jusqu’à ce que le 



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BRUITS DF, SOÜFFI.E DANS LES ANÉVRTSMF.S. 487 

sac anévrysmal ait repris sa tension normale. Nous n’avons 
vérifié ce fait que sur le schéma, mais nous croyons ne 
pas trop nous avancer en disant que sur un anévrysme 
véritable, les choses doivent se passer de la même manière. 

Des brniu de soufDe do l'anùvrysme artério-veineux. 

§ 190. — Le souffle qui se passe dans les anévrysmes 
artério-veineux est continu, mais présente des renforce- 
ments qui suivent le rhythme du pouls. La continuité du 
bruit de souffle, dans ces conditions, s’explique par l’iné- 
galité constante qui existe entre la tension artérielle et la 
tension veineuse; inégalité qui produit un courant con- 
tinu de l’artère à la veine, ainsi que nous l’avons dit à 
propos de la phlébartérie (§ 185). Mais ici existe une 
double cause de bruit ; d’une part, le passage du sang de 
l’artère dans la tumeur; d’autre part, le passage du sang 
de la tumeur dans la veine. Pour bien analyser ce qui se 
passe alors, il y a grand avantage à se servir du schéma, 
cet appareil permettant de reproduire tous les phéno- 
mènes que l’on observe dans l’anévrysme artério-veineux. 

Soit (Bg. 181) un tube aa correspondant à une artère, 
et qui, par un capillaire étroit c, communique avec un 




Fig. 181. 

autre tube vv, plus large et plus mince, représentant une 
veine. Ces deux tubes sont adaptés au schéma, de façon 
que le liquide, arrivant par l’artère, s’écoule par la veine. 



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ft88 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

Entre ces deux tubes est une ampoule élastique qui 
communique par un petit orifice avec chacun d’eux dans 
les points O et o'. — On imite ainsi d’une manière com- 
plète la disposition de l’anévrysme artério-veineux. 

I.ors(iue le mouvement du liijuide est établi dans le 
schéma, on peut constater les phénomènes de l’anévrysme 
ai lério-veiiieux, c’est-à-dire des expansions rhythmées de 
la poche, un fréiuisseinent ou thrill sur cette poche, et par- 
ticulièrement sur la veine vv, dans le sens du courant cen- 
tripète du liquide. A l’auscultation, on perçoit un souffle 
continu, à renforcement synchrone avec le pouls. 

Comme on a, dans ces conditions, de grandes facilités 
pour analyser ce qui se produit dans l’appareil, on peut 
se convaincre de l'existence des phénomènes suivants : 

1* Quoique le bruit continu et le bruit intermittent se 
confondent à peu près en se propageant tous deux, il 
existe deux maxima d’intensité ; l’un au point o, pour 
le bruit de souffle inlormittent ; l’autre au point o', pour 
le bi uit continu et le thrill. — Le bruit intermittent semble 
plus prolongé que dans un anévrysme ordinaire, ce qui 
s’explique par ce fait ipie la tension dans la poche met 
d’autant plus longtemps à s’élever qu’il s’échappe une 
plus grande quantité de sang par l’ouverture o' qui se 
déverse dans la veine. 

2° Si l’on comprime la veine o, on supprime le bruit 
continu, ainsi que le thrill, et l’on a tous les caractères 
des bruits de l’anévrysme simple. — Si la compression de 
la veine est pratiipiée loin de la tumeur, le thrill et le 
souffle continu se prolongent encore quelque temps, et 
finissent par s’éteindre tous deux, au moment où la 
veine distendue par le sang a acquis la môme tension que 
la poche anévrysmale. — Ce phénomène peut être pro- 



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BRUITS DE SOUFFLE DANS LES ANÉVRTSMES. Û89 

tluit sur un anévrysme artério-veineux véritable; il per- 
met de consulter le point de la tumeur où se trouve la 
veine efférente; dès que ce point est comprimé, le thrill 
cesse et le souffle devient intermittent. 

3° Enfin, on peut constater sur cet anévrysme les phé- 
nomènes que les chirurgiens ont observés dans les ané- 
vrysmes artério-veineux des membres, suivant que ces 
membres sont placés dans la déclivité et dans l’élévation. 

Expérience. — Si l’on suppose les tubes aa et vv sulB- 
samment prolongés et établis sur une planchette qui puisse 
être alternativement élevée ou abaissée, comme le serait 
le bras d’un malade atteint d’anévrysme, voici ce qu’on 
observe : — Dans l’élévation, le bruit continu se change 
en bruit intermittent. — Si l’on regarde comment les 
choses se passent, on voit, après chaque expansion de la 
tumeur, que les parois de la veine s’affaissent, parce que 
ce vaisseau se vide de sang avec une grande facilité. Dès 
lors, pour peu que la veine soit tendue, ses parois s’ac- 
colent l’une à l’autre et ferment la communication avec 
la poche anévrysmale dans les moments où la tension de 
cette poche diminue. L'accolement des parois veineuses 
se produit ici spontanément, mais son effet est le même 
que celui qu’on obtenait tout à l'heure en comprimant la 
veine. — C’est sans doute une cause analogue qui, dans 
les anévrysmes artério-veineux, produit les mômes mo- 
difications du bruit de souffle, lorsqu’on tient le membre 
dans l’élévation. Ce caractère des bruits de l’anévrysme 
artério-veineux a été signalé par Nélaton (1). 

Ces signes fournis par l’auscultation des anévrysmes 
devront être rapprochés de ceux qu’on peut tirer de la 

(t)DeV influence de la position dans 1rs maladies chirurgicales, thèse 
de concours (Paris, 1851, p. 40). 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



Û90 

forme graphique du pouls, .ifîn de constiluer l’ensemble 
des éléments du diagnostic dans ces maladies. On voit que 
la multiplicité de ces signes permet déjà de déterminer 
avec une grande précision le siège, la nature, le degré 
d’élasticité, etc., d’une tumeur anévrysmale. Nul doute 
que de nouveaux caractères distinctifs ne viennent bientôt 
apporter une certitude à peu près absolue dans le dia- 
gnostic de ces maladies pour lesquelles l'eflicacité du 
traitement tient en grande partie à la précision du dia- 
gnostic porté. 



n«'a brcilta de aonflln dana Ica maladlca dn coear. 



S191.-C’ est aux lésions valvulaires que se rattache 
le plus souvent l’existence des bruits de souffle cardiaques; 
quelquefois aussi ces bruits sont dus à la communication 
anormale des deux ventricules, à la persistance du canal 
artériel, etc. Dans tous ces cas, il se produit un courant 
sanguin rapide, en tout semblable à ceux dont il a été 
que.stion précédemment. Le sang, forteinent pressé en un 
point, s’échappe par un orifice plus ou moins étroit, et 
s’élance, sous forme de jet, dans une cavité où la pres- 
sion est moindre. Ces conditions existent toujours lore- 
qu’un bruit de souffle se produit. — Ainsi, que la valvule 
auriculo-ventriculaire, déformée par une lésion quel- 
conque, cesse de se fermer hermétiquement, au moment 
où le ventricule entrera en contraction, il se produira un 
jet de sang rétrograde qui rentrera dans l’oreillette, où 
la pression est moindre à ce moment. — Que l’orifice 
aortique rétréci fasse obstacle au libre passage du sang 
du ventricule dans l’aorte, alors la pression ventriculaire 
s’élèvera derrière cet obstacle, et le sang s’échappera en 



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BRUITS DF. SOUFFLE DANS LES MALADIES DU COELTl. Û91 

un jet plus rapide que de coutume, pour s’élancer avec 
bruit dans l’aorte. 

Lorsque le ventricule est eu relâchement, il peut en- 
core se produire des bruits de souffle, soit que l’aorte, 
après avoir reçu l’ondée ventriculaire, laisse refluer du 
sang dans le ventricule à travers des valvules sigmoïdes 
insuffisamment closes, soit que, dans un rétrécissement 
auriculo- ventriculaire, l’oreillette se gorge de sang par 
suite de cet obstacle, et que, sous l’influence de sa forte 
tension, elle pousse un jet rapide dans 1e ventricule au 
moment où cette cavité se relâche. 

Lorsque les deux ventricules communiquent entre eux, 
l’inégale énergie de leurs systoles donnera naissance à un 
courant rapide qui ira du ventricule gauche au ventri- 
cule droit, si ces deux cavités ont conservé l’inégalité 
normale de leur puissance relative. 

Enfin, lorsque le canal artériel persiste, un bruit de 
souffle doit exister au niveau de la crosse de l’aorte; il a 
pour cause le courant rapide ijui se fait de l’aorte à l’ar- 
tère pulmonaire, en raison de l’inégalité de tension do 
ces deux vaisseaux ( 1 ). 

Les causes les plus fréquentes des bruits de souffle sont 
les lésions valvulaires du cœur. Devant traiter avec dé- 
tail des différentes variétés de ces bruits, en exposant lés 
signes physiques de chaque sorte de lésion valvulaire, 
jous nous bornerons maintenant à quelques généralités 
sur les bruits de souffle cardiaques et sur la manière de 
les distinguer à l’auscultation. 

(<) Les cas tie persistance du canal artériel sont rarement simples, 
anssi n’avons-noiis pas eu jusqu'ici l'occasion de nous assurer de l'esis- 
tence de ce bruit que la théorie fait prévoir. 



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Û92 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

CUssiQcation des bruits de souffle d'après l'instant où ils se produisent 
à chaque révolution cardiaque, d'après leur siège et leurs caractères 
particuliers. 

§ 19-2. — De même que les bruits normaux du cœur 
doivent être rapportés aux mouvements du ventricule, si 
l’on veut bien apprécier la signification de chacun d’eux 
(voy. § 36), de même aussi les bruits de souffle qui se 
passent aux différents orifices du cœur doivent être rat- 
tachés aux mouvements ventriculaires. — Cela conduit à 
une classification très simple, dans laquelle les bruits se 
distingueront en systoliques et en diastoliques, suivant 
qu’ils auront lieu pendant la systole du ventricule ou pen- 
dant son relâchement (i). 

Lorsqu’un bruit de souffle arrive au moment de la 
systole du ventricule, on sait déjà qu’il ne peut tenir qu’tà 
deux causes : 1° au passage du sang à travers un orifice 
artériel rétréci ; 2° au reflux du sang à travers une val- 
vule auriculo-ventriculaire insuffisante. 

De même, si un bruit de souffle se produit pendant la 
diastole, il ne peut tenir qu’à deux causes : 1” au passage 
du sang de l’oreillette à travers un orifice auriculo-ven- 
triculaire rétréci ; 2* au reflux du sang de l’artère dans le 
ventricule à travers des valvules sigmoïdes insuffisantes. 
Ainsi, de part et d'autre, il y a dans la cause des bruits 

(1) Les (leux cœurs exécutent leurs mouvements d'une manière syn- 
chrone ; il s'ensuit que le souffle se produira au même instant d'une 
révolution cardiaque, dans les cas où une lésion semblable siégera i 
l'orifice aortique ou à celui de l’artère pulmonaire. De même, les affec- 
tions semblables des valvules auriculo-ventriculaircs droite ou gauche 
produisent leur bruit de souffle an même instant. La détermination du 
moment où un bruit se produit ne suffit donc pas pour savoir dans le- 
quel des deux coeurs siège la lésion, ce diagnostic ne peut être basé que 
sur d’autres éléments dont il sera question plus loin. 



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BRITITS DE SOUFFLE DANS LES MALADIES DU COEUR. 693 

une sorte de symétrie frappante. Chacun de ces bruits, 
qu’il soit systolique ou diastolique, peut être produit par 
un courant en sens direct ou par un courant rétrograde; 
il peut exprimer, dans les deux cas, le rétrécissement d’un 
orifice ou l’insuffisance d’une valvule. On va voir com- 
ment l’auscullation permet de déterminer si un bruit 
correspond à la systole du ventricule ou à la diastole. 

§ 193. — Les (It'veloppements dans lesijuels nous 
sommes entré (§ 33) relativement à la détermination 
des bruits normaux du cœur nous permettent d’exposer 
rapidement les principes de l’auscultation dans les affec- 
tions valvulaires. Lorsqu’on ausculte le cœur d’un ma- 
lade, on n’a pas d’autre but que de déterminer, d’après 
les points de repère physiologi(|ues , à quel moment 
Jirrrive un bruit de souffle, et quel est le point où il .se 
produit. 

Or, on a vu que la pulsation cardiaipie, ou choc du cœur, 
est le point de repère qui permet de signaler le début de 
la systole ventriculaire. — Lors donc qu’un bruit de souffle 
commencera avec la pulsation cardiaque, ce sera un bruit 
systoliipie. Lors, au contraire, que le souffle arrivera à la 
place du second bruit, il sera diastolique. 

Non-seulement la pulsation cardiaque, mais aussi les 
bruits normaux du cœur servent à déterminer l’instant 
où s*î produit un souffle ; ces bruits normaux, en effet, 
sont rarement supprimés lorsqu’il existe un bruit anor- 
mal ; ce dernier les masque parfois d’une manière plus 
ou moins complète, mais souvent il ne fait que s’ajouter 
à eux. 

Lorsqu’on a déterminé si un bruit de souffle est systo- 
lique ou diastolique, il faut encore, pour compléter le 
diagnostic, savoir s’il s’agit d’un bruit de rétrécissement 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

OU d’uD bruit d’insuffisance; si la lésion porte sur un 
orifice artériel ou sur un orifice auriculo-ventriculaire. 
Ces deux notions s’obtiennent du même coup. — En effet, 
si l’on a déterminé qu’un bruit est systolique, et si l'on 
reconnaît en outre qu’il siège à un orifice artériel , ce 
ne peut être qu’un effet du rétrécissement de cet orifice. 
Réciproquement, si le bruit systolique appartient à un 
orifice auriculo-ventriculaire, il indique l’insuffisance de 
la valvule. 

Or, pour déterminer à quelle sorte d’orifice un bruit se 
passe, ou a recours aux caractères tirés du siège de ce 
bruit, absolument comme on le fait pour les bruits nor- 
maux du cœur. Les bruits de souffle s’irradient quelque- 
fois dans une assez grande étendue, mais ils présentent 
cependant un maximum d’intensité variable suivant l’ori- 
fice qui donne naissance au bruit. Ces maxima sont à 
peu près les mêmes que ceux qui existent pour les bruits 
normaux (voy. §33). Un souffle auriculo-ventriculaire 
s’entend avec son maximum d'intensité à la pointe du 
cœur; un souffle de l’orifice artériel ou de celui do l’ar- 
tère pulmonaire présente son maximum à la base du 
cœur, c’est-à-dire au même point que le maximum d’in- 
tensité du deuxième bruit normal (1) ; eu outre , il se 
propage dans les artères du cou. 

§ 164. — Le timbre et l’intensité des bruits de souffle 



(4) Telles sont les opinions le plus généralement adoptées relative- 
ment au siège des bruits anormaux du cœur. Ces opinions sont vraies 
dans la plupart des cas, mais il ne faudrait pas les croire absolument 
rigoureuses, üii verra, par exemple, que, dans le rétrécissement 
aortique, il existe souvent, à la pointe du cœur, un maximum d'inten- 
sité du bruit, ce qui pourrait faire croire à la coexistence d'une insuffi- 
sanco de la valvule mitrale. 



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BRUITS DE SOUFFLE DANS LES MALADIES DU COEUR. 495 

cardiaques sont encore de bons caractères pour les dis- 
tinguer. Les bruits systoliques peuvent être forts et rudes, 
exprimant ainsi l’énergique pression qui leur donne nais- 
sance, c’est-à-dire la systole ventriculaire. Les bruits 
diastoliques sont moins forts en général. En effet, le 
sang qui rentre dans le ventricule n’est poussé que par 
une tension plus faible : celle de l’aorte, ou celle de 
l’oreillette distendue par l’accumulation du sang; à cette 
force s’ajoute, à un certain moment, celle qui résulte de 
la systole auriculaire elle-même. — En somme, les bruits 
de rinsuffisance aortique présententen général une grande 
douceur; les bruits du rétrécissement mitral sont ordinai- 
rement beaucoup plus rudes, sans atteindre eu général 
l’intensité des bruits systoliques. 

§ 195. — Tout bruit de souffle présente une décrois- 
sance dans son intensité, du commencement à laQn. Cette 
règle s’applique aussi bien aux bruits produits par les 
anévrysmes qu’à ceux qui ont pour siège les orifices du 
cœur; dans tous les cas, l’affaiblissement du bruit tient à 
la même cause, c’est-à-dire à l’affaiblissement de l’inéga- 
lité de tension, et par suite à la diminution de vitesse du 
jet de liquide qui traverse l’orifice. — Ainsi, dans une 
insuffisance aorti(|ue, le souffle aura son maximum d’in- 
tensité au début de la diastole ventriculaire, c’est-à-dire 
au moment où la tension est très forte dans l’aorte et très 
faible dans le ventricule; à mesure que le ventricule 
.s’emplira et (pie l’aorte, se vidant des deux côtés à la 
fois, perdra de sa tension, le bruit deviendra plus faible 
et finira par s’éteindre tout à fait. On conquend que dans 
les autres affections cardiaipies, l’afTaiblisseinent graduel 
du bruit de souffle puisse s’expliquer de la même manière. 
— Peut-être doit-on faire une exception pour certains 



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i96 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

cas de rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire ; 
il semble, en effet , que vers la fin de la diastole du ven- 
tricule, on entend un léger souffle présystolique. On peut 
se rendre compte de la production de ce bruit par la con- 
traction de l’oreillette. Nous aurons à revenir sur ce 
sujet. 

Quant aux souffles qui se produisent dans les affections 
du cœur droit, ils sont très rares, à tel point que les seules 
probabilités font qu’on rapporte naturellement au coeur 
gauche toutes les altérations d’orifices qui donnent nais- 
sance à un bruit de souffle. Cependant la position des 
maxinia d’intensité des souffles est un peu différente 
suivant que la lésion porte sur le cœur droit ou sur le 
cœur gauche. Ainsi, un souffle qui se passe à l’orifice de 
l’artère pulmonaire présente son maximum d’intensité 
plus à droite du sternum que si le souffle se produisait à 
l’orifice aortique. Dans les affections de la valvule tricus- 
pide, le souffle qui s’observe à la pointe du cœur semble 
également avoir son maximum plus à droite que dans les 
affections mitrales. — Ces signes, tirés de la position des 
maxima d’intensité des bruits, ont peu de valeur; ils ne 
frappent pas l’observateur au premier abord, mais ou les 
constate parfois lorsque d’autres signes, dont nous aurons 
à parler plus tard, ont fait supposer l’existence d’une 
lésion du cœur droit. 



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CIIAI>ITKi: XXVI. 



Dts SIGNKS PUYSlQl'liS DANS I.KS AFFHCTIÜNS ORGAMQUES 
DU CüEUK. 



Aliération tics orifices arU'riels du cœur. 

Orifiec aortique, 

II. Rétrécissement. — Reproduction schématique de celte lésion do 
cœur, avec le bruit de sourde auquel elle donne naissance, et les 
caractères qu’elle imprime au pouls artériel. — Caractères particu- 
liers du bruit de soufde dans le rétrécissement aortique. — Forme 
du pouls dans celte aDeclion. 

û. Insuffisance aortique. — Du bruit de soufde diastolique dans cette 
affection. — Changements qui se produisent dans le mouvement do 
sang. — Expérience : insuffisance aortique produite sur un cheval. 
Tracé graphique de la pression ventriculaire et du pouls aortique. — 
Caractère de la pulsation cardiaque. — Caractère du pouls artériel, 
c. Affection de l'orifice aortique avec complications. 

I” Rétrécissement avec insuffisance. — Double soulde à la base du 
cœur ; il n’est pas toujours une preuve do rétnicissenienl avec insuf- 
fisance aortique. ■ — Caractères graphiques du jioul.s lorsqu’il y a 
rétrécissement avec insuffisance. 

2° Insuffisance aortique avec altération sénile des vaisseaux. — Forme 
du pouls dans celte affection. 

3” Insuffisance aortique avec anévrysme de l'aorte. — Relation de ces 
deux lésions l’une avec l’autre ; expériences. — Caractères du pouls 
dans ces conditions. 

Orifice et valvule» de l'artère pulmonaire. — Rareté des lésions de cet 
orifice. — Caractères sur lesquels on base leur diagnostic. — Signes 
négatifs du côté de la forme du pouls. 

§ ISO. — L’auscultation et la percussion sont les deux 
principaux éléments de diagnostic à l’aide desquels on dé- 
termine aujourd’hui le siège et la nature des lésions oq^- 
nitpies du cœur. Ces deux moyens se prêtent un mutuel 

32 



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498 AI’PLICATIONS A I.A PATHOl.Olillî. 

secours, et il ne viendrait à l’esprit de personne de sc 
borner exclusivement à l’un d’eux ; négliger l’autre, ce 
serait se priver inutilement d’un secours précieux. Mais, 
comme dans bien des cas les renseignements que nous 
fournissent ta percussion et l'auscultation sont encore 
insuffisants iwur établir le diagnostic, il nous semble 
qu’un troisième ordre de signes physiques ajouté aux pré- 
cédents devra être d’une grande utilité. C’est à ce titre 
que nous présentons l’emploi du sphygmographe, concur- 
remment avec tous tes autres moyens de diagnostic actuel- 
lement en usage. Depuis longtemps, l’observation du 
pouls joue un rôle important dans le diagnostic des mala- 
dies du cœur; mais cette observation, telle qu’on ta fait 
avec le doigt tout seul, est nécessairement ti-ès imparfaite. 
Nous ne tenterons pas même de démontrer cette vérité : 
le lecteur a déjà pu se convaincre de l’insuffisance du 
toucher, par la multiplicité des formes du pouls dont nous 
avons déjà présenté les tract’s graphiques. 

Nous es.sayerons d’indiquer dans leur ensemble tes 
signes qui se rapportent aux principales espèces de ma- 
ladies du cœur, en commençant par les cas les plus sim- 
ples. Quelquefois nous exposerons le diagnostic de cer- 
tains cas particuliers eu montrant comment tel signe isolé 
pouvait induire en erreur, et comment l’observation d’un 
autre signe a rectifié le premier diagnostic porté. 

Les généralités que nous avons présentées, dans les cha- 
pitres précédents, sur les bruits de souffle et les conditions 
dans lesquelles ils sc produisent, nous permettront de 
passer rapidement sur les conditions qui leur donnent 
naissance dans les maladies du cœur ; nous insisterons 
seulement sur les caractères distinctifs que ces bruits 
oirrenl dans chaque espèce de lésion. 



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SIGNES PHYSIQUES DANS LES MALADIES DU COEUR. 699 

Les altérations des orifices du cœur nous occuperont 
en premier lieu, d’abord celles qui sont les plus simples, 
puis la combinaison de deux ou plusieurs lésions portant 
sur le môme orifice ou sur des orifices différents. Ensuite 
viendront les altérations du cœur lui-méme ou de ses 
enveloppes, et les affections qui peuvent simuler l’exis- 
tence d’une maladie du cœur. — Pour qu’une étude du 
pouls dans les affections cardiaques soit assez complète et 
présente toute la valeur dont elle est susceptible, il fau- 
drait un nombre considérable d’observations, et surtout 
il serait indispensable d'avoir vérifié par l’examen cada- 
vérique tous les diagnostics portés. Un pareil résultat ne 
peut être obtenu qu’au bout d’un temps très long et ne 
saurait être l’œuvre d’un observateur isolé. Quelques 
cliniciens français et étrangers se sont déjà occupés de 
ces recherches, et nous aurons à utiliser leurs travaux. Si 
nous ne pouvons aujourd’hui présenter qu’un tableau 
incomplet des formes du pouls dans les différentes lésions 
cardiaques, on verra que certains types, du moins, corres- 
pondent à des affections bien définies, et que, dans bien 
des cas, la forme graphique de la pulsation a suffi pour 
rectifier un diagnostic quand tous les autres signes teo* 
daient à induire en erreur. 

On nous a vu souvent, au lit du malade, porter le dia- 
gnostic d’une affection cardiaque d'après la forme du 
tracé toute seule. Dans un grand nombre de cas, il est 
assez facile de reconnaître ainsi la nature de la maladie; 
mais, nous le répétons, jamais nous n’avons prétendu 
proposer un pareil procédé. L'auscultation, la percus.sion, 
tous les signes, quels qu’ils soient, doivent être utilisés et 
servir à contrôler les indications du sphygmographe. 
Ainsi, chaque fois ipie nous avons porté un diagnostic 



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500 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

avant d’ausculter le malade, nous avons voulu seulement 
prouver que la forme du pouls présente à elle seule une 
grande valeur. 

Un autre signe qui devra également présenter de grands 
avantages, sera d’enregistrer directement la forme de la 
pulsation cardiaque dans les cas de maladie du cœur, et 
même dans un grand nombre d’autres affections. On a 
vu (fig. 8) que cette pulsation présente dans sa forme 
l’indication de presque tous les mouvements des ventri- 
cules ; elle devra donc indiquer également tous les trou- 
bles que la lésion cardiaque amène dans ces mouvements. 
Nous avons pu nous en convaincre, dans plusieurs cas, 
par l’application du sphygmographe au niveau de la pointe 
du cœur. Malheureusement cette application de l’instru- 
ment est assez difficile; mais nous espérons, avec certains 
changements dans sa construction, triompher de cette 
difficulté. 

Des traités nombreux ont été publiés sur le diagnostic 
des maladies du cœur; assurément, nous n’avons pas la 
prétention de donner en quelques chapitres un exposé 
complet de. ces diagnostics difficiles. L'esquisse rapide 
que nous allons présenter n’a d’autre but que de faire 
voir combien la certitude du diagnostic peut être aug- 
mentée, si l’on ajoute un nouveau signe à ceux que l’on 
possédait déjà. On nous pardonnera donc d’exposer rapi- 
dement les principales découvertes des cliniciens et d’in- 
sister spécialement sur les caractères tirés de la forme 
graphique du pouls. 



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DU RÉTRÉCISSEMENT AORTIQUE. 



501 



ALTÉRATION DES ORIFICES ARTÉRIELS. 

ORIFICE AORTIQUE. 

ltétré«laaeBMn(. 

§ 197. — Les causes les plus variées peuvent donner lieu 
au rétrécissement de cet orifice. Tantôt ce sont des végéta- 
tions polypeuses qui flottent à l’entrée de l’aorte; tantôt 
une induration des valvules qui s’ouvrent incomplètement 
devant l’ondée ventriculaire. Ces cas sont souvent difficiles 
à distinguer les uns des autres; mais l'essentiel à recon- 
naître, en pareille circonstance, c’est qu’il existe un 
obstacle à la libre pénétration du sang dans l’aorte. — 
Cette lésion, lorsqu’elle arrive graduellement, entraîne 
peu de désordres; le cœur s’hypertrophie peu à peu et 
maintient la circulation dans un état suffisant. L’afiection 
SC traduit toutefois par un bruit de souille, souvent très 
prononcé, qui se renouvelle à chaque systole ventriculaire 
et se propage dans la direction de l’aorte et dans les vais- 
seaux du cou, à des distances assez grandes. L’intensité 
de ce bruit contraste souvent avec l’absence de tout dés- 
ordre grave dans la circulation. — On peut aussi, dans bien 
(les cas, constater un changement dans la manière dont 
le sang pénètre dans le système artériel. L’ondée sanguine 
franchit plus péniblement l’étroit passive ventriculo- 
aortique ; de là résulte un changement dans la forme du 
pouls artériel, qui présente une période d’ascension plus 
longue que de coutume. Cela se traduit, dans le tracé, 
par une courbe au lieu d’une ligne verticale au début de 
la pulsation. Avant d’aller plus loin, montrons que ces 
phénomènes peuvent être assez bien reproduits sur le 



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502 APPLICATIO.VS A I.\ PATHOLOGIE. 

schéma, ce qui prouve qu’ils sont des effets mécaniques 
de l’obstacle au cours du sang. 

§ 198. — Expérience. — Sur le schéma (fig. 2), appli- 
quons une pince à l’origine de l’aorte, de manière à 
réduire la lumière de ce vaisseau. Plaçons un spbygmo- 
graphe sur le tube qui correspond à l'artère radiale , et 
faisons fonctionner l’appareil. — On obtient alors, à l’aus- 
cultation, un souffle systolique, c’est-à-dire qui s’entend 
au moment précis où l’on comprime la boule impulsive. 
Ce bruit va en s’affaiblissant, mais il occupe parfois toute 
la durée de la systole, si le rétrécissement est considé- 
rable. 

Le sphygmographe fournit le tracé (fig. 182), ce qui 




Fig. 182. 



montre bien que la lenteur avec laquelle l’ondée pénètre 
dans les vaisseaux entraîne une lenteur correspondante 
dans l’expansion des artères. 

Il ne faut pas s’attendre à rencontrer sur les malades 
des caractères aussi tranchés ; les rétrécissements sont 
ordinairement beaucoup moins prononcés que celui que 
nous avons produit sur le schéma dans l’expérience pré- 
cédente, en l’exagérant à dessein pour montrer plus 
nettement la transformation subie par le pouls. Quelque- 
fois, cependant, le tracé qu’on obtient sur les malades 
s’éloigne peu de celui que nous a fourni le schéma. On 
en peut juger par la figure 183, recueillie dans un cas 
de rétrécissement aortique très prononcé. 

§ 199. — Les souffles que produit le rétrécissement 
aorti(|ue ont pour caractère distinctif leur durée, qui est 



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DI RÉTRÉaSSEMF.NT AOUTfOI T. 503 

plus coiisidél'ablo que celle îles souilles proiluils par 
'anémie, la chlorose, l’hémorrhagie et la fièvre, (’-es 
derniers s’accompagnent d’une systole ventriculaire plus 
brusque que de coutume, tandis que, dans les cas de rétré- 
cissements, la systole est plus longue. 

Le bruit de souille dans le rétrécissement aortique pré- 
sente, avons-nous dit, son maximum d’intensité à la l)ase 
du cœur, au niveau même de l’orifice où il se produit. Il 
est important de signaler un phénomène qui se présente 
souvent : c’est l’existence d’un deuxième maximum d'in- 
tensité de ce bruit au niveau de la pointe du cœur. Cela 
tient à ce que le bruit se propage dans le ventricule par 
continuité de liquide (l); et comme la pointe du cœur est 
l’endroit du ventricule qui se trouve le plus immédiate- 
ment en contact avec les parois thoraciques, la transmis- 
sion de ce bruit à l’oreille se fait mieux en ce point qu’en 
tout autre. Si l’on n’était prévenu de ce fait, on pourrait, 
dans les cas où l’on rencontre ces deux maxima, supposer 
qu’il existe à la fois un rétrécissement de l’orifice aortique 
et une insuiiisance de la valvule mitrale. 

Quant au pouls qu’on observe sur les malades atteints 
de rétrécis-semeut aortique, il présente, comme on va le 
voir, de grandes variétés. Un caractère important, c’est 
qu’il est presque toujours parfaitement régulier. Quel- 
ques cliniciens ont admis l’inverse, mais le nombre de nos 
observations est déjà tellement grand, que nous pouvons 
affirmer que la régularité du pouls est la règle dans le 

(I) On peut démontrer cotte propagation rétrograde du souDle en 
employant une ampoule membraneuse qui se vide dans un tube par un 
orince rétréci. Si l'on presse cctle ampoule et qu'on l'ausculte en même 
temps, on entend le bruit de souffle presque aussi nettement que si l'on 
auscultait le point rétréci lui-méme. 



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50& APPUCATIONS A LA PATHOLOGIE. 

rétrécissement aortique et même dans la plupart des alté- 
rations de cet oriGce. 

De plus, le rétrécissement aortique est plus fréquent 
dans la vieillesse qu’à toute autre époque de la vie; il 
s’ensuit que les caractères du pouls sénile viennent souvent 
s’ajouter à ceux du rétrécissement. Ainsi, après la ligne 
d’ascension plus oblique et plus courbe que de coutume, 
on rencontre dans ces cas un plateau, forme qui carac- 
térise la perte d’élasticité de l’aorte (voy. § 163). I^a 
lenteur de pénétration du sang dans les vaisseaux fait que 
le dicrotisme est très peu prononcé et souvent manque 
tout à fait. 

ËnQii, comme l’altération sénile des artères peut pro- 
duire à elle seule des intermittences dans le pouls, il ne 
faut pas s’étonner si l’on rencontre quelquefois ces inter- 
mittences dans le rétrécis.sement aortique; jusqu’ici nous 
n’avons rencontré ces irrégularités que chez les vieillards. 



Types divers du pouls dans le rélrécissement aortique. 




Fig, is.s. 



200. — Nous avons essayé de reproduire sur les 



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505 



l)E l’insuffisance aortique. 
animaux des rétrécissements aortiques, afin d’étudier les 
caractères que présente le pouls sous leur influence. Mais 
ces expériences étaient faites après l’ouverture de la poi- 
trine, ce qui rendait les battements du cœur fort irrégu- 
liers. Toutefois nous avons pu constater dans la forme 
du pouls une obliquité assez marquée de la période 
d’ascension. — Le plus souvent, le pouls était moins 
fréquent que dans les conditions normales. Ce caractère 
ne semble pas exister chez les malades, et_cela peut s’ex- 
pliquer par l’hypertrophie ventriculaire qui est consécu- 
tive au rétrécissement. Cette hypertrophie, donnant au 
cœur un surcroît de force, lui permet de se contracter à 
des intervalles plus rapprochés que ne le ferait un cœur 
sain au devant duquel un rétrécissement analogue aurait 
été subitement créé (1). 



OrlOce aortlqae (innlHaanee). 

§201. — L’insuffisance aortique (inocclusion des val- 
vules sigmoïdes de l’aorte) agit sur le cours du sang d’une 
manière aussi mécanique que le ferait la rupture d’une 
soupape dans un appareil hydraulique. On verra, par la 
reproduction synthétique des caractères du pouls et des 
bruits de soufllc qui existent dans l’insuffisance aortique, 
que cette a.ssertion n’a rien de trop absolu. 

Lorsque les valvules sigmoïdes de l’aorte ne se ferment 

(4} Ce fait doit (tre rapproché de ceux qui ont été cités par Graves. 
Cet auteur a remarqué que dans les cas d’hypertrophie du cœur, les 
influences de l'attitude font peu varier la fréquence du pouls. — Si l'on 
applique à ce fait la théorie physiologique que nous avons donnée § 60, 
il signifie que devant une énergie ventriculaire rendue plus grande par 
l'hypertrophie, les changements de résistance que l'on produit par les 
diverses attitudes sont à peu près insignifiaols. 



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SOÔ APPLICATIONS A LA PATÜOLOGIE. 

plus d’une manière hermétique, il se fait un refluiL de 
l’aorte dans le ventricule pendant toute la durée du relâ- 
chement de celui-ci. Le sang arrive à la fois de l’oreillette 
et de l’aorte pour remplir le ventricule. Comme la pres- 
sion aortique est très considérable relativement à celle 
qui existe dans le ventricule à l’état normal, même à la fin 
de sa réplétion , il s’ensuit que ce ventricule subira une 
distension insolite. Cela explique la dilatation ventricu- 
laire qui se rencontre presque toujoui's avec l’insuflisance 
aortique. 



Du bruil de souffle dans l'insufflsance aortique. 

§202. — Ce bruit de souffle est diastolique; il arrive 
au moment où le ventricule est en relâchement; il 
est produit, par le reflux rapide du sang, à travers 
un orifice plus ou moins étroit, reflux qui se fait sous 
l’influence de la pression aortique qui est considérable, 
tandis que, dans le ventricule, la pression tombe très 
bas dans les premiers moments du relâchement. — Le 
souffle de l’insuffisance aortique est en général assez doux 
et dépourvu de ces renforcements qui donnent naissance 
au frémissement cataire. — Le maximum d’intensité de 
ce bruit est à la base du cœur, au niveau de l’orifice aor- 
tique où il prend naissance. 

Des cbangemenls qui se produisent dans le mouvement du sang 
sous l'inHuence de l'insufflsance aortique. 

§ 203. — Nous avons fait, avec Chauveau, une expé- 
rience qui montre bien comment s’opère la réplétion du 
ventricule lorsque les valvules de l’aorte lais.sent refluer 
le .sang des artères dans le cœur. 

Expérience. — Sur un cheval, nous introduisîmes par 



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t>K l’iNSUFFKWCE AORTIQIH. 7 ) 1)1 

% 

l'uno (lus carotides une tige de métal qui fut conduite 
jusque sur les valvules sigmoïdes de l’aorte; puis, on en- 
fonçant violemment cette tige, nous produisîmes une dé- 
chirure de l’une des valvules. Aussitôt parurent les phé- 
nomènes qui caractérisent cliniquement l’insuffisance 
aortique, et particulièrement le souffle diastolique doux, 
qui est à peu près pathognomonique de cette lésion. — 
Nous introduisîmes alors une sonde cardiographique 
dans le ventricule gauche, par les procédés ordinaires 
(voy. § 21). Voici le tracé obtenu dans ces conditions : 




Fig. 18 fi, 



1.4 première moitié du tracé représente les change- 
ments de la pression ventriculaire; la deuxième donne le 
pouls aortique ; elle est obtenue en retirant la sonde dans 
l’aorte. 

En comparant le tracé des ventricules, lorsqu’il y a 
insuffisance aortique, à l’un des tracés obtenus sur le 
cheval à l’état sain (voy. fîg. 33 et 38), on voit que la 
différence capitale consiste en une réplélion plus rapide 
et plus complète de cette cavité sous l’influence du reflux 
du sang de l’aorte. Cette réplétion se traduit par une ligne 
ascendante saccadée, ce qui tient sans doute à l’abord 
saccadé du sang à travers la déchirure des valvules, dans 
le point où se produit une vibration sonore. On voit aussi, 
dans ce tracé ventriculaire, que l’effet de la systole est 



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508 A.PFUCATIONS A LA PATHOLOGIE. 

moins prononcé qu’à l’état normal. Gela se comprend 
facilement, car le ventricule ne pouvant produire qu’un 
degré déQni de pression à chacune de ses systoles, le chan- 
gement produit sera d’autant moins grand que la pression 
était plus élevée à la fin de la période de relâchement. 

§ ‘iOi.— Une autre conclusion ressort de l’examen de la 
figure 186.— On sait déjà que la force de la pulsation car- 
diaque est toujoui-s proportionnelle à l’amplitude du tracé 
du ventricule, car cette pulsation est produite elle-môme 
par le changement de la pression intra-ventriculaire 
(voy. § 13). Si donc la systole produit très peu d’élé- 
vation dans le tracé du ventricule, elle devra donner 
naissance à une pulsation plus faible que de coutume. 
Nous n’avons pas encore vérifié sur le malade l’existence 
de cet affaiblissement de la pulsation, mais nous croyons 
qu’il no saurait manquer d’exister. Ce serait un caractère 
important dans certain cas d’un diagnostic douteux. 

La deuxième partie de la figure 186 montre le tracé 
du pouls aortique daus l’insuffisance des valvules sig- 
moïdes. On voit que l’ascension est brève et terminée 
par un angle aigu : celui-ci tient à ce que le levier de 
l’appareil enregistreur est soulevé si brusquement, qu’il 
abandonne un instant la membrane sur laquelle il repo- 
sait. Notons aussi que dans le tracé ventriculaire, aussi 
bien que dans celui du pouls aortique, on trouve une 
partie commune que nous avons signalée i § 53), dans les 
tracés recueillis sur l’animal sain. Cette partie commune, 
qui constitue dans les deux tracés le sommet de la courbe, 
présente ici une forme spéciale : après l’ascension systo- 
lique, la pression reste assez longtemps peu élevée, ce 
qui forme un plateau à peu près horizontal ; puis , la 
courbe s’élève brusquement vers la fin de la systole ven- 



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DU PUULS DANS t'iNSUfFISANCE AOETIQDE. 509 

Iriculaire. Cela nous parait signifier que le système arté- 
riel , en partie vidé par le reflux dans le ventricule , 
présente une tension faible pendant la première partie 
de la systole ventriculaire, et qu'à la fin de cette systole, 
la force élastique des vaisseaux artériels commence, sous 

l’influence de leur réplétion, à être sollicitée. 

\ 

Caractirea du pouls artâriel dans rinsuffisance aortique. 

§ 205. — Dans les artères des membres, le pouls 
présente des caractères importants. Sa force est con- 
sidérable, ainsi que Corrigan l'a signalé le premier. A 
quoi tient cette force anormale du pouls? Nous avons 
pensé un instant que cela pouvait tenir à un excès de la 
force du cœur, l’hypertrophie ventriculaire se produisant 
secondairement lorsqu’il existe une insufllsance aortique. 
Mais, en expérimentant sur le schéma, il nous fut facile de 
voir (jue cet accroissement de la force et de la brusquerie 
des pulsations qui constituent le pouls de Corrigan résulte 
mécaniquement de l'abaissement de la tension arté- 
rielle. 




rig. 187. 



La figure 187 montre clairement cette augmentation 
de la force du pouls par l’insuffisance aortique. 

La première moitié du tracé rcpréscute le pouls de la 



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510 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



faciale d’un cheval à l'état sain. La deuxième partie est 
fouruie par le pouls de la même artère apW's la rupture 
des valvules sigmoïdes. Nous avons conservé dans celle 
Tigure la hauteur relative des maxima de la pulsation. On 
voit que ces maxima présentent à peu près la même 
hauteur avant et après la rupture des valvules; mais il 
n’en est pas de même des minima; ceux-ci tombent très 
bas après la production de l’insutlisance aortique; cela 
s'explique naturellement pur l’abaissement de la tension 
produit par le reflux du sang dans le cœur. 

§ 206. — Les tracés obtenus sur la radiale de riiummc 
présentent des caractères tri*s importants. — Tous, en 
effet, ont dans leur période d’ascension une verticalité qui 
exprime la brusquerie de l’expansion du vaisseau. — Le 
sommet de cette ascension verticale se termine par une 
pointe aiguë ou par une sorte de crochet, comme on peut 
le voir sur les figures ci-dessous. — Le pouls est en général 




Fi(. 190. 



régulier, sauf dans certains cas séniles, et lorsqu’il existe 
une autre affection du cœur concomitante. 




AFFECTIONS COMPLEXES DE l'oRIFICE AORTIQUE. 51 i 



AIEec(l«ns complezcs de l’orUiee «ortl^e. 

1° Rélrécissemeol et insuffManco. 

§ 207. — L’auscultation fait eiitendiTJ, dans la grande 
majorité des cas d’insuffisance aortique, deux bruits de 
.souille à la base du coeur : le premier souffle débute 
avec la systole, le deuxième avec la diastole ventricu- 
laire. 

L’existence do ces deux bruits fait admettre que dans 
ces cas il existe une double lésion consistant en un rétré- 
cissement de l’orifice aortique et en une insuffisance des 
valvules sigmoïdes. Bien souvent l’autopsie ne montre 
aucune trace de rétrécissement. — On peut s’expliquer 
lïicilement l’existence de ce premier bruit lorsqu’on réflé- 
chit à l’abaissement considérable que la tension artérielle 
a éprouvé par suite du reflux du sang dans le cœur. Cet 
abaissement de tension, plus grand que celui i{ui existe 
dans l'anémie, la chlorose et les affections qui s’accom- 
pagnent de bruit de souffle, doit à plus forte raison pro- 
duire un bruit au moment où le ventricule se vide avec 
une grande vitesse dans l’aorte. 

Il nous semble donc qu’un grand nombre do cas dans 
lesquels on entend à l’orifice aortique un double bruit do 
souffle appartiennent à des insuffisances aortiques pures. 
Certains cas toutefois présentent la double lésion : rétré- 
cissement et insuffisance. La forme du pouls, dans cos 
circonstances, retient les caractères du pouls du rétrécis- 
sement aortique joints à ceux de l’insuffisance. Après un 
début brusque de la pulsation, et après la formation du 
petit crochet qüi caractérise l’insuffisance, on voit la 
courbe s’élever d’une manière gi'aduelle, exprimant que 



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APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



512 



l’afflux du sang dans les vaisseaux se fait avec leuteur. 
Voici des exemples de cette forme du pouls. 




Fig. 193. 



2* Insuffisance aortique avec état sénile des vaisseaux. 

§208. —On a vu (§ 153) comment l’état sénile des 
vaisseaux allonge, dans le tracé du pouls, la période sys- 
tolitiuc, et donne lieu à une sorte de plateau uti stmmict 
de la pulsation. L’existence d’une insufUsunce aortique ne 
saurait modiner complètement la forme du pouls dans les 
cas où les artères sont ossiQées. On trouve donc quelque- 
fois, réunis dans le tracé, l’ascension brusque à sommet 
aigu de l’insuflisancc aortitpie, et le plateau plus ou 
moins horizontal de l’état sénile des artères. I.e tracé 
suivant fournit un exemple de cette forme du pouls. 




D’autres fois, le plateau est très |ieu proiionct*, et l'ir- 









AFFKcriONs anin.uxFS de i.’oniFicE aortkjle. ôI3 
rcgularilé périoiliquo csl lo seul caractère de sénililé que 
le pouls ait conservé. Les figures 195 et 19G fournissent 
des exemples do celle variétt*. 




Fig. 190. 



3° Insaffisance aortique avec anévrysme de l'aorte. 

^ 209. — l.a coïncidence de rinsuffisance aortique 
avec les anévrysmes de l'aorte est très fréquente; elle a étii 
remarquée par la plupart-dés cliniciens, et l’on a tenté de 
l’expliquer en admettant que la poche anévrysmale inté- 
resse l’orifice aortique, et l’élargit de telle sorte, que les 
valvules ne suffisent plus à le fermer. Les autopsies que 
nous avons vues montraient qu’il peut, dans certains cas, 
en être autrement, car la poche était en communication 
avec l’aorte par un orifice étroit a.sscz distant de l’origine 
de ce vaisseau. — Y avait-il simple coïncidence entre 
l’anévrysme et l’insuffisance aortique? Une expérience 
fiiite sur le schéma semble prouver que l’insuffisance 
des valvnies pourrait bien être un effet secondaire de la 
présence de l’anévrysme. 

Expérience. — Si l’on applique sur la crosse de l’aorte, 
dans le schéma, une ampoule élastique qui joue le rôle 
d’anévrysme, de façon (jue l’orilice de cette ampoule 
puisse être à volonté ouvert ou fermé, on peut produire 

33 



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APPLICATIONS A LA PATilOLOCIE. 



514 

lantôl l’iilat normal de la circulation, tantôt les phéno- 
mènes qui tiennent à l’existence de l’anévrysme. Or, voici 
ce ([u’on observe. 

Si l’anévrysme ne communique pas avec l’aorte, le 
claquement des valvules sigmoïdes se fait avec une force 
modérée; mais si la communication de l’anévrysme est 
ouverte, le claquement valvulaire prend une force consi- 
dérable et s’entend à distance. Celte espèce de coup de 
bélier, produit sous le courant rétrograde du sang (|ui a 
distendu l’anévrysme, se voit nettement manpié dans le 
tracé suivant. 






Fig. 197., 

La première moitié de ce tracé est produite sous l’in- 
tluence de l’anévrysme ; ou y voit un violent soulèvement 
du levier à chaque clôture des valvules sigmoïdes. — La 
deuxième moitié représente le pouls aortique obtenu dans 
les conditions de la circulation normale. 

Ce claquement violent, répété à chaque pulsation, ne 
peut-il produire à la longue une altération des valvules? 
üi théorie ferait pencher vers cette supposition, mais il 
faudra de nouvelles observations pour s’assurer de la 
réalité de ce fait. Cette question est d’autant plus difUcile 
à résoudre que, dans bien des ca.s, la production d’un ané- 
vrysme semble être consécutive à celle de l’insufOsance. 
Le cas représenté figures 150 et 151, et décrit § 164, 
semble être de ce genre. 11 serait, en effet, difficile d’ad- 
mettre que l’anévrysme poplité cpii existait alors fût cause 





AFFKCTIONS COMPl.EXES DE l’oRIFICE AORTIQUE. 515 
(le l’alltTalion des valvules de l'aorte, tandis qu’il serait 
plus naturel de supposer que l'artère poplitée a été rom- 
pue ou graduellement dilatée par les violentes pulsations 
([ue produit rinsuffisance aortique. 

Quoi qu’il eu soit , cette coïncidence de l’anévrysme 
avec l’insuffisance aortique paraît être d’une grande fré- 
quence; nous avons représenté, à propos des anévrysmes 
de l’aorte, un a.ssez grand nombre de tracés (fig. 167 
il 17Û) dans lestjuels les signes de rinsuffisauce aortique 
étaient réunis à un caractère important de l’aiiévrvsme 
de l’aorte, c’est-à-dire à l’existence du pouls tlifférenl aux 
deux radiak's. — L’existence d’une tumeur anévrysmale 
n'était pas douteuse chez ces malades, sauf celui dont le 
pouls est leprésenté figures 173 et 174. L’auscultation 
faisait entendre un double bruit de souffle, ce qui semblait 
confirmer le diagnostic : anévrysme de faortc. L’autopsie 
de ces malades n’a pas été faite. 

On peut rapprocher de ces cas deux autres exemples 
qui ont été rapportés par Duchck (1 ), et dont les tracés 
sphygmographiipies ont été représentés. Chez l’un de ces 
malades, on avait constaté une dilatation anévrysmale de 
l’aorte. 

^210. — On a vu (pie les signes sléthoscopiipies de 
l'insuffisance aortiipie peuvent être présentés par un ané- 
vrysme. La figure 163 représente le pouls d’un malade 
chez lequel un souffle diastolique identique avec celui de 
rinsuffisauce aortique avait été fourni par un anévi vsme 
disséquant; mais, dans ce cas, la forme du pouls suffisait 
pour rectifier le diagnostic. Peut-il y avoir certaine dispo- 
sition de la poche anévrysmale qui [iroduise à la fois les 



(I) Loc.àl , l>. 60, lig. 10 a 14. 



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51 () APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

signes stéthoscopiques de l’insuffisance aortique, et la 
forme du pouls qui appartient à cette lésion valvulaire? 
C’est ce que des recherches ultérieures devrontappreudre. 

En admettant que l’anévrysme de l’aorte présente, 
avec l’insuffisance des valvules sigmoïdes, cette double 
ressemblance, peut-être pourrait-on trouver un élément 
de diagnostic dans les caractères graphiques de la pul- 
sation cardiaque, ainsi que nous en avons émis l’hypo- 
thèse § 20/i. 

AFFECTION.S DE l’ ORIFICE ET DES VALVULES DE l’aRTÉRE 
PULMONAIRE. 

§ 211. — Les lésions des orifices du coeur droit sont 
très rares, aussi leur diagnostic a-t-il beaucoup moins 
d’importance que celui des lésions du cœur gauche ; il peut 
se hascrsufdeux ordres de signes assez difficiles à constater 
avec les procédés ordinaires. Ces signes sont les suivants : 
d’une part, le siège des bruits de souffle, dont le maximum 
d'intensité est situé un peu plus à droite que dans les 
lésions de l’orifice de l’aorte; d’autre part, l’absence des 
caractères du pouls (|ui sont produits par rinsuffisance 
ou le rétrécissement aortiques. Comme le toucher est 
souvent peu apte à saisir ces nuances, l’emploi du 
sphygmographe nous semble appelé à rendre des services. 
Voici (fig. 198) le tracé du pouls recueilli sur un jeune 
homme, dans les conditions suivantes : 




Fif. 198. 



Il existait à la base du cœur un souffle diastolique pur. 



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AFFECTIONS DE l’oIUFICE DE l’aRTÈRE PL'I.MONAIRE. 517 

semblable, par son timbre, à ceux que donne l’insuffi- 
sance aortique, et ne présentant pas les caractères (jue 
nous décrirons plus loin à propos du rétrécissement au- 
riculo-ventriculaire. Ce souffle avait son maximum d’in- 
tensité plus il droite que de coutume. 11 n’existait aucun 
signe de tumeur anévrysmale sur l’aorte ; le pouls était 
semblable aux deux radiales. En présence de ces signes 
négatifs qui excluaient tout autre diagnostic , nous nous 
sommes cru autorisé à admettre qu’il s’agissait probable- 
ment d’une insuffisance de l’artère pulmonaire. 



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CIIAPITIIE XXYII. 



AFFECTIONS DES ORIFICES ET DES VALVULES AURICILO- 
VENTRICULAIKES. 

Oriflre mitral et valvule mitrale. — Insuffisance et rétrécissement ; leur 
coexistence A peu près constante. — Des bruits de souflle dans les 
alTections de l'orifice mitral. — Reproduction ariincielle de ces bruits 
sur le acbéma. 

Bruits de souffle dans l'insuffisance mitrale. — Caractères du pouls dans 
cette affection. — Réirécissement milral. — Caractère du pouls d.ins 
cette affection. — Types divers suivant que le souffle est diastolique, 
ou prèsystolique. 

Lésions de l’orifice auriculo-venlriculaire droit. — Insuffisance de la 
valvule Iricuspide. — Caractères du pouls artériel et du pouls vcineu\ 
dans cette maladie. 

De la communication des cavités droites et gaucties du ceeiir entre 
elles. — Communication des deux oreillettes. — Communication des 
deux ventricules. 

ORIFICE MITRAL ET VAI.VULE MITRAI.E. 

InauMitaner et rélrèclMCiarnt. 



§ 212. — Nous examinerons d’abord le cas où la lésion 
siège dans le cœur gauche, ce ijui se rencontre le jdtis 
ordinaircmcnl. 

Les lé.sions de l’orifice mitral et de .sa valvule sont, 
de toutes les maladies du cœur, celles dont le dia- 
gnostic a été le plus controversé. .\ujourd’hui encore, 
dans les cas de ce genre, tel médecin diagnostique une 
insuffisance, tel autre un rétrécissement. La diversité des 
théories relatives aux mouvements du cœur, la difficultt’' 
de reconnaître, dans certains cas, le moment précis où st* 



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AFFF.CTIONS DE I.'oRlFICE MITRAL. 519 

produit le bruit de souille, sont les causes principales de 
ces dissidences. A l’autopsie môme des malades, le mé- 
decin est souvent embarrassé pour déterminer .s'il y a 
insuffisance de la valvule mitrale ou rétréci.ssement de 
l’oriQco. Le fait est que, dans la grande majorité des cas, 
ces deux lésions existent à la fois; c’est pourquoi nous 
allons les étudier toutes deux ensemble. 

Forcé de ne donner que quelques pages à ce sujet sur 
lequel tant de travaux ont été faits, nous croyons que la 
métliodc la plus rapide sera de prendre pour point de 
départ la théorie physiologique des mouvements du cœur 
qui ressort de nos expériences, et qui, du reste, est d’ac- 
cord avec les idées le plus généralement répandues. 

Des bruils de souffle dans les affections de l'orifice mitral. 

213. — L’orifice mitral, lorsqu’il est altéré, peut 
être le siège de detix courants sanguins de directions 
contraires. L’tin se fait pendant la diastole, il va en sens 
direct, c’est-à-dire de l’oreillette ati ventricule. L’autre se 
fait en sens inverse : c’est un retlux du sang du ventri- 
cule dans l’oreillelte; il a lieu pendant la systole ventri- 
culaire. Chacun de ces courants peut, dans certaines con- 
ilitions, donner naissance à un bruit de souille ; il y aura 
donc, suivant le cas, un souille systolique, ou un souille 
diastolique, ou même les deux à la fois. 

Pour qu’un bruit de souille se produise, il faut, avons- 
nous dit, certaines conditions. Le courant sanguin doit 
avoir une grande vitesse. Or, cette vitesse se rencontre 
presque toujours dans les cas où la systole du ventricule 
s’accompagne de reflux dans l'oreillette, c’est-à-dire 
quand il y a insuflisance mitrale. Il faudrait, pour qu’il en 
fût autrement, que la tension de l’oreillette fût très élevée 



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5-20 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



el atteignît presque celle du ventricule en contraction. 
— Le courant diastolique, au contraire, se fait de l’oreil- 
lette au ventricule; il n’a pour force d’impulsion que la 
tension de l’oreillette qui est faible à l’état normal. Il est 
vrai que la pression dans le ventricule au début de la 
diastole est nulle ou à peu près, toutefois ada ne suffit pas 
pour produire un courant rapide tant que l’oreillette est 
le siège d’une pression aussi faible ([u’à l’état normal. 
Mais, si un réti-écissement ».\isle à l’orilice mitral, et s’il 
est assez étroit pour retenir le sang des veines pulmo- 
naires dans l’oreillette et y élever la tension, les condi- 
tions du bruit do souffle pourront se produire. Aloi's on 
entendra un souffle diastolique. — Kniin, pendant la 
du rée de la diiLstole, il e.st uu moment où la tension de 
l’oreillette atteint son maximum, c’est celui où cette 
cavité se contracte. Il pourra donc y avoir dans ces cas 
un souffle correspondant à la contraction de l’oreillette, 
c’est-à-dire arrivant un instant avant la systole ventricu- 
laire el la pulsation cardiaipie. C’est le souffle présysto- 
lique. 

Telles sont les trois sortes de bruits dont la théorie fait 
prévoir la possibilité : 

1 ° Bruit systolique dans rinsuffisance 11011x110; 

• 2 ° Bruit diastoli(|ue, ou présystoliqiie isui\ant le cas', 
dans le rétrécissement mitral. 

On verra plus loin comment les faits cliniques coulir- 
inent celle théorie. 

Keproduclioii arlilicielle des bruits de .souftle des afTections du l'orUice 

mitral. 

§ “IMi. — I.e schéma se prèle Irès-bieti à l’éltide de 
ces bruits île .souffle. 



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AFFECTIONS DE t’oRlFlCE MITRAL. 



521 



1'* Expérience. — Insuffisance mitrale. — Si l’on 
perce (l’un trou la valvule auriciiln-venlriculaire, on aura, 
à chaque systole du ventricule, un bruit de souffle très net 
et d’autaut plus fort que l’oreillette sera le siège d’une 
tension plus faible, c’est-à-dire que l’on donnera moins 
de hauteur au niveau du liquide dans l'entonnoir collec- 
teur. Aucun bruit ne se produira pendant la diastole du 
ventricule. 

2* Expérience. — Rétrécissement mitral. — Pour 
imiter les effets de ce rèln'cissement, on place dans le 
tube VM qui réunit l’oreillette au ventricule un bouchon 
percé d’un trou. On arrive facilement par le tàtonuement 
à donner au bouchon des dimensions telles, qu’il fasse un 
obstacle suffisant au courant direct du liquide. La valvule 
étant suffisante, on entend à l’auscultation uu bruit de 
souffle diastolique. Ce bruit n’existe que si la Umsion de 
l’oreillette possède une certaine force ; on peut le faire 
paraître ou disparaître en élevant ou en abaissant le 
niveau du liquide dans l’entonnoir. 

Comme l’oreillette, dans notre schéma, est dénuée de 
contractilité, on n’entend, dans aucun cas, de souffle pré- 
.systolique. 

Enfin, si l’on conserve à la fois le Iwuchou qui rétrécit 
l’orifice auriculo-ventriculaire et la perforation de la val- 
vule, on obtient deux bruits de souffle, l’un systoliipie, et 
l'autre diastolique. 

§ 215. — Les trois sortes de bruits dont nous venons 
de parler ont été admises par ceilains cliniciens, mais le 
plus grand nombre d’entre eux méconnaissent encore la 
signification du bruit diastolique, et l'attribuent en général 
à une insuffisance aortique. Hérard, qui a beaucoup con- 
tribué a la (b'unonstration du bruit diastolique dans le 



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5*22 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

rétrécissement mitral (1), admet, par un éclectisme que 
nous ne saurions partager, que cette même lésion peut 
produire aussi un souille systolique. — 11 nous semble 
qu’on ne doit pas hésiter à admettre que tout bruit sys- 
tolique ayant pour siège l’orifice auriculo-venlriculaire 
gauche, est l’e-xpression d’une insuffisance de la valvule 
mitrale. De même, que tout bruit diastolique ou pré.syslo- 
lique de même siège aura pour cause le rétrécissement 
de cet orifice (2). 

Des bruits de soufQe dans l'insuIBsance mitrale. 

§ 216. — Les bruits de souffle qui se passent à l’ori- 
fice mitral se distinguent par leur siège de ceux qui st* 
produisent à l’orifice aortique : les premiers s’entendent 
à la pointe du cœur, les autres à sa base ; mais les carac- 
tères les plus importants sont les suivants. — I^s bruits 
systoliques qui se passent à l’orifice aortique rétréci .se 



(1) Arch. génér. de méd . , 6* série, t. II, p. 5i3, et l. III, p. 1 65. 

(2) Uérard, en soutenant que le rétrécissement mitral, lorsqu'il existe 
seul, peut donner naissance à un souflle systolique, s'appuie sur des 
autopsies dans lesquelles on aurait trouvé des valvules qui ne laissaient 
pas écliapper l'eau qu'on versait par la pointe du cœur. Que fût -il arrivé 
si l'on eût poussé cette eau dans le ventricule avec la force que déploie 
la systole de cet organe? Et, même dans ce cas, s'il ne se fût pas produit 
de reflux, on pourrait objecter que la valvulo mitrale d'un cœur en 
flaccidité peut se fermer berméliquemeni, tandis que, pendant lu vie, la 
contraction des colonnes charnues qui s'insèrent à scs bords eût pu 
la rendre insuffisante. 

Si nous nous élevons formellement contre cette opinion éclectique, 
c'est parce que rien ne nous semble plus inadmissible que l'existence 
d'un courant de l'oreilletie au venlriculo pendant la systole do celui-ci. 
En présence d'une impossibilité physique, il faut nécessairement admettre 
qu'une erreur se sera glissée dans l'observation du malade ou dans 
l'examen cadavérique. 



Digilizc:; L, VT.ioglc 




AFFECTIONS DE l’ ORIFICE MITRAI.. 523 

propagent dans les vaisseaux du cou ; il en est de même 
pour les souffles de chlorose et d’anémie. Le souffle sys- 
tolique de l’insufGsance mitrale, en môme temps qu’il 
siège à la pointe du cœur, ne se propage pas dans les 
vaisseaux. — Pour les souffles diastoliques qui peuvent 
avoir leur siège, soit à l’orifice aortique, soit à l’orifice 
mitral, c’est surtout leur caractère propre qui les dis- 
tingue l’un de l'autre. L’insuffisance aortique produit un 
souffle doux, prolongé, en général dépourvu de frémisse- 
ment cataire (1). Le souffle de rétrécissement mitral pré- 
sente d’ordinaire des renforcements saccadés qui le font 
ressembler au bruit de la râpe. La main placée sur lu 
région précordialc perçoit alors un frémissement très- 
prononcé. 

Quant au souffle présystolique, ce qui le rend difficile 
à constater, c’est qu’il est presque toujours très-faible et 
très-bref, et qu’il est le plus souvent suivi d’un .souffle 
systolique tenant à ce que l’insuffisance de la valvule 
mitrale se môle d’ordinaire à son rétrécissement. 

Dans cet exposé rapide des principaux caractères des 
souffles qui tiennent à une lésion mitrale, nous avons 
supposé les cas les plus simples, ceux dans les(|uels le 
caractère du bruit est le plus tranché. Mais tous les pra- 
ticiens savent combien, dans certains cas, le diagnostic 
est obscur, cl combien, par exemple, un rétrécissement 
mitral dont le souffle n’est pas rugueux est facile à con- 
fondre avec une insuffisance aortique. D’autre part, 
quand un rétrécis.sement aortique présente un maximum 

(I) Quelquefois le souffle de l'insuffisance aortique présente un 
deuxième maximum d'intensité au niveau de la pointe du cœur. Il faut 
être prévenu de ce caractère du bruit qui pourrait faire croire à un 
rétrécissement mitral. 



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APPUCATIONS A LA PATHOLOGIE. 



52Û 

»riiitensilé h la pointe du coeur (voy. § 199), comment 
décider ([u’il n'existe pas en même temps une insuffisance 
mitrale? Dans tous ces cas obscurs, la forme graphique 
du pouls peut rendre de grands services; elle suffit sou- 
vent, ainsi qu’on va le voir, pour lever toute hésitation 
sur le siège de la lésion. 

('aractères du pouls dans rinsuffisance mitrale. 

§217. — Le pouls, dans rinsulfisance mitrale, est 
presque toujours irrégulier. 11 semble (pie plus l’insuffi- 
sance est pure, c’est-à-dire dégagée de rétrécissement, 
plus aussi l’irrégularité est grande (1). Le ne sont plus ici 
des variations périodiques dans les intervalles du |)ouls, 
ainsi rpie cela s’observe si souvent dans l’altération sénile 
des artères ; c’est une irrégularité complète tpii ne semble 
.soumise ii aucune règle (2). 

Kn mémo temps, l’amplitude du jiouls diminue; il est 
souvent impossible au toucher de .saisir certaines pulsa- 
tions, tant elles sont faibles. De temps en temps une pul- 
.salion plus forte se fait sentir; il semblerait qu’un repos 
absolu du cœur ait existé entre deux pulsations sensibles 
au toucher, mais l’auscultation montre bien qu’une série 
de petites systoles se sont effectuées dans cet intervalle. 
I.es plus petites pulsations présentent ordinairement un 

(IjCerluins malades chez lesquels on n'enlendait qu'un souffle systo- 
lique d'insuffisance mitrale, et dont le pouls était régulier, ont pri^senlé 
à l'autopsie une insuffisance avec un degré très prononcé do rétrécis- 
sement. 

(2) Il nous a semblé que, dans certains cas, le rhylhme de la respi- 
ration influe sur le retour des irrégularités du pouls dans l'insuffisanco 
mitrale. Ce iioinl aurait besoin d'étro vérifié par dos expériences dans 
lesquelles on eqregistrorait à la fois le pouls et la respiration pendant 
un temps assez long. 



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INSÜKFlSANUi MITRALE. 

dicrolisme très prononcé, ce qui tient au petit volume de 
l'ondée sanguine envoyée par les systoles ventriculaires 
correspondantes à ces pulsations. 

Voici des types de tracés recueillis dans l’insullisance 

mitrale. 




Fig. 201. 




Fig. 204. 



Nous présentons ces cas coinine types d’insuffisance 
pure, bien que l’autopsie ait démontré ipi’il existait aussi 
dans tous ces cas un certain degré de n'ti écisserncnt com- 
parativement au diamètre d’un orifice mitral sain. Mais, 
chez ces malades, le sang avait une voie suffisamment 



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52G 



APPLICATIONS A LA PATIIOLOCIE. 



large pour passer de l’oreillette au ventricule pendant la 
diastole; du reste, aucun souflle diastolique ni présyslo* 
lique ne s’était lait entendre chez ces sujets. Nous croyons 
donc légitime de conclure que l’insuffisance était alors la 
seule lésion qui produisit des troubles fonctionnels chez ces 
malades. La figure 200 est prise sur un malade qui pré- 
sentait, en même temps que l’insuffisance mitrale, uneallé- 
ration sénile du système artériel. Les caractères du jiouls 
avaient fait prévoir l’existence de celle lésion; le tracé 
présente en eflèt, à un haut degré, le plateau caractéris- 
tique (voy. § I5S). 

Caractères du pouls dans le rétrécissomeDt mitral. 

§ 218. — Lorsque le rétrécissement mitral est assez 
prononcé pour donner naissance k un souffle diastolique, 
il supprime rirrégularité du pouls. Nous ne saurions affir- 
mer (lue cet ell'et soit constant, mais nous l’avons ren- 
contré dans tous les cas de rétrécissement mitral que nous 
avons eu l’occasion d’observer lorstpi’n existait un .souflle 
diastolique pur. Voici quclqties types de cette forme du 
pouls. 






RÉTRÉCISSEMENT MITRAL. 



527 



Comme le rétrécissement mitral avec souffle diastolique 
est assez rare, nous n’avons pu constater que deux fois à 
l’autopsie l’existence de celte lésion ; c’était pour les 
malades dont les tracés sont représentés (fig. 206 et 
207). Mais, dans l’autre cas, l’existence d’un souffle 
dia.stolique à la pointe du cœur, la différence complète de 
la forme du pouls avec celui de l’insuffisance aortique, ne 
nous jiaraisscnt pas laisser place au doute sur la nature 
de la lésion. — Quand le souffle est double, ce ijui in- 
tlique à la fois le rétrécissement et l’insuffisance de l’ori- 
Hce mitral, la régularité du pouls n’est pas altérée en 
général, et même le tracé conserve à peu près les carac- 
tères (ju’il présente dans le rétréeissemeut pur. Les 
figures suivantes sont reeueillies sur des malades i^ui pré- 
sentaient ce double souffle. * 




Fig. 21U. 



La forme du pouls dans le rétrécissement mitral nous 
a paru assez caractéristique pour que, dans certains cas, 
nous ayons pu prévoir, d’après l’examen du tracé, qu’il 
existait un souffle diastolique. 

Un caractère important à signaler, c’est que la ligne 





528 



AprUCATlOSS A LA FATHOLOr.IE. 



d’ensemble du tracé présente ordinairement, dans ces 
cas, des ondulations qui correspondent aux mouvements 
respiratoires. Il existe, en effet, chez les malades atteints 
de réirécissement mitral, une dyspnée plus grande (jue 
dans les autres lésions des orifices. Ce phénomène s’e.x- 
plique bien par la rétention du sang dans l’oreillette et 
dans les veines pulmonaires. 

Ixu'siiu’il y a souffle présystolique chez un malade, le 
pouls présente encore, d’ordinaire, assez de régularité : 
les figures suivantes sont obtenues dans ces conditions. 




Kig. 213. 



Résumé, — Les caractères du pouls, dans les affections 
de l’orifice mitral, nous semblent d’autant plus impor- 
tants que le tracé graphique diffère tout à fait de celui 
des affections aortiques qui donneraient des bruits sem- 
blables. — Quoi de plus différent que les tracés du rétré- 
cissement mitral et ceux de rinsulfisance aortique? Et 
cependant ces deux maladies présentent des signes sté- 
thoscopiques assez analogues. — L’irrégularité et la 
petitesse du pouls, caractères ordinaires de l’insuffisance 



L 






INSUFFISANCE TRICUSPIDE. 



529 



mitrale, ne contrastent pas moins avec l’amplitude, la 
régularité et la forme du pouls dans le rétrécissement 
aortique, affection qui peut donner lieu à un souffle sys- 
tolique à la pointe. C’est surtout sur ces caractères néga- 
tifs que devra s’appuyer le diagnostic des affections de 
l’orifice mitral, jusqu’à ce que le nombre des observa- 
tions suivies d’autopsie ait fait reconnaître s’il y a dans 
la fome du pouls quelque caractère spécial qui nous ait 
échappé jusqu’ici. 

LÉSIONS DE l’orifice AURICULO-VENTRICULAIRE DROIT. 



IntuBlMinee de la «alvale trlcBapIde. 

§ 219. — L’insuffisance de la valvule tricuspide est 
la seule lésion auriculo- ventriculaire droite que nous 
ayons eu l’occasion de constater sur le vivant et de véri- 
fier à l’autopsie. 

Si l’on n’avait que les signes stéthoscopiques pour éta- 
blir le diagnostic de cette affection, on la confondrait pro- 
bablement toujours avec une insuffisance de la valvule 
mitrale. Mais il est un caractère qui suffit quelquefois à 
lui tout seul pour porter le diagnostic; nous voulons 
parler du pouls veineux des jugulaires. Lorsque la valvule 
tricuspide est insuffisante, chaque systole du ventricule 
produit un reflux dans l’oreillette et jusque dans les 
veines du cou. Ce reflux est quelquefois d’une force con- 
sidérable, et produit une véritable pulsation sensible au 
toucher. On a signalé, à juste titre, une cause d’erreur : 
c’est l’existence des battements des jugulaires très visibles, 
quoique peu sensibles au toucher, battements qui se pro- 

3U 



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530 APPLICATIONS A I-A PATHOLOGIE. 

duisenl toutes les fois que la jïéne de la circulation du 
sang veineux, soit dans les cavités droites du cœur, soit 
même dans les poumons, amène le gonflement des jugu- 
laires. Dans ces cas, chaque systole de roreillelte .s’ac- 
compagne d’un rellux et d’un battement visible des jugu- 
laires. 

Caraclères du pouls arlùriui cl veineux dans l'insurGsance tricuspide. 

§ 220. — Dans les trois cas d’insuffisance tricuspide 
que nous avons observés, le pouls radial était régulier, 
ce (pii constitue une différence importante avec le pouls 
irrt'gulicr de l’insufQsance mitrale. De plus, il n’avait pas , 
la petitesse qu’on observe dans cette dernière affection. 
Voici quelques tracés recueillis sur des malades atteints 
d’insuffisance de la valvule tricuspide. La figure 214 



Fig. 2U. 

est recueillie sur une malade chez laquelle le professeur 
Trousseau avait diagnostiqué une insuffisance tricuspide, 
ce qui se vérifia à l’autopsie. 

Iæ pouls veineux peut, dans certains cas, être enre- 
gistré au sphygmographe. Sa forme présente alors un 
caractère important ijui permet d’établir le diagnostic 
avec une parfaite certitude. Nous allons en rapporter un 
exemple. 

§ 221 . — Une femme portait aux jambes d’énormes 
varices; elle avait en même temps une affection valvu- 
laire du cœur caractérisée par un bruit de souffle sys- 



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INSUFFISANCE TRICUSPIDE. 5âl 

toHque d’insuffisance auriculo-ventriculaire. Le pouls 
radial était le suivant : 




Fig. 215. 



On voit déjà que ce pouls ne présente pas l’irrégularité 
si prononcée ordinairement dans l’insuffisance mitrale. 

Les tumeurs variqueu.ses étaient animées de battements 
très forts, sensibles sur les veines de la cuisse, de la jambe 
et môme du pied. MM. les docteurs Gubler et Verneuil 
nous prièrent d’examiner à l’aide du sphygmographe ces 
pulsations veineuses. — Une première exploration avait 
montré à M. Verneuil que les battements provenaient de 
la région supérieure du membre et se transmettaient de 
haut en bas. En effet, loi’sque l'on comprimait en un point 
les veines variqueuses, c’était au-dessous de ce point seu- 
lement que les battements disparaissaient. Ces battements 
ne provenaient pas d’une communication artério-vei- 
neuse, car ils ne s’accompagnaient pas de bruit de souffle ; 
de plus, il était évident qu’ils émanaient des veines 
clles-mômes, car ils disparaissaient par la compression 
du tronc de la veine saphène interne. 

L’attention fut alors attirée vers d’autres battements 
qui existaient aux jugulaires, mais qui étaient beaucoup 
moins prononcés. Dès lors il était naturel de chercher à 
ces pulsations veineuses une origine commune, et de les 
attribuer à l’existence d’une insuffisance de la valvule 
tricuspide. L’existence de cette insuffisance reçut une 
preuve nouvelle de la forme du pouls veineux enregistré 




53'2 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

sur les vaisseaux des jambes. Le tracé de ces pulsations 
est représenté fig. 21 G. 




Fig. 210. 



On voit que la pulsation se faisait en deux temps : 
d’abord un petit soulèvement, puis un second soulève- 
inent plus énergique. Celle forme e.st bien celle que la 
théorie eût pu faire prévoir. Il doit, en effet, exister dans 
rinsuflisance tricuspide un double battement veineux, 
ruii plus faible, produit par la systole de l’oreillette, et 
l’autre beaucoup plus fort, produit par celle du ven- 
tricule. 

Quant à la cause qui rendait les battements si forts 
aux veines des jambes, tandis qu’ils étaient très-faibles à 
celle du cœur, M. Verneuil pensa qu’il fallait la chercher 
dans la rupture des valvules de la veine iliaque. Celle 
idée était confirmée par ce fait que les battements n’exis- 
taient que du côté gauche, ce qui fai.sait supposer l’inté- 
grité des valvules de la veine iliaque droite. — Le tracé 
des baUements veineux des jugulaires présentait les 
mômes caractères que pour les veines des jambes, sauf 
que les influences respiratoires y étaient plus prononcées. 

Cette observation permet de conclure que la forme 

graphique du pouls veineux dans l’insuffisance tricuspide 

pourra présenter une valeur réelle dans le diagnostic 

difficile de cette maladie. , , . 

» 

- •mJHîif 





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CHAPITRE XXVIIl. 



AFFECTIONS DU COEUR (.SUITE). — TOUI.S DANS DIFFÉRENTES 
MAI.ADIES. 



Communication des cavités droites et gauches du cœur. — Communi- 
cation des deux oreillettes. — Communication des deux ventricules. 
De la péricardite ; formes du pouls dans celte maladie. — Du pouls 
ilans l'hydropéricarde. — De l'hyperlropliie du cœur et des carac- 
léres qu elle donne au tracé du pouls. 

Do pouls dans les affections qui portent sur plusieurs orifices du cœur 
a la fois. 

Affections pulmonaires qui peuvent simuler une maladie du cœur. — 
De la fréquence du pouls dans les maladies pulmonaires. — Des 
différents types que peut affecter la dyspnée. 

Forme du pouls dans quelques maladies. — Colique de plomb. — 
Rhumatisme. — Ictère. — Pouls après l'accoucbement. 

DE LA COMMUNICATION DES CAVITÉS DROITES ET GAUCHES 
DU COEUR ENTRE ELLES. 

§ 222. — Nous rapprochons cette affection des précé- 
dentes parce qn’u l’ausciillation elle fournit, dans certains 
cas, des signes identiques. Une communication interven- 
triculaire, par e.vemple, peut simuler par le bruit de 
souffle qu’elle présente, soit une insuflisance mitrale, soit 
un rétrécissement aortique. 

Communication des oreillettes entre elles. 

§ 223. — Nous n’avons jamais eu l’occasion de con- 
stater celle conformation vicieuse chez les malades dont 
nous avons recueilli le tracé du pouls. Il nous semble à 



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53Û APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 

priori que la forme graphique de la pulsation ne doit pas 
être influencée par cette lésion qui trouble peu la fonction 
cardiaque. Les recherches les plus récentes semblent 
prouver que le mélange dos deux sangs ne se fait pas dans 
ces circonstances, et que la cyanose n’existe pas dans les 
cas de persistance du trou de Botal (1). Cette opinion est 
d’accord avec les notions physiologiques ; il est, en effet, 
démontré que les deux oreillettes exécutent leurs systoles 
d’une manière simultanée et avec une force à peu près 
égale (voy. § 31.) Dès lors il doit y avoir peu de ten- 
dance au mélange du sang de deux oreillettes. — La 
même raison doit faire admettre qu’il n’existe pas de 
bruit de souffle dans les cas de persistance du trou de 
Botal, à moins qu’il n’existe une inégalité anormale dans 
la pression intérieure de deux oreillettes. Une grande 
obscurité règne encore aujourd’hui sur les signes qui 
pendant la vie accompagnent la communication inter- 
auriculaire. Ce sujet réclame des recherches nouvelles. 

Communication interventriculaire. 

§ 224. • - Les signes ordinaires de cette affection sont 
les suivants. Il existe un souffle systolique accompagné de 
frémissement cataire, ce souffle s’irradie, en général, dans 
une grande étendue. D’ordinaire on observe une cyanose 
qui s’accroît par la marche, l’ingestion des aliments, etc. 
Les doigts et les orteils sont terminés en massue comme 
chez certains phthisiques, mais la forme bombée est beau- 
coup plus prononcée dans le cas de communication inter- 
ventriculaire. Les ongles, fortement convexes, présentent 

(t) Voyez Duroziez, Comples rendu» de la Société de biologie, 4 862, 
p. 105. 



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COMMUNICATION INTERVENTRICULAIRE. 535 

une teinte bleuâtre. L'enseniblo de ces caractères nous 
semble sufQsant pour qu’on puisse afflrmer l’existence 
d’une communication des deux ventricules; toutefois le 
bruit de souffle peut manquer. Celte affection est congé- 
nitale dans la grande majorité des cas; il existe fréquem- 
ment une disposition anatomique très intéressante, car 
elle explique tous les phénomènes dont nous venons de 
parler. 

Une oblitération de l’artère pulmonaire pendant la vie 
intra-utérine semble avoir été la lésion primitive. Sous 
cette influence, le ventricule droit a continué indéfini-, 
ment à se vider dans le ventricule gauche, seule voie par 
laquelle il pût expulser le sang qu’il recevait. Dans ces 
conditions, la cloisoi> interventriculaire n’a pu se fermer 
complètement, et une ouverture est restée par laquelle 
les ventricules communiquent entre eux. Cet espace est 
situé à la partie supérieure de la cloison, au-dessous de 
l’orifice aortique qui semble naître à la fois des deux ven- 
tricules. — Le canal artériel est resté perméable, ce qui 
constitue une voie par laquelle le .sang des deux ventri- 
cules passe de l’aorte dans l’artère pulmonaire. 

Dans celte disposition anatomique, il y a donc mélange 
des deux sangs dans l’aorte, ainsi que dans l’artère pul- 
monaire. La cyanose se trouve alors expliquée tout natu- 
rellement. Quant au bruit de souffle, il se comprend 
facilement en supposant que l’un des ventricules ait plus 
d’énergie que l’autre. Le plus souvent, c’est le ventricule 
droit qui a le plus d’épaisseur. Ainsi, la disposition qui 
existe pendant la vie intra-utérine s’est conservée à cause 
de l’obstacle que le ventricule droit devait surmonter par 
suite de l’obliléraliou de l’artère pulmonaire. 

Si nous avons insisté sur celle disposition anatomique. 



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536 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



c’est qu’elle nous semble être la forme la plus fréquente 
des communications interventriculaires ; nous en avons 
rencontré deux cas avec autopsie (t). Il existe au musée 
Dupuytren plusieurs exemples de celle anomalie du coeur; 
enfin Gendrin a rassemblé dix observalions de malades 
chez lesquels exislait une semblable disposition. — Quant 
aux cas de cyanose par affection congénitale du cœur 
que nous avons observés, tous présentaient un bruit de 
souffle systolique ainsi que la forme renflée des doigts à 
leurs extrémités. Tout porte à croire que c’était encore 
là des cas du même genre. Nous n’insistons pas davantage 
sur ces affections que nous avons eu trop peu d’occasions 
d’étudier. Voici les tracés du pouls recueillis sur des sujets 
qui présentaient les phénomènes* caractéristiques ci- 
dessus indiqués : cyanose congénitale, ongles en massue, 
souffle systolique. 






l'ig. 217. 




Fig. 218. 



Nous ne parlerons pas de la persistance du canal arté- 
riel et de ses effets sur la forme du pouls ; le seul cas que 
nous en ayons rencontré était compliqué de rétrécissement 
aortique (-2). 

(4) L'uo de ces cas a été publié par nous dans les Bulletins de la 
Société anatomique, 4 857, 2' série, t. Il, p. 34 3. 

(2) Ce cas a été décrit dans la thèse de Almagro, 4862. 



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PÉRICARDITE. 



587 



DE LA PÉRICARDITE. 

§ 225. — L’une des afleclions les plus difficiles à 
diagnostiquer, est la péricardite; ici, en effet, les .signes 
fournis par 1'au.scultation tendent souvent à tromper le 
médecin plutôt qu'à le guider dans .son diagnostic. Les 
frottements qui se produisent entre le cœur et le péri- 
carde, à chaque révolution cardiaque, présentent quel- 
quefois tous les caractères des bruits de souffle, et, comme 
ils sont en général rhythmés d’après les mouvements du 
cœur, ils peuvent simuler à peu près toutes les lésions 
des oriflees. I.e caractère distinctif le plus important 
qu’ils présentent, c’est leur variabilité suivant qu’on 
place le malade dans telle ou telle altitude. Mais si l’on 
n’a que cet élément pour établir le diagnostic, il est 
difficile de se prononcer avec certitude sur la nature de 
la maladie. La forme graphique du pouls peut donc, ici 
encore, rendre de grands services. Les figures suivantes 
sont recueillies dans des cas de péricardite aiguë. 




Fig. 221. 



On voit que le pouls présentait, dans ces cas, une brus- 



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538 



APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE. 



querie particulière qu’on ne retrouve guère que dans 
l’insuffisance aortique. Toutefois la méprise n’était pas 
possible dans ces cas; en effet, l’énorme amplitude du 
pouls do Corrigan ne se rencontre pas ici. 

§ 226. — V hydropéricarde, qui existe toujours à un 
cei’tain degré dans la péricardite, peut, lorsqu’il est porté 
à un degré considérable, imprimer aux pouls des carac- 
tères particuliers. 

Les ventricules , comprimés extérieurement par le 
liquide, ne se remplissent plus que d'une manière incom- 
plète; aussi n’envoient-ils dans l’aorte que des ondées 
fort petites. Telle est du moins l’idée qui nous semble la 
plus naturelle pour expliquer la forme du pouls obtenue 
dans ces conditions et représentée figure 222. 



Fig. 222. 

§ 227. — Enfin, l’hypertrophie du cœur ne nous sem- 
ble pas devoir être étudiée à part ; cet état se produit d’une 
manière secondaire toutes les fuis que le cœur éprouve 
une grande résistance à vaincre. La dilatation de la cavité 
ventriculaire gauche se rencontre alore à peu près con- 
stamment avec l’épaississement des parois. Le tracé du 
pouls semble traduire cet accroissement de la capacité du 
cœur par une augmentation de l’amplitude de la pulsa- 
tion. Cette grande amplitude se rencontre dans la plupart 
des tracés fournis par des malades dont le cœur était 
hypertrophié, soit par suite d’un rétrécissement aortique, 
soit par suite de la dégénérescence sénile des artères. .Mais 
il ne faut pas oublier que, dans ce dernier cas, la dilata- 
tion des vaisseaux est probablement la principale cause 




; i'/ L.O' 





AFFECTIONS DE PLUSIEUBS ORIFICES DU COEUR. 539 

de la grande amplitude du pouls. Il sera curieux d’étudier 
directement les pulsations cardiaques dans les cas d’hy- 
pertrophie du cœur; ce sera peut-être le moyen le plus 
sûr d’arriver à l’apprécier exactement. 

DES AFFECTIONS QUI PORTENT SUR PLUSIEURS ORIFICES 
DU COEUR A LA FOIS. 

§ 228. — Presque toujours, dans l’examen d’un malade 
atteint d’affection du cœur, on a l’attention dirigée du 
côté d’un symptôme prédominant; c’est eu général un 
bruit do souffle dont la force considérable masque les 
bruits plus faibles qui pourraient exister en môme temps. 
D’autre part, si l’on analyse avec soin les phénomènes 
stéthoscopiques, un autre écueil est à redouter. Ainsi, 
on peut attribuer à deux lésions distinctes les deux 
maxima d’intensité qui existent parfois dans une môme 
lésion, par exemple dans les insuffisances et les rétrécis- 
sements aortiques. Dans tous les cas où il y a lésion de 
plusieurs oriûces, la difficulté du diagnostic est très grande 
et le besoin de multiplier les signes physiques se fait for- 
tement sentir. 

La forme graphique du pouls présente ceci do précieux, 
qu’elle traduit simultanément les modiûcationsque la pul- 
sation reçoit de différentes sources, et qu’elle enlève à la 
rapide succession de ces signes leur caractère fugace qui 
les rend si difficiles à percevoir. Nous représenterons 
(fig. 223 et 22Û) deux types des formes du pouls dans les 
affections de plusieurs orifices à la fois, afin de donner 
une idée de la manière dont les modifications du pouls 
se combinent entre elles. Le lecteur suppléera à l’insuf- 
fisance de ces types, relativement au nombre extrême do 



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540 APPLICATIONS A LA PATHOLOGIK. 

combinaisons que peuvent présenter les différentes lésions 
des oriBces du cœur. Il y avait, dans le premier cas, 
insuffisance mitrale avec insuffisance aortique. 




Fig. 223. 



Dans le deuxième cas, les mêmes lésions étaient com- 
pliquées de dégénérescence sénile des vaisseau\. 




Fig. 22). 



AFFECTIONS QUI PEUVENT SIMULER l’eXISTENCE d’uNE LÉSWS 
ORGANIQUE OU COEUR. 

§ 229. — Il arrive très souvent qu’on rencontre des 
malades présentant au plus haut degré le fades des af- 
fections cardiaques : il y a chez eux de l’œdème et parfois 
de l'ascite ; le pouls est si petit, qu’on n’en peut apprécier 
ni les caractères, ni le rhythme; à l’auscultation, les bruits 
du cœur sont, le plus souvent, marqués par des râles tho- 
raciques, et s’ils ne le sont pas, leur faiblesse et leur fré- 
quence ne permettent de constater qu’un tumulte dont 
l’analyse est impossible. — Prestpie toujours, alors, le dia- 
gnostic porté est le suivant : affection organique du cœur, 
probablement insuffisance mitrale, avec congestion con- 
sécutive du poumon et gène de la circulation tout entière. 

L’absence de bruits de souffle n’exclut pas ce diagnostic; 
car on sait que, le plus souvent, dans la période ultime 
des maladies du cœur, on ne perçoit plus de bruits de 



-?Ie 



01 



FAUSSES MALADIES DU COEUR. 5A1 

souffle. Leur disparition, à cette époque de la maladie, a 
été attribuée par Beau à l’aflaiblissement des contractions 
du cœur (.isystolie). Tout concourt donc à faire admettre 
l’existence d’une affection cardiaque très avancée; les 
renseignements sur la marche de la maladie pourraient 
seuls, dans certains cas, Kire éviter l’erreur. — A l’au- 
topsie, on trouve les orifices du cœur parfaitement sains, 
les cavités droites dilatées, l’artère pulmonaire égale- 
ment très larçe, et dans le poumon un emphysème très 
prononcé. C’est par cette lésion pulmonaire que la ma- 
ladie a commena*. La gène respiratoire, ou peut-être la 
lésion même du poumon, a créé un obstacle au passage 
(lu sang